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vendredi 1 février 2013

Jacques Sapir décrypte la quête de flexibilité


Comme le souligne Eric Hazan, la novlangue néolibérale a toujours été très habile pour travestir la réalité. Une monnaie chère devient forte. Une camisole budgétaire devient une règle d’or. Un parasite ou un déserteur fiscal deviennent un paradis et un exilé. Nouvel exemple avec la flexibilité.

L’horreur salariale

La flexibilité est, avec la compétitivité, l’impératif martelé par tous les dirigeants et commentateurs politico-économiques de notre pays depuis quelques mois. Le choix des termes est habile puisque leurs contraires sont porteurs d’évocation plutôt négative. La rigidité n’est pas un mot extrêmement positif, quand la flexibilité évoque l’adaptabilité. Idem pour la compétitivité : dans une économie de marché, il est bien évident qu’il faut l’être. Un bon moyen de couper court au débat.

Et d’ailleurs, il ne faut pas rejeter en bloc les demandes faites sous ces vastes chapeaux. Sur le fond, certaines propositions de l’accord entre les partenaires sociaux sont intéressantes. En revanche, il faut noter que flexibilité et compétitivité peuvent être la manière politiquement correcte de demander des baisses de salaires. C’est ce que fait Renault par exemple en France après avoir réussi à l’imposer en Espagne. Et attention car en France, les mauvais génis du néolibéralisme (The Economist et Goldman Sachs) pensent qu’il faut carrément baisser les salaires d’un tiers !

Les dangers de la dévaluation interne

Dans un papier assez technique, Jacques Sapir analyse de manière fine l’impasse que représente la dévaluation interne, le processus qui consiste à faire baisser les salaires d’un pays pour regagner en compétitivité sans jouer sur la parité de la monnaie. Tout d’abord, il rappelle que l’objectif final est d’augmenter le niveau des profits des entreprises. Mais il souligne qu’une telle politique produit une baisse de la demande et donc de la production, qui pénalise in fine ces profits…

Ensuite, dans un écho à Morad El Hattab, pour qui « les dettes s’accrochent » dans les crises, Jacques Sapir rappelle que la dévaluation interne (une manière politiquement correcte de parler des baisses de salaires) revient à alourdir le poids des charges financières, qui, elles, restent constantes, d’où une baisse du niveau de vie et de la consommation encore plus importante que la baisse des salaires ! Quand les charges financières représentent 30% du revenu salarial, une baisse de 20% des salaires produit ainsi donc une baisse de plus de 28% de la consommation !

L’alternative des dévaluations externes

jeudi 3 janvier 2013

Les principes d’une remise en ordre de la finance


Avant d’étudier plus concrètement les mesures à prendre pour remettre en ordre le système financier, il faut poser les grands principes et les grandes directions de cette réforme, sur la base du constat sur les problèmes posés par l’organisation actuelle du système monétaire et financier (partie 1 et partie 2).

Reprise en main démocratique

C’est sans doute la première des priorités pour aboutir à une réforme juste. Il revient aux gouvernements de s’emparer de ces questions, et de proposer aux électeurs une véritable réflexion sur la crise financière ainsi que des solutions et ne pas laisser faire les banquiers dans les cénacles du type Bâle 3, qui accordent généreusement huit années aux banques pour s’ajuster. Assez logiquement vient la question fondamentale de l’indépendance des banques centrales. Elle n’allait pas de soit il y a 25 ans. Elle s’est imposée dans la zone euro car c’était le prix qu’imposait l’Allemagne à ceux qui voulaient partager leur monnaie avec elle et que tous les pays ont accepté sans bien y réfléchir.

Pourtant, l’indépendance d’une banque centrale ne va pas de soit. Au contraire même, elle représente une immense remise en question des principes démocratiques. Car on ne voit pas bien pourquoi, s’il faut confier la gestion de la monnaie à des technocrates indépendants de tout contrôle du peuple, il ne faudrait pas le faire demain pour les budgets (ce que l’UE commence à instaurer d’ailleurs). Bref, comme le note très justement Joseph Stiglitz dans son dernier livre « nous devons reconnaître que les décisions d’une banque centrale sont essentiellement politiques ; elles ne doivent pas être déléguées à des technocrates ». C’est au ministre de l’économie et au gouvernement de trancher.

