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dimanche 6 mars 2016

Dérives alternatives (2/2) : l’inflation et son camouflage en Argentine

La faillite du néolibéralisme, éclatante avec les crises de 2001 et 2008, et toutes les failles de notre modèle économique, n’a, pour l’instant, pas encore produit un véritable changement de direction politique, si ce n’est dans quelques pays d’Amérique latine. Et si un manque de distance avec les failles des politiques des pays dirigés par des alternatifs freinait le véritable changement que nous attendons ? En ne faisant pas toujours assez le tri entre le bon grain et l’ivraie, sans pour autant tomber dans les caricatures véhiculées par les tenants de la pensée dominante, le premier ne peut-il pas en être souillé politiquement ?




Dérive inflationniste grossièrement camouflée

vendredi 27 novembre 2015

L’Argentine tourne la page Kirchner




La défaite logique du Kirchernisme

Bien sûr, les politiques menées après le défaut et la dévaluation ont sorti le pays de l’ornière, permettant une envolée du PIB par habitant, après avoir touché le fond en 2002. L’imposition d’un défaut aux créanciers du pays, encore remis en question par des fonds vautours aux Etats-Unis, la dévaluation et le protectionnisme ont nourri une croissance dépassant largement le cadre étroit des matières premières, contrairement à ce que répètent des analystes à courte vue. Buenos Aires continue à se passer des capitaux étrangers après s’être brûlé les ailes dans les années 1990 et s’être vu imposer des programmes d’austérité étrangement proches des récents plans Grecs. En fait, c’est la banque centrale qui finance en partie le gouvernement avec de la création monétaire, comme le fait aussi le Japon.



Cependant, il semble que le gouvernement ait pris un peu trop de liberté avec la planche à billets, poussant l’inflation au-delà des 20%, tout en tentant de nier la réalité en trafiquant les statistiques. En fait, certains ont vu dans les dernières années de présidence Kirchner un reflux d’autoritarisme et de corruption, avec la mort d’un procureur juste avant son témoignage sur une affaire importante. Mais au final, l’alternance qui a été votée démontre non seulement le caractère fondamentalement démocratique du régime déchu (ce qui loin d’être aussi évident au Venézuela), mais aussi que l’Argentine est une démocratie qui fonctionne plutôt bien puisqu’un peuple déçu vote pour l’alternance. Mais, comme le note Romaric Godin dans la Tribune, il ne faut pas s’attendre à un grand soir avec la victoire de Mauricio Macri.

Leçons pour les alternatifs

mercredi 24 juin 2015

Grèce : Tsipras a-t-il capitulé face à la troïka ?

Bien sûr, il est encore un peu tôt pour juger, mais les éléments disponibles à date semblent indiquer que la Grèce a largement cédé aux demandes de ses créanciers. Comme une impression de déjà-vu qui aboutira aux mêmes résultats et ne résoudra pas grand-chose aux problèmes du pays.



La troïka mène (largement) au score

Bien sûr, Syriza peut s’abriter derrière le respect de deux lignes rouges qui n’ont pas été franchies, à savoir la hausse de la TVA sur l’énergie et la baisse des petites retraites. Mais la proposition faite par le premier ministre Grec semble malheureusement confirmer les craintes que l’on pouvait avoir dès le mois de mars. Dans le bras de fer qui l’opposait à la troïka, cette dernière semble l’avoir largement emporté. Bien sûr, quelques aspects de l’accord pourront donner le change, notamment la question des lignes rouges, mais finalement, la Grèce n’a-t-elle pas beaucoup plus cédé que ses créanciers car ces deux points ne sont que des modalités, en partie secondaires et substituables.

Tout le problème est qu’Athènes n’a cessé de céder sur des questions de principe. D’abord, après avoir dit refuser négocier à nouveau avec la troïka, Alexis Tsipras a accepté de continuer, simplement en changeant le nom de ses interlocuteurs… Ce nouvel accord marque deux concessions considérables d’Athènes. La Grèce a présenté un plan qui prévoit un excédent budgétaire primaire de 2% pour 2016 et 3,5% en 2018, cédant au sado-masochisme austéritaire et inhumain des créanciers, même s’il faut reconnaître qu’une partie des hausses d’impôt ont un caractère progressiste et que certaines mesures semblent avoir du sens, comme l’augmentation de la TVA dans l’hôtellerie. Mais, il n’a rien obtenu sur le montant de la dette, alors que cela faisait partie de ses premières demandes.

