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dimanche 17 janvier 2016

In Memorian Bernard Maris : Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus


Il y a un an Bernard Maris tombait sous les balles des fanatiques. Quinze ans plus tôt il avait publié ce qui constitua dans mon apprentissage personnel de l'économie comme un ouvrage de référence : "Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles". Cet ouvrage, bref, concis, limpide, incisif, acheva de me dessiller sur l'imposture de la pensée dominante qui pourtant gouverne une bonne part des décisions économiques depuis quatre décennies. J'en remets donc ici mes notes de lectures.
Ciao Oncle Bernard. Tu nous manques.

mercredi 30 juillet 2014

Un pas vers la fin de l’hégémonie du dollar ?

C’est un évènement passé un peu inaperçu, mais qui représente pourtant potentiellement une avancée majeure dans la remise en cause de la suprématie monétaire étasunienne : la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie ont monté une banque concurrente du FMI dotée de 100 milliards de dollars.

 

Une remise en cause de l’impérialisme étasunien

« Le dollar, c’est notre monnaie mais c’est votre problème » : c’est par cette phrase que le secrétaire d’Etat au Trésor de Richard Nixon, John Connally aurait accueilli une délégation européenne inquiète des fluctuations du dollar depuis que l’administration étasunienne avait décidé de le laisser flotter. Il faut dire que, comme le rapporte Michel Aglietta dans la Tribune, le statut du billet vert est ambigu : à la fois monnaie d’un pays mais aussi principale monnaie des échanges internationaux, capitaux comme biens. Keynes avait promu une autre organisation (avec le bancor) au sortir de la guerre, mais Washington n’était guère partageur et avait préféré capitaliser sur sa domination du moment pour pousser à la mise en place d’un système monétaire à son avantage.

La réforme du Système Monétaire International est un serpent de mer depuis les évènements du début des années 1970. L’euro a logiquement échoué dans sa remise en cause du dollar comme la monnaie des échanges internationaux. Les Etats-Unis bloquent toute réforme du FMI qui remettrait en cause leur suprématie (donnant de facto un droit de regard à Washington sur tout plan du FMI). Mais l’absence de prise en compte du poids grandissant des pays émergents (les BRICS cumulent 10% des droits de vote pour 24% du PIB) a fini par les pousser à créer cette Nouvelle Banque de Développement, dotée de 100 milliards de dollars, basée en Chine et présidée par un Indien, une décision qui pourrait préfigurer un nouvel ordre monétaire.

Vers un nouvel ordre monétaire


mardi 21 janvier 2014

Les très faibles rendements de l’austérité


La semaine dernière, Bercy a annoncé une nouvelle révision à la hausse du déficit pour l’année 2013 : 75 milliards d’euros, au lieu des 72 prévus… en novembre, et 61,5 au budget initial ! Un nouvel indice démontrant que la politique suivie par le PS (mais aussi l’UMP avant) est un échec.



Un déficit 2013 bien plus haut que prévu

Jacques Sapir avait prévenu le gouvernement à l’automne 2012 et il faut bien constater que ses prévisions étaient particulièrement bien vues. Il annonçait que la cure d’austérité allait casser la croissance en 2013 et que cela conduirait à des révisions à la hausse du déficit, au-delà de 3,5% du PIB. Il faut rappeler ici que le déficit public a atteint 87 milliards en 2012. Initialement lié par la promesse de le descendre à 3% du PIB, le gouvernement avait mis en place un plan d’austérité de 30 milliards, pour le réduire à 61,5 milliards en 2013, escomptant une augmentation des recettes de plus de 14 milliards.

Las, les recettes fiscales ont progressé d’à peine 1,5 milliards car ce qui a été gagné sur l’augmentation des impôts a été perdu par l’affaiblissement économique. Résultat, le déficit baisse seulement de 12 milliards, de 87 à 75 milliards. En clair, le rendement du plan d’austérité a été à peine de 40%. En 2013, quand l’Etat économise 10 milliards, le déficit ne baisse que de 4 milliards car il en perd 6 de recettes dans le processus, du fait de la réduction de la croissance. Le gouvernement a tenu les dépenses, qui ont progressé de 1,3 milliards, soit 0,4%, moins que l’inflation, ou que les 4,7 milliards prévus.

