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mardi 1 septembre 2015

Avis de reprise illusoire en Europe du Sud

Au second trimestre, la croissance des pays d’Europe du Sud a été globalement supérieure à la moyenne de la zone euro, comme la France. Certains y verront une forme de réussite des plans européens. Mais, sous les statistiques un peu moins négatives, la réalité n’est guère riante.



Reprise purement conjoncturelle

Les statistiques du second trimestre sont assez impressionnantes. L’Espagne a enregistré une croissance d’1%, le Portugal de 0,4%. Plus étonnant encore, le PIB de la Grèce a progressé de 0,8% malgré le contexte de négociation entre le gouvernement Tsipras et les créanciers du pays, alors que la zone euro n’a cru que de 0,3%, l’Allemagne de 0,4%, et la France de 0. Pour les analystes, « la forte poussé du PIB au deuxième trimestre s’est appuyée sur de bonnes ventes de détail et sur le début solide de la saison touristique ». Tout ceci devrait permettre au pays de faire mieux que les dernières prévisions de croissance pour l’ensemble de l’année 2015. Il faut dire que le contexte géopolitique troublé en Afrique du Nord et au Moyen-Orient pousse les touristes amateurs de la Méditerranée en Europe du Sud.

Ce faisant, il faut bien comprendre ici que le regain de croissance est largement conjoncturel et mécanique. Car outre le tourisme, la conjoncture des pays d’Europe du Sud est aussi aidée par de puissants courants porteurs : la baisse du prix du pétrole qu’ils importent, la baisse des taux d’intérêt, qui réduit la facture de la dette (et par ricochet, allège la pression austéritaire), et enfin, la baisse de l’euro, qui leur profite davantage qu’à l’Allemagne du fait de leur spécialisation économique. En outre, comme après toute crise économique, on peut aussi conclure qu’il y a un rebond mécanique, facilité par les vents plus porteurs de la conjoncture, la violence de la crise finissant par semer les graines de la reprise, comme on peut le lire dans les ventes d’automobile en Espagne, après l’effondrement du passé.

Mais une reprise totalement illusoire

jeudi 7 août 2014

Ce qu’il faut retenir des pertes du Crédit Agricole au Portugal



Mardi, le Crédit Agricole a annoncé une charge exceptionnelle de plus de 700 millions d’euros pour tenir compte le plan de sauvetage de Banco Espirito (dont il était actionnaire à hauteur de 14,6%) par le Portugal. Une nouvelle affaire bancaire qui en dit long sur la nécessaire réforme de la finance.



Une nouvelle crise bancaire

Décidemment, l’actualité charrie toutes les semaines au moins un nouveau scandale bancaire, que ce soit la manipulation de cours comme le Libor, les condamnations sur les subprimes, les aléas de l’affaire Jérôme Kerviel, l’incroyable condamnation de BNP Paribas et les innombrables amendes qu’acceptent de payer les banques à la justice aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne principalement. Mardi, Lisbonne a annoncé un plan radical pour sauver de la faillite Banco Espirito, en la recapitalisant de 4,4 milliards d’euros, annihilant, pas illogiquement, les parts des actionnaires. La banque va être coupée en deux, entre une Novo Banco qui récuperera les bons actifs et une mauvaise banque pour solder le reste.

Bizarremment, les raisons de cette recapitalisation massive à l’échelle du Portugal ne sont que rarement évoquées, la plupart des médias se contentant d’évoquer les fraudes de la famille Espirito, qui était alors le premier actionnaire de la banque avec 20% du capital. Mais quelques recherches permettent de trouver cet article des Echos, qui évoque la cascade financière peu orthodoxe de la famille, qui détenait en réalité 100% d’un fond luxembourgeois, qui avait 100% d’un fond portugais, qui avait 49,6% d’un groupe luxembourgeois qui détenait 20% de la banque. La holding de tête a été placée en dépôt de bilan suite à la découverte de fraudes, ce qui a fait tomber le château de cartes du fait d’un jeu de prêts. C’est pour cette raison que les dirigeants du Crédit Agricole ont annoncé des actions en justice.