Pour aller plus loin, il faut également que les gouvernements se réapproprient plus fortement l’ensemble de la réglementation du secteur financier, instaurent des normes nationales s’ils le jugent nécessaire et qu’ils ont obtenu un mandat démocratique pour le faire. Cela suppose bien sûr une fragmentation de la sphère financière dont l’intégration mondiale, pour paraphraser Frédéric Lordon, est le meilleur moyen d’empêcher tout gouvernement… Enfin, devant les abus des banques que les banques centrales ont laissé faire, il convient de se demander si le contrôle de la création de la monnaie ne doit pas revenir dans sa totalité dans le giron public, comme le proposent les partisans du 100% monnaie.

Mettre fin au laisser-faire

mercredi 2 janvier 2013

Pourquoi remettre de l’ordre dans la finance (2/2)



L’irresponsabilité des banques

Le problème du système actuel, par delà la génération d’une inégalité trop forte car socialement critiquabe et économiquement inefficace, et son instabilité chronique (une analyse déjà formalisée par les économistes keynésiens, mais aussi le Général de Gaulle, qui dénonçait « les rudes secousses et la somme énorme d’injustices » qui résultent du « laisser-faire et du laisser-passer »), c’est son irresponsabilité, qui va à rebours du libéralisme originel. C’est ce qu’on voit bien avec les banques que les Etats ne peuvent pas laisser faire faillite, aboutissant à une « privatisation des profits et une collectivisation des pertes » selon la bible des élites mondialisées et néolibérales, The Economist.

Trop de laisser-faire a abouti à une déresponsabilisation choquante. Est-il normal que les banques qui accordent des prêts à des emprunteurs puissent ensuite revendre leur créance ? La question mérite d’être posée car ce simple fait est au cœur de la crise des subprimes. Quand une banque ne porte plus la créance qu’elle a accordée, elle n’a plus intérêt à se soucier de la qualité de l’emprunteur. S’il ne rembourse pas, c’est l’affaire soit de l’assureur (via des CDS) ou de l’institution qui a acheté sa créance (dans un CDO, un MBS…). Pire, la vente de ces créances permet d’en engager encore plus, augmentant encore le risque pour le système globalement, mais de manière très opaque.

C’est sans doute en partie pour cette raison que les banques ont pu faire grandir leur bilan de manière totalement inconsidérée. Il faut songer que le bilan de BNP Paribas a triplé en seulement six ans (passant de 700 à 2000 milliards d’euros de 2002 à 2008), sans que l’on puisse comprendre ce qui pourrait justifier que cette banque ait pu tellement augmenter ses engagements. Pire, il ne faut pas oublier que certaines banques, comme Citigroup, avaient des engagements hors bilan dépassant la moitié de leur bilan, en dehors de toute réglementation.

Bref, comme avant 1929, les banques ont utilisé l’effet de levier pour faire de l’argent, chose qui leur est rendu possible par le fait qu’elles créent de la monnaie à volonté (sous réserve de respect des normes prudentielles, qui peuvent être relâchées, par la titrisation, l’assurance). Il faut dire que c’est tentant : si, avec 10 de capital, on place 50 à 3%, on gagne 1,5, soit 15% du capital. Si on place 100, alors, on double le rendement. Tout le problème est que l’établissement en question est plus sensible à un retournement du marché. Mais puisque les Etats volent au secours des banques en difficulté, pourquoi se restreindre dans la course à la rentabilité qui agite les établissements bancaires.

Main invisible ou main folle et aveugle ?

mardi 1 janvier 2013

Pourquoi remettre de l’ordre dans la finance (1/2)


Courant 2010, j’avais fait une série de papier sur la réforme de la finance, qui avait aboutit à 18 propositions concrètes, issues pour une grande partie de mes lectures. J’ai pensé utile de résumer à nouveau ma pensée sur le sujet pour synthétiser la critique de la situation actuelle avant d’attaquer les principes de la réforme, puis les propositions que l’on peut faire et enfin les moyens de les mettre en place.

Anarchie et casino

C’est bien la libéralisation des marchés financiers mises en place à partir des années 1980 qui est la responsable des crises. Alors que les réglementations issues de la Grande Dépression avait produit une grande stabilité des marchés financiers pendant des décennies, depuis 1987, les crises se succèdent à un rythme qui rappelle celui d’avant 1929. On peut citer le krach d’octobre 1987, la crise des caisses d’épargne étasuniennes, la crise du SME de 1992-1993, l’effondrement du marché immobilier en France dans les années 1990, les différentes crises des pays émergents (Amérique du Sud, Asie du Sud-Est, Russie). Puis a succédé un nouveau krach boursier en 2001 suite à la bulle Internet / télécommunications. Enfin, le summum a été atteint en 2008 avec une crise financière digne de celle de 1929 et un effondrement du marché immobilier étasunien et de quelques pays européens.

