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jeudi 12 octobre 2017

Indépendance de la Catalogne : un produit de l’UE

Bien sûr, l’Union Européenne n’explique pas tout. L’identité catalane existe depuis des siècles et la volonté d’indépendance de l’Espagne n’est pas nouvelle. Mais, quand on prend un peu de recul, difficile de ne pas voir le rôle considérable joué par l’UE dans la promotion de cette idée d’indépendance, comme le montrent les sondages sur la volonté d’indépendance de la communauté.


Etat-nation amoindri et crise économique

mardi 22 décembre 2015

L’Espagne, exemple démocratique




Vitalité démocratique ibérique

Encore une fois, avec ces élections législatives, l’Espagne démontre la vitalité de son débat démocratique depuis la très violente crise qu’elle a traversée à partir de 2008. Avant, le pays était souvent présenté en exemple, avec sa croissance supérieure à 3%, son budget en excédent, sa dette publique retombée autour de 40% du PIB. Mais cela était le fruit d’une énorme bulle immobilière financée au crédit trop bon marché, imposé par des marchés inconscients et une unification monétaire qui ne permettait pas à Madrid de monter les taux pour casser la spéculation. Le krach provoqué par la crise des subprimes a été particulièrement violent outre-Pyrénées, avec un triplement du niveau de chômage, au-delà du quart de la population et des conséquences sociales extrêmement violentes.


Les dirigeants du pays ont réagi avec la potion amère eurolibérale classique à base de coupes budgétaires afin d’équilibrer le budget et de baisse du salaire minimum pour gagner en compétitivité. Après des années de vaches maigres, le pays va très légèrement mieux, mais surtout, il a démontré une superbe capacité à débattre de manière posée mais ferme, avec, dans un premier temps, le mouvement des Indignados, qui a manifesté pour dire son horreur de la déchéance sociale qu’a provoqué l’application de ces potions amères. L’énergie des Indignés espagnols a débouché sur le profond renouvellement de la classe politique du pays : lors des récentes élections municipales, la vraie gauche de Podemos a conquis Madrid et Barcelone et aujourd’hui, c’est le parlement qui prend de nouvelles couleurs.

Que penser de ces alternatives ?

mardi 1 septembre 2015

Avis de reprise illusoire en Europe du Sud

Au second trimestre, la croissance des pays d’Europe du Sud a été globalement supérieure à la moyenne de la zone euro, comme la France. Certains y verront une forme de réussite des plans européens. Mais, sous les statistiques un peu moins négatives, la réalité n’est guère riante.



Reprise purement conjoncturelle

Les statistiques du second trimestre sont assez impressionnantes. L’Espagne a enregistré une croissance d’1%, le Portugal de 0,4%. Plus étonnant encore, le PIB de la Grèce a progressé de 0,8% malgré le contexte de négociation entre le gouvernement Tsipras et les créanciers du pays, alors que la zone euro n’a cru que de 0,3%, l’Allemagne de 0,4%, et la France de 0. Pour les analystes, « la forte poussé du PIB au deuxième trimestre s’est appuyée sur de bonnes ventes de détail et sur le début solide de la saison touristique ». Tout ceci devrait permettre au pays de faire mieux que les dernières prévisions de croissance pour l’ensemble de l’année 2015. Il faut dire que le contexte géopolitique troublé en Afrique du Nord et au Moyen-Orient pousse les touristes amateurs de la Méditerranée en Europe du Sud.

Ce faisant, il faut bien comprendre ici que le regain de croissance est largement conjoncturel et mécanique. Car outre le tourisme, la conjoncture des pays d’Europe du Sud est aussi aidée par de puissants courants porteurs : la baisse du prix du pétrole qu’ils importent, la baisse des taux d’intérêt, qui réduit la facture de la dette (et par ricochet, allège la pression austéritaire), et enfin, la baisse de l’euro, qui leur profite davantage qu’à l’Allemagne du fait de leur spécialisation économique. En outre, comme après toute crise économique, on peut aussi conclure qu’il y a un rebond mécanique, facilité par les vents plus porteurs de la conjoncture, la violence de la crise finissant par semer les graines de la reprise, comme on peut le lire dans les ventes d’automobile en Espagne, après l’effondrement du passé.

Mais une reprise totalement illusoire

lundi 25 mai 2015

La réjouissante victoire de Podemos à Madrid et Barcelone

Et si, même si ce n’est pas illogique, le réveil démocratique était proportionnel à la dureté de la crise ? Après la victoire de Syriza en Grèce, qui peine encore à trancher la route à prendre, Madrid pourrait se diriger vers une révolution démocratique avec le nouveau succès électoral de Podemos.