Persistance dans l’erreur

lundi 28 octobre 2013

François Lenglet prédit la fin de la mondialisation


Outre une analyse intéressante, mais assez classique pour ceux qui ont lu les résumés des livres que je chronique, l’intérêt du livre réside, outre sa facilité de lecture, dans une analyse originale et cultivée des cycles économiques démontrant que le recul de la mondialisation devrait être pour demain.



La théorie des cycles liberté / protection

François Lenglet développe une théorie passionnante sur des « cycles économiques de 70 à 80 ans, avec deux phases bien distinctes, ponctuées l’une et l’autre par des crises. Et tout d’abord une phase où le désir de liberté triomphe ». Pour lui, cette phase, caractérisée par un abaissement des frontières, donne la main aux riches, et donc aux prêteurs. Le consommateur l’emporte sur le producteur. L’Etat s’endette et le système financier gonfle : « le prix des actifs progressent plus vite que les revenus, augmentant les inégalités entre les détenteurs de patrimoine et les autres ».

Puis, suite à un krach, c’est le désir de protection qui l’emporte, dominé par les classes moyennes, le producteur et l’emprunteur. Il s’agit d’une phase protectionniste, où « la finance est tenue en laisse ». Après quelques décennies, « l’excès de contraintes sclérose l’économie, la crise revient, réveillant le désir de liberté ». Pour lui, les débuts de chaque cycle sont bénéfiques, parce qu’ils sont tempérés, mais au fil du temps, la situation se déteriore et l’on tombe dans des excès (de liberté pour l’un, de contraintes pour l’autre). Il dénonce aujourd’hui le dévoiement du libéralisme par la finance, au détriment de l’économie productive. Il souligne que la durée de ces cycles fait que les personnes qui ont vécu le cycle précédent ne sont pas là, ce qui fait que l’humanité répète les mêmes erreurs.

Il nous conte alors une histoire fascinante de l’économie depuis le 15ème siècle, illustrant sa théorie. Il cite un écrit de Keynes assez stupéfiant de modernité : « Quel extraordinaire épisode du progrès économique de l’homme cette époque qui prit fin en août 1914 ! (…) Un habitant de Londres pouvait, en dégustant son thé du matin, commander, par téléphone, les produits variés de toute la terre en telle quantité qui lui convenait et s’attendre à les voir bientôt déposés devant sa porte ».

Pour lui, nous vivons actuellement le requiem d’un cycle libéral, dont les racines remontent à 1968, et dont la base est la génération du baby boom. La prise de pouvoir des libéraux commence en 1979, avec l’élection de Margaret Thatcher et la victoire temporaire de Friedman, « partisan de la concurrence, des privatisations, de la lutte contre l’inflation (…) et la suppression des entraves frontalières » sur Keynes « qui militait pour la réglementation, le rôle de l’Etat, le soutien à l’économie nationale, la monnaie asservie à la croissance ». Il note l’ironie qu’il y a à constater que la Chine a démarré ses réformes libérales au même moment, en 1978. Il souligne le rôle des circonstances, avec l’effondrement du communisme.

Le point d’inflexion est-il atteint ?

samedi 17 août 2013

Une histoire de la pauvreté


C’est un article absolument passionnant de The Economist sur l’évolution du jugement porté sur la pauvreté, à partir des travaux d’un professeur de l’université de Georgetown, qui fait un historique de la manière dont la pauvreté était jugée dans nos sociétés depuis un demi-millénaire.



Du pré-darwinisme ou post-darwinisme

Comme le rapporte The Economist, en Europe, du 16ème au 18ème siècle, « la pauvreté était vue comme socialement utile » parce que cela « assurerait la disponibilité d’une main d’œuvre abondante et bon marché ». Bernard de Mandeville, un économiste du 18ème siècle, jugeait « manifeste, que dans une nation libre où les esclaves ne sont pas autorisés, la plus grande richesse consiste dans une multitude de pauvres travailleurs ». Malgré tout, des lois furent passées, mais uniquement pour les protéger de la famine, mais en aucun cas de les faire sortir de leur condition initiale.

C’est un paradoxe, mais c’est Adam Smith qui a été un des premiers à vouloir aider les pauvres en se faisant le défenseur d’une imposition redistributive : « les riches doivent contribuer à la dépense publique, non seulement en proportion de leurs revenus, mais d’une manière supérieure à simplement dans cette proportion ». Tout ceci rappelle Tocqueville qui disait que « préoccupés du seul soin de faire fortune, les hommes n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous », ce qui montre que le libéralisme se souciait des inégalités.