Ce qui est assez stupéfiant c’est que les Etats se concentrent à ce point sur le traitement des conséquences de ces crises financières et insuffisamment sur les causes, comme le rappelle cruellement le plan d’union bancaire européenne signé en décembre 2012. Les Etats (et les banques centrales) agissent pour sauver le système et semblent oublier qu’il faut également le changer. Si quelques pays ont fait des efforts pour mettre en place des réglementations nationales plus contraignantes, le travail de réforme a été largement confié aux mêmes banquiers qui avaient failli, à travers les règles Bâle 3.

Tout le problème est que l’instabilité des marchés financières a un impact de plus en plus grand sur l’économie productive. En effet, en 1987, le krach boursier avait été, dans un premier temps, aussi violent que celui de 1929 ou, celui, à venir de 2008. Cependant, cela n’avait pas empêché les économies développées de connaître une forte croissance l’année suivante et celle d’après. Celui de 2001, en revanche, a fait sensiblement baisser la croissance mondiale et celui de 2008 a provoqué un cataclysme économique jamais vu depuis 80 ans. Tout ceci est extrêmement inquiétant car on peut se demander quelles seront les conséquences du prochain krach financier…

Il faut rappeler ici que la crise économique est bien une conséquence de la crise financière, qui a ensuite provoqué une crise des dettes souveraines, et uniquement pour les pays qui ont renoncé à la monétisation de leur dette publique par leur banque centrale. A l’origine : une bulle immobilière aux Etats-Unis nourrie par les pratiques prédatrices des banques auprès de ménages qui n’avaient pas les moyens d’acheter leur logement. La courroie de transmission aux autres banques a été la titrisation et la mauvaise habitude du système bancaire de se financer à court terme, ce qui provoque une asphyxie immédiate en cas de crise de liquidités. Le gel des marchés financiers a alors provoqué une contraction violente de l’activité, et, in fine, une crise des finances publiques pour certains Etats.

Aléa moral et inégalités

dimanche 7 octobre 2012

41 livres pour mieux comprendre la crise


Depuis quatre ans, j’ai publié de nombreux résumés de livres d’économie. Pour faciliter la recherche de ces notes, voici des liens vers l’ensemble de ces papiers :


Les progressistes

Frédéric Lordon
-        « Jusqu’à quand » : partie 1 et partie 2
-        « La crise de trop » : partie 1 et partie 2
Jacques Sapir
-        « Le nouveau 21ème siècle » : partie 1 et partie 2
-        « La démondialisation » : partie 1 et partie 2
-        « Faut-il sortir de l’euro ? » : partie 1 et partie 2
Jacques Généreux
-        « La dissociété » : partie 1, partie 2 et partie 3
-        « La grande régression » : partie 1 et partie 2
Jean-Claude Michéa, « L’empire du moindre mal » : ici
Emmanuel Todd, « Après la démocratie » : partie 1 et partie 2
Paul Jorion :
-        « L’implosion » : ici
-        « La crise » : ici
-        « Le capitalisme à l’agonie » : partie 1, partie 2 et partie 3
Régis Debray, « L’éloge des frontières » : ici
C.Landais, T.Piketty et E.Saez, « Pour une révolution fiscale » : partie 1 et partie 2
Jean-Pierre Chevènement, « Sortir la France de l’impasse » : ici

Les libéraux humanistes

Maurice Allais, « La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance », partie 1, partie 2 et partie 3
Jean-Luc Gréau :
-        « La trahison des économistes » : ici
-        « L’avenir du capitalisme » : partie 1 et partie 2
Pierre-Noël Giraud, « Le commerce des promesses » : partie 1 et partie 2
Patrick Artus, « Globalisation, le pire est à venir » : ici
Gérard Lafay, « 12 clés pour sortir de la crise » : partie 1 et partie 2
A-J. Holbecq et P. Derudder, « La dette publique, une affaire rentable » : partie 1 et partie 2
Morad el Hattab et I. Silverschmidt, « La vérité sur la crise » : partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4
Morad el Hattab et P.Jumel, « Kriz. D’une crise à l’autre » : ici
Christian Saint Etienne, « La fin de l’euro » : partie 1 et partie 2
Jean-Jacques Rosa, « L’euro, comment s’en débarrasser » : ici
Alain Cotta, « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu » : ici