Réveil démocratique ibérique

Selon la european social survey (l’UE n’étant que le paravent à une uniformisation linguistique anglophone), de 2006 à 2012, le pourcentage d’Espagnols intéressés par la politique a doublé, ce qui explique la force du mouvement des Indignados. Cela s’est vu hier avec le niveau de participation, en hausse, contrastant avec l’évolution des autres pays européens. Les victimes sont le PP et le PSOE, qui rassemblaient encore 84% des voix aux élections législatives de 2008, pèsent moins de la moitié des voix. La vie politique du pays est bouleversée par l’émergence de Podemos, allié de Syriza, la gauche réelle, étant donné ce que le PSOE est devenu, comme les autres partis « socialistes », même si certains les qualifient d’extrême-gauche. Et le pays a vu l’émergence des centristes de Ciudadanos (Citoyens).

Les élections régionales et municipales ont profondément rebattu les cartes du paysage électoral espagnol puisque le PP et le PSOE ne disposent presque plus jamais d’une majorité dans les Assemblées et devront gouverner différemment, avant des élections législatives en fin d’année dont l’issue semble très incertaine. Les résultats sont les plus frappants à Madrid et Barcelone, où Podemos arrive très largement en tête. Dans la capitale, sur des résultats partiels, Podemos dépasse 34% contre 26% au PSOE et 23% au PP. Podemos obtient 27% des suffrages à Barcelone, contre 20% au parti régionaliste. Dans les communautés, Podemos obtient entre 8 et 21%, contre 8% aux élections européennes de l’an dernier. Ciudadanos obtient entre 4 et 12% dans les régions comme dans les grandes villes.

L'euro, également en procès

lundi 20 avril 2015

Wolfgang Schäuble, petit soldat austéritaire




Arrogance totalitaire et antisociale

Les propos de Wolfgang Schäuble sont graves à plus d’un titre. D’abord, ils sont bien peu diplomatiques et assez inadmissibles dans le cadre traditionnel de l’amitié franco-allemande. Comment travailler avec une personne qui tient de tels propos publics ? Ensuite, il est tout assez effarant qu’il vante les réformes « très réussies » de l’Espagne. Comme ne pas y voir, au mieux, une déconnexion totale du réel, au pire, un mépris tout aristocratique vis-à-vis d’une population espagnole qui vit avec un quart de la population au chômage et qui offre à ses jeunes pour avenir immédiat l’absence d’emploi pour près de la moitié d’entre eux. Bien sûr, cela baisse maintenant, mais en 2007, le taux de chômage était à 8%.

Mais outre le fait d’être anti-social, le propos du ministre allemand est aussi profondément antidémocratique. En effet, il parle tout de même de « forcer le Parlement » et pointe, semble-t-il avec une forme de regret, que « la démocratie est difficile », comme s’il pensait qu’une bonne autocratie était finalement plus efficace que le fait de laisser au peuple et à ses élus un mot à dire dans la marche du pays. Ce n’est peut-être pas totalement étonnant de la part d’un pays qui a sorti sa politique monétaire du cadre démocratique, mais en est d’autant inquiétant et révoltant qu’il s’agit de facto de ce que pense une partie des élites, comme le notait bien Emmanuel Todd dans son livre « Après la démocratie ».

La double face du Parti Socialiste

mardi 10 mars 2015

L’euro cher et l’austérité étaient bien les problèmes de l’Europe

Nous étions un certain nombre à le dire depuis des années, mais les récentes prévisions de la BCE, pour laquelle la croissance devrait atteindre 1,5% en 2015 et près de 2% en 2016, démontrent de facto que l’euro cher et l’austérité étaient bien les causes de la dépression européenne.



Euro moins cher, allègement de l’austérité

Il faut rappeler ici que, a priori paradoxalement, la zone euro est entrée en récession deux trimestres avant les Etats-Unis en 2008. Il faut dire que l’euro touchait alors des sommets, à 1,6 dollars au plus haut. Cela avait pesé sur les économies européennes. Les économistes estiment généralement qu’à parité de pouvoir d’achat, l’euro devrait coter entre 1 et 1,15 dollars. Etant donné le décalage dans le cycle économique mais aussi celui dans les politiques monétaires, l’euro devrait rester bon marché. Jusqu’à mi-2014, il cotait pourtant entre 1,25 et 1,4 dollars et on peut se dire que cela a joué un rôle dans l’atonie des économies européennes. La récente baisse apporte un bol d’air frais.

