Au printemps
dernier, Emmanuel Todd a secoué