Tsipras refuse une alternative qui s’imposera

samedi 20 juin 2015

Trois scenarii pour la sortie d’Athènes de la zone euro

Nous devrions savoir dans deux semaines si la Grèce reste encore dans la zone euro. Jamais le pays n’a semblé aussi proche de la sortie tant les négociations sont bloquées entre demandes irréconciliables. Mais toute la question qui se pose est de savoir quand et comment cela pourrait avoir lieu.



Le scénario d’une sortie rapide


Dans ce cas, la Grèce pourrait choisir de suivre le chemin de l’Argentine, faire défaut sur sa dette et quitter la monnaie unique européenne. Outre le fait de pouvoir reprendre le contrôle de sa banque centrale pour financer la transition, Athènes pourrait également s’appuyer sur Moscou, qui serait trop heureux de prendre position dans l’Europe occidentale. Bien sûr, les créditeurs subiraient une forte perte, mais, ce ne serait pas la première fois et le montant de pertes serait gérable pour la zone euro. En outre, les banques européennes se sont largement protégées et ne sont quasiment plus exposées à la dette publique grecque. Il faudrait quand même sauver le système bancaire grec.

Deux scénarii pour une sortie retardée

vendredi 1 août 2014

Argentine : le choix juste et logique de ne pas payer les fonds vautours

Papier publié en avant-première sur le FigaroVox

Comme on pouvait s’y attendre depuis le jugement de la Cour Suprême des Etats-Unis en faveur du fond vautour NML Capital, l’Argentine a refusé d’obtempérer et de payer 1,5 milliards de dollars aux deux fonds vautours suite à l’échec des négociations avec eux.





Une situation complexe

Bien sûr, l’Argentine a une part de responsabilité. Après tout, les titres en question ont été émis à New York à l’époque et sont donc soumis à la législation étasunienne, ce qui explique en partie l’impasse dans laquelle se trouve le pays. Mais, même si cela n’est pas totalement faux, parler de « défaut » de l’Argentine est un peu réducteur, comme même Standards & Poors le suggère en ne parlant que de « défaut sélectif ». En effet, les fonds NML et Aurelius n’ont jamais prêté 1,5 milliards de dollars à l’Argentine, qui refuserait de payer aujourd’hui ce qu’elle leur devrait légitimement. Après le défaut de Buenos Aires sur sa dette en 2001, ces fonds ont racheté des créances du pays dont ils réclament aujourd’hui le paiement, en s’appuyant notamment sur le fait que certaines créances ont été émises aux Etats-Unis pour attirer les investisseurs de l’époque.

Personne ne semble savoir à quel prix les fonds vautours ont acheté ces créances. Ils pourraient parfaitement les avoir rachetées à 10 ou 20% de leur valeur nominale du fait du défaut de 2001 et vouloir maximiser le retour sur investissement en en obtenant 100% au lieu des 30% que l’Argentine a accordé à 97% de ses créanciers qui l’ont accepté quelques années après. Si leur attitude n’est pas illogique (après tout, le seul objectif d’un fond est de faire un maximum de profits), cela pose un problème de différenciation du traitement des créanciers, comme l’Argentine l’a plaidé, en vain, auprès de la Cour Suprême des Etats-Unis. En effet, si certains fonds parvenaient à obtenir 100% de la créance originelle, les autres créanciers ne pourraient-ils pas se retourner contre Buenos Aires et demander un traitement similaire, ce que le pays ne peut pas assumer ?

De la politique et de la justice



dimanche 6 juillet 2014

L’Argentine : l’autre victime de l’impérialisme étasunien ?





Avantage fond vautour ?