Le deuxième bol d’air frais pour les économies européennes, c’est incontestablement le desserrement des politiques d’austérité. Même s’il reste une pression des instances européennes sur les budgets nationaux, illustrée par les échanges avec la Grèce ou même la France, le ryhtme de baisse des déficits et l’ampleur des mesures budgétaires est bien plus raisonnable qu’en 2011 ou 2012. Initialement, le déficit de la France devait passer de 5,2 à 3% de 2011 à 2013. Finalement, nous aurons quatre ans de plus pour le faire, ce qui signifie une austérité atténuée. En outre, beaucoup de pays européens sont déjà sous les 3%. Bref, le vent mauvais de l’austérité ne souffle plus aussi fort qu’avant.

Aucune leçon n’a été tirée

lundi 29 décembre 2014

Avec Podemos et Syriza, l’Europe va-t-elle suivre l’Amérique Latine ?


Aujourd’hui, les parlementaires grecs votent pour le 3ème tour de la présidentielle. Si le candidat du pouvoir ne recueille pas 180 voix, des élections législatives anticipées seront organisées, offrant une nouvelle opportunité à Syriza. Avec Podemos en Espagne, la gauche radicale a le vent en poupe en Europe.



Les dérapages du Monde

La couverture de la montée de la gauche radicale est extrêmement révélatrice du fond idéologique de ceux qui en parlent. Pour Le Monde « les mouvements d’extrême-gauche séduisent aussi des électeurs épuisés par une rigueur imposée ‘d’en haut’ depuis Bruxelles, et nostalgiques d’un Etat-providence généreux ». On ne peut sans doute pas faire plus déformé et donc révélateur dans le traitement de l’information. Le Monde alterne entre « gauche radicale » et extrême gauche, ce qui n’a pas le même sens. Puis, il parle de séduire, sous-entendant qu’il n’y a aucune démarche rationnelle dans le soutien à Syriza et Podemos, qui ne feraient que séduire et ne pourraient bien sûr pas convaincre les citoyens.

Passons également sur cette « nostalgie d’un Etat-providence généreux » si révélatrice d’une capitulation de cette gauche eurolibérale vis-à-vis des conquêtes que ces ancêtres ont défendues il y a des décennies. On y décèle également ce refus borné du débat qui consiste à dire que notre système de protection aurait forcément vécu, qu’il serait trop généreux et qu’in fine, il serait normal de le démanteler et que tous ceux qui le refusent seraient des nostalgiques archaïques. Ceci rejoint les déclarations de Jean-Claude Juncker et la visite de Pierre Moscovici à Athènes. Mais ces leçons suffisantes et superficielles pourraient finalement pousser les peuples européens plus encore dans les bras des alternatifs.

Une légitime révolte démocratique

dimanche 30 novembre 2014

Délires austéritaires et pensée unique : le gouverneur de la Banque de France s’y met aussi (billet invité)


Billet invité de l’œil de Brutus


Dans la droit ligne de l’UMP (lire ici), tout en étant bien sûr très proche des postures de la majorité actuelle, le président de la Banque de France, Christian Noyer, y est aussi allé de son petit couplet austéritaire et néolibéral dans une interview donnée aux Echos (lire ici).  Les litanies de l’oligarchie au pouvoir, pour le plus grand bénéfice de la finance mondialisée et le plus grand malheur des peuples, se poursuivent donc. Accompagnées de mensonges plus ou moins grossiers pour faire passer la pilule (ou tenter de le faire). On relèvera, entre autres, ces passages les plus croustillants :

Christian Noyer : « Les pays qui ont entrepris des réformes de structure, comme l’Espagne, l’Irlande ou le Portugal, commencent à en toucher les dividendes. »

Les chômeurs espagnols, irlandais et portugais seront ravis de l’entendre ! Le pays de Cervantès, avec certes un très léger reflux (mais vraiment pas de quoi s’enthousiasmer) compte encore 24,5% de chômeur (54% pour les jeunes de moins de 25 ans !). Celui de Vasco de Gama 14,1% et l’ex-Tigre celtique 11,5%[i]. Et encore, ces chiffres sont très vraisemblablement faussés par l’utilisation, comme en France, de certains biais statistiques[ii].

lundi 6 octobre 2014

Que penser de l’émergence de Podemos en Espagne ?


Plus la morsure des programmes néolibéraux est forte sur le corps social, plus cela semble provoquer une réaction démocratique. La Grèce en montre l’exemple malgré la composition du gouvernement. Mais on décèle également des mouvements intéressants en Espagne, avec l’ascension de Podemos.



