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mardi 11 décembre 2018

L’existence de l’euro, cause première des « gilets jaunes » (tribune collective)


Des annonces d’hier, aux nombreux angles-morts, l’essentiel, à savoir l’UE, a été oublié. J’en profite pour publier ce nouveau texte. Merci aux initiateurs, qui m’y ont à nouveau convié, et qui rappellent un point fondamental de cette crise : la responsabilité de l’UE et de l’euro, qui n’oeuvrent que pour une toute petite minorité, contre la grande majorité, comme le montrent à nouveau les reculs sur la taxation des GAFA ou des transactions financières, après d’autres, comme le glyphosate.


Près de vingt ans après le lancement de l’euro, le 1er janvier 1999, la situation de la monnaie unique européenne est paradoxale. D’un côté, l’échec de ce projet est patent, étant reconnu par la plupart des économistes compétents, dont de très nombreux prix Nobel. De l’autre, ce sujet est maintenant tabou en France, au point qu’aucun responsable politique n’ose plus l’aborder de front. Comment s’explique une telle situation ?

samedi 14 octobre 2017

Le cauchemar étasunien, introduction

C’est un projet que j’avais depuis quelques mois, à force de faire la chronique de la situation désastreuse des Etats-Unis. La décomposition dont parlait Todd il y a 15 ans a beaucoup progressé. Et parce que ceux qui nous dirigent s’en inspirent, il est donc essentiel de rappeler que les Etats-Unis ne sont en aucun cas un modèle à suivre. Bien au contraire, il est essentiel de s’en démarquer, très fortement.


La loi de la jungle marchande

mardi 8 août 2017

Guilluy décrit le séparatisme de la France d’en haut

Après avoir proposé une analyse rafraichissante de la crise de notre pays dans « La France périphérique », cassant les vieux codes d’analyses périmées, le dernier opus de Christophe Guilluy, « Le crépuscule de la France d’en haut » approfondit ses analyses antérieures. Un livre assez noir, mais qui n’en demeure pas moins un complément utile aux analyses de Thomas Piketty.


Cette fracture qui ne cesse de grandir

mercredi 30 décembre 2015

Todd et Charlie (6ème partie et conclusion)

« Qui est Charlie ? » est le livre auquel j’ai consacré le plus de papiers, parce que je suis largement critique à son égard, mais aussi parce surnagent des analyses et réflexions intéressantes. Et même si Todd fait bien des raccourcis abusifs, un peu de débat ne fait jamais de mal.



Un Zemmour de gauche ?

Todd tacle un Zemmour endogame : « par le biais d’un mariage mixte, une moitié des jeunes d’origine algérienne étaient plus avancés dans l’assimilation que certains théoriciens de l’échec de l’intégration ». Mais l’impression que donne ce livre, c’est qu’il tombe dans les mêmes excès que l’auteur du « Suicide Français », mélangeant essai et roman, tant il fait de raccourcis et cède à des excès. Car pour les deux auteurs, finalement, la France se meurt, même s’il s’agit de deux France différentes. Zemmour pleure une France caricaturale, presque aussi machiste que l’Arabie Saoudite, décrivant sans nuance quarante ans d’histoire. Avec ce livre, Todd pleure une France intégratrice et tolérante avec autant de nuances que l’auteur du « Suicide Français », à travers sa vision de Charlie.

Comment écrire que « Charlie pourrait être un phénomène dynamique qui révèle avec le temps, de plus en plus fortement, ses vraies valeurs de référence : l’autorité et l’inégalité (…) Socialistes, sarkozystes et mélenchonistes ont défilé ensemble, affirmant un même socle de valeurs fondamentales (…) La domination est acceptée, l’inégalité a une base de masse ». Il est tout de même effarant de lire dans les manifestations de janvier un attachement à l’autorité et à l’inégalité, alors qu’il s’agissait d’une défense de la liberté et de la démocratie. Todd confond ici corrélation et causation, sans même s’embarrasser d’une analyse vraiment rigoureuse de la corrélation (en comparant avec d’autres manifestations). Pourquoi « le choc émotionnel résultant de l’horreur du 7 janvier (aurait) offert la possibilité d’une réaffirmation de l’idéologie qui domine la France : libre-échange, Etat social, européisme et austérité » ?