Après que l’Argentine ait fait défaut en 2001, les créditeurs détenteurs de 93% de la dette ont accepté, en 2005 puis en 2010, un accord d’échange des titres à un tiers de leur valeur. Un accord complémentaire a été trouvé il y a quelques mois avec le club de Paris, qui réunit les créanciers des Etats, l’organisation habituelle pour régler les cas de défaut. Mais le bel équilibre, qui semblait permettre un plein retour de l’Argentine sur les marchés financiers, a été cassé par une décision de la Cour Suprême des Etats-Unis le 16 juin, qui a refusé d’entendre le cas déposé par l’Argentine contre NML Capital, un fond vautour qui a acheté les bons du trésor argentin à prix cassés après le défaut du pays, du fait que ces titres ont été émis à New York et dépendent par conséquent de la législation étasunienne.

Ce fond fait partie des quelques créanciers qui ont refusé l’échange proposé et demandent le plein paiement du titre. Une cour de justice et une cour d’appel avaient appuyé la demande argentine, qui s’appuie aussi sur le fait que si Buenos Aires payait le fond vautour, alors les autres créanciers pourraient alors demander les mêmes conditions que NML Capital, ce qui pourrait poser un gros problème à l’Argentine. Dans un autre jugement, la Cour Suprême des Etats-Unis a estimé que NML pouvait saisir les biens que l’Argentine détient, y compris à l’étranger. L’Argentine se retrouve contrainte à choisir entre un paiement rubis sur l’ongle qui pourrait déclencher d’autres demandes, une négociation avec NML et les autres fonds vautour, un nouveau défaut ou une relocalisation des titres en Argentine.

Les leçons de cette affaire

jeudi 6 février 2014

Argentine, Vénézuela, Russie : entre modèle et contre-modèle


Parler de ces trois pays est compliqué. D’une part, certains les présentent comme des (quasi) dictatures gérées en dépit du bon sens et ne devant leur salut qu’à leurs ressources naturelles. D’autres les présentent comme des modèles et refusent toute critique. La vérité est sans doute entre les deux.



Ce qu’ils font de bien

Dans son édition du 1er février, The Economist consacre un dossier à charge contre Poutine et un article sur l’Argentine et le Vénézuela, « les économies les plus faibles (d’Amérique Latine) au point de rupture ». Mais l’hebdomadaire néolibéral y fait encore preuve d’une partialité assez effarante et bien peu factuelle. Attribuer la réussite de l’Argentine au soja est ridicule, comme le montre Olivier Berruyer dans un dossier absolument remarquable sur le pays : le PIB réel par habitant a augmenté de 50% en 11 ans et l’agriculture pèse seulement 10% du PIB. Si le soja apporte des devises, il n’explique qu’une petite part de la croissance, bien plus basée sur l’industrie du fait d’une vraie polique protectionniste.



C’est d’ailleurs une grande réussite de l’Argentine que d’avoir réussi à relancer son économie après avoir commis l’imprudence de s’arrimer au dollar, en protégeant son marché et ses industriels de l’anarchie commerciale, à la manière des pays asiatiques. Mieux, le pays a réussi à nettement réduire les inégalités, le chômage et la pauvreté. C’est d’ailleurs un aspect important de la réussite du Vénézuela d’Hugo Chavez, qu’il doit en partie à la manne pétrolière, mais en partie seulement car dans beaucoup de pays qui sont dans la même situation, cette manne tend souvent à ne profiter qu’à une toute petite minorité (les oligarques et les multinationales qui exploitent avantageusement les ressources).

En fait, et c’est aussi le point commun avec la Russie, ces pays défendent leur intérêt national en refusant la dictature intellectuelle néolibérale et sans se soucier de la bien-pensance occidentale qui ne semble pas toujours appliquée avec la même rigueur pour un pays comme l’Arabie Saoudite, où pourtant, il n’y a ni démocratie, ni droits des femmes, qui ne peuvent même pas conduire… On peut d’ailleurs noter qu’il n’y a pas que les oligarques qui tirent profit de la manne des matières premières en Russie, comme le montre le redressement spectaculaire de sa démographie depuis la fin des années 1990, avec 50% de naissances en plus et un taux de fécondité passé de 1,2 en 2000 à plus de 1,7 !