Coup de tonnerre démocratique

Mi-2013, j’avais déjà noté que le bipartisme qui domine la vie politique espagnole, le PPSOE, comme ils le disent, tremblait sur ses bases avec la montée de la gauche de la gauche et de l’UPD. Les résultats des élections européennes en mai dernier l’ont confirmé puisque si ces deux partis sont largement arrivés en tête avec 26% pour le PP et 23% pour le PSOE, ils perdent chacun pas moins de 16 points par rapport au scrutin de 2009 ! Ils sont passés d’une domination absolue (82% des suffrages) à 49% des voix en 5 ans ! Suivent la Gauche Plurielle, équivalent du Front de Gauche, avec 10% des suffrages, qui triple son score, Podemos, un nouveau venu, à 8%, et UPD, à 6,5%, qui double son score.

Comme le note le Monde, le succès de Podemos (et des autres forces en ascension), rebat les cartes politiques outre-Pyrénées, au point de déclencher des réactions agressives des deux grands partis, qui les accusent de proximité avec ETA ou de suppôt de Chavez. Mieux, comme le révèle Marianne, les sondages indiquent que Podemos pourrait réunir 15 à 21% des voix lors des législatives de l’année prochaine, ce qui pourrait, soit imposer au PP et au PSOE de gouverner ensemble et faire de Podemos la vraie alternative politique du pays, soit permettre à une majorité vraiment de gauche d’émerger, puisque la Gauche Plurielle et l’UPD se situent également à la gauche du PSOE.

Une ascension très intéressante

mardi 2 septembre 2014

Déflation : ces "remèdes" de la zone euro qui accentuent le mal


La semaine dernière, les dernières statistiques ont fait état d'une nouvelle baisse de l'inflation dans la zone euro, qui tombe au niveau historiquement faible de 0,3%. Nul doute que les historiens seront sévères avec des dirigeants qui accentuent le mal par leurs "remèdes".



Le danger de la déflation se précise

En effet, sur le fond, rien ne justifie cette baisse continue de l'inflation, passée de 1,3 à 0,3% en seulement un an. Il n'y a eu ni effondrement du prix des matières premières, ni effondrement économique, comme lors de la grande crise financière de 2008. C'est pour cela que la baisse des prix est encore plus inquiétante. Elle semble refléter une tendance de fond des économies de la zone euro, dont la moyenne cache des situations différentes, puisque les prix baissent déjà dans quelques pays, au premier rang desquels la Grèce et l'Espagne. Et la déflation est un grand danger pour la majorité, à plusieurs titres, même si elle peut parfois profiter aux plus riches si la valorisation des actifs ne baisse pas davantage.

D'abord, la baisse des prix ou une hausse trop faible a tendance à avoir un effet négatif sur l'activité puisqu'elle pousse à reporter les achats dans la mesure où les prix sont susceptibles de baisser, comme on a pu le voir au Japon. Cette moindre croissance pèse sur l'emploi, mais aussi la dette, doublement, puisque tant la hausse de l'activité et celle des prix contribuent à en alléger le poids, qui, ici, a tendance à rester toujours aussi lourd, quand ellle n'augmente pas en proportion du PIB dans les exemples extrêmes de déflation comme en Grèce (où le PIB a reculé de plus de 20%, ce qui revient à une augmentation de 25% du poids de la dette), ou, dans une moindre mesure, en Espagne.

Des solutions ubuesques

lundi 16 juin 2014

Alerte à la déflation sur l’Europe





La déflation en marche dans le Sud

Si l’inflation moyenne de la zone euro est tombée à 0,5%, contrairement à d’habitude, c’est l’Allemagne qui fait monter la moyenne globale, puisque certains pays sont rentrés dans une phase de baisse des prix. En Grèce, où ils baissent depuis un an, la chute des prix a atteint un nouveau sommet en mai, pas moins de 2% sur un an (ce qui signifie aussi que le poids de la dette augmenterait mécaniquement de 2% en un an, même avec un déficit nul). La baisse des prix semblent se généraliser à la majorité des secteurs, à quelques exceptions près (tabac, alcool, santé).  Et les prix ont également baissé de 0,2% en mars en Espagne, une première depuis 2009 et ils baissent au Portugal depuis février.

Bref, le processus déflationniste est bien entamé dans une partie de la zone euro, et notamment dans sa 4ème économie, sachant que l’Italie n’en est pas très loin. Ceci est une conséquence directe de la monnaie unique puisqu’auparavant, en cas de déficit de compétitivité, un pays pouvait dévaluer, mais aujourd’hui il faut jouer sur le niveau des salaires, comme l’ont montré ces pays qui ont baissé leur SMIC. Certes, cela permet de rééquilibrer la balance commerciale, mais en jouant principalement sur la baisse des importations et en produisant un cataclysme social, illustré par un taux de chômage au-delà de 25% et une descente aux enfers d’une majorité de la population, que l’histoire jugera durement.