Une crise du laisser-faire et du laisser-passer

On pourrait ne retenir qu’une énième histoire de banquiers escrocs, mais la portée de cette affaire dépasse ce simple cadre, qui invite pourtant déjà à réfléchir sur l’organisation du système bancaire. Bien sûr, le Crédit Agricole professe sa bonne foi et on peut a priori ne pas trop en douter. Néanmoins, difficile de ne pas se dire qu’il n’a pas été un bon actionnaire, car la taille de sa participation impliquait une surveillance qui lui aurait permis d’éviter une telle fin. Ensuite, il est tout de même assez effarant qu’une banque accepte de prendre 14,6% du capital d’une autre banque en en laissant 20,1% à une famille qui utilise un montage financier qui lui permet d’en avancer à peine la moitié. Bref, même si le Crédit Agricole s’est fait arnaquer, on peut se demander s’il n’y a pas eu des erreurs de sa part.

Enfin, tout ceci amène à se poser la question de l’organisation de ce capitalisme sans frontière et sans limite qui permet tout et n’importe quoi. Le principe des cascades de holding ne semble tout de même pas très juste. Ne faudrait-il pas mettre en place un système légal empêchant cette forme d’abus de pouvoir ? Puis, tous ces bouillons pris par des banques en dehors de leur pays d’origine amène à se demander quel est l’intérêt de laisser ses banques s’exposer à l’étranger. Même si le contribuable français ne sera pas sollicité pour cette affaire, ces dernières années, des contribuables ont payé pour des errements qui ont eu lieu dans d’autres pays, ce qui est aberrant. Bref, l’organisation bancaire actuelle créé une forme d’irresponsabilité qui favorise tous les excès, d’autant plus que l’Etat est toujours là pour nettoyer.

Cette affaire démontre encore une fois, s’il était besoin, que le système bancaire doit être beaucoup mieux et davantage régulé. Et cela ne réussira qu’en démondialisant une finance qui utilise la mondialisation pour conserver ses profits et collectiviser ses pertes, comme même certains libéraux le reconnaissent.

lundi 16 juin 2014

Alerte à la déflation sur l’Europe





La déflation en marche dans le Sud

Si l’inflation moyenne de la zone euro est tombée à 0,5%, contrairement à d’habitude, c’est l’Allemagne qui fait monter la moyenne globale, puisque certains pays sont rentrés dans une phase de baisse des prix. En Grèce, où ils baissent depuis un an, la chute des prix a atteint un nouveau sommet en mai, pas moins de 2% sur un an (ce qui signifie aussi que le poids de la dette augmenterait mécaniquement de 2% en un an, même avec un déficit nul). La baisse des prix semblent se généraliser à la majorité des secteurs, à quelques exceptions près (tabac, alcool, santé).  Et les prix ont également baissé de 0,2% en mars en Espagne, une première depuis 2009 et ils baissent au Portugal depuis février.

Bref, le processus déflationniste est bien entamé dans une partie de la zone euro, et notamment dans sa 4ème économie, sachant que l’Italie n’en est pas très loin. Ceci est une conséquence directe de la monnaie unique puisqu’auparavant, en cas de déficit de compétitivité, un pays pouvait dévaluer, mais aujourd’hui il faut jouer sur le niveau des salaires, comme l’ont montré ces pays qui ont baissé leur SMIC. Certes, cela permet de rééquilibrer la balance commerciale, mais en jouant principalement sur la baisse des importations et en produisant un cataclysme social, illustré par un taux de chômage au-delà de 25% et une descente aux enfers d’une majorité de la population, que l’histoire jugera durement.

La France est-elle à l’abri ?


dimanche 8 décembre 2013

L’Union Européenne est un zombie qui s’ignore


On pourrait croire qu’avec la fin des tensions financières sur la zone euro depuis plus d’un an (à l’exception de l’épisode chypriote), les fédéralistes seraient rassurés. Non, ils font grise mine car de puissantes forces se coalisent pour détruire cette UE qui ne fonctionne pas et qui oprime les peuples.



Pourquoi cela tient ?

Certains pourraient dire que L’Union Européenne et l’euro sont plus solides qu’il n’y paraît. Après tout, des experts reconnus pensaient que l’euro était en phase terminale au début de l’année 2011. Pour ma part, j’ai toujours cru que la monnaie unique mettrait plus probablement du temps pour disparaître (j’évoquais jusqu’à dix ans en 2010). La psychologie des peuples et de leurs dirigeants est le premier facteur. Les Allemands ne veulent pas prendre l’initiative de démonter un projet européen, certains journaliste y voyant un acte qui pourrait même se comparer à une guerre mondiale !

