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mercredi 9 avril 2014

Manuels Valls défend la continuité libérale-libertaire




Capitaine eurolibéral à l’œuvre

Un esprit taquin pourrait dire « à droite toute », tant, sur l’économie, la majorité actuelle met ses pas dans ceux de la précédente. Même constat : euro trop cher, trop de chômage, un pouvoir d’achat en berne, un manque de compétitivité dans un cadre mondialisé. Les politiques suivies sont très proches : baisse des déficits, emplois aidés, baisse du coût du travail, économies idoines pour financer le tout et petite touche verte. Du coup, les fonctionnaires ont du mal à voir la différence, le point d’indice pourrait bien rester gelé. Seuls changent les coups de pouce au pouvoir d’achat : défiscalisation des heures supplémentaires sous Sarkozy, baisse des charges sur les bas salaires ici. Geste extrêmement révélateur, c’est le PS au pouvoir qui annonce une baisse de l’impôt sur les bénéfices des sociétés !

Manuel Valls, assez habile sur la forme, persiste à donner une priorité à la politique de l’offre, qui s’impose depuis le rapport Gallois. S’il a consenti quelques couplets sur les personnes en difficulté, le PS persiste dans une version allégée de la politique du Medef en brandissant la menace de cette « concurrence mondiale qui ne fait pas de cadeaux à nos entreprises », nous imposant de « se mettre au niveau ». La défaite des municipales a juste imposé un petit coup de pouce aux bas salaires. La ligne austéritaire sort gagnante, avec 50 milliards d’économie à venir, un défi à la raison quand on constate les conséquences ailleurs. Et tel le patron d’une multinationale en réorganisation, Manuel Valls propose de diviser par deux le nombre de régions et remettre en question les départements…

L’opposition vaine de l’UMP et de l’aile gauche du PS

mardi 30 avril 2013

Copé et Parisot : les barbares de la mondialisation


L’inexorable progression du chômage et le record atteint la semaine dernière ont provoqué un cortège de réactions. Mais tant l’UMP que le Medef proposent d’aller plus loin encore dans une politique qui a pourtant échoué, comme le montrent l’interview de Laurence Parisot et les propositions de Jean-François Copé.



Laurence Parisot, l’Attila de l’austérité

Il faut écouter l’interview de Laurence Parisot par Jean-Michel Aphatie. La future ex-présidente du MEDEF s’y fait une avocate inflexible de l’austérité budgétaire, usant de sophisme pour essayer de démontrer ce que presque plus personne n’admet aujourd’hui : qu’il faut poursuivre dans une réducation mortifère et suicidaire des déficits publics. Alors que même le FMI a admis l’évidence sur la base d’études scientifiques, elle refuse l’évidence soulevée par les trois dernières années.

Ainsi, alors que le journaliste évoquait le débat actuel sur le changement de politique, sur la nécessité de desserrer la rigueur, elle lui a répondu qu’il « fallait au contraire tout faire pour réduire les déficits ». Elle a justifié cela en disant que les déficits poussaient les impôts à la hausse ce qui pèse à la fois sur le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises. Sauf que si on faisait une pause dans la baisse des déficits, il n’y aurait pas besoin de monter les impôts. CQFD.

Mais Laurence Parisot n’a pas seulement nié l’évidence de l’échec des politiques d’austérité, démontré par Jacques Sapir ou Paul Krugman, elle a également justifié de manière très maladroite l’accord entre quelques syndicats de salariés en soulignant qu’il « permet aux entreprises de s’adapter à la conjoncture et au carnet de commande ». En clair, cela facilitera les licenciements dans les périodes de récession comme aujourd’hui et cela va donc accentuer la progression du chômage !

Jean-François Copé, Attila du droit du travail

mercredi 17 avril 2013

Pour Frédéric Lordon, le PS, c’est la droite complexée, les collabos du capital


Il faut lire Frédéric Lordon, un des meilleurs analystes de la crise que nous traversons, alliant rigueur de l’analyse, propositions (volontiers collectivistes) et un style très enlevé. Son sens de la formule en fait un éditoraliste particulièrement saignant, qui, dans sa dernière livrée, éreinte le PS comme jamais.

La contre-révolution du Parti Socialiste



Frédéric Lordon n’a jamais été tendre avec les « socialistes ». Dans un de ses précédents ouvrages, il montrait que le PS avait davantage contribué à la libéralisation de notre économie que la droite. Mais dans ce nouveau papier « Le balai comme la moindre des choses », il cogne dur, finalement bien plus encore que Jean-Luc Mélenchon sur le fond. Et le plus terrible pour l’équipe au pouvoir est que sa démonstration est cruellement bien argumentée et difficilement réfutable.

Il soutient que « c’est bien l’impressionnante continuité de la politique économique qui frappe n’importe quel regard, à commencer bien sûr par la reconduction telle quelle des grandes contraintes européennes – objectif insane des 3% en pleine récession et pacte budgétaire européen (TSCG) négocié-Sarkozy ratifié-Hollande, mais complétée par le déploiement intégral du modèle compétitivité-flexibilité, simplement rêvé par le prédécesseur, enfin réalisé par le successeur ». Pour lui « sans doute l’issue d’une trajectoire historique de long terme qui l’aura vu se déporter tendanciellement, et irréversiblement, vers la droite, le socialisme de gouvernement, après avoir abandonné la classe ouvrière pour se vouer aux dites ‘classes moyennes’, puis ‘moyennes-supérieures’, mais formellement, toujours ‘dans le salariat’, a maintenant fait, un cran plus loin, le choix de l’alliance… avec le capital ».