La France est-elle à l’abri ?


jeudi 5 juin 2014

Crise d’eurobéatitude : la preuve par Delhommais (billet invité)


Billet invité de l’œil de Brutus.

« Ubi solitudinem faciunt, pacem appelant »[i]



Dans la dernière ligne droite précédant les élections européennes du 25 mai 2014, la « grande » presse européiste s’est lancée dans une belle campagne de propagande. De Libération au Figaro en passant par le Monde, du Nouvel Obs au Point[ii], du pathétique « Roman de l’euro » de France2[iii] aux sophismes de BFMTV et consorts, les mots et les tribunes n’ont pas manqué pour défendre la monnaie unique et la construction européenne[iv]. Nouvelle preuve, s’il en est, après la débâcle du référendum de 2005, de l’irrémédiable fracture entre le peuple français et l’oligarchie politico-économico-médiatique qui le gouverne, de plus en plus malgré lui. Et dorénavant contre lui.

Parmi ce fatras propagandaire teinté de novlangue absconse, ce prosélytisme de supermarché aux accents de chantage, j’ai retenu un billet, un seul (dommage pour lui). Tant il est vrai que d’un seul, on les lit tous. De Calliclès à Delhommais et consorts, la filiation est directe, l’hypocrisie gémellaire et la rhétorique au même niveau que la profondeur de la pensée. C’est-à-dire pas bien haut.

Lire La zone euro sur le chemin de la résilience de Pierre-Antoine Delhommais permet donc de s’affranchir de dix bonnes années de rétrospectives des rubriques « Europe », « politique » et « élections » d’à peu près toute notre bonne et grande presse. Pour cela, au moins, on peut lui en être gré. Car pour le reste …

mercredi 16 avril 2014

Quand des journalistes de l’Expansion et l’Express veulent « casser l’euro »


Franck Dedieu et Benjamin Masse-Stamberger s’étaient déjà distingués en écrivant un livre réhabilitant le protectionnisme, à l’échelle européenne néanmoins. Ils récidivent sur un sujet encore plus tabou dans un nouveau livre où ils proposent de « casser l’euro pour sauver l’europe ». Bienvenue !


Un rêve bien peu crédible…

Quoi de plus réjouissant que des journalistes sérieux de l’Expansion, l’Express, du Figaro ou du Monde Diplomatique rejoignent la cohorte grandissante des intellectuels euro-critiques. Y-a-t-il seulement aujourd’hui un intellectuel sérieux capable de produire une argumentation solide en sa faveur ? Et attention, je ne parle pas des « arguments » des évêques de l’UE, pour qui l’europe est une religion déconnectée du rationel. Les barrières du politiquement correct semblent de plus en plus friables

Les auteurs dénoncent « les censeurs qui veillent » et le fait que le « système euro se soit mué en dogme (…) s’éloignant toujours plus de la réalité à mesure que s’agrandissait le fossé séparant le projet de sa réalisation concrète ». L’euro est devenu une religion qui rend aveugle aux avis des prix Nobel d’économie qui « expriment les plus grandes réserves vis-à-vis de la monnaie unique ». Ils citent notamment Milton Friedman : « les différences vont s’accumuler dans les divers pays et les chocs asymétriques vont les affecter. L’Irlande a besoin d’une politique monétaire différente de l’Espagne ou l’Italie. Il est difficile de croire que cela restera un système monétaire stable pendant très longtemps (…) Les pays de la zone n’ont pas la même homogénéité politique, sociale et culturelle que les cinquante Etats américains (…) La possibilité la plus vraisemblable est qu’il y aura des chocs asymétriques frappant les différents pays. Cela signifiera que le seul mécanisme d’ajustement dont ils pourront se satisfaire sera budgétaire et fiscal, avec du chômage : pression sur les salaires, pression sur les prix ». Bien vu…

Les promesses des partisans de la monnaie unique n’en sont que plus ridicules. Pierre Moscovici soutenait que « la force de la monnaie unique est de pouvoir contribuer à créer l’environnement monétaire et financier plus stable dont l’économie mondiale a besoin ». Jean-Claude Trichet vantait l’exemple irlandais en 2005. Jean Quatremer vantait la protection offerte par l’euro fin 2008. Ils font un sort à Yves Thibault de Silguy et Jacques Delors qui vantaient l’effet positif que l’euro devait avoir sur la croissance.