Non seulement le raisonnement de Todd n’est pas logique, mais il finit par faire un procès à cette France qu’il ne reconnaît pas, et dont on devine, même s’il ne l’écrit jamais, qu’il craint qu’elle prenne des traits de l’Allemagne des années 1930 ou que nous aboutissions à une forme de guerre de religion. Comme me l’a signalé un commentateur du blog, dans une interview au Guardian, il dit que « la France est une société malade (…) Il y a une partie de la société Français qui est pourrie, et rien n’est fait ». Encore une fois, et malgré certains développements récents consécutifs aux nouveaux attentats, je persiste à penser que la société Française tient bon, et que la réaction globale reste largement positive. Je ne vois pas poindre un sentiment islamophobe, si ce n’est de manière marginale.

Le mauvais procès fait à la France

mardi 29 décembre 2015

Todd et Charlie (5ème partie) : vers une guerre des religions ?




L’islam comme bouc-émissaire moderne ? 

Pour Todd, « l’islam est bien le bouc émissaire d’une société qui ne sait plus quoi faire de son incroyance et qui ne sait plus si elle a foi en l’égalité ou l’inégalité (…) cette islamophobie (…) est un peu modérée par un reste du sentiment universel hérité de l’Eglise, mais elle tend à être dopée par l’échec de l’euro, qui rend les couches dominantes anxieuses et les lance à la recherche d’un bouc émissaire, l’islam évidemment (…) Ce qui est réellement troublant, est l’obsession de l’islam, le discours laïciste frénétique qui se répand dans la moitié supérieure de la pyramide sociale, et qui est beaucoup plus inquiétant, au fond, que l’incrustation du vote FN dans les milieux populaires ». Avec Pegida ou les initiatives contre la circoncision, il pointe le rôle de l’Allemagne, ce modèle dit supérieur, quand « le monde arabe est perçu comme inférieur (…) l’Europe de tradition luthérienne joue un rôle particulier de catalyseur de l’islamophobie ».

« Comme les juifs européens vers 1930, les musulmans de France n’existent pas. La catégorie religieuse est posée comme dénominateur commun d’un ensemble d’hommes et de femmes qui appartiennent à des groupes différents (…) si la société globale vous met dans un sac portant l’étiquette musulman, vous vous sentez musulman (…) le repli n’est pas voulu, il est imposé par une logique économique qui perturbe les mécanismes d’assimilation ». Il note néanmoins que « des conceptions différentes du statut de la femme séparent les universalismes européen et musulman » mais pour lui, « les beurs des banlieues sont français et ont déjà, en termes de mœurs, fait les neuf ou les dix dixièmes du chemin vers une conception égalitaire des statuts de l’homme et de la femme » Pour lui, l’antisémitisme des banlieues vient d’un « universalisme que son incapacité temporaire à assimiler ou à se fondre rend raciste ».

lundi 28 décembre 2015

Todd et Charlie (4ème partie) : du FN, du PS, et de la xénophobie

Dans « Le mystère Français », Emmanuel Todd et Hervé Le Bras proposaient une analyse passionnante des évolutions du vote des Français. Dans « Qui est Charlie ? », il poursuit son analyse et propose des interprétations intéressantes des mouvements de fond de notre vie politique.