Vers la lutte contre la pauvreté

vendredi 31 mai 2013

Jacques Sapir et Frédéric Lordon imaginent l’après-euro


Au Portugal, « Cinquante nuances de gris » a été remplacé en haut des meilleures ventes de livres par « Pourquoi nous devons quitter l’euro ». Alors que les rangs des partisans de cette idée grandissent tous les jours, Jacques Sapir et Frédéric Lordon nous éclairent sur l’après.



Progrès dans la bataille des idées

En France, les idées progressent lentement du fait de l’incompétence de la principale avocate choisie par les médias, Marine Le Pen. Cependant, nous gagnons du terrain, comme le montrait cette tribune du Monde en mars ou cette interview de Philippe Villin. En Europe, l’idée ne cesse de progresser. Déjà, en Italie, même si cela ne s’est pas traduit au niveau de la formation du nouveau gouvernement, une majorité de la population a voté pour des partis très critiques à l’égard de l’Europe, dont notamment le parti de Beppe Grillo, qui appelait ouvertement à une sortie de la monnaie unique.

En Allemagne, le parti Alternative für Deutscheland rencontre un immense succès et a déjà rassemblé treize mille adhérents sur la promesse d’un retour au deutsche mark, très populaire en Allemagne. Toujours en Allemagne, Oskar Lafontaine, ancien président du SPD, a appelé à son démontage. Enfin, au Portugal, la question s’est invitée dans le débat avec la sortie le livre de Joao Fereira do Amaral, pour qui « nous devons réaliser que l’euro n’est tout simplement pas adapté au Portugal ».

Les scénarios de Jacques Sapir

Après avoir déjà chiffré le coût technique de sortie de la monnaie unique entre 300 et 700 millions d’euros fin 2012, Jacques Sapir avait écrit un scénario de sortie de la monnaie unique. Dans un nouveau papier, il en établit deux nouveaux : un scénario non coopératif et un hypercoopératif. Dans le premier, il prévoyait que le mark s’établisse à 1,495 dollars, contre 1,04 pour le franc, 0,975 pour la lire, 0,910 pour la peseta et 0,650 pour la drachme, des chiffres cohérents avec l’analyse de la Deutsche Bank.

Dans le scénario non coopératif, les écarts sont plus grands alors que dans le scénario hypercoopératif (qui aboutirait à la constitution de deux euros), ils le sont moins. L’impact sur la croissance est similaire et un peu inférieur pour le scénario non coopératif. L’impact sur l’inflation est plus différent (pointe à 5% pour le non coopératif, 3,8% pour le coopératif, 3,6% pour l’hyper-coopératif) mais les chiffres se rejoignent dès la 3ème année. Il conclut en montrant que l’Espagne et l’Italie ont sans doute intérêt à un scénario non coopératif, qui maximise le gain de croissance par une plus forte dévaluation.

La monnaie commune vue par Frédéric Lordon

dimanche 19 mai 2013

Olivier Berruyer décrypte les raisons de la crise


Après avoir fourni une description extrêmement fouillée des caractéristiques de la crise, Olivier Berruyer poursuit son livre par une analyse des ressorts de cette crise du néolibéralisme, dénonçant le laisser-faire et les excès de la finance.

La dénonciation du « laisser-fairisme intégral »

Olivier Berruyer commence son livre en dénonçant la pensée laisser-fairiste, citant Alain Minc, qui affirmait en octobre 2008, que « la crise est grotesquement psychologique ». Même s’il est féru de chiffres, il souligne que l’économie est une science sociale. Il résume la crise actuelle d’une manière synthétique et juste : « nous avons transformé notre système économique en un système qui privilégie le court terme au détriment du long terme, l’intérêt individuel au détriment de l’intérêt collectif, la liberté absolue au détriment de l’égalité et de la fraternité ». Comme d’autres, il souligne que cette crise est une répétition de celle des années 1930 mais que nous n’avons pas, cette fois, l’excuse de la première fois…



Il rappelle le rôle des chocs pétroliers et de l’échec des expériences communistes en Russie et en Chine dans la la victoire idéologique des néolibéraux à la fin des années 1970, autour de deux croyances : le monétarisme et le libre-marché, par opposition à l’Etat et à la planification. Mais pour lui, c’est « le retour de Cro-Magnon et sa massue ». Il souligne que la période de forte régulation bancaire avait  permis d’éviter les crises, comme l’ont montré Reinhart et Rogoff. Il rappelle que selon l’indice de libéralisation financière du FMI, c’est le gouvernement Fabius, qui a, de très loin, le plus libéralisé notre pays. Il rappelle que selon un sondage Ifop, les électeurs de François Hollande étaient paradoxalement les moins enclins à réclamer plus de protection vis-à-vis de la mondialisation.