Un autre regard

Christophe Deloire et Christophe Dubois, « Circus Politicus », partie 1 et partie 2
Philippe Coussedière, « L’éloge du populisme », partie 1 et partie 2
Eric Juillot, « La déconstruction européenne », partie 1 et partie 2
Eric Hazan, « LQR, la propagande au quotidien », ici

Depuis l’étranger

Paul Krugman :
-        « L’Amérique que nous voulons » : partie 1 et partie 2
-        « Pourquoi les crises reviennent toujours » : partie 1 et partie 2
-        « Pour en finir dès maintenant avec la crise » : partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4
Joseph Stiglitz :
-        « La Grande désillusion » : partie 1, partie 2 et partie 3
-        « Le triomphe de la cupidité » : partie 1, partie 2 et partie 3
-        « Le rapport Stiglitz » : partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4
« Le prix des inégalités » : partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4
Robert Reich, « Supercapitalisme » : partie 1 et partie 2
James Kenneth Galbraith, « La crise économique de 1929 » : partie 1, et partie 2
Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix, « Vers un nouveau capitalisme » : partie 1 et partie 2

mardi 21 août 2012

Faut-il interdire le trading à haute fréquence ?


Depuis le flash krach du 6 mai 2010, les opérations d’achats et de ventes de titres financiers par ordinateur sont largement critiquées, comme l’a fait Morad El Hattab. The Economist vient d’apporter son soutien à une plus grande réglementation de cette innovation financière.

Même les néolibéraux la critique

Cela fait depuis 2009 que je dénonce les dangers du trading à haute fréquence (High Frequency Trading, ou HFT), grâce à The Economist, qui sait pointer les dangers de l’anarchie néolibérale, souvent sans vouloir les corriger. Mais, ici, le très libéral hebdomadaire britannique ne veut pas lâcher la bride au monde de la finance, comme le montre son dessin d’illustration. Il faut dire que l’histoire de l’automatisation de l’achat et de la vente des titres financiers n’est pas très glorieuse.

Dans son papier, il pointe la responsabilité des premiers programmes de trading automatisés (insurance portfolio) dans le krach d’octobre 1987, où le Dow Jones avait reculé de 22% ! Plus tard, ces programmes ont provoqué le krach de mai 2010, où le Dow Jones avait reculé momentanément de 10% et l’action Accenture était tombée à 1 cent. En août, un nouveau logiciel de tradiing automatique a coûté 440 millions au courtier Knight Capital, qui a échappé de peu la faillite.

The Economist affirme qu’il se trouve « rarement du côté de la retenue tant vis-à-vis de la technologie que des marchés. Mais dans ce cas, il y a un doute sur le fait que les bénéfices justifient le risque. La société a besoin des marchés pour allouer le capital efficacement (…) mais le trading haute fréquence ne prend pas des décisions en fonction des perspectives des entreprises : il cherche juste à faire du profit sur des petites variations de cours (…) Et même s’il peut rendre les marchés moins volatiles en période normale, il peut ajouter aux turbulences au pire moment ».

L’anarchie financière continue

jeudi 7 juin 2012

Au fait, la réforme de la finance, c’est pour quand ?


Cela a été un des grands débats oubliés de l’élection présidentielle. Entre un Nicolas Sarkozy qui n’en disait rien faute d’avoir fait grand chose pendant son mandat, et un François Hollande aussi timide dans les faits qu’il était sévère dans certains discours. Pourtant, la crise actuelle en démontre l’urgence.

Les grands partis aux abonnés absents

C’est sans doute l’une des impostures les plus incroyables de Nicolas Sarkozy. Le président sorti n’avait pas de mots assez durs, à Toulon notamment, pour dénoner les excès de la finance, promettant un temps un nouveau Bretton Woods. Et puis, rien n’est venu. Quelques règles sur les bonus, la proposition d’un impôt de bourse moins important qu’à Londres, et même pas le moindre rapport de réflexion sur la question, contrairement aux Etats-Unis ou à la Grande-Bretagne.