Des ressorts du vote Front National

Todd poursuit sa réflexion sur les ressorts du succès du FN. Constatant que ce parti a ses bastions dans les parties les plus égalitaires du territoire selon sa classification, il y voit « l’absurdité symétrique d’une force officiellement xénophobe ancrée dans un fond anthropologique égalitaire (…) il ne fait aucun doute que les électeurs du FN sont mus par des sentiments que l’on pourrait en première approche décrire comme inégalitaires (…) Ils semblent cependant travaillés par un inconscient égalitaire ». Pour lui, le raisonnement est le suivant : « si les hommes sont partout les mêmes, et si les étrangers qui arrivent sur notre sol se conduisent d’une façon vraiment différente, c’est qu’ils ne sont pas des hommes ». Il note également que l’émergence du FN a coincidé à, « venu des élites, un discours de tolérance totalement dysfonctionnel affirmant la nécessité de respecter la différence immigrée ».

Pour lui, « la combinaison de l’égalitarisme populaire et du multiculturalisme des élites avait réuni, au début des années 1980, les conditions d’une cristallisation pathologique. Le produit chimique sorti du tube à essai fut le vote FN ». On pourrait aussi y ajouter le jeu de Mitterrand, poursuivi depuis par Hollande, ou aussi que le bilan des deux grands partis au pouvoir depuis 40 ans est désastreux pour les classes populaires. Il note les dangers d’un universalisme abstrait : « si la réalité du mondre confronte ce système mental à un homme concrètement différent, l’homme universel, réduit à son insu à l’état ethnique le plus pur, sera capable de réagir par une négation de la nature humaine du porteur de la contradiction ». Pour lui, « l’électeur du FN voit au-dessus de lui la masse écrasante d’une classe moyenne définie par ses études. Il ne rêve plus d’accéder à son statut. Il regarde vers le bas, redoutant surtout de sombrer ». En 2012, il soutenait déjà que les électeurs du FN n’étaient pas racistes, mais malheureux.

dimanche 27 décembre 2015

Todd et Charlie (3ème partie) : de la montée des inégalités et de son acceptation

Même si on peut contester le lien fait par Todd entre Charlie et le débat sur l’inégalité, outre ses conclusions sur la tonalité générale des manifestations du 11 janvier (hystériques, instaurant un devoir de blasphème ou islamophobes), Todd approfondit la question de l’inégalité dans notre société d’une manière intéressante et qui mérite l’attention, une partie à sauver dans ce livre.



Des plaques tectoniques démographiques

Même si on refuse son interprétation inégalitaire de Charlie, Todd met le doigt sur un véritable enjeu de nos sociétés : l’explosion des inégalités et sa relative acceptation par les citoyens. Il reboucle avec son analyse des débats européens en évoquant les 70% de « oui » des classes supérieures à Maastricht, phénomène accentué en 2005. Poursuivant la thèse du mystère Français, il note « que le vote ‘oui’ avait aussi une forte dimension religieuse (…) c’est le vote d’électeurs venus du catholicisme mais qui l’avaient déjà abandonné qui a fait basculer la France ». Pour lui,  nous sommes passés du « dieu unique à la monnaie unique (…) c’est le reflux de la religion qui a conduit à son remplacement par une idéologie », parce que « l’incroyant se définissait comme un libre-penseur, un évadé de prison théologique, heureux de sa liberté retrouvée », la déchristianisation laisse donc un vide pour les laïcs, rempli par l’Europe.

Toujours dans la continuation du mystère Français, Il évoque le « glissement vers la gauche de l’électorat catholique de droite ». Pour lui, « n’est-il pas vraisemblable que les catholiques zombies, en s’intégrant au PS, plutôt que de se convertir à l’égalitarisme des régions centrales, ont déposé au cœur de la gauche leur bagage mental inégalitaire ? (…) Le PS devient peut-être au fond plus insensible, plus dur aux faibles que ne l’était la droite conservatrice ». Todd poursuit son analyse en évoquant le groupe des MAZ : classes Moyennes, personnes Agées, catholiques Zombies, « qui accepteraient un fantastique durcissement interne de la société ». Reprenant des statistiques de l’INSEE, il rappelle que 57% de la population appartient aux classes populaires, 42% aux classes moyennes (17% supérieures) et 1% aux classes supérieures. Enfin, la France compte 32% de retraités parmi les 15 ans et plus.

samedi 26 décembre 2015

Todd et Charlie (2ème partie) : des corrélations et des causalités

Hier, j’ai débuté l’analyse du livre polémique d’Emmanuel Todd, « Qui est Charlie ? », soulignant certaines carences de ses critiques contre le mouvement qui a accompagné les manifestations de janvier. Un défaut majeur est sa façon de tirer des conclusions un peu hâtivement.