Il cite une lettre de 1941 de Maurice Allais : « si donc l’on considère que la liberté économique est le fondement essentiel du progrès, si l’on veut la conserver comme principe de base de l’organisation économique, il faut créer le cadre juridique dans lequel cette liberté ne puisse avoir que des effets bienfaisants et non mener au désordre comme l’on a trop souvent vu dans ces dernières années ». En 2002, notre « prix Nobel d’économie » soutenait que « une société libérale et humaniste ne saurait s’identifier à une société laxiste, laisser-fairiste, pervertie, manipulée ou aveugle. La confusion du socialisme et du collectivisme est tout aussi funeste ». Il cite Joseph Stiglitz, pour qui « l’une des raisons pour lesquelles la main invisible est invisible, c’est peut-être qu’elle n’existe pas ».

De manière très intéressante, il souligne que la situation de monopole du capitalisme (avec la chute du communisme) lui a été préjudiciable, le transformant en culte idolâtre qui ne doit pas être remis en cause. Il cite Keynes pour qui « le capitalisme est cette croyance stupéfiante que les pires des hommes feront les pires choses pour le plus grand bien de tout le monde ». Il dénonce la prétention scientifique des néolibéraux. Lucidement, il écrit : « ayant eu besoin d’abolir les frontières pour se libérer de la tutelle des Etats, l’ultralibéralisme a aussi repris à son compte dans le concept de mondialisation la vieille utopie internationaliste qui était si chère au mouvement ouvrier ». Il cite Maurice Allais, qui, en 1943, affirmait que « la concurrence est naturellement malfaisante. Elle devient bienfaisante lorsqu’elle s’exerce dans le cadre juridique qui la plie aux exigences de l’optimum du rendement social ».

Les excès de la finance et de la mondialisation

lundi 29 avril 2013

Asie et Amérique protectionnistes contre Europe offerte


Bloquée dans son dogme de l’anarchie commerciale, la Commission Européenne multiplie les initiatives pour signer des accords de libre-échange. Après la Corée du Sud, elle travaille sur un traité transatlantique et un autre avec le Japon, que les constructeurs européens dénoncent.



L’Europe bêtement et dogmatiquement offerte

Dans sa furie libre-échangiste, les commissaires européens continuent à ouvrir à marche forcée les marchés européens. Outre l’accord avec les Etats-Unis, ce mois-ci vont commencer des négociations avec le Japon. Mais les constructeurs automobiles européens ne semblent guère enthousiastes : « s’ils soutiennent les accords commerciaux qui sont équitables, qui donnent la possibilité d’exporter, un accord favoriserait sans doute les constructeurs japonais aux conditions actuelles ».

En effet, la part de marché des importations n’a jamais dépassé 5,8% au Japon ! Pourtant, la Commission Européenne avait signé un accord de libre-échange avec Tokyo en 1991, pour lever les restrictions aux importations de voitures japonaises en Europe. On constate aujourd’hui que si le marché européen s’est ouvert, cela n’a pas été le cas pour le marché japonais, qui reste protégé, comme ses alter-egos de Corée du Sud et de Chine, où les importations restent marginales.

Comme d’habitude, les eurocrates pêchent par dogmatisme néolibéral. Bien sûr, ils avancent des gains de croissance si un tel accord était signé, mais l’expérience nous montre que cela est totalement bidon. Les gains de croissance ne sont que pour les pays qui commercent avec nous et profitent de l’ouverture trop souvent inconditionnelle de nos marchés tout en continuant à protéger le leur pour préserver l’emploi, un souci qui ne semble pas habiter les eurocrates. Au contraire, une étude de la Fed montre que le commerce avec la Chine a coûté 30% des emplois industriels aux Etats-Unis.

La balance commerciale doit être équilibrée

samedi 16 février 2013

USA : ce n’est pas l’austérité qui réduit les déficits !