Ce qu’ils font de moins bien

dimanche 8 septembre 2013

150 raisons d’être protectionniste


C’est une information qui n’a pas fait la une des médias : 150 nouvelles mesures protectionnistes ont été prises depuis un an. De quoi contredire tous ceux qui disent qu’il ne serait plus possible de faire du protectionnisme dans le monde actuel et souligner la naïveté de l’Europe à ce sujet.



Le protectionnisme, c’est maintenant (et hier, et demain)

Dans le discours des promoteurs dogmatiques du libre-échange, le protectionnisme est une pratique d’arriérés économiques (Corée du Nord ou Albanie), qui serait un frein au développement. Mais cette présentation des choses est totalement caricaturale, le choix n’étant pas entre un gentil libre-échangisme sans la moindre restriction et un méchant protectionnisme qui confine à l’autarcie. Dans la réalité, les choses sont beaucoup plus compliquées. Tout les pays du monde ont des pratiques protectionnistes, y compris l’Union Européenne (pour l’agriculture, même si c’est de moins en moins le cas) ou l’Allemagne (qui protège ses industriels par des normes DIN spécifiques).

Cette étude de la Commission Européenne montre l’ampleur du phénomène puisqu’elle recense près de 700 mesures protectionniste depuis 2008, dont 150 depuis un an ! Tous les pays sont protectionnistes. La palme revient aux pays d’Amérique Latine, notamment l’Argentine (en pole-position) ou le Brésil. Buenos Aires reconstruit une industrie du jouet et a imposé la construction d’une usine de production de téléphones portables. Brasilia impose des droits de douane de 40% sur les automobiles importés et a imposé à Apple de se fournir localement pour ses IPad. Mais l’Asie est également très active dans ce domaine, puisque le protectionnisme est au cœur de leur modèle de développement.

Le protectionnisme, une protection pour les emplois

mercredi 21 novembre 2012

En Grèce, la sortie de l’euro s’approche


Sur les marchés, c’est désormais le calme plat. Mais on peut se demander si nous ne sommes pas dans l’œil du cyclone. Après tout, la situation économique reste très préoccupante puisque la zone euro vient de retomber en récession. Mais surtout, la situation grecque ne cesse de se détériorer.

Une impasse politique interne

Bien sûr, Athènes a réussi à passer son budget 2013 ainsi que son plan pluri-annuel de réduction des déficits publics, conformément aux exigences de la troïka technocratique. Malgré les leçons de l’histoire et le fait qu’un quart de la population soit déjà au chômage, la majorité au pouvoir - Nouvelle Démocratie, PASOK et DIMAR - continue à préférer la voie de l’austérité à une sortie de la monnaie unique, d’une dévaluation et d’un défaut, conformément au mandat de juin.

Cependant, la situation politique en Grèce continue de se déteriorer et il est tout sauf évident que la majorité en place tienne jusqu’à la fin de son mandat. En effet, à l’occasion du vote du nouveau budget, elle a perdu deux nouveaux élus, un ancien membre de Nouvelle Démocratie et un autre du DIMAR (parti de gauche qui se place entre le PASOK et le plus radical SYRIZA). Tout ceci n’est pas nouveau puisque la précédente législature avait connu le même phénomène.

Or les sondages ne sont guère favorables aux partisans de l’austérité. SYRIZA est en tête avec 30,5% des voix, devant Nouvelle Démocratie (27%), Aube Dorée (14%), les Grecs Indépendants (7%), le KKE (6,5%), le PASOK et DIMAR (5,5% chacun) sachant que seuls 41% des sondés ont exprimé une préférence. Bref, la coalition au pouvoir ne recueillerait que 38% des suffrages contre 58% pour les partis opposés à l’austérité. Cela sent le roussi pour les plans européens.

Une impasse européenne

mardi 13 novembre 2012

En Grèce, l’Europe créé la torture volontaire, mais vaine


L’histoire sera sans aucun doute extrêmement sévère à l’égard des dirigeants de la Grèce qui ont mené des politiques aussi monstrueuses socialement, pour la chimère de rester dans la monnaie unique européenne. Nouvel exemple avec les énièmes plans d’austérité tout juste votés par le Parlement.