Des conclusions un peu hâtives ?

Dans ce livre, Emmanuel Todd s’appuie largement sur ses travaux antérieurs, et notamment la cartographie de la France réalisée avec Hervé Le Bras dans « Le mystère français ». Il tire un portrait démographique de Charlie et analyse la distribution des 4,4 millions de manifestants estimés (10,7% de la population des zones concernées), note la moindre participation dans les bassins ouvriers, dans le Nord ou le Sud-Est, ou la forte participation des villes de cadres ou de l’Ouest. Il oppose Marseille la populaire moins mobilisée et Lyon, la bourgeoise et catholique, plus mobilisée. Et en recoupant avec les résultats électoraux, il en déduit que « la France des classes moyennes supérieures fut surmobilisée » et que les catégories intermédiaires ont rejoint les classes supérieures, au contraire de 2005, comme en 1992.

Par-delà certains biais de méthodes, notamment soulignés par Edgar, on peut quand même se demander si la conclusion à laquelle arrive Todd n’est pas un peu rapide. Comme Edgar le souligne, il faudrait comparer avec d’autres manifestations pour vérifier si les estimations de participation du 11 janvier présentent un biais par rapport à la distribution habituelle. En outre, il est bien évident que les participants à la marche de Paris ne venaient pas seulement de la capitale, révélant l’attraction des grandes métropoles autour d’elles, ce qui biaise quelque peu les statistiques, et imposait une comparaison avec d’autres manifestations afin d’être rigoureux dans la démarche. Les habitants de la périphérie se sont-ils moins mobilisés parce qu’ils ne le souhaitaient pas ou parce que leur lieu d’habitation leur compliquait la tâche ? Sur cette question, comme d’autres, Emmanuel Todd semble conclure un peu rapidement.

Du sens de la manifestation

vendredi 25 décembre 2015

Todd et Charlie (1ère partie) : de l’hystérie, du blasphème et de l’islamophobie

Au printemps dernier, Emmanuel Todd a secoué le débat politique avec son livre « Qui est Charlie ? », bien chroniqué par Coralie Delaume ou Edgar, du blog La lettre volée. Après les attentats de novembre, il n’est pas inutile de se replonger dans ses analyses, foisonnantes, parfois passionnantes, mais aussi d’autres fois extrêmement biaisées et dans l’erreur, notamment sur le centre de sa thèse.



Curieuse vision des manifestations

Pour le manifestant que j’ai été, parler « d’accès d’hystérie (…) comment dire que la mobilisation de masse, loin d’être ‘admirable’, révélait un manque de sang-froid et, pour tout dire, de dignitié dans l’épreuve » me semble incroyable, pour ne pas dire plus. Que pouvait-il donc y avoir d’hystérique dans cette manifestation sobre, recueillie et fraternelle ? Je n’arrive pas à me souvenir de la moindre trace d’hystérie dans ce qui était un bel hommage pour les victimes, mais aussi pour nos valeurs dans une défense de la liberté d’expression nécessaire à toute démocratie. C’était au contraire un moment de large rassemblement des Français, autour de la Marseillaise, par-delà les clivages, même si l’exclusion du FN était une faute (corrigée en novembre). Il parle aussi de « foules, convoquées par le gouvernement, qui défilaient à travers toute la France », sans doute une extrapolation abusive des motivations des manifestants.