L’euro se heurte au mur de la réalité

lundi 7 avril 2014

L’UE et l’euro, c’est l’Europe de la baisse des salaires


On ne cesse de parler du risque de déflation en Europe. En effet, l’inflation est tombée à 0,7% sur un an, deux fois moins qu’au Japon, qui semble sortir de ce mal. Mais il faut clarifier deux choses : ce terme est le mot politiquement correct pour dire baisse des salaires et c’est cette Europe qui la provoque.


La déflation, l’autre nom de la baisse des salaires

Même les tenants les plus eurobéats de l’UE commencent à s’en inquiéter, comme le montre cette note de l’institut Bruegel, qui s’alarme sur le risque de déflation dans la zone euro. Depuis début 2012, l’inflation ne cesse de baisser dans la zone euro, qui semble prise dans une course sans fin vers la baisse des prix. De manière révélatrice, le phénomène touche encore plus les pays « aidés » par l’UE, ce qui en dit long sur la qualité des potions infligées à ces pauvres pays. Pire, la zone euro se distingue du reste du monde, puisque le Japon, au contraire, semble sortir de la déflation, et si la hausse des prix a ralenti outre-Manche et outre-Atlantique, le phénomène n’est pas aussi marqué…


Mais surtout, derrière les discussions sur la déflation, cela signifie baisse des salaires. Certains néolibéraux diront que ce n’est pas grave car les prix baissent aussi. Mais cette vision froide des choses est réductrice, car tous les prix ne baissent pas : les mensualités d’un emprunt ne sont souvent pas concernées. En outre, une moyenne cache de gros écarts : quand les revenus augmentent en moyenne de 6% aux Etats-Unis, ils baissent 1,6% pour 90% de la population et montent de 31% pour 1%... Et si la déflation est redoutée par les économistes, c’est bien parce qu’elle est génératrice de graves déséquilibres, et, en général, d’un appauvrissement global. C’est pourquoi le Monde a fait un papier intéressant affirmant « pourquoi la baisse des prix en Espagne n’est pas une bonne nouvelle ».

Pourquoi les prix et les salaires baissent ?

mercredi 26 mars 2014

Les Espagnols défllent contre la répression européenne


Dimanche, les Français ont exprimé une profonde insatisfaction contre les principaux partis de notre pays. Samedi, les Espagnols faisaient de même, mais en défilant par centaines de milliers à Madrid contre les politiques d’austérité menées dans leur pays et leurs conséquences monstrueuses.


La colère du pays réel

Comme pour les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, on a l’impression aujourd’hui qu’il y a deux Espagne. D’une part, il y a le pays qui retrouve de la croissance, est parvenu à rééquilibrer son commerce extérieur en quelques années, et qui réduit drastiquement son déficit budgétaire, au point de pouvoir emprunter à 3,3% à 10 ans. Mais cette image est totalement virtuelle, déconnectée de la réalité de la vie de la population du pays, comme l’ont bien démontré les manifestants de samedi dernier, certains estimant même qu’ils étaient près de deux millions à participer à cette « marche de la dignité ».

La manifestation a eu lieu sous le slogan « non aux coupes budgétaires – du pain, du travail et un toit », dénonçant « l’urgence sociale, le chômage qui touche toujours plus d’un actif sur quatre en Espagne et la politique d’austérité menée par le gouvernement de droite depuis plus de deux ans ». Une partie des manifestants réclamaient carrément le non remboursement de la dette du pays. Car l’amélioration des statistiques économiques espagnoles est totalement virtuelle pour une population confrontée à un chômage toujours monstrueux et à une baisse du pouvoir d’achat, qui explique en grande partie le redressement des comptes extérieurs du pays, au prix d’une grave misère sociale.

L’espoir venu des Pyrénées

dimanche 24 novembre 2013

Fin de l’euro : les options espagnoles et italiennes avancent aussi


Le calme des marchés depuis plus d’un an est trompeur. De manière souterraine, les forces qui vont tôt ou tard mener au démontage de la monnaie unique continuent à se renforcer. Outre l’éloignement progressif de l’Allemagne vis à vis de l’euro, le même phénomène est en marche à Rome et Madrid.



L’Espagne et l’Italie à la dérive

Bien sûr, certains observateurs à courte vue voient dans le rééquilibrage rapide des balances commerciales des deux pays un signe que la situation va mieux. Néanmoins, il s’agit presque du seul rayon de soleil dans une situation très difficile. En outre, cette amélioration vient d’abord de la baisse de la demande intérieure, qui provoque une baisse des importations. Beaucoup de signaux restent extrêmement inquiétants, entre la hausse continue des créances douteuses en Espagne, qui ont atteint un nouveau record en septembre ou surtout le maintien d’un niveau de chômage absolument colossal.