5.3% du PIB : voici ce que devrait être le niveau du déficit public aux Etats-Unis en 2013, soit plus de 6 points de moins que le point haut atteint en 2009. Une baisse plus rapide que dans les pays qui mènent des politiques d’austérité sauvages, ce qui en démontre l’absurdité.

Washington mieux que Madrid

Les statistiques de l’OCDE sont formelles et assez stupéfiantes. En plein cœur de la récession, les Etats-Unis et l’Espagne sont deux des pays qui ont le plus laissé filer leurs déficits pour amortir la crise (après l’Irlande et la Grèce), du fait de l’effondrement de leur marché immobilier. A Washington, le déficit atteignait ainsi 11,9% du PIB et à Madrid 11,2% en 2009. Pour 2012 et 2013, l’OCDE prévoyait en novembre, -8,5% et -6,8% aux Etats-Unis et -8,1% et -6,3% en Espagne.

Mais ces prévisions sont sans doute un peu périmées car l’Espagne fait souvent moins bien que prévu (il y a deux ans, on annonçait un déficit de 6% en 2011 et de 4,5% en 2012 pour Madrid), alors qu’à l’inverse, les Etats-Unis font souvent un peu mieux. The Economist annonce -7,4% pour l’Espagne l’an dernier et -7% pour les Etats-Unis. L’écart se creuserait en 2013 puisque Madrid ne ferait pas mieux que 6,2% alors que Washington parviendrait à baisser son déficit à 5,3%.



Ce qui est incroyable avec ces chiffres, c’est que la vitesse de baisse des déficits est finalement un peu plus rapide outre-Atlantique qu’outre-Pyrénées. Cela semble suprenant étant donné que les autorités espagnoles ont mis en place de redoutables plans d’austérité et ont coupé de manière sauvage dans les dépenses publiques, alors qu’aux Etats-Unis, si les Etats ont fait de gros efforts, l’Etat fédéral s’est contenté de mesures équivalentes à seulement 1,1% du PIB depuis 2011.

L’austérité est une impasse

lundi 28 janvier 2013

Crise : quand le Japon fait l’inverse de l’Europe


Si le Japon ne représente pas forcément un modèle pour nos pays, The Economist avait souligné que le pays ne va pas si mal. Et il n’est pas inintéressant de constater à quel point le nouveau gouvernement pousse la politique économique du pays dans un sens inverse de celui de l’Europe.

Keynes à la rescousse

9.8% : tel est le déficit budgétaire du Japon pour l’année 2012 ! Trois fois plus que la zone euro, qui devrait être à 3.3%, et bien davantage encore que les Etats-Unis, qui sont à 7%. Qui plus est, la dette du Japon dépasse aujourd’hui les 200% du PIB. Théoriquement, ce cocktail explosif devrait pousser les taux d’intérêts à des niveaux punitifs. Pourtant, à 0,75% sur les emprunts à 10 ans, ils sont les plus bas du monde, après la Suisse. Plus surprenant, le pays prépare un grand plan de relance.

Il faut dire que, comme ses consœurs britanniques et étasuniennes, la Banque du Japon ouvre grand les vannes monétaires pour soutenir l’économie. En décembre, elle a annoncé un nouveau programme de rachat de bons du Trésor de 10 000 milliards de yen puis elle a relevé son objectif de taux d’inflation de 1 à 2% par an pour enfin casser les attentes déflationnistes sute à la victoire du LDP aux élections législatives qui souhtaite pousser encore plus loin l’agenda keynésien.

En effet, le pays semble décider à actionner tous les leviers de la politique contra-cyclique pour relancer son économie. Outre la monétisation de la dette et la volonté affichée (et couronnée de succès) de faire baisser le yen pour aider les entreprises qui exportent, Shinzo Abe a annoncé un plan de relance de plus de 100 milliards de dollards (plus de 10 000 milliards de yen), comme le rapporte The Economist. Plus incroyable, il a évoqué 200 000 milliards d’investissements d’ici à 2020.

