samedi 7 avril 2012

Les deux familles de l’ordo-souverainisme

Une partie de la classe politique, des médias, et même de ses sympathisants pratiquent l’amalgame entre les souverainistes. Pourtant, il y a des différences fondamentales entre deux grands courants.


Ordo-souverainisme et libertaro-mondialisme

Le terme « souverainiste » n’est pas sans poser de gros problèmes dans l’analyse de l’offre politique. En effet, il recouvre des personnes complètement différentes. Il est autant applicable au régime communiste de la Corée du Nord qu’aux conservateurs ultralibéraux de Grande-Bretagne. En fait, il n’est qu’une composante des idées politiques d’un courant et ne saurait être le seul adjectif utilisé pour l’analyser, à moins de réaliser une étude très superficielle du courant concerné.

Malgré tout, l’opposition souverainiste / mondialiste a un sens aujourd’hui. Aujourd’hui, le PS, l’UMP, le Modem et les Verts (et dans une certaine mesure le PG et le NPA) sont clairement des mondialistes, qui ne voient plus dans le cadre national le cadre naturel de l’exercice du pouvoir, qu’ils préfèrent faire glisser dans des cénacles supranationaux. Au global, les mondialistes sont en général plutôt libéraux alors que les souverainistes sont plus sensibles à l’ordre.

Comme le souligne Frédéric Lordon : « en appeler à un gouvernement mondial est le plus sûr moyen d’avoir la paix, à savoir pas de gouvernement du tout ». En effet, la libéralisation conduit à la mondialisation, qui, elle-même favorise la libéralisation. En fait, toutes deux organisent l’absence de prise des gouvernements sur le réel. Au contraire, les ordo-souverainistes pensent que le maintien du cadre national est essentiel pour la démocratie et que les peuples gardent leur destin en main.

J’ai adopté le terme « libertaro » plutôt que « liberalo » car il y a un profond refus des règles, des entraves à la circulation des biens, des personnes et des capitaux de la part des mondialistes, qui me semble davantage relever du libertarisme que du libéralisme (ce qui permet d’y intégrer la gauche de la gauche). Naturellement, il y a plusieurs tendances : sociaux, libéraux, interventionnistes ou identitaires. Mais les deux derniers feignent d’ignorer la contradiction avec leur mondialisme…

Les deux ordo-souverainismes : identitaires contre progressistes


Dès lors, on pourrait conclure que le clivage qui compte est bien celui entre les libertaro-mondialistes et les ordo-souverainistes. Mais cette deuxième famille est profondément coupée en deux, comme me l’ont montré plusieurs discussions récentes. En effet, le retour à la nation et à un certain ordre (autant économique que social) n’ont pas du tout les mêmes motivations pour les deux familles de l’ordo-souverainisme, les identitaires et les progressistes.

En effet, il suffit de discuter un peu longuement avec des militants de ces deux familles pour distinguer une profonde fracture entre les deux. Les ordo-souverainistes identitaires sont principalement motivés par la protection de leur identité, qui serait menacée par des flux d’immigrés aux cultures différentes. Cette prédominance des questions identitaires explique qu’ils réunissent à la fois des libéraux et des dirigistes sur les questions économiques. En France, ils sont dans un réduit limité.

A l’inverse, les ordo-souverainistes progressistes sont motivés par les questions économiques et sociales. Ils voient dans la mondialisation néolibérale la cause d’une explosion des inégalités, du chômage de masse, d’une nouvelle forme d’exploitation  des masses et d’un affaissement de certaines valeurs. Parce qu’ils sont attachés à la nation, les ordo-souverainistes progressistes sont aussi attentifs aux questions d’identité, mais pas de la manière volontiers xénophobes des identitaires.