Une austérité absolument vaine



Comme je l’avais annoncé en début d’année lors d’un énième plan de sauvetage (des créanciers du pays et de la monnaie unique, aux frais des contribuables européens et au prix d’un véritable massacre social en Grèce), les hypothèses retenues par les technocrates incompétents de la troïka ne sont pas tenues, comme le montre cruellement ce graphe de The Economist. Pourtant, nul besoin d’être devin pour le prévoir, il suffisait de savoir regarder dans le rétroviseur.

Depuis fin 2009, comme nous avions été nombreux à le prévoir, la cure d’austérité sauvage que s’inflige le pays ne peut pas marcher. Déjà, l’immense régression sociale que cela provoque (taux de chômage record, effondrement du pouvoir d’achat) devrait, à elle-seule, faire réfléchir les dirigeants du pays. Mais cette austérité mortifère parvient même à être contre-productive pour la gestion de la dette et des déficits car, en provoquant un effondrement de la demande, elle fait s’effondrer la base fiscale. Résultat, le déficit ne baisse pas plus à Athènes qu’à Washington depuis 2009 !

Résultat, la dette, qui représentait moins de 130% du PIB en 2009, va s’envoler à 190% du PIB en 2013 ! Et les mesures prises par le parlement grec vont encore aggraver les choses. La loi pluri-annuelle votée mercredi prévoit de nouvelles coupes dans les retraites et les salaires, alors que le pays devrait entrer dans sa 6ème année de récession l’an prochain. Dimanche soir, les députés ont adopté le projet de loi de finance pour 2013 qui prévoit 9 milliards d’économie (environ 4% du PIB, l’équivalent de 80 milliards d’euros sur une seule année à l’échelle de la France !).

Pourquoi un tel crime social ?

samedi 27 octobre 2012

Les conséquences du démontage de l’euro


Mardi 16 octobre, j’ai participé à un dîner-débat organisé par l’Académie du Gaullisme, en compagnie de Jacques Nikonoff, du M’PEP, pour parler des conséquences de la fin de l’euro. Plutôt que de refaire un papier fleuve sur le sujet, je vous propose les vidéos et des liens vers des papiers passés.


Le débat avec Jacques Nikonoff

Tout d’abord, je tiens à remercier l’Académie du Gaullisme et Georges pour l’invitation. Ma boussole politique, c’est le gaullisme et c’est donc un immense honneur de pouvoir intervenir en tant qu’invité, une reconnaissance qui me touche particulièrement. Ensuite, je tiens à remercier le M’PEP, Jacques Nikonoff et Valérie Coignard pour avoir filmé les débats et les avoir mis sur leur site (vous pourrez y trouver tous les échanges), ce qui me permet de mettre ces vidéos en ligne :



Intervention de Laurent PINSOLLE (DLR) au... par M-PEP
Laurent Pinsolle (DLR)- réponse à la salle 2 -... par M-PEP


Pour aller plus loin dans le débat*...

La première vidéo est un exposé d’une demi-heure sur les conséquences du démontage de la monnaie unique. J’y commence par revenir sur études qui prédisent des calamités économiques si cela arrivait pour au contraire démontrer à partir des cas de la Tchécoslovaquie, de l’Argentine et surtout, des travaux de Jonathan Tepper, que l’histoire économique démontre au contraire que la fin d’une union monétaire n’a rien d’exceptionnel puisqu’il y en a eu plus de cent au 20ème siècle.

Je poursuis par une étude plus approfondie des conséquences pratiques de la fin de la monnaie unique : comment cela se passerait-il concrètement ? Quelles seraient les conséquences pour notre taux de change, notre dette, notre inflation ? Vous pourrez retrouver des compléments à mon exposé dans ma série sur la faillite de l’euro (partie 1, partie 2, partie 3, partie 4) mais aussi dans le résumé du livre de Sapir sur le sujet (partie 1 et partie 2) ou du dernier livre de Paul Krugman.