Mars européen contre Vénus japonaise ?

mercredi 2 janvier 2013

Pourquoi remettre de l’ordre dans la finance (2/2)



L’irresponsabilité des banques

Le problème du système actuel, par delà la génération d’une inégalité trop forte car socialement critiquabe et économiquement inefficace, et son instabilité chronique (une analyse déjà formalisée par les économistes keynésiens, mais aussi le Général de Gaulle, qui dénonçait « les rudes secousses et la somme énorme d’injustices » qui résultent du « laisser-faire et du laisser-passer »), c’est son irresponsabilité, qui va à rebours du libéralisme originel. C’est ce qu’on voit bien avec les banques que les Etats ne peuvent pas laisser faire faillite, aboutissant à une « privatisation des profits et une collectivisation des pertes » selon la bible des élites mondialisées et néolibérales, The Economist.

Trop de laisser-faire a abouti à une déresponsabilisation choquante. Est-il normal que les banques qui accordent des prêts à des emprunteurs puissent ensuite revendre leur créance ? La question mérite d’être posée car ce simple fait est au cœur de la crise des subprimes. Quand une banque ne porte plus la créance qu’elle a accordée, elle n’a plus intérêt à se soucier de la qualité de l’emprunteur. S’il ne rembourse pas, c’est l’affaire soit de l’assureur (via des CDS) ou de l’institution qui a acheté sa créance (dans un CDO, un MBS…). Pire, la vente de ces créances permet d’en engager encore plus, augmentant encore le risque pour le système globalement, mais de manière très opaque.

C’est sans doute en partie pour cette raison que les banques ont pu faire grandir leur bilan de manière totalement inconsidérée. Il faut songer que le bilan de BNP Paribas a triplé en seulement six ans (passant de 700 à 2000 milliards d’euros de 2002 à 2008), sans que l’on puisse comprendre ce qui pourrait justifier que cette banque ait pu tellement augmenter ses engagements. Pire, il ne faut pas oublier que certaines banques, comme Citigroup, avaient des engagements hors bilan dépassant la moitié de leur bilan, en dehors de toute réglementation.

Bref, comme avant 1929, les banques ont utilisé l’effet de levier pour faire de l’argent, chose qui leur est rendu possible par le fait qu’elles créent de la monnaie à volonté (sous réserve de respect des normes prudentielles, qui peuvent être relâchées, par la titrisation, l’assurance). Il faut dire que c’est tentant : si, avec 10 de capital, on place 50 à 3%, on gagne 1,5, soit 15% du capital. Si on place 100, alors, on double le rendement. Tout le problème est que l’établissement en question est plus sensible à un retournement du marché. Mais puisque les Etats volent au secours des banques en difficulté, pourquoi se restreindre dans la course à la rentabilité qui agite les établissements bancaires.

Main invisible ou main folle et aveugle ?

dimanche 26 août 2012

Paul Krugman tord le cou aux politiques d’austérité


Si Paul Krugman remet bien à leurs places les politiques néolibérales, qui ont provoqué la crise, le cœur de son nouveau livre reste la dénonciation toute keynésienne des politiques d’austérité, notamment menées en Europe. Ce livre devrait être envoyé à tous les dirigeants du continent !

Une crise de la demande

Pour lui, comme dans les années 1930, nous souffrons d’un « sévère manque de demande ». Il souligne, que, contrairement aux dires des néolibéraux, la baisse des dépenses publiques ne pourra pas relancer la croissance, car, si elle s’ajoute à la baisse de la demande des ménages (qui réduisent leur endettement), alors il n’y a aucune chance que les entreprises compensent, car, au contraire, elles baisseront leurs investissements du fait d’une demande trop faible. Il donne quelques exemples : en 2006, on construisait 1,8 millions de maisons et 16,5 millions de voitures étaient achetées aux Etats-Unis. Nous sommes tombés à 0,6 et 11,6 respectivement en 2010, même si ces marchés repartent.

En effet, il rappelle que : « vos dépenses sont mes revenus and mes dépenses sont vos revenus » pour souligner qu’une baisse des dépenses publiques provoquent aussi une baisse des revenus. Du coup, si les consommateurs dépensent moins et le gouvernement aussi, l’économie rentre en récession. Il souligne, à l’attention de l’Allemagne, que cela est aussi vrai pour les pays et que les revenus d’un pays sont aussi les dépenses des autres (outre la consommation intérieure).

Il revient sur la sortie de la Grande Dépression, en deux temps, pour aussi souligner qu’une fin trop rapide et brutale du soutien à l’économie, comme en 1937-1938, peut faire replonger l’économie, que les dépenses (et les déficits) de la guerre ont sorti de la crise. Il souligne en effet que la hausse des dépenses militaires a fait progresser les revenus des ménages et donc la consommation, ce qui a fait progresser l’investissement des entreprises, pour satisfaire la demande. Il rappelle que la dépense publique soutient la demande et que la guerre avait permis de faire taire les « austéritaires ».