Mais le Parti Socialiste n’a pas fait beaucoup mieux. Certes, François Hollande a évoqué la séparation des activités de dépôts et d’affaires, refusant de parler de séparation des banques de dépôts et des banques d’affaires, comme l’avait institué Franklin Roosevelt dans les années 1930. Cette nuance de vocabulaire a de l’importance car cela signifie que les banques resteront universelles, il faudra juste qu’elles assurent une certaine séparation de leurs différentes activités.

Cette réforme, comparable à celle qui est mise en place par le gouvernement conservateur en Grande-Bretagne (ce qui présage bien de son côté révolutionnaire…), ne changera pas grand chose à la situation actuelle puisque les banques ont déjà en grande partie séparé leurs activités, par simple souci de gestion. Bref, il s’agira essentiellement d’une réforme cosmétique destinée à donner le change, de la part de politiques totalement dépassés par le système financier.

De nombreuses alternatives existent

mardi 10 avril 2012

Morad El Hattab anticipe la prochaine crise


Dans « La vérité sur la crise », Morad El Hattab nous avait offert une somme résumant les aspects de la crise, parlant des excès de la finance, revenant sur l’histoire des crises, et décrivant l’impasse de l’Europe. Dans « Kriz », il revient sur les développements des deux dernières années.

Une crise dont nous ne sommes pas sortis

Si nous sommes sortis du gros de la première phase de la crise, fin 2008, début 2009, Morad El Hattab et Philippe Jumel expliquent bien que nous sommes sur une phase intermédiaire, qui nous mènera inexorablement à une nouvelle phase. Ils citent l’ancien PDG de Citigroup pour qui « si vous restez assis devant une bulle que vous voyez trop risquée, vos clients sont furieux du manque à gagner et s’en vont », une autre version des esprits animaux de Keynes.

Ils démontent l’argument selon lequel nos traverserions une crise des dettes souveraines. Si cela vaut pour la Grèce, ils soulignent la responsabilité des marchés qui lui prêtaient de manière laxiste. Ils rappellent que cela n’est pas le cas pour l’Espagne à l’origine et que l’Italie avait déjà l’excédent primaire le plus élevé d’Europe et que ses ménages sont « des fourmis peu endettées ». Pour eux, « cette crise provient des grandes déréglementations des années 1980 ».

Ils expliquent très clairement le rôle des ratios prudentiels et des agences de notation, soulignant que les 8% théoriques de fonds propres variaient en réalité entre 1,6 et 12% en fonction de la note de l’actif concerné. Avant la crise, un actif grec ne nécessitait ainsi que 1,6% de fond propre selon les normes bancaires internationales… Ils évoquent l’étude de la Banque d’Angleterre de David Miles, pour qui il faudrait passer entre16 et 20%, soit les chiffres d’il y a un siècle !

samedi 31 décembre 2011

La réforme du « 100% monnaie »


Le « 100% monnaie » constitue à ma connaissance la meilleure tentative de repenser l’intégralité du système monétaire et bancaire pour en corriger les défauts majeurs qui sont plus clairs tous les jours. Même si je n’en maîtrise sans doute pas tous les aspects, il donne la bonne direction.

Le « 100% monnaie », c’est quoi ?

Tout d’abord, je vous invite à lire ce papier d’André-Jacques Holbecq et celui-ci de Christian Gomez pour aller à la source de l’information. Il faut noter que les idées qu’ils défendent ont été défendues avant eux par d’éminents économistes, et notamment Maurice Allais, notre seul « prix Nobel » d’économie. Les idées qu’ils proposent sont à la fois simples et radicales et vont nettement plus loin que le seul rétablissement du Glass-Steagall Act, qui ne corrigerait pas tous les problèmes actuels.

lundi 19 décembre 2011

L’Europe s’enfonce bêtement dans la dépression


Coup de semonce la semaine dernière : non seulement nous devrions perdre notre AAA, mais en plus, nous sommes sans doute rentrés en récession au 4ème trimestre. Le signe de l’échec patent de la politique du gouvernement et de l’impasse européenne dans laquelle nous sommes.