Frédéric Lordon s’appuie sur le discours de Jean-Marc Ayrault aux universités du Medef, l’ANI (Accord National Interprofessionnel), signé par le Medef (encore…) et la CFDT, l’affaire des Pigeons et le rapport Gallois pour appuyer son propos. Plus globalement, c’est l’agenda compétitivité du gouvernement, sur lequel je suis revenu plusieurs fois, qu’il met en cause. Pour lui, le PS est passé du service indirect des intérêts du capital (désinflation compétitive, monnaie unique, banque centrale indépendante) à des « politiques désormais très ouvertement passées du côté du capital ». Il va jusqu’à les comparer aux munichois, reprenant la phrase de Churchill pour dire que « le socialisme de collaboration – vrai nom du ‘socialisme de l’offre’ – aura l’échec en plus de la honte ».

Le contre-sens du « socialisme de l’offre »

jeudi 28 mars 2013

Le piège mortel de la course à la compétitivité


« Compétitivité, compétitivité, compétitivité » disent aujourd’hui tous les cabris de la pensée unique politico-médiatique. Opposition comme majorité en font l’horizon indépassable pour lutter contre la montée du chômage, qui a atteint un nouveau record. Encore une erreur tragique.

Il n’y a pas d’alternative ?



Hier sur RTL, Laurence Parisot a lourdement insisté sur la nécessité de « baisser les coûts de production ». Elle a qualifié le crédit d’impôt de 20 milliards mis en place par le gouvernement suite au rapport Gallois de « première étape », appelant à « un acte deux du plan de compétitivité » et à « continuer à travailler inlassablement sur la baisse des coûts de production ». Le Medef voit son message parfaitement relayé par une UMP qui ne fait pas dans la nuance sur le sujet.

Mais cette thématique de la compétitivité n’est pas le seul apanage de la droite et du patronat. Le Parti Socialiste a largement sacrifié à ce débat, en demandant à Louis Gallois un rapport sur le sujet et en s’empressant d’en appliquer la plupart des conclusions, à la surprise générale. D’ailleurs, il s’agit d’un des trois objectifs majeurs du président annoncés lors de sa conférence de presse de novembre, avec le désendettement et la réorientation (sic) de l’Europe.

Et les médias dits de gauche embrayent sans le moindre recul. Le Monde titre sur le fait qu’en « Allemagne, le travail (est) près d’un tiers plus cher que la moyenne européenne ». Le quotidien en arrive à présenter une hausse moyenne du pouvoir d’achat de 0,6% (hausse des salaires de 2,6% contre 2% d’inflation) comme un risque pour nos voisins d’outre-Rhin ! En effet, le salaire horaire moyen ressort à 31 euros, contre 23,5 en moyenne dans l’UE, et 3,7 en Bulgarie.

Une course sans fin et mortifère

mercredi 31 octobre 2012

Le bien mauvais débat sur la compétitivité


Compétitivité, compétitivité : ce mot est devenu depuis quelque semaines l’alpha et l’omega du débat politique, à gauche comme à droite, ainsi que dans tout le petit monde médiatique. A quelques jours de la publication du rapport Gallois, faute est de constater que le débat n’est pas à la hauteur.

Un malaise politique

Quelque part, il est étonnant que ce débat n’ait pas émergé plus tôt : la dégradation de notre commerce extérieur n’est pas nouvelle. Si notre déficit atteint 70 milliards d’euros aujourd’hui, il était déjà de la moitié il y a cinq ans (et à l’équilibre il y a 10 ans). Du coup, il est un peu risible de voir l’UMP sommer le PS de prendre des mesures pour améliorer la compétitivité du pays après avoir tellement sommeillé que la seule mesure prise était applicable à la rentrée 2012

De son côté, le gouvernement semble mal à l’aise dans ce débat et on se demande ce qui lui est passé par la tête de demander un rapport à Louis Gallois, braquant les projecteurs des médias sur un sujet où il n’a pas grand chose à dire et ne semble pas vouloir faire grand chose non plus. Du coup, François Hollande a été contraint de dire, avant même sa publication, qu’il n’appliquerait pas sa recommandation principale, à savoir une baisse des charges de 30 milliards.

Pourtant, la pression sur le gouvernement est forte puisqu’une association de grands patrons, a présenté ses propositions dans le JDD : baisse des dépenses publiques de 60 milliards en cinq ans, baisse des cotisations sociales de 30 milliards en deux ans en partie financée par une hausse de la TVA. En fait, le PS est coincé dans un paradoxe car il accepte le cadre mondialisé qui créé le problème de compétitivité tout en rechignant aux mesures qui en découlent, souvent antisociales.

La compétitivité en perspective

vendredi 7 octobre 2011

La zone euro : une maison mal construite, en zone inondable


Le problème avec la zone euro est qu’elle cumule les vices de forme, ce qui permet de penser qu’elle est réformable. En effet, tous ceux qui veulent croire que la monnaie unique pourrait fonctionner peuvent pointer ses innombrables dysfonctionnements.

Le sempiternel problème de l’euro cher

En effet, la monnaie unique souffre déjà d’une mauvaise gestion. La première, évidente depuis près d’une dizaine d’années, est la cherté de l’euro. Parce que la BCE n’a jamais daigné s’intéresser à la valeur de la monnaie unique et qu’elle mène une politique uniquement tournée vers la lutte contre l’inflation, la valeur de l’euro est beaucoup trop élevée. Dans un premier temps, la monnaie unique était tombée jusqu’à 0,82 dollar, expliquant la croissance de la fin des années 1990.