mardi 16 juin 2015

La Grèce et la zone euro entre bluff et chantage




Qui a le plus peur de l’autre ?

La situation actuelle est extrêmement complexe. Pour pouvoir faire céder l’autre partie, il faut apparaître plus résolu, et même prêt à assumer une rupture. Mais personne ne sait si l’Union Européenne est véritablement prête à laisser Athènes sortir de la zone euro et faire défaut plutôt que céder à ses demandes : après tout, la sortie pourrait enclencher le processus de démantèlement de cette construction européenne. Mais de l’autre côté, Tsipras est-il véritablement prêt à quitter la zone euro plutôt que de céder aux diktats de la troïka ? Du coup, difficile de savoir si les fuites concernant une préparation d’un défaut grec représentent une véritable préparation ou une posture destinée à faire peur à Athènes.

Le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, a affirmé que l’UE bluffe en affirmant « ne pas croire que les partenaires européens de la Grèce laisseront son pays sortir de la zone euro ». Et si les dirigeants européens ne étaient pas prêts à laisser tomber une carte de leur château ? Il a affirmé qu’il ne « pense pas qu’il y ait un seul responsable européen sensé qui souhaite prendre ce risque » et a dit espérer que l’UE et le FMI bluffaient dans les négociations. Mais, les discussions démarrées samedi dernier n’ont pas abouti puisque les négociateurs des deux parties se sont séparés dimanche. Elles doivent reprendre jeudi, lors de la réunion des ministres des Finances de la zone euro.

Le chantage de la zone euro

Pourtant, la Grèce fasse beaucoup de propositions. Samedi, Yanis Varoufakis a proposé que le MES fasse un prêt de trente ans à 1,5% à la Grèce et rachète pour 27 milliards d’euros de bons du Trésor Grecs. Et pour augmenter son excédent primaire, Athènes a proposé dimanche toute une batterie de mesures, entre une refonte de la TVA qui devrait rapporter 1,4 milliards, une taxe sur les bénéfices des entreprises, une hausse de l’impôt sur la solidarité, centrée sur les revenus supérieurs à 100 000 euros par an, une baisse des dépenses militaires et une limitation des pré-retraites. Athènes cède à ses créanciers avec un excédent primaire de 0,75% en 2015 et près de 2% en 2016.

Pourtant, la troïka a refusé ces propositions, les jugeant insuffisantes et réclamant un effort supplémentaire d’un point de PIB ainsi que de nouvelles coupes dans les retraites. Pour une source gouvernementale citée par le Monde, « la volonté de nos créanciers d’insister sur de nouvelles coupes dans les retraites est totalement idéologique et nous ne pouvons pas l’accepter ». Pour Alexis Tsipras, cela « sert un dessein politique. Nous allons attendre patiemment que les créanciers accèdent au réalisme ». La troïka semble être rentrée dans une logique fondamentaliste et antisociale en réclamant de nouvelles coupes dans les retraites. Ce faisant, elle semble également souhaiter humilier Athènes.


Dans quelques jours, nous saurons si une des parties bluffait. Nous saurons aussi si Syriza donne la priorité au mandat que les Grecs lui ont donné sur la peur d’être seul. Et même si les technocrates tortionnaires cédaient, Athènes aurait intérêt à partir de la zone euro pour définitivement briser ses chaines.

12 commentaires:

  1. Quelle naïveté européiste ont les dirigeants grecs ! Ils croient pouvoir négocier quoique ce soit alors tous les dirigeants de l'UE leur ont bien fait savoir dès le début que la seule chose négociable c'est le programme sur lequel ils ont été élus et donc qu'ils sont priés d'y renoncer. Juncker a bien dit que les traités européens sont supérieurs à tel ou tel vote démocratique.
    Cinq mois de "négociations" pour un résultat couru d'avance !
    Alors qu'attendent-ils pour rompre?

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  2. "Athènes aurait intérêt à partir de la zone euro pour définitivement briser ses chaines."

    Athènes pourrait trouver des chaines bien plus lourdes en quittant l'Euro.

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    1. Quasiment toute les vieux pays de EU auraient interet a partir de la zone euro, pour se reindustrialiser.Bien sur l'Allemagne et son domaine des pays de l'est souffrirai du DM a 2USD et a 2 Francs, plus de boom d'exportation (vers le monde et vers le reste de la zone Euro) pour les teutons.

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    2. Les pays de l'Est exportateurs vers l'Allemagne ne sont pas dans l'Euro...

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  3. Même Quatremer critique :

    http://www.liberation.fr/monde/2015/06/15/le-fmi-nuit-aux-negociations-sur-la-grece_1330326

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  4. La critique de Quatremer, sur le FMI, qui a en commun avec le gouvernement grec de vouloir restructurer la dette publique grecque, me parait peu pertinente. Lire plutôt l’article de Romaric Godin : « Grèce : la division des créanciers conduit à l'échec des discussions » pour avoir une meilleure vue de la question :

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-comment-la-division-des-creanciers-conduit-a-l-echec-des-discussions-484111.html

    Extraits :

    « Dès lors que l'option de la restructuration était écartée par les Européens, le FMI n'avait qu'un souci : assurer le paiement de ses échéances. Et pour cela, il lui faut assurer à la fois des excédents primaires suffisants, une baisse « structurelle » des dépenses publiques et une hausse « structurelle » des recettes. D'où son insistance sur les retraites et la TVA. Sans vraie restructuration de la dette, le poids des remboursements pesant sur le budget grec est nécessairement lourd… »

    « L'institution de Washington est désormais dans la situation de l'investisseur qui préfère « prendre ses pertes » en cas de crise boursière. Et est donc prête à assumer un défaut. »

    Ce qui serait insensé c'est de continuer à débloquer des crédits pour la Grèce alors que la dette de ce pays n’est plus viable en l’absence de restructuration ou d’une austérité énorme pour tenter de la rendre viable qui serait de toute façon appelée à échouer.