Enfin, vous trouverez dans une seconde vidéo, une brève présentation du visage que pourrait prendre l’Europe demain, basé sur une série de papiers publiés sur mon ancien blog : « Une autre Europe pourquoi ? », « Une autre Europe, en-a-t-on seulement besoin ? », « Une autre Europe, ma contribution », « Une autre Europe, comment y arriver ? ». J’y traite également de la capacité pour les pays à mener des politiques différentes et notamment protectionnistes, en m’appuyant sur les exemples de la Malaisie, de l’Argentine, du Brésil ou de la Corée du Sud.


* il vous suffit de cliquer sur les liens qui renvoient à des articles plus détaillés

mardi 7 août 2012

La faille du modèle argentin


Depuis deux ans, j’ai souvent pris l’exemple de l’Argentine pour démontrer l’intérêt mais aussi la possibilité d’une sortie d’une union monétaire comme de la mise en place d’une véritable politique protectionniste. Mais le modèle économique de Buenos Aires comporte aussi des zones d’ombre.

L’essouflement d’un modèle ?

Le principal problème de l’économie argentine est la persistance d’une forte inflation. Officiellement, elle reste sous les 10% par an, mais dans la réalité, comme le souligne The Economist, qui publie un indice alternatif, elle est sans doute au-delà de 20% par an, ce que confirme ce papier de Régis Soubrouillard, de Marianne. Depuis, les signaux se multiplient puisque l’économie argentine se serait repliée en mai 2012, pour la première fois depuis juillet 2009.

Régis Soubrouillard reprend les propos du ministre de l’économie de 2002 à 2005, Roberto Lavagna, celui a organisé la fin du lien avec le dollar, le défaut et l’incroyable croissance du pays (8% par an de 2003 à 2011, sauf en 2009). L’institut EcoLatina, qu’il a fondé, affirme que « l’inflation ne cède pas, la tension sur le marché de change persiste, la situation financière se déteriore et les réserves internationales n’ont pas augmenté. Une tendance à la stagnation est réellement palpable ».

Il faut dire qu’une inflation à deux chiffres pose de gros problèmes car elle peut engendrer une course entre prix et salaires où il n’est pas évident que les les seconds suivent les premiers, provoquant alors de fortes pertes de pouvoir d’achat. En outre, cela ne créé pas forcément un climat favorable à l’investissement si les taux d’interêts sont élevés, pénalisant alors le niveau de croissance et d’emploi. Néanmoins, cela n’a pas été le cas pour l’Argentine depuis dix ans.

Buenos Aires reste une source d’inspiration

lundi 6 août 2012

Où commencera le démontage de l’euro : Athènes, Madrid, Rome ?


Bien sûr, pour l’instant, ces pays seraient plutôt partants pour une évolution fédérale où l’Allemagne leur apporterait une solidarité financière et la BCE interviendrait pour les aider. Mais avec le refus des créditeurs d’accorder plus d’argent, l’explosion de la zone euro devrait venir du Sud.

L’impasse de l’austérité sauvage

L’impasse dans laquelle se trouve la zone euro est une combinaison de pays créditeurs qui veulent retrouver l’argent qu’ils ont prêté et, qui, dans la crainte d’en perdre une partie, refusent absolument tout crédit supplémentaire aux pays en difficultés. Du coup, ils imposent aux pays débiteurs une austérité sauvage pour essayer de retrouver au plus vite l’argent qu’ils ont avancé. Les pays débiteurs suivent globalement les recommendations de la troïka et les peuples acceptent.

Mais cette stratégie est totalement suicidaire. Comme on le voit à Madrid et Athènes, les coupes drastiques dans les budgets publics et les baisses de salaires sont vouées à l’échec. En effet,  en déprimant la demande globale, elles provoquent une récession économique qui annule en bonne partie les efforts de baisse de dépenses, qui sont compensés par une baisse des recettes fiscales. D’où la réduction très lente des déficits et le fait que les objectifs ne soient pas tenus.