On reconnaîtra dans les identitaires le FN et le MPF et dans les progressistes DLR et le MRC. Cela explique aussi la séparation (a priori surprenante) entre MPF et DLR, qui peuvent sembler proches à un œil non averti. On peut voir dans l’évolution du discours de Marine Le Pen un souci de s’adresser à ces deux tendances, ce qui est logique étant donnés la sociologie de son électorat et le potentiel beaucoup plus limité de l’identitaire. Mais les racines du FN sont identitaires.

La distinction entre les ordo-souverainistes identitaires et progressistes n’est pas une simple figure de style. Quelques discussions avec les membres des deux familles l’éclaire formidablement bien. En un sens, on y retrouve l’opposition de toujours entre l’extrême-droite et le gaullisme, entre le nationalisme et le patriotisme.

Article paru une première fois en avril 2011

21 commentaires:

  1. Notre but chez les progressistes n est il pas de faire venir les identitaires sans se trahir?

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  2. C'est une approche très intéressante pour expliquer le positionnement politique de DLR.

    Il me semble qu'une des difficultés de DLR est justement de faire comprendre au plus grand nombre son positionnement, c'est à dire à des personnes qui verront 10 secondes de NDA au journal ou jetteront un oeil distrait sur un tract.
    Une accroche du type "DLR, le gaullisme progressiste" ou "DLR, le gaullisme social" n'aiderait-elle pas ?
    On pourrait aussi parler de l'omniprésence du mauve et de sa connotation :-)

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  3. Votre propension à vous ériger en seul parti honorable de la "droite nationale" comme disent les méchants extremistes que vous haïssez est juste d'une incroyable arrogance, de même que votre moralisme de petit bourgeois, semblable à celui de NDA, indiquant que la candidature de ce dernier relève davantage du témoignage que d'une réelle volonté à faire tomber le système

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    1. GENTY Jean Claude7 avril 2012 17:39

      C'est plus facile de cracher sur quelqu'un quand on se réfugie dans l'anonymat!
      Bravo pour votre courage.

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  4. Le texte apporte aussi un éclairage intéressant sur les ambiguités du positionnement du FdG, d'un point de vue DLR.

    Ceci dit, je suis assez mal à l'aise avec les piques ironiques de NDA à l'encontre de JLM hier à Europe 1.
    Ce registre se justifie pour répondre aux guignolades
    de notre président, par exemple.

    Mais pour le FdG, son programme et son candidat, un dialogue
    de fond, respectueux, argumenté et au besoin contradictoire
    me semblerait plus approprié.

    Ceci dit il est vrai que NDA a aussi répondu dans ce registre :-)

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    1. Amusant sachant qu'il s'est fait viré du FDG aux cris de nazi et Méluche n'a même pas comdamné.

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  5. Votre distinction est artificielle, car Marine Le Pen fait de l'immigration une question essentiellement économique, et ce serait une erreur de la part de NDA de nier la question identitaire qui, pour ne prendre que cet exemple, pèse lourdement sur les problèmes de l'école républicaine et de la laïcité.
    Mais je viens d'entendre NDA rendre à Sc Po un vibrant hommage à Richard Descoings qui, a-t-il dit, "manquera beaucoup à la France" et j'en suis catastrophée (si vous ne comprenez pas pourquoi réécoutez l'éditorial de Zemmour sur Descoings; je souscris à tout). Je soupçonne de plus en plus NDA de n'être qu'un idiot utile du système "libertaro-mondialiste" que vous dénoncez . En cela je suis entièrement d'accord avec le commentaire précédent.

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    1. Le commentaire précédent; je veux dire celui d'anonyme à 6:50 (pas celui de Marco le fan de Mélenchon)...

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    2. patrice lamy8 avril 2012 04:39

      J'ai vu la video de NDA a Science Po NDA rend certes hommage a Descoing en tant qu'homme de conviction mais ne partage en aucun cas ses idées

      http://www.dailymotion.com/video/xpxji3_nda-devoile-ses-propositions-pour-l-egalite-salariale_news

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    3. Toujours est-il qu'il considère que Descoings "manquera beaucoup à la France" alors que je considère moi que la France crève sous les Descoings, agents libertaro-mondialistes (pour reprendre l'expression de L. Pinsolle). Voilà pourquoi votre fille est muette et voilà pourquoi je sais maintenant que je ne voterai jamais pour Monsieur Dupont-Aignan (hélas, car je l'aimais bien). Trop de signes répétés qui m'alarment décidément sur son positionnement et sa sincérité. Cocus et contents, si vous voulez, mais sans moi.