Il développe cette thèse en prenant l’exemple très parlant d’une coopérative de baby-sitting (que je vous invite à découvrir dans le livre), qui démontre que dans une situation où les acteurs économiques cherchent globalement à réduire leur dette ou à augmenter leurs réserves, cela provoque une crise qui ne peut être résolue que par des politiques non conventionnelles de type monétisation.

Dynamiter le discours des austéritaires

vendredi 20 juillet 2012

L’Europe s’enfonce dans l’euro-dépression


La zone euro devrait être la seule région au monde à connaître un recul de son PIB en 2012. Une preuve éclatante à la fois de la nocivité des politiques d’austérité menée sur le continent mais aussi des conséquences fâcheuses de l’unification monétaire.

Le suicide économique de la zone euro

Joël Halpern a déniché sur son blog cette belle citation de Keynes : « en temps de paix, timides, timorés, hésitants, manquant de persévérance et de détermination, ils pensent qu’un emprunt n’est qu’une dette, et non un moyen de transformer en actifs utiles un surplus de ressources qui autrement serait gaspillé (…) Il ne devrait pas être difficile de comprendre que 100 000 maisons constituent un capital national et 1 million de chômeurs une charge pour la nation ».

Elle synthétise parfaitement la politique économique européenne menée actuellement. S’il est évident qu’il faut gérer les deniers publics avec rigueur, les politiques d’austérité sauvage menées sur le continent sont absurdes. Les coupes drastiques dans les dépenses publiques dépriment la croissance et les rentrées fiscales, limitant grandement l’amélioration des finances publiques, comme on le voit bien en Grèce et en Espagne, qui ont du mal à réduire leurs déficits.

La baisse des dépenses publiques est en grande partie compensée par la baisse des rentrées fiscales, malgré la hausse des impôts et la baisse du PIB provoque une envolée du poids de la dette. Bref, les politiques menées sont totalement ubuesques. C’est ce qu’explique très bien Yann dans son papier « Suicide à l’espagnol ». Il est proprement effarant que les dirigeants européens ne tirent pas les leçons de l’impasse dans laquelle ils sont depuis plus de deux ans.

Un plan B existe

vendredi 6 juillet 2012

L’Union Européenne en procès sur internet


Alors que les pays de l’Union Européenne persistent dans l’impasse dans laquelle ils se sont eux-même enfermés, la déconstruction de cette impasse continue dans la blogosphère, avec de nombreuses analyses solides rapportées par des personnes à suivre.

La critique des économistes

Roland Hureaux, blogueur et chroniqueur sur Marianne 2, a récemment publié un papier reprenant les dernières critiques formulées par Paul Krugman et Joseph Stiglitz, les deux « prix Nobel d’économie » progressistes. Le second affirme que « si l’euro survit, ce sera au prix d’un chômage élevé et d’une énorme souffrance, notamment dans les pays en crise ». Selon lui « l’obstination des dirigeants (européens) dans l’ignorance des leçons du passé est criminelle ».

Paul Krugman, qui tient un blog pour le New York Times, dans une interview au Spiegel, ridiculise le plan de croissance européen décidé il y a une semaine. Pour lui, « c’est un pistolet à eau contre un rhinocéros qui charge. Ce sont des choses ridicules et insignifiantes ». S’ils ne militent pas formellement contre l’euro, les deux s’en approchent de plus en plus. Et Krugman vient de lancer un manifeste contre la rigueur pour mener des politiques de relance s’inspirant des années 1930.

Jacques Sapir dénonce un « sommet en trompe-l’œil ». Il juge le montant du pacte de croissance « parfaitement dérisoire ». Pour lui, il s’agit d’un « prétexte pour faire voter le pacte de stabilité exigé par l’Allemagne ». Sévère, il affirme que « François Hollande ne se contente pas de se parjurer, il se ridiculise » et dénonce ces « solutions provisoires à la crise de liquidité mais qui sont assorties de mesures d’austérité qui renforcent en réalité la crise de solvabilité des pays européens ».