    Miracle à Reykjavik : comment l'Islande s’est sortie de la crise en faisant tout l’inverse des autres :

    Pour le premier ministre islandais, Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, le renouveau économique de son pays a une cause précise : "Ce qui nous a permis de nous sortir de la crise financière et de nous ramener là où nous en sommes aujourd’hui est d’avoir notre propre monnaie et d’avoir le contrôle sur notre politique économique et monétaire, ainsi que sur nos ressources naturelles. Les options grecques sont nettement plus limitées, en tant que membre de la zone euro". Lire l'article complet :

    http://www.atlantico.fr/decryptage/miracle-reykjavik-comment-islande-est-sortie-crise-en-faisant-tout-inverse-autres-nicolas-goetzmann-2196384.html#GAJl1E8dKYkPoSUQ.99

    Saul


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  5. "sortir de l'euro ou mourir à petit feu" Alain Cotta nous a clairement exposé le dilemme il y a déjà plusieurs années. La Grèce est la plus avancée dans ce processus (en nous faisant voir que mourir à petit feu n'a rien de gai), mais les autres pays y passeront aussi. Quand allons-nous avoir en France le débat sur la sortie de l'euro? ça devient urgent.

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  6. @ Anonymes

    On verra bien dans deux semaines. Les chaines de l’euro sont bien plus lourdes : pas d’ajustement du taux de change au sein de l’Europe, pas de maitrise de la politique monétaire.

    @ Saul

    Merci pour ce lien

    @ Jacques

    J’essaie de le porter depuis 5 ans et demi (mon premier papier sur la sortie de la Grèce de la monnaie unique date de fin 2009)

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  7. Le résultat de ce bras de fer est extrêmement important pour nous, Français, car nous pouvons être sûrs - j'en prends le pari - que les Grecs seront les premiers d'une longue liste et nous suivrons. Un jour ou l'autre. Bientôt.

    DemOs

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  8. A lire sur le site d'Olivier Berruyer (lescrises.fr).
    Extraits : "Selon la Süddeutsche Zeitung, les créanciers prépareraient un plan “à la chypriote” pour la Grèce en cas de défaut. Un moyen de faire pression sur le gouvernement hellénique qui demeure risqué...... Les créanciers ne cherchent plus réellement à trouver un accord. Ils jouent désormais le coup d’après, celui qui suivra le défaut du 30 juin."
    Merci à Olivier Berruyer. Et bravo aux crétins de l'UE qui passent à la vitesse supérieure.

    DemOs

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  9. Grèce : « le Comité pour la vérité sur la dette publique » a commencé à présenter son rapport au parlement grec.

    Jeudi 18 juin, le Comité présentera l'intégralité de son rapport au parlement grec.

    Lisez cet article :

    La dette grecque est illégale, illégitime et odieuse selon le rapport préliminaire du Comité sur la dette.

    Les preuves présentées dans le rapport indiqueraient que la dette issue des plans d’austérité est une violation directe des droits fondamentaux de l’homme. Le comité serait arrivé à la conclusion que la Grèce ne devrait pas payer cette dette parce qu’elle est illégale, illégitime et odieuse.

    Eric Toussaint présentant un document du FMI qui prouve que le fonds savait que ses mesures augmenteraient la dette grecque.

    Le comité sur la vérité sur la dette publique grecque présente aujourd'hui et demain ses premières conclusions. Le rapport sera officiellement publié demain vers 16h. Composé de 9 chapitres, le rapport conclut, sans vraiment beaucoup de surprise, que la dette grecque est en grande partie illégale, illégitime et odieuse.

    Ce rapport préliminaire présente une cartographie des problèmes et des questions clés liées à la dette publique grecque, et fait état des violations juridiques associées ; il retrace également les fondements juridiques sur lesquels peut se fonder la suspension unilatérale des paiements de la dette.

    Les résultats sont présentés en neuf chapitres structurés comme suit :

    http://www.okeanews.fr/20150617-la-dette-grecque-illegale-illegitime-et-odieuse-selon-le-rapport-preliminaire-du-comite-sur-la-dette

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  10. En Grèce, le bank run s'accélère.

    Jeudi 18 juin 2015 :

    Les retraits des banques grecques s'accélèrent.

    Les retraits des banques grecques s'accélèrent depuis le blocage le week-end dernier des négociations entre Athènes et ses créanciers, a-t-on appris jeudi de sources bancaires.

    Les déposants ont retiré deux milliards d'euros sur les trois premiers jours de la semaine, soit environ 1,5% du montant total des comptes des banques du pays, qui s'élevait à 133,6 milliards d'euros fin avril, ont précisé les sources.

    http://www.challenges.fr/entreprise/20150618.REU9136/les-retraits-des-banques-grecques-s-accelerent.html

    Conséquence de ce bank run : les banques grecques sont en faillite.

    Vendredi 19 juin 2015, vers 8 heures du matin :

    ALERTE – Grèce : réunion d'urgence vendredi à la BCE pour accroître les financements aux banques.

    Le conseil des gouverneurs de la BCE doit tenir une conférence exceptionnelle ce vendredi pour discuter d'un possible relèvement des financements d'urgence (ELA) aux banques grecques, ont déclaré à l'AFP plusieurs sources européennes.

    Cette conférence, organisée par téléphone à la demande de la Banque de Grèce, est programmée vers midi (10H00 GMT), ont fait savoir ces sources qui ont demandé à ne pas être identifiées.

    Cette demande intervient alors que les retraits bancaires en Grèce se sont accélérés ces derniers jours.

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