D’ailleurs, à l’occasion de la mise en place de la surveillance des budgets nationaux décidée avec le TSCG, la Commission Européenne a émis des doutes sur la situation de l’Espagne et de l’Italie. Elle a contesté l’hypothèse de croissance de Rome pour 2014. Il faut dire que 1,1%, cela semble optimiste. Et cela pose problème car le manque de croissance a fait exploser la dette, à plus de 130% du PIB. L’Espagne est visée pour ses déficits qui tardent décidemment à se réduire, avec 6,8% cette année. Les marches seront hautes pour atteindre l’objectif de 3% du PIB, fixé actuellement pour 2016.

La 2ème phase de la crise européenne

jeudi 31 octobre 2013

Espagne : sortie illusoire de la récession


Les premières estimations de l’évolution du PIB espagnol au 3ème trimestre ont été publiées. Le pays serait enfin sorti d’une récession qui aura duré pas moins de 9 trimestres, avec une minuscule croissance de 0,1%. Mais on sous-estime souvent les conséquences monstrueuses de la crise.



La fin de la descente aux enfers ?

Malgré tout, il faut sans doute reconnaître que l’effondrement de l’économie du pays est sans doute terminé à moyen terme. En effet, l’effondrement de la demande intérieure provoqué par la crise a permis d’équilibrer les échanges extérieurs. Les exportations progressent (3,8% en août, contre une baisse de 3,6% des importations). Le tourisme est dynamisé par les troubles autour de la Méditerranée. Mais du coup, une croissance de 0,1% n’en apparaît que plus modeste. Il faut dire que la consommation intérieure continue de baisser, pénalisée qu’elle est par le chômage et les baisses de salaire.

Quelques facteurs de risques subsistent. Tout d’abord, la chute du marché immobilier n’est pas terminée : les prix baissent encore. Le montant des créances douteuses continue encore d’augmenter, à 12,1% en août. Et enfin, la dette publique est passée de moins de 40% à 100% du PIB : son poids va se faire sentir dans les années à venir. Certes, comme l’écrit The Economist, le PIB n’a baissé que de 7% depuis 2007, mais la baisse a été grandement réduite par le rééquilibrage des comptes extérieurs, passés d’un déficit de 10% du PIB en 2007 à l’équilibre aujourd’hui. En clair, la consommation intérieure espagnole a baissé de de près de 20% depuis 2007, expliquant le niveau effarant du chômage.

Quel avenir pour Madrid ?

dimanche 4 août 2013

L’Espagne, victime de l’horreur néolibérale


Baisse du coût du travail, amélioration du solde commercial : sur la foi de ces indicateurs, certains osent affirmer que la Grèce ou l’Espagne commencent à voir le bout du tunnel, alors même que ces deux pays seront encore en récession cette année. Une présentation des choses assez horrible.



Le vice transformé en vertu

Il y a quelque chose d’assez effrayant à lire des papiers « optimistes » au sujet de la Grèce ou de l’Espagne. En effet, dans ces deux pays, le niveau du chômage dépasse un quart de la population (et plus de la moitié des jeunes), la population baisse, le pouvoir d’achat s’est effondré, il est de plus en plus difficile de trouver un crédit et 2013 sera une nouvelle année de baisse du PIB. Madrid et Athènes sont dans la situation de l’Allemagne et des Etats-Unis du début des années 1930 et certains parviennent à déceler des motifs d’optimisme, à mille lieues de ce que vit la population.

Et il faut dire que, de manière totalement déshumanisée, on peut voir quelques points positifs : la hausse du chômage et la baisse du PIB ralentissent, les déficits publics se résorbent un peu. Mieux, les néolibéraux un peu barbares notent que le solde commercial s’améliore, au point d’approcher l’équilibre et la compétitivité globale s’améliore. Mais ces quelques points peuvent aussi être interprétés comme des conséquences de la crise :, il n’est pas difficile de comprendre que la balance commerciale s’améliore du fait de l’effondrement du marché intérieur, comme on pouvait le prévoir.

Pire, l’amélioration de la compétitivité (le moyen politiquement correct de parler de baisse de salaire) ne peut mener qu’à une baisse de la demande intérieure, ce qui augure bien mal pour la croissance des années à venir. Encore pire, le fait de chercher son salut dans l’augmentation des exportations, comme l’évoque The Economist est suicidaire : tous les pays ne peuvent pas améliorer leur solde commercial simultanément et le moyen de le faire (la baisse du coût du travail), porte en lui les germes d’une récession interminable par une désinflation compétitive généralisée en zone euro.