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  6. @ 1er Anonyme

    Pas faux, mais nous devons également les rassurer sur le respect des valeurs républicaines mais aussi apaiser certaines craintes infondées.

    @ Marco

    Intéressant mais le temps politique est un temps long. Il est trop tôt pour juger le parcours de NDA et DLR.

    Sur le FG, je crois que le ton entre nous reste au global plutôt respectueux. Quelques piques ne sont pas illogiques dans une campagne électorale.

    @ Anonyme 6:50

    Ce papier, je l'ai écrit d'un jet, après des discussions lors d'un salon de la politique où je co-animais le stand DLR et où j'ai discuté avec des représentants de tous les autres partis. Cette distinction m'a sauté aux yeux. Ce n'est au aucun cas une post-rationnalisation destinée à critiquer le FN.

    Une candidature de témoignage n'a aucun intérêt dans l'absolu mais il serait illusoire de croire pouvoir être élu la première fois avec un jeune parti. C'est une construction dans le temps.

    @ Joséphine,

    Ce texte ne fait qu'illustrer ce que j'ai ressenti en discutant avec des personnes de ces deux familles. La différence frappe les yeux.

    Pas d'accord sur l'immigration : MLP ne parle pas que d'économie, mais bien souvent aussi d'identité. Et elle ment sur le sujet de manière outrancière.

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    1. Je n'ai pas dit qu'elle ne parlait que d'économie. J'ai dit qu'elle aborde l'immigration essentiellement sous l'angle économique, ce qui ne signifie pas, bien évidemment, que c'est son seul angle . J'ai dit aussi que DLR aurait tort de sous-estimer les aspects identitaires du sujet, et notamment ceux que j'ai cités, et je sais que ce n'est d'ailleurs pas le cas de NDA même si certains de ses conseillers (LP probablement) lui recommandent de mettre la sourdine sur l'islam par ex.

      De quels "mensonges outranciers parlez vous"?

      Pour moi, tous ceux qui prennent MLP et le FN comme cibles principales alors que ces derniers n'ont jamais été au pouvoir et ne sont en rien responsables de la situation dramatique de notre pays, que ce soit le FDG ou DLR, sont hautement suspectsdans leur positionnement par rapport au système bi-partisan qui verrouille le pays depuis des décennies. Spécialement DLR, compte tenu de la proximité aveuglante des programmes.

      Ce qui est rigolo aussi c'est l'affirmation que les "ordo-souverainistes dirigistes" (c'est à dire selon LP le FN) sont en France "dans un réduit limité" (!), à l'inverse des "ordo-souverainistes progressistes" (c'est à dire DLR). Si le FN est dans un réduit limité, DLR est dans un trou de souris. C'est juste prendre ses désirs pour des réalités, en espérant naïvement que dire du mal de MLP détournera ses électeurs vers le vertueux Dupont-Aignan, tellement plus fréquentable. C'est un peu puéril, en réalité.

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    2. @ Joséphine

      Mensonges de MLP sur l'immigration : quand elle a dit en conférence de presse sur l'immigration que la France était "championne d'Europe de l'immigration" alors qu'au contraire nous sommes un des pays qui a accueilli le moins d'immigrés en proportion de sa population depuis 10 ans. Pour mémoire, 200 000 entrées brutes contre 600 000 en Grande-Bretagne. Là, elle ment.

      http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2011/02/22/immigration-les-mensonges-du-front-national.html

      Ce qui verrouille le pouvoir en faveur du PS et de l'UMP depuis 30 ans, c'est l'addition d'un FN extrémiste. Proximité ? Pas sur tout et il faut noter que la photocopie marche côté FN. Quel crédit donner aux innombrables virages à 180° de ce parti ?