D’ailleurs, Todd tempère son propos en notant que la plupart des manifestants « justifiaient leur présence par leur attachement général à la liberté d’expression et défendaient un idéal de tolérance ». Puis il dit que « beaucoup ont vécu le ‘Je suis Charlie’ comme un épisode d’aliénation par la pensée d’autrui » (comme sur le blog d’Olivier Berruyer), je persiste à penser que la grande majorité des Français l’ont vécu au contraire comme un moment de communion nationale. Enfin, il va quand même très loin quand il fait un lien entre les manifestations et Zemmour, Houellebecq ou la « Manif pour tous », comme si tous les manifestants étaient favorables à leurs vues. Je suis un exemple que ce n’était pas le cas et personnellement, j’ai l’impression que c’était même plutôt l’inverse qui était le cas en janvier.

De l’islam et de l’islamophobie

samedi 10 octobre 2015

Le Front National, réincarnation du Parti Communiste




Une filiation évidente

Jusqu’en 1981, le Parti Communiste faisait parti de la bande des quatre partis qui dominaient la vie politique Française, avec le PS, l’UDF et le RPR. En 1979, il talonne le parti néogaulliste aux élections européennes et en 1981, Georges Marchais fait encore plus de 15% des voix, contre 18% à Jacques Chirac au premier tour des élections présidentielles. Mais en 1983, le Front National émerge et atteint 10% des voix lors des élections européennes de 1984. Plus jamais les communistes ne parviendront à atteindre ce score, tombant jusqu’à 2% avec la candidature de Marie-Georges Buffet en 2007. Les deux partis partagent la même base électorale, populaire, avec une forte présence dans le Nord, dans le Sud-Est ou la Région Parisienne, même si leur géographie électorale n’est pas exactement la même.

Ces deux partis sont les partis de la périphérie politique, des rejetés des élites éduquées et aisées, avec un très fort sentiment d’appartenance, contraste saisissant avec l’abandon des classes populaires, quand ce n’est pas le mépris, par les élites de la nation. L’autre point commun de ces partis, assez peu courant pour les grandes démocraties occidentales, c’est d’avoir occupé, de manière durable, une place importante dans la vie politique nationale (y compris la première), sans pour autant n’avoir jamais été en position de prendre le pouvoir, le PCF n’ayant été qu’une roue de secours, un allié loin du centre de gravité de la majorité à laquelle il participait, que ce soit en 1936, au sortir de la guerre, ou encore en 1981. Après plus de trois décennies au-delà de 10%, le FN reste lui aussi loin du pouvoir.

Vers une répétition de 2012 en 2017 ?

mercredi 23 septembre 2015

La chute minime et illusoire des inégalités

Alors que l’on parle toujours de l’augmentation des inégalités, thème cher à Stiglitz ou Piketty, l’INSEE a révélé des chiffres qui montrent que les inégalités auraient baissé en 2013, comme en 2012. Mais faut-il vraiment se réjouir de ces chiffres et traduisent-ils un vrai renversement de tendances ?



L’hirondelle ne fait pas le printemps

Dans l’absolu, on ne peut que se réjouir de cette baisse des inégalités et de la progression de 1,1% du pouvoir d’achat des 10% des plus bas revenus (à 10 730 euros après impôts) quand les revenus des 10% des plus hauts revenus ont reculé de 1,8% (à 37 200 euros). L’indice de Gini recule donc de 0,305 à 0,291 de 2012 à 2013, le plus bas niveau depuis 2009. En outre, il faut souligner que la France présente un niveau d’inégalités plus faible que dans la majorité des autres pays. Mieux, le taux de pauvreté est passé de 14,3 à 14% en un an. Les raisons de cette évolution sont l’augmentation des impôts des plus riches, les impôts directs qu’ils paient étant passés de 26 à 27,9% du revenu disponible, quand, au contraire, les plus bas revenus ont bénéficié d’une hausse des prestations sociales.



