Outre son analyse de la crise globale, Jean-Luc Gréau accorde
logiquement une part importante de son analyse aux spécificités de la crise de
la zone euro et apporte son eau au moulin des analystes alternatifs comme
Jacques Sapir, malgré des idées globalement plus libérales.
Pas une crise des dettes souveraines
Pour lui c’est la crise financière, qui, en provoquant une grave
récession, couplée aux plans de sauvetage du système financier, a provoqué la
crise des dettes publiques. Il souligne le rôle majeur joué par les
déséquilibres dans les échanges entre les pays de la zone euro. Pour lui, notre
dette est la conséquence de la réunification allemande (et de la politique de
franc cher) et le krach du marché hypothécaire étasunien, deux épisodes qui ont
provoqué une hausse de notre endettement de plus de 20% du PIB chacun ! Il
souligne que « la dérive (actuelle)
trouve son explication principale dans l’impact destructeur de la crise sur nos
recettes fiscales et sociales ». Il rappelle aussi à ceux qui vantent
le modèle allemand que tous les pays européens ne peuvent pas simultanément
être en excédent commercial et qu’il est source d’une pression déflationniste
qui explique en partie la crise actuelle.
Il souligne avec ironie que nous sommes passés d’un discours officiel
où l’euro nous aurait sauvé à un « il
faut sauver l’euro », en rappelant que l’embellie du tournant du
siècle était le produit de 3 facteurs extérieurs à l’unification monétaire
européenne : la forte demande étasunienne, la montée du dollar (et donc
l’euro bon marché) et enfin la baisse des taux, constatée dans le monde entier.
En outre, il note que la concurrence de la Chine était encore extrêmement
limitée. Malheureusement, l’euro
cher et le libre-échange anarchique ont pesé sur la croissance après le
krach de la bulle Internet.
Il rappelle le rôle de la divergence des pays de la zone euro en
matière d’évolution des salaires ou de croissance du crédit, avec la bulle
espagnole (croissance de plus de 20% par an). Il souligne que la situation des
PIIGS est totalement disparate : l’Italie, où les ménages sont très peu
endettés, la Grèce, que les eurocrates ont laissé dans l’euro en fermant les
yeux sur ses comptes, l’Espagne, qui souffre de l’éclatement de sa bulle
immobilière, le Portugal, qui n’a plus de croissance depuis plus de 10 ans et
l’Irlande, dont
la croissance vient de son dumping fiscal, qui attire les multinationales.
L’impossible issue de la crise