      Réduit limité car incapable d'obtenir un jour la majorité des suffrages. Le FN a 40 ans et il n'a jamais été en position de s'approcher de près ou de loin du pouvoir.

      Pour DLR, il est trop tôt pour juger. Pour un parti qui n'a pas encore 4 ans, je crois que nous nous débrouillons bien.

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    3. Dernière réponse sur ce post, promis: dire que la France est la championne d'Europe de l'immigration, ça alors vraiment ça justifie d'être trainé dans la boue..

      Le problème c'est que vous voudriez que le FN n'existe pas, ou plus, pour occuper son espace, mais arrêtez de réver, ça n'arrivera pas. Il faudra que vous fassiez avec. En l'attaquant en permanence, vous renforcez le système que vous combattez, sans (?) vous en rendre compte.
      Quant à lui reprocher de "copier" sur le programme de DLR encore une fois c'est puéril. Le FN existe depuis 40 ans, et contrairement à ce que vous dite il y a une cohérence et une permanence dans ses prises de position (anti-mondialistes, anti-Europe supra nationale, depuis toujours). Reagan a fait beaucoup moins de mal que Clinton (sans parler du fait qu'il a bcp contribué à la chute du communisme), et Thatcher que Blair. C'est Clinton qui a aboli le Glass-Steagall, par ex. C'est Blair qui a privatisé ce qui n'aurait pas dû l'être. Reprocher au FN d'avoir été libéral c'est ne rien comprendre à ce qu'est le vrai libéralisme: libre entreprise sous l'égide d'un Etat fort, arbitre et redistributif. Les vrais libéraux (Gave par ex) sont contre l'euro. Ce contre quoi nous nous battons, qu'on l'appelle ultra ou neo libéralisme, c'est le détournement de l'Etat au profit de la ploutocratie, ce que les américains appellent le "crony capitalism". Ultralibéralisme et neokeynésianisme vont de pair (comme UMP et PS), car l'ultralibéralisme se nourrit de la dette et seule la dette (c'est à dire le keynésianisme structurel, qui est une hérésie pour la pensée de Keynes) pallie les déséquilibres qu'il engendre entre haut et bas de l'échelle sociale . Voilà, je sors.

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    4. Au fait ou placez vous le FDG dans votre analyse? Libertaro-mondialiste?
      est ce le PG dans votre analyse?

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  7. Moi je pense qu'il n'y a pas de césure nette entre les "identitaires" et les "souverainistes" (ordos ou non, je ne vois pas bien ce que ce qualificatif apporte), mais toute une échelle de positionnement.
    Néanmoins il me semble qu'il y a une vraie scission dans le positionnement politique entre les souverainistes, les européistes et les mondialistes.

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  8. @ A-J H

    Bien sûr, la césure n'est pas toujours nette. Cela dépend. Il y a toute une échelle.

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    1. patrice lamy8 avril 2012 19:07

      Pour moi la scission et vraiement nette entre souverainistes d'une part et europeistes /mondialistes d'autre part

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    2. @ Patrice,

      Clairement, la ligne de fracture entre souverainistes et mondialistes est essentielle. C'est là justement qu'il y a une ambiguité au FG.

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  9. diego maradona9 avril 2012 08:51

    Le système actuel de l'euro sanctuarise le facteur capital aux dépends du travail, qui est aujourd'hui totalement sacrifié, seule variable d'ajustement pour réguler l'économie mondialisée. Ce système est donc hostile au peuple, aux salariés, aux chômeurs.
    MELENCHON est donc un IMPOSTEUR, qui trompe les petites gens puisqu'il défend l'euro. Seuls les candidats qui dénoncent la monnaie unique sont du côté du peuple et des travailleurs !

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  10. Et l'UPR dans tout ça?
    Oubli volontaire ou simple erreur d'analyse?

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