Pendant ce temps, l’horreur avance

vendredi 26 juillet 2013

Ce modèle que l’Allemagne n’est pas


La crise de la zone euro a fait de l’Allemagne le modèle à suivre pour certains. Comme le souligne souvent Jacques Sapir sur son blog, il s’agit d’un mirage dangereux car non seulement le « modèle allemand » n’est pas réplicable à l’échelle du continent, mais il n’est même pas souhaitable dans l’absolu.



Un « modèle » non réplicable

Alors que la zone euro pourrait sortir de la récession ce trimestre et enregistré une légère (et illusoire) croissance l’an prochain, on entend des discours absolument hallucinants. La seule issue pour les pays en difficulté serait de trouver la croissance par l’augmentation des exportations. C’est notamment ce qui est avancé pour l’Espagne ou la Grèce. Car cela est au cœur de la réussite allemande puisque le pays affiche un solide excédent des échanges courants de près de 200 milliards d’euros, soit la bagatelle de 6,4% du PIB pour 2013 (plus de trois fois le niveau de la Chine !).

Mais ce que les économistes myopes ne comprennent pas, c’est que les excédents des uns sont les déficits des autres, et que si un pays parvient à baser sa croissance sur les exportations, alors, d’autres doivent accepter des déficits équivalents… Il faut savoir que la moitié de la croissance de l’Allemagne depuis 10 ans vient de son solde commercial. Mais il n’est pas difficile de comprendre qu’un tel modèle n’est pas réplicable à l’échelle du continent. Tous les pays de la zone euro ne pourront pas être en excédent commercial en même temps, surtout avec la concurrence des pays émergents.

Dès lors, les stratégies de sortie de crise par les exportations sont illusoires. Bien sûr, les pays qui seront les plus radicaux pourront gagner temporairement des parts de marché, mais cela est absurde. Non seulement, cela réduit la demande européenne, et donc la croissance et l’emploi, mais en plus, cela ne conduit qu’à déplacer les chômeurs des pays les plus compétitifs vers ceux qui le sont moins, tout en augmentant leur nombre global, du fait de la baisse de la demande. Et cela nous mène à une course mortifère au moins disant social, une guerre économique de tous contre tous.

Un modèle qui n’est même pas souhaitable


vendredi 12 juillet 2013

L’Espagne vers une révolution politique


Depuis que l’Espagne est redevenue une démocratie, il y a plus de 30 ans, la vie politique du pays est dominée par deux partis : le PP, actuellement au pouvoir, et le PSOE. Mais devant l’indifférenciation croissante entre les deux, les Espagnols se tournent vers une nouvelle offre politique.



La fin de bonnet blanc – blanc bonnet ?

Comme le montre ce graphique de The Economist, les deux principaux partis de la vie politique espagnole réunissait encore 75% des intentions de vote il y a moins de deux ans, ce qui correspondait grosso modo aux résultats des élections. Certes, la plupart du temps, aucun des deux partis ne parvenait à obtenir une majorité absolue seul au Cortes, mais celui qui était arrivé en tête pouvait s’entendre avec un des petits partis du parlement, le plus souvent des partis régionalistes (catalans ou basques), qui fournissaient alors les voix nécessaires pour avoir une majorité stable pour le pays.

Mais ce scénario semble devoir être battu en brèche pour les prochaines élections (qui auront lieu en novembre 2015 au plus tard). En effet, les deux grands partis ne réunissent plus que 45% des intentions de vote. Assez logiquement, le PP (centre-droit) a vu son soutien diviser par deux en un peu moins de deux ans du fait des potions amères infligées au pays pour rassurer les investisseurs et la troïka. Mais cela n’a pas bénéficié au PSOE, qui a également vu son soutien baisser fortement, passant de près de 30% à un peu plus de 20% du fait de sa responsabilité dans la situation actuelle.

Résultat, deux partis politiques ont fortement progressé. Tout d’abord, la Gauche Unie, l’équivalent du Front de Gauche, a vu ses intentions de vote s’envoler de 7 à 17%, à quelques points du PSOE. Et un autre parti, l’Union pour le Progrès et la Démocratie (UPD), classé au centre, est passé de 4,7 à 12-13%. Ce parti s’est lancé en 2007, où il avait réuni 1,2%, ce qui montre qu’un parti modéré peut émerger. Du coup, la question qui se pose aujourd’hui, c’est de savoir quelles alliances permettront de former une majorité durable à l’issue de la prochaine élection législative, dans deux ans.

Une remise en cause importante