Dans les pays du Sud, il y a encore trois ans, même si ce n’était pas vrai, l’Europe était à la fois vu comme le bouclier qui nous avait protégé d’une crise gravissime et la main qui les avait à la fois nourris et qui les avait aidé à grandir. La construction européenne ne faisait pas l’objet d’un vrai débat démocratique. On ne pouvait qu’être pour, comme l’illustre le résultat du référendum espagnol sur le TCE en 2005 (faible participation, forte majorité pour le « oui »). Parce que cette Europe leur a beaucoup apporté pendant vingt ans, il est logique que les peuples d’Europe du Sud mettent du temps à la renier.

Malgré tout, une construction fragile

lundi 19 août 2013

Grèce, Irelande, Portugal : l’échec complet des plans européens





Des dettes insoutenables

C’est The Economist qui émet ce jugement en plein cœur de l’été. Mais son jugement, que partage François Lenglet dans son dernier livre (bientôt en résumé) semble très réaliste. Le graphique de l’évolution de la dette de la Grèce, du Portugal et de l’Irelande est instructif. On connaît le cas grec, avec cette dette, passée de 100 à 170% du PIB. Un accord d’allègement lui a permis de baisser, mais l’effondrement économique du pays l’a fait remonter à 160%. Le Portugal, qui était sous 70% en 2008, vogue vers les 130% du PIB. Et l’Irlande est passée de 30 à 125% du PIB, un quadruplement !

L’Irlande est théoriquement le pays le plus solide, mais l’hebdomadaire britannique souligne que si l’on étudie le PNB (qui exclut les profits des multinationales qui passent par le pays, au contraire du PIB), la situation n’est pas si brillante, avec une dette qui atteint alors 150% du PNB. Pire, le déficit est encore de 7,5% du PIB… Le Portugal est secoué par une crise politique majeure et se pose la question du maintien dans l’euro. Enfin, la situation de la Grèce est toujours aussi dramatique : le pays ne tient toujours pas ses objectifs et aura besoin de toujours plus d’argent dès 2014.

Vers un nouveau défaut ?


jeudi 25 juillet 2013

Grèce, Portugal : la victoire temporaire des austéritaires





L’austérité, majoritaire à Lisbonne et Athènes

Vu d’ici, il est incroyable, pour ne pas dire autre chose, que les gouvernements grec et portugais tiennent toujours dans le contexte actuel. La récession continue, le taux de chômage dépasse 27% en Grèce et 18% au Portugal, pourtant, rien n’y fait : ni la censure du plan d’austérité par la Cour Constitutionnelle ni la démission de deux ministres majeurs du gouvernement à Lisbonne, ni la fermeture de l’audiovisuel public ou les départs de la majorité du DIMAR à Athènes n’ont fait tomber les gouvernements euro-libéralo-austéritaires dans les deux capitales du Sud de l’Europe.

Ce lundi, malgré une fronde grandissante dans ses rangs, le premier ministre portugais a exclu de changer de cap, sachant que le président de la République avait indiqué qu’il ne convoquerait pas les élections législatives anticipées que demande la gauche. Il a également affirmé que « nombreux sont ceux qui disent que l’austérité est excessive, mais elle est celle que nous imposent les circonstances ». Cependant, le niveau de dette du pays atteint 127,2% du PIB, un chiffre qui rend très aléatoire la sortie du pays des plans européens et pourrait rendre nécessaire un second plan.

En Grèce, malgré la défection du DIMAR, le gouvernement continue à appliquer les potions amères et absurdes de la troïka. Comme le rapporte ce papier du Figaro, un sondage indique que pas moins de 60% de la population serait favorable au licenciement de fonctionnaires (et même 47% des électeurs de Syriza) du fait d’enquêtes qui mettent en avant certains abus et créent le sentiment que les membres de la fonction publique sont des priviliégiés dans cette crise. Cependant, l’endettement du pays atteint encore 160% du PIB, malgré l’effacement de 107 milliards d’euros de dette…

Entre résignation et peur

jeudi 4 juillet 2013

Portugal, Grèce, Italie : la situation se déteriore dans la zone euro


Bientôt un an que les marchés financiers ont été calmés par la promesse d’action de Mario Draghi. Pourtant, la situation continue à se détériorer puisque le 2ème trimestre 2013 sera probablement le 7ème trimestre consécutif de baisse du PIB de la zone euro. Et les tensions politiques reprennent.