Une répétition des années 1930

Ce n’est pourtant pas faute d’appels à éviter les erreurs du passé. Très tôt, Paul Krugman avait averti Barack Obama en invoquant les « cinquante Hoover », les cinquante gouverneurs qui taillaient dans les dépenses, compensant en partie le plan de soutien fédéral. Mais en Europe, malgré de nombreux économistes qui nous avertissent des dangers des politiques déflationnistes, les dirigeants politiques continuent à aller dans le mur, en klaxonnant.

vendredi 14 octobre 2011

Les conséquences économiques du vieillissement


C’est un nouveau papier très intéressant de The Economist sur les conséquences économiques du vieillissement démographique des pays occidentaux, notamment sur le prix des actifs, notamment de l’immobilier. Un constat particulièrement intéressant.

La crise financière du Japon

L’explication traditionnelle de la crise du Japon qui dure depuis 20 ans est que le pays subit le contrecoup d’une énorme bulle économique, comme l’analyse Morad El Hattab dans son dernier livre. Il soulignait que l’inflation des actifs (immobiliers et boursiers) représentait pas moins de trois fois le PIB nippon de 1986 à 1989. Mais l’explosion de la bulle (le Nikkei a perdu plus de 75% de sa valeur en vingt ans) a lourdement pesé sur la croissance pour deux raisons.

vendredi 30 septembre 2011

Morad El Hattab décrit l’impasse de l’Europe


Le quatrième intérêt de la « La vérité sur la crise » de Morad el Hattab et Irving Silverschmidt réside clairement dans son analyse de la crise de l’Europe. Bien qu’écrit il y a un an, leur propos n’a pas pris une ride. Mieux, la véracité stupéfiante de leurs prédictions leur donne une sacrée crédibilité.


Un autre regard sur l’austérité et les dettes publiques


Les auteurs remettent en perspective les débats sur la dette par de nombreux exemples historiques : en 1820 et en 1945, la Grande-Bretagne était endettée à hauteur de 240% de son PIB (après être tombée à 40% en 1910). Les Etats-Unis sortent de la Seconde Guerre mondiale avec une dette de 108% du PIB (et des recettes fiscales alors nettement moins importantes). Et la dette de la France a culminé à 150% du PIB dans l’entre deux guerres, comme le rapporte même Jacques Attali.


Morad El Hattab nous conte l’histoire des crises financières


Après l’analyse des causes de la crise, « La vérité sur la crise » de Morad el Hattab et Irving Silverschmidt consacre de longs développements aux expériences du passé, qui ont malheureusement été oubliées.


Le parallèle avec 1929


Les auteurs reviennent sur les crises bancaires de la deuxième moitié du 19ème siècle dans toute l’Europe. Ils prennent l’exemple de la spéculation sur le guano (excrément d’oiseau utilisé comme engrais) de 1889, qui avait abouti à des règles prudentielles très strictes en France : « 80% des dépôts à vue étaient affectés à des actifs réescomptables par la Banque de France », ce qui « explique en grande partie l’absence d’une faillite systémique bancaire française en 1931 ».


Morad El Hattab pourfend les excès de la finance

Au delà d’un récit détaillé de la crise, « La vérité sur la crise » de Morad el Hattab et Irving Silverschmidt vaut également pour son explication claire et argumentée de ses causes.


Le côté obscur de la déréglementation


Globalement, ils démontrent le côté pro cyclique des marchés, à savoir que la hausse nourrit la hausse (en augmentant le crédit des parieurs) et la baisse nourrit la baisse (en imposant de vendre pour retrouver des liquidités). Ils dénoncent les pyramides incroyables de crédit : Lehmann avait des positions de 9000 milliards de dollars sur les dérivés. La couverture par un CDS d’AIG permettait de réduire la quantité de capitaux de 8 à 2% selon les normes Bâle 2, permettant alors de prêter quatre fois plus…


Morad El Hattab explique la crise


Le dernier livre coécrit par Morad El Hattab sur la crise financière se lit comme un gros polar de près de 400 pages qui recensent tous les excès proprement incroyables de la finance avec un détail qui surpasse les livres que j’avais déjà lus. Une somme foisonnante mais très instructive.


Une excellente synthèse de la crise


Ce livre commence par un citation d’Alan Greenspan qui place d’emblée le sujet : « quand une banque est trop grosse pour faire faillite, c’est qu’elle est trop grosse ». Pourtant rien n’a été fait pour changer cela. Au contraire, elles le sont davantage… Ils dénoncent l’effet de levier et mettent l’accent sur le « hasard moral » qui caractérise cette crise qui a imposé aux contribuables de renflouer la finance puis de subir des plans d’austérité pour restaurer l’équilibre des finances publiques.