La critique des blogueurs

mercredi 28 décembre 2011

La banque libre, un délire néolibéral daté (1/2)

Il y a quelques mois, un commentateur m’avait interpellé sur la banque libre, m’envoyant des références (Pascal Salin et George Séglin) à lire pour mieux comprendre cette théorie monétaire. L’occasion de constater à nouveau à quel point la théorie néolibérale est coupée de la réalité.

Un produit de la théologie néolibérale

La banque libre consiste en un système où des banques privées émettent librement des monnaies qui leur sont propres, des monnaies concurrentes mais échangeables. Dans ce système, qui a eu cours dans de nombreux pays au 19ème siècle, il n’y avait pas de banque centrale. Aujourd’hui, cela reviendrait à laisser la BNP, la Société Générale, ING…  émettre leurs euros, tout en supprimant la Banque Centrale Européenne et les banques centrales nationales.


jeudi 1 décembre 2011

Un autre regard sur la crise japonaise


C’est une des raisons pour lesquelles on peut aimer lire The Economist, malgré leur biais libéral. L’hebdomadaire britannique n’hésite jamais à aller contre les idées reçues en cherchant à analyser les informations avec un regard original qui fait réfléchir, comme ici sur le Japon.

Relativiser la crise du Japon

Pourtant, The Economist a souvent été très critique devant ce qu’il juge le conservatisme des autorités japonaises face à la crise qui secoue le pays depuis vingt ans. Bien sûr, le PIB Japonais n’a cru que de 0.8% par an de 2001 à 2010, contre 1.6% aux Etats-Unis et 1% dans la zone euro. Cependant, l’examen de la croissance du PIB / habitant inverse cette hiérarchie puisque le Japon passe en première position avec une croissance de plus 0.7% par an.

dimanche 16 octobre 2011

Quand The Economist dénonce les esprits animaux du marché


Après être brièvement passé sous les 2700 points, le CAC 40 a clôturé au-delà de 3200 points cette semaine. Une hausse de plus de 500 points en trois semaines qui illustre bien l’exubérance irrationnelle des marchés, évoquée par Alan Greenspan et expliquée par The Economist récemment.

Un journal utile et passionant

The Economist, c’est déjà un style élégant et un véritable humour. Dans le numéro du premier octobre, ils illustrent un papier critiquant le projet de mettre en place une taxe Tobin par une photo de Robin des Bois sous-titrée « Every Financial transaction I do, I to it for you ». Mais même s’ils défendent les idées libérales, ils le font en exposant souvent des arguments contradictoires qui minent leur défense, sans qu’ils semblent véritablement s’en rendre compte.

lundi 3 octobre 2011

Les victoires du protectionnisme en Amérique du Sud


8.3% : c’est la croissance du PIB Argentin prévue en 2011, une performance à peine inférieure à celle de la Chine. Un pays très intéressant puisqu’outre le fait d’avoir cassé son lien avec le dollar en 2002, il mène une politique ouvertement protectionniste, comme son voisin Brésilien.

L’Argentine renforce son arsenal protectionniste

C’est The Economist du 24 septembre qui revient sur les nouvelles mesures prises à Buenos Aires et Brasilia. L’hebdomadaire britannique détaille comment l’Argentine, qui en avait marre d’importer 96% de ses téléphones mobiles, a réussi à imposer à RiM d’assembler des Blackberry en Argentine, même si le coût du travail y est 15 fois supérieur à celui de l’Asie, par la mise en place de quotas qui limitaient les importations. L’objectif est de réduire les importations à 20% du marché.

vendredi 30 septembre 2011

Morad El Hattab explique la crise


Le dernier livre coécrit par Morad El Hattab sur la crise financière se lit comme un gros polar de près de 400 pages qui recensent tous les excès proprement incroyables de la finance avec un détail qui surpasse les livres que j’avais déjà lus. Une somme foisonnante mais très instructive.


Une excellente synthèse de la crise


Ce livre commence par un citation d’Alan Greenspan qui place d’emblée le sujet : « quand une banque est trop grosse pour faire faillite, c’est qu’elle est trop grosse ». Pourtant rien n’a été fait pour changer cela. Au contraire, elles le sont davantage… Ils dénoncent l’effet de levier et mettent l’accent sur le « hasard moral » qui caractérise cette crise qui a imposé aux contribuables de renflouer la finance puis de subir des plans d’austérité pour restaurer l’équilibre des finances publiques.