Après avoir raconté
l’histoire
de la monnaie, en notant son
caractère profondément politique, et bien sûr, celle
de la dette, « Dette : 5000
ans d’histoire » est un livre de combat politique, où David Graeber
mène un combat contre l’idéologie dominante de ces dernières années. Et cela fait
mal.
Les
racines pourries du néolibéralisme
Fait ignoré,
il
démontre également que la pensée d’Adam Smith n’a rien d’original et qu’elle
repose sur de très nombreux emprunts. Il souligne que « nombre des raisonnements et exemples précis
de Smith sortent tout droit d’essais économiques rédigés en Perse au Moyen
Age » et rapporte également des emprunts à Aristote.David Graeber
reprend une citation très significative d’Adam Smith : « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher,
du marchand de bière ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien
du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne adressons pas à leur
humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n’est jamais de nos besoins que nous
leur parlons, c’est toujours de leur avantage ».
Voici un
résumé saisissant du fond de la pensée néolibérale, qui présuppose que le monde
ne resposerait que sur l’égoïsme. Il dénonce aussi la vision matérialiste de
Hobbes. Il note que la notion d’intérêt personnel (au cœur de la réflexion
néolibéral) reprend le même terme que le mot qui désigne la rémunération d’un
prêt et s’interroge sur ce que cela dit d’une telle théorie générale des
motivations humaines. D’abord, « cela
lui donnait l’air objectif, scientifique même ». Et il note que
« des désirs infinis dans un monde
fini signifient une rivalité sans fin ; notre unique espoir de paix
sociale est donc bien celui que préconisait Hobbes : des accords
contractuels que l’appareil d’Etat fera strictement respecter ».
David
Graeber souligne le ridicule de « la
théorie du choix rationnel », jamais démontrée, et soulignant que
« certains ont souhaité fonder une
théorie de l’interaction sociale sur une vision plus généreuse de la nature
humaine ». On peut également objecter l’analyse
de Jacques Généreux dans son livre de référence « La dissociété », pour qui l’homme est autant un « être soi » qu’un « être avec ». Pour lui, « le droit d’un homme est simplement
l’oblgation d’un autre » et « ceux
qui ont soutenu que nous sommes les propriétaires naturels de nos droits et
libertés s’intéressaient essentiellement à en conclure que nous devions être
libres de les donner, voire de les vendre »
Ce que
cela dit de notre époque