Mais cette présentation des choses est insuffisante. En effet, même si les inégalités avaient légèrement baissé en 2012, et que cela constitue donc une deuxième baisse consécutive, il faut noter que le revenu médian (séparant les 50% qui gagnent le plus des 50% qui gagnent le moins), affiche une baisse de 0,1%, ce qui indique a contrario que les revenus moyens ont stagné en 2013, à un niveau de 1667 euros que l’on ne peut pas considérer comme suffisamment élevé. En outre, comme le montre le graphique du Figaro, on constate que le revenu médian tend à baisser légèrement depuis 2008, phénomène inquiétant. Enfin, on peut également voir que si les inégalités reculent, elles le font après une hausse constante de plus de 15 ans, ce qui relativise l’inversion de tendance, encore trop récente.

L’arbre qui cache la forêt

lundi 10 août 2015

Bernard Maris, le libre-penseur




Savoir penser comme les préjugés de son camp

Pour un anarchiste internationaliste, il démontre une belle ouverture d’esprit. Outre Todd et Le Bras, il corrige les chiffres de l’immigration d’Attali par ceux de Tribalat et note que « ces flux d’immigrés ne sont plus des flux de travailleurs attirés par un emploi local, mais des ‘regroupés familiaux’ très peu qualifiés ». Il cite Finkielkraut pour qui « les bobos typiques célèbrent le métissage et vivent dans des forteresses ». Pour lui, les brûleurs de voiture « sont la loi de la jungle, la pire, c’est à dire l’absence de loi. Comme la Mafia, ils ne connaissent que la famille, et jamais le pays ». Il dénonce ceux qui sifflent la Marseillaise, qui « participent d’un internationalisme tout à fait en phase avec le crime ».

Sur les émeutes de Villiers Le Bel, il rend hommage à « la police républicain (qui) s’est remarquablement comportée, un commissaire a été lynché en essayant de ramener le calme », comme un étrange écho au rassemblement des Français derrière nos forces de l’ordre après les massacres de janvier. Il dénonçe aussi les intellectuels qui ont soutenu les inculpés dans Libération. Il dénonce le communautarisme des mairies socialistes qui accordent des horaires de piscine aux femmes. En réalité, sur bien des questions, il rejoint le point de vue défendu par les chevènementistes et les gaullistes, une évolution qui peut paraître surprenante, mais qui est aussi un formidable vecteur d’espoir pour l’avenir.

Des banlieues et de la question sociale

mardi 12 mai 2015

VGE, Cohn-Bendit et l’Europe : le déni de démocratie, vous le voulez aristocratique ou religieux ?




La démocratie étouffée

Tout a commencé vendredi matin, où l’ancien président de la République, qui avait co-dirigé la rédaction de la Constitution Européenne que nous avions été 55% à rejeter en mai 2005, avant que nos parlementaires trahissent le peuple en votant un texte quasiment identique, le traité de Lisbonne, commentait le résultat de l’élection britannique. Il a soutenu que l’Europe était un sujet trop complexe pour demander l’avis du peuple. Curieuse assertion ! En quoi les textes européens seraient plus complexes que les lois nationales ou les choix démocratiques auxquels les électeurs sont confrontés à chaque élection. Si l’Europe est trop complexe pour demander son avis au peuple, c’est la voie ouverte à l’autocratie…

Mais lundi matin, Daniel Cohn-Bendit n’était pas satisfait par les propos de celui qui est un des pères de cette Europe. En effet, devant l’insistance de l’interviewer, il avait fini par admettre qu’il aurait voté Cameron. Rien de bien suprenant à ce qu’un homme de droite Français préfère le candidat de droite outre-Manche ! Sauf pour Daniel Cohn-Bendit. Parce que Cameron a promis un référendum sur la sortie de l’UE, alors un homme de droite véritablement européen devrait être prêt à voter pour la gauche pour éviter que le peuple n’ait à se prononcer sur la construction européenne. Le pire est que la figure de mai 1968 serait sans doute prêt à voter à droite pour éviter un référendum promis par la gauche…

Peuplophobie et autoritarisme

jeudi 30 avril 2015

Daniel Cohn-Bendit : le totalitarisme bien pensant

« Le discours de vérité ne peut pas avoir la majorité (…) les peuples aiment qu’on les fasse rêver » : voilà ce qu’a dit Daniel Cohn Bendit mardi matin sur Europe 1 au sujet de la Grèce et des promesses de Syriza lors de la campagne de début d’année. Un jugement révélateur à plusieurs titres.