C’est un pays dont on parle peu depuis qu’il a obtenu le 3ème plan « d’aide » européen, au printemps 2011. Lisbonne faisait figure de modèle pour la troïka, tenant mieux ses objectifs qu’Athènes ou Madrid. Mais on sent une fatigue de l’ajustement alors que le PIB va à nouveau reculer de 2% en 2013, que le chômage atteint 18% et que les jeunes portugais ne rêvent que du Brésil, comme le rapporte Le Monde. Après des passes d’armes avec la Cour Constitutionnelle, qui a censuré une partie des plans d’austérité, le ministre des finances de la coalition de centre-droit a démissionné.

Le pays a réussi à revenir sur les marchés financiers mais les taux se tendent (ils sont passés de 5.2 à 6.9%) et la Commission appelle à « maintenir le rythme des réformes ». Le commissaire européen Oli Rehn, a salué la contribution du ministre de l’économie qui a démissionné « à l’adoption de nombreuses mesures difficiles mais nécessaires ». Mais si le pays ne parvenait pas à réduire son taux de chômage endémique et sortir de la crise, ne pourrait-il pas être tenté par une voie différente, quand on voit le très grand succès du livre d’un économiste qui propose de sortir de l’euro ?

En Grèce, la majorité ne tient qu’à un fil

En Grèce, après la grave crise consécutive à la fermeture de la télévision publique, pour essayer de tenir les objectifs de réduction du nombre de fonctionnaires de la troïka, le gouvernement ne tient plus qu’à un fil. En effet, outre les démissions périodiques de parlementaires qui retirent leur soutien aux politiques mortifères du gouvernement, c’est le 3ème parti de la coalition, le DIMAR, issu d’une scission de modérés de Syriza, qui a décidé de quitter l’ailliance qu’il formait avec le PASOK et ND. Une décision somme toute logique de la part d’un parti dit de gauche devant l’agenda du gouvernement.

Du coup, le premier ministre ne dispose plus que d’une majorité de 153 députés sur 300, ce qui le met plus que jamais en danger si une poignée de députés quittent les deux partis qui sont encore au pouvoir, comme cela était arrivé à l’automne dernier. Etant donné la vitesse de la décomposition de sa majorité en seulement un an, il est probable qu’il ne pourra pas aller jusqu’au bout de son mandat, et qu’il faudra en passer par de nouvelles élections qui seront une nouvelle occasion pour le peuple grec de sortir du joug anti-démocratique et profondément antisocial de cette malfaisante troïka.

En Italie, la majorité peine à s’entendre

mardi 11 juin 2013

Toujours plus de Nobel d’économie euro-critiques !


Ils étaient cinq à faire partie des critiques de la monnaie unique : Maurice Allais, Milton Friedman, Amartya Sen, Paul Krugman et Joseph Stiglitz. Un papier espagnol révèle trois noms supplémentaires de prix Nobel* d’économie qui voient dans la sortie de l’euro la voie de salut pour Madrid. 



La seule issue pour les pays d’Europe du Sud

Après le Portugal, où le livre d’un économiste qui propose de revenir à l’escudo fait un tabac, comme le rapporte Coralie Delaume, c’est en Espagne que le débat sur l’euro rebondit. Le site Expansion a ainsi publié un papier qui révèle que pas moins de 5 prix Nobel* d’économie voient dans le retour de la peseta et la sortie de l’euro le moyen pour le pays d’enfin sortir de la crise économique qu’il traverse : outre Paul Krugman et Joseph Stiglitz, dont les critiques contre l’euro sont connues, s’y ajoutent James Mirrlees (1996), Christopher Pissarides (2010) et Thomas Sargent (2011).



Thomas Sargent évoque la sortie des pays « faibles » comme une issue à la crise actuelle. Christopher Pissarides affirme que « si l’Espagne veut se sauver, elle doit revenir à la peseta (…) d’un point de vue économique, ce serait ce qu’il y a de mieux pour tout le monde. Dévaluer la peseta de 20% et recalculer la dette et les actifs espagnols sur cette base ». James Mirrlees affirme que « l’Espagne a besoin de quitter l’euro, revenir à la peseta et imprimer beaucoup d’argent et l’utiliser pour les investissements publics souhaitables et pour des politiques en faveur de l’emploi ».