De la soumission à la rébellion

Pour l’instant, les peuples du Sud de l’Europe acceptent cette austérité sauvage car ils ne souhaitent pas mordre la main européenne qui les a tant aidés, ni quitter une monnaie unique, signe illusoire de progrès. Cette acceptation de la torture économique, parfaitement prévisible (comme je l’avais écrit dès 2010), a été malheureusement confirmée par la vctoire de la droite en Grèce, même s’il faut noter que la révolte des peuples contre les plans d’austérité ne cesse de gagner du terrain.

En effet, il y a un moment où les peuples vont finir par refuser cette austérité sauvage qui provoque une immense régression sociale sans même véritablement résoudre les problèmes financiers de leur pays. A quoi bon ces programmes d’ajustement s’il faut sans cesse de nouveaux programmes. En juin, les Grecs ont failli renverser la table et nul doute que la prochaine élection devrait amener au pouvoir des opposants aux mémorandums. L’Espagne et l’Italie pourraient suivre le même chemin.

L’impasse créditeurs / débiteurs

vendredi 18 mai 2012

Grèce : la bêtise effarante du Monde


C’est dans un éditorial stupéfiant de bêtise que Le Monde a essayé une nouvelle fois de faire peur au sujet de la probable sortie de la Grèce de la monnaie unique. Comment ce journal, qui se dit de référence, peut se laisser aller à une telle démagogie ?

Une mauvaise foi extraordinaire

Le dernier paragraphe affirme « Pour les Grecs, ce (la sortie de l’euro) serait une tragédie pire encore que celle qu’ils vivent. Ils n’ont guère à attendre du retour à la drachme, qui, même dévaluée de 50%, n’améliorerait pas leurs comptes extérieurs pour une raison simple : la Grèce n’a rien à exporter. Le niveau de vie ne tomberait pas de 10 à 20% comme aujourd’hui, mais de 50%. Le pays a besoin d’investissements pas d’une dévaluation compétitive ».

Le Monde aurait voulu illustrer mon papier de mardi sur la gauche sectaire qu’il n’aurait pas fait autrement. Voici un journal supposé sérieux qui commet un éditorial digne d’un gamin euro béat qui ne connaîtrait rien à l’économie. Le quotidien vespéral affirme donc qu’une dévaluation de 50% de la drachme provoquerait une baisse du pouvoir d’achat de 50%, ce qui serait le cas si la Grèce importait 100% de son PIB. Mais, selon l’OCDE, les importations pèsent 20% du PIB.

Bien sûr, le pouvoir d’achat baisserait de 50% sur les importations, mais rapporté à la structure économique du pays, cela représente une perte de 10% du pouvoir d’achat. En outre, si la Grèce importe deux fois plus qu’elle n’exporte, cela indique tout de même que le pays a des choses à exporter justement (10% de son PIB), dont les ventes s’envoleraient en cas de dévaluation de la drachme. Idem pour le tourisme (16% du PIB), qui profiterait très largement d’une sortie de l’euro.

Une mauvaise analyse du problème

vendredi 2 mars 2012

La BCE, antidémocratique et irresponsable


Cette semaine, la BCE vient de prêter plus de 500 milliards à des banques privées sans que cela provoque le moindre début de débat. Pourtant, de telles décisions devraient être soumises à un contrôle démocratique, d’autant plus que la gestion de la BCE est hautement critiquable.

Entre monétarisme et casino

D’un côté, la BCE est parfois dogmatiquement monétariste. Lors de la crise de 2008, elle a vraiment tardé pour baisser ses taux, contrairement à la Fed, allant même jusqu’à les monter en plein début de crise, alors que son équivalent étasunien les avait déjà baissé de 3 points. Cela avait propulsé l’euro à 1,6 dollar, faisant rentrer l’économie européenne en récession un trimestre avant les Etats-Unis. Et elle a répété son erreur en montant ses taux le printemps dernier.

vendredi 3 février 2012

La Grèce a besoin de sortir de l’euro


Cette année sera la quatrième année de récession en Grèce. Le taux de chômage approche les 20%. Les plans actuels semblent davantage accentuer le mal que le soigner. Pourtant, les dirigeants européens persistent à ne pas étudier sérieusement la seule solution viable, une sortie de l’euro.