Un aristocrate xénophobe

Daniel Cohn Bendit est une personne que beaucoup trouvent sympathique, même quand ils ne sont pas d’accord avec lui. Pourtant, voici un jugement d’une suffisance toute aristocratie, dont il est difficile de ne pas sentir une forme de mépris pour le peuple, implicitement trop stupide et manipulable par les démagogues pour saisir ce qu’il faudrait faire. Car dans le jugement de Daniel Cohn-Bendit, il y a un profond sentiment de supériorité, pas même bourgeois, mais bien plus digne des nobliaux et des aristocrates du Moyen-Age qui se croyaient infiniment supérieurs au petit peuple. Il n’est pas peu ironique de constater l’évolution idéologique de celui qui portait la révolte de 1968 et qui dit implicitement que ce qu’il pense, comme le reste des élites, a plus de valeur que ce que ressent le bas peuple.

En fait, on peut même distinguer une forme de racisme de classe, ce qui n’est pas peu ironique non plus de la part d’une personne toujours aussi prompte à dénoncer la xénophobie réelle ou supposée de quiconque critique des étrangers ou des immigrés, ou, encore pire, semble conserver le moindre attachement à cette notion qu’il ne semble plus saisir, la nation. Par cette phrase, Daniel Cohn-Bendit est dans la même logique que Jean-Marie Le Pen quand il dérape sur les noirs, les juifs ou les étrangers. Quelle serait sa réaction si le président du FN affirmait que les noirs étaient moins intelligents ? Mais ici, personne ne va s’émouvoir du fait que Daniel Cohn-Bendit juge le peuple un peu stupide

La fin de la démocratie ?

samedi 28 mars 2015

La mobilité comme injonction totalitaire du néolibéralisme

C’est une charactéristique marquante de notre époque : en cas de crise, les chômeurs sont sommés de déménager pour trouver un emploi, y compris hors de leur pays, l’apprentissage des langues étrangères devenant alors indispensable. Cette injonction à la mobilité est révélatrice.


La course à la mobilité

Bien sûr, comme le montrent Emmanuel Todd et Hervé Le Bras, la France est aussi le produit de la mobilité sur notre territoire, qui apporte un brassage qui fait que notre pays est ce qu’il est aujourd’hui. Cependant, les choses ont bien changé, ne serait-ce que depuis vingt ans. Dans les années 1990, on faisait encore souvent toute sa carrière dans la même entreprise. L’apprentissage des langues étrangères, même si on peut encore le regretter, restait quelque peu accessoire. Chaque entreprise gérait en général l’intégralité de ses affaires dans chaque pays où elle opérait. De manière plus anecdotique, on pouvait être diplômé d’une école de commerce en passant seulement trois mois à l’étranger.

En seulement vingt ans, nos sociétés ont profondément évolué. La mobilité professionnelle devient désirée, les entreprises souhaitant « aérer » leurs équipes par des personnes ayant travaillé ailleurs, et à l’étranger. On reste moins longtemps à son poste. Les bureaux clôts laissent de plus en plus leur place à des espaces ouverts où les salariés n’ont même plus forcément une place assignée. On apprend les langues étrangères de plus en plus tôt, comme le fait la majorité actuelle. Les services généraux et clients des entreprises sont de plus en plus délocalisés vers des pays à bas coûts. De manière plus anecdotique, il faut passer près d’un an à l’étranger pour obtenir son diplôme d’école de commerce.

Le sens de cette course