Expansion rapporte également les arguments plus connus de Paul Krugman, qui a écrit sur son blog que « l’Espagne serait mieux maintenant si elle n’avait jamais adopté l’euro » et qui a expliqué plusieurs que la sortie de la monnaie unique permettrait de lutter contre le chômage, notamment dans son dernier livre. Il rapporte enfin les propos de Joseph Stiglitz, qui a qualifié de « suicide » les politiques menées par Madrid et Athènes et souligné que l’on peut parfaitement être un membre de l’UE sans adopter la même monnaie, complétant des propos que j’avais déjà rapportés sur le blog.

Un débat légitime, mais tronqué

vendredi 31 mai 2013

Jacques Sapir et Frédéric Lordon imaginent l’après-euro


Au Portugal, « Cinquante nuances de gris » a été remplacé en haut des meilleures ventes de livres par « Pourquoi nous devons quitter l’euro ». Alors que les rangs des partisans de cette idée grandissent tous les jours, Jacques Sapir et Frédéric Lordon nous éclairent sur l’après.



Progrès dans la bataille des idées

En France, les idées progressent lentement du fait de l’incompétence de la principale avocate choisie par les médias, Marine Le Pen. Cependant, nous gagnons du terrain, comme le montrait cette tribune du Monde en mars ou cette interview de Philippe Villin. En Europe, l’idée ne cesse de progresser. Déjà, en Italie, même si cela ne s’est pas traduit au niveau de la formation du nouveau gouvernement, une majorité de la population a voté pour des partis très critiques à l’égard de l’Europe, dont notamment le parti de Beppe Grillo, qui appelait ouvertement à une sortie de la monnaie unique.

En Allemagne, le parti Alternative für Deutscheland rencontre un immense succès et a déjà rassemblé treize mille adhérents sur la promesse d’un retour au deutsche mark, très populaire en Allemagne. Toujours en Allemagne, Oskar Lafontaine, ancien président du SPD, a appelé à son démontage. Enfin, au Portugal, la question s’est invitée dans le débat avec la sortie le livre de Joao Fereira do Amaral, pour qui « nous devons réaliser que l’euro n’est tout simplement pas adapté au Portugal ».

Les scénarios de Jacques Sapir

Après avoir déjà chiffré le coût technique de sortie de la monnaie unique entre 300 et 700 millions d’euros fin 2012, Jacques Sapir avait écrit un scénario de sortie de la monnaie unique. Dans un nouveau papier, il en établit deux nouveaux : un scénario non coopératif et un hypercoopératif. Dans le premier, il prévoyait que le mark s’établisse à 1,495 dollars, contre 1,04 pour le franc, 0,975 pour la lire, 0,910 pour la peseta et 0,650 pour la drachme, des chiffres cohérents avec l’analyse de la Deutsche Bank.

Dans le scénario non coopératif, les écarts sont plus grands alors que dans le scénario hypercoopératif (qui aboutirait à la constitution de deux euros), ils le sont moins. L’impact sur la croissance est similaire et un peu inférieur pour le scénario non coopératif. L’impact sur l’inflation est plus différent (pointe à 5% pour le non coopératif, 3,8% pour le coopératif, 3,6% pour l’hyper-coopératif) mais les chiffres se rejoignent dès la 3ème année. Il conclut en montrant que l’Espagne et l’Italie ont sans doute intérêt à un scénario non coopératif, qui maximise le gain de croissance par une plus forte dévaluation.

La monnaie commune vue par Frédéric Lordon

jeudi 30 mai 2013

Europe : mettre fin à l’intégration pour développer les coopérations


La construction européenne actuelle est un échec patent. Alors que l’on peine à remplir la colonne de ses avantages concrets, la liste de ses inconvénients est longue, entre règne des lobbys, régression sociale, récession, chômage ou remise en question de la démocratie. Que faire ?



Le problème, c’est l’intégration

La monnaie unique est sans doute le prisme par lequel analyser l’échec de cette construction bancale et artificielle qu’est l’UE. En effet, on constate qu’avoir une seule monnaie et une seule politique monétaire pour des pays aussi divers ne fonctionne pas parce que des pays différents doivent avoir des monnaies gérées différemment pour pouvoir s’adapter aux réalités nationales, différentes. Ce refus de voir que les réalités nationales sont différentes est au cœur de l’échec de l’UE.