L’horreur économique à Athènes

On mesure sans doute mal l’immense régression sociale imposée aux Grecs. Cet article de Presseurop décrit bien une partie des conséquences des plans d’austérité imposés sans discontinuer depuis deux ans. Deux blogs, greekcrisis et Yanis Varoufakis montrent à quel point la population souffre de cette politique mortifère : chômage, perte de pouvoir d’achat, suicide, départ d’une partie de la jeunesse. La saignée qui est imposée pour rester dans l’euro est inhumaine.

mercredi 18 janvier 2012

Peut-on débattre du protectionnisme sereinement ?

Après le papier de Philippe Cohen et Philippe Murer sur « les 10 erreurs du professeur Delhommais », Marianne 2 vient de publier un papier de l’Hérétique dénonçant « l’autarcie ou le protectionnisme selon Marine Le Pen », signe que le débat reste difficile.

Le protectionnisme, ce n’est pas l’autarcie

Pour L’Hérétique, les choses sont simples : « enlevez la facture pétrolière, et la France devient tout de suite excédentaire (…) Si on s’amuse à faire joujou avec nos taxes, les autres en feront autant ». En fait, pour lui, « il n’y a pas de bon protectionnisme » et « celui que Marine Le Pen a choisi est le pire, parce qu’il nous conduit à l’autarcie. L’autarcie, on a vu ce que cela donnait avec Ceausescu ou encore la Corée du Nord », avant d’évoquer l’Allemagne nazie !


samedi 17 décembre 2011

La peur, dernier rempart de l’euro ?


L’institut néolibéral Montaigne a frappé les esprits en publiant une « étude » affirmant que la sortie de l’euro provoquerait une catastrophe économique, qui enverrait pas moins d’un million de Français au chômage. C’est sans doute le dernier moyen pour défendre la monnaie unique dans l’opinion.

L’euro ou le chaos

Il y a encore un an, les partisans de la monnaie unique affirmaient de manière péremptoire que la monnaie unique nous protégeait. Mais devant l’évidence que l’euro ne nous protège ni des récessions ni de la spéculation, ils ont du se retrancher au printemps dernier dans une autre rhétorique, moins facilement attaquable, en affirmant que la sortie de l’euro provoquerait une grave dépression économique, une envolée du chômage et un défaut sur les dettes.

vendredi 16 décembre 2011

L’Argentine est bel et bien un exemple pour la Grèce


Il y a un an, j’écrivais que la Grèce prenait le chemin de l’Argentine. Malheureusement, Athènes reste bloquée dans la phase d’austérité qui avait précédé la libération du lien avec le dollar. Un article du Monde a récemment étudié « les ressemblances et les dissemblances » entre les deux cas.

Des points de convergence

Tout d’abord, il faut reconnaître que Clément Lacombe présente le cas argentin avec précision et honnêteté, ce qui n’est pas courant dans l’évocation de cet exemple dans le cadre du débat sur la monnaie unique. Il explique que le pays est entré en récession dès 1998, bien avant la fin du peg du peso avec le dollar. En somme, il accrédite le fait qu’une monnaie trop chère pour une économie peut plonger cette dernière dans une grave dépression économique, comme la Grèce aujourd’hui.

dimanche 13 novembre 2011

Après l’euro (2/2)


Aujourd’hui, un peu plus de 30% des Français sont favorables au retour aux monnaies nationales. Il faut dire que les prévisions catastrophistes sans cesse martelées peuvent faire préférer un avenir sombre mais prévisible aux incertitudes du retour au franc. Réponses aux principales questions.

Est-il possible de sortir de la monnaie unique ?

En effet, rien n’est prévu dans les traités européens pour décrire comment un pays pourrait sortir de la monnaie unique. Cependant, il faut noter que 10 pays de l’UE sur 27 ont toujours leur monnaie nationale pour constater qu’il est parfaitement possible de rester dans l’UE sans avoir l’euro (la question de savoir quelle UE étant un autre débat). En outre, un économiste m’expliquait que l’absence de texte, loin d’empêcher la sortie, la faciliter car tout est possible.