S’il existe des nations distinctes, c’est parce que chaque peuple a son histoire, son identité, sa culture et souhaite donc y adapter son mode de vie, les règles de sa société. Le problème est qu’avoir fait adopter  aux Espagnols, aux Italiens, aux Portuguais et aux Grecs les a mené à la ruine. Ces pays s’ajustaient auparavant par des dévaluations, mécanisme qui fonctionnait bien. Maintenant, on leur impose des dévaluations internes, une baisse des salaires monstrueuse socialement et dont on peut douter qu’elles permettront de vraiment redresser leurs économies.

En outre, pour intégrer, ils ont supprimé toutes les frontières internes, mettant les pays dans une concurrence sauvage où c’est le moins-disant salarial, social et fiscal qui gagne. Pire, en supprimant toutes les frontières externes, l’Europe est balottée au gré des crises internationales et soumise à la pression des pays émergents qui attirent des délocalisations massives. Bref, par sa construction même, au lieu de nous tirer vers le haut, cette Europe nous tire vers le bas, sur tous les sujets, salariaux, sociaux, fiscaux ou normatifs. Où l’on redécouvre a posteriori que les frontières avaient du bien

S’y ajoute le problème du pouvoir central. D’abord, comme il n’existe pas de démocratie européenne (et qu’il n’en existera pas : en quelle langue pourrait-on débattre tout de suite ?), cet espace particulièrement opaque est peu démocratique, un paradis pour lobbys, comme Monsanto. L’UE, c’est une forme de totalitarisme pseudo-éclairé des experts indépendants. Et à chaque crise, ils répètent qu’il faut leur donner plus de pouvoir et continuer à déshabiller les Etats-nations alors que plus l’intégration avance, plus le continent va mal. Leur pouvoir personnel est devenu leur seul objectif.

La solution, c’est la coopération

mercredi 15 mai 2013

Taux longs : l’euro a déjà explosé !


La semaine dernière, le Portugal a réussi pour la première fois depuis plus de deux ans à emprunter sur les marchés (3 milliards d’euros à 5,65%) et les taux longs se sont bien détendus en Espagne (4,3%) et en Italie (4%). Mais il y a d’autres fronts sur lesquels la BCE ne parvient pas à rétablir la situation.

 Après les dettes souveraines, les dettes privées

En effet, cela fait maintenant 9 mois que les marchés ne sont plus secoués par des tensions sur les taux longs puisque ceux-ci sont retombés à des niveaux historiquement bas en Espagne et en Italie. Les déclarations de Mario Draghi, président de la BCE, l’été dernier, semblent avoir fonctionné, au moins pour le moment. Même la crise chypriote n’a pas vraiment paniqué les bourses, malgré la forte décote appliquée sur les comptes et les retrictions aux mouvements des capitaux.



Cependant, il y a un front où la crise ne cesse d’empirer : celui des taux d’emprunts aux entreprises non financières, en clair, le moyen de financement de l’économie productive. Comme le montre ce graphique de The Economist, alors qu’à la veille de la crise financière, l’écart entre les taux français et italiens était tombé en dessous de 1 point, l’écart ne cesse d’augmenter depuis : de 2 points en 2010, il est passé à près de 4 points aujourd’hui puisque les entreprises non financières italiennes empruntent à environ 6%, contre un peu plus de 2% pour les entreprises françaises. Un écart colossal.

En clair, comme le note l’hebdomadaire, « la BCE a perdu le contrôle sur les taux d’intérêt en Espagne et en Italie », par rapport à l’avant-crise. Et cela est très problématique car cela contribue à asphyxier l’économie de nos voisins, étranglés par des taux d’intérêt punitifs. Du coup, alors que le niveau du crédit est stable en France, il recule d’environ 4% en Italie et de 15% en Espagne. Et ce recul y accentue encore la récession économique, car les entreprises ne parviennent plus à se financer.

La zone euro, zone monétaire dysfonctionnelle

samedi 11 mai 2013

Grèce, Irlande, Portugal, Italie, banques : vers le grand défaut ?


Comme le montre la crise que nous traversons depuis maintenant cinq ans, la zone euro est profondément dysfonctionnelle. Cela aboutira tôt ou tard par le démontage de la monnaie unique. Et il y a fort à parier que le facteur déclencheur sera le défaut désordonné d’un Etat ou d’une banque.



Le château de cartes grandit

Depuis plus de cinq ans avec Bear Sterns et trois ans avec la Grèce, les Etats conçoivent des plans dits de sauvetage des banques ou d’autres Etats. La Grande-Bretagne, les Etats-Unis et l’Irlande ont été contraints de nationaliser de grandes institutions financières pour éviter leur effondrement, même si cela représente un prix très élevé pour la collectivité. Mais, ce faisant, les dettes du passé n’ont pas disparues. Elles ont juste changé de mains et gonflé furieusement le passif de ces Etats…

Si la situaiton des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne est gérable, du faible d’une dette publique autour de 90% du PIB, et surtout de la monétisation d’une partie importante de la dette par leur banque centrale respective, la situation est tout autre pour l’Irlande. Voici un pays qui affichait une dette publique de moins de 40% du PIB en 2007 et qui atteint aujourd’hui 120% ! Certes, le pays a bénéficié d’une aide discrète, mais importante de la BCE (qui a monétisé près de 20% de sa monnaie), mais il est tout sauf évident que Dublin pourra honorer sa dette dans les conditions actuelles.

La situation est également très préoccupante au Portugal, qui affiche une dette publique supérieure à 100% du PIB, ou en Italie (130% du PIB de dette). En outre, les nouveaux mécanismes européens ont ajouté de la dette à la dette, comme le rapporte ce papier de BFM, qui rappelle que Paris est déjà engagé à hauteur de 69 milliards… Tout le problème dans la zone euro est qu’il n’y a pas la soupape de la monétisation par la banque centrale, qui permet d’alléger le fardeau des Etats.

Eviter un défaut désordonné

mardi 16 avril 2013

Le Portugal se rebelle contre l’euro récession





L’impasse de l’austérité

Il y a deux ans, le Portugal devenait le troisième pays à être « aidé » par l’Europe. En fait, ce plan de 78 milliards permettait surtout de garantir les créances des banques et des investisseurs sur l’Etat portuguais, au prix d’un plan d’austérité sévère. Les résultats ne se sont pas faits attendre : le PIB a reculé de 2% en 2011 et de 3% en 2012. Du coup, les coupes dans les budgets ont plongé le pays dans le même cercle vicieux que la Grèce, l’effondrement économique faisant tellement reculer les recettes fiscales que le déficit a gonflé de 4,4% en 2011 à 6,4% du PIB en 2012.

Bien sûr, The Economist souligne que le déficit de la balance des paiements est tombé de 10,4% du PIB en 2008 à seulement 0,3% aujourd’hui, ce qui est un progrès important. Néanmoins, cela s’est fait par le biais d’un effondrement économique qui devrait mener le taux de chômage à 19% de la population. Il est bien évident qu’une austérité sauvage tend à améliorer les comptes extérieurs puisqu’elle provoque une très forte baisse de la consommation intérieure, et donc des importations.

Mais la machine se grippe un peu plus puisque la Cour Constitutionnelle du pays vient d’annuler quatre des neufs programmes de coupes budgétaires. La réduction des pensions de retraite, la suppression d’un des deux mois additionnels du traitement des fonctionnaires et des coupes dans l’assurance maladie et l’assurance chômage ont donc été déclarées non conformes à la consitution du pays. Du coup, le premier ministre doit trouver 5,3 milliards d’économies nouvelles sur 3 ans.

La zone euro de plus en plus fragile

mercredi 24 octobre 2012

Halte à la saignée de l’Europe du Sud !


Cela fait déjà plus de deux ans que des économistes de tout bord, ou que sur ce blog, les dangers des politiques d’austérité sont décryptés. Malheureusement, l’Espagne, le Portugal et la Grèce poursuivent des politiques suicidaires, comme même The Economist le reconnaît, après le FMI

L’austérité sauvage, cela ne marche pas



Bien évidemment, on connaît les ravages des politiques d’austérité en matière de chômage (qui a triplé, de 7/8% en 2008 en Espagne et en Grèce à environ 25% aujourd’hui), ou en matière de pouvoir d’achat et de couverture sociale. Ces conséquences devraient déjà à elles seules faire réfléchir les Attila de l’austérité (dont certains se disent « socialistes » - sic-) et les faire s’interroger sur l’immense coût social de cette austérité qui provoque des millions de drames humains.

En plus, ces politiques ne sont même pas efficaces pour atteindre leur objectif premier, à savoir la baisse du déficit budgétaire. En effet, si l’on observe l’évolution des déficits de 2009 à 2012, on constate qu’ils ont baissé de 4 points du PIB aux Etats-Unis (11,6 à 7,6%), de 4,2 points au Portugal (10,2 à 6%) et de 4,5 points en Espagne (de 11,2 à 6,7%), soit des chiffres comparables, d’autant plus que les estimations ont tendance à être révisées à la hausse pour les deux derniers (l’OCDE prévoyait encore 4,6 et 5,4% en juin) et à la baisse pour le premier (8,3% prévu en juin).

Bref, les Etats-Unis obtiennent la même baisse de leur déficit budgétaire que l’Espagne et le Portugal en évitant, au niveau fédéral, les coupes massive dans les dépenses ou les hausses punitives des impôts, tout simplement parce que cela permet de conserver de la croissance. Au contraire, les politiques monstrueuses mises en place en Europe, en plongeant les économies dans la récession, annulent la majeure partie des effets qu’elles souhaitent avoir. Tout le monde y perd !

A quand le changement ?

vendredi 5 octobre 2012

Christine Lagarde : la Marie-Antoinette du FMI


C’est une interview qu’il faudra conserver tant elle démontre la bêtise économique des technocrates qui nous gouvernent mais aussi leur manque le plus élémentaire de tout humanisme et d’intérêt du sort d’autrui. La Marie-Antoinette de Bercy, qui a déménagé à Washington, a encore frappé.

Qu’on leur donne de la brioche !

Christine Lagarde est une spécialiste des dérapages. Elle avait proposé comme solution de prendre son vélo au lieu de la voiture en 2008 quand le prix de l’essence s’était envolé. Pratique quand on a des enfants et pour les courses ! Elle s’était aussi félicitée de la croissance en novembre 2008 ! La marquise de Bercy semble encore plus déconnectée de la réalité depuis qu’elle a remplacé DSK à la tête du FMI, comme le montre cette incroyable interview donnée au Figaro.

A une question sur la dévaluation interne menée dans la zone euro, pour compenser le fait qu’ils ne peuvent pas faire baisser les prix avec la monnaie unique, elle ose dire : « un des signes avant-coureur du succès de cette approche est la reprise des exportations. En faisant baisser les prix des facteurs de production, en particulier le prix du facteur travail, on espère rendre le pays plus compétitif (…) On le voit déjà un peu au Portugal, en Espagne, et on commence à le voir un peu en Grèce ».


On se demande dans quel monde la patronne du FMI vit pour parler de « signes avant-coureur du succès ». S’agit-il du triplement du niveau du chômage en Espagne ou en Grèce, passé de 8 à 24% en 5 ans ? S’agit-il de l’effondrement du pouvoir d’achat, de la misère qui se développe, du système de santé qui ne parvient plus à soigner les citoyens ? Et quand elle dit qu’il faut faire baisser « le prix du facteur travail », c’est la novlangue pour dire « baisser les salaires » de la population. Quelle ironie de la part de quelqu’un qui a promu le pouvoir d’achat de Bernard Tapie.

Perroquet néolibéral

lundi 1 octobre 2012

Le vent de la révolte souffle contre l’Europe de la régression sociale


On ne mesure sans doute pas bien l’importance de la manifestation d’hier contre le TSCG, l’un des trois traités qui instaurent une camisole budgétaire pour les Etats. Par cette première manifestation d’opposition à cette Europe, le peuple français rejoint la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie dans la contestation.

Les peuples européens se soulèvent

Jour après jour, mois après mois, la situation se tend en Europe. Les peuples se révoltent contre les politiques inhumaines menées par des gouvernements qui ne pensent qu’à sauver la délirante construction monétaire qu’est l’euro, fût-ce au prix de souffrances monstrueuses infligées à leurs citoyens. La révolte de la population peut aboutir à une solution démocratique. En Grèce, il s’en est fallu de peu pour que Syriza gagne les législatives de juin et suive la voie de l’Islande.


Au Portugal également la situation se déteriore. Samedi, plus de cent mille manifestants se sont rassemblés à Lisbonne pour protester contre la politique du gouvernement et les nouvelles mesures d’austérité à venir pour combler les déficits. La population avait déjà fait reculer le gouvernement qui souhaitait transférer un quart des cotisations patronales sur les cotisations salariales, pour baisser le coût du travail, ce qui aurait baissé le pouvoir d’achat de 7%, comme le rapporte The Economist.

L’impasse de l’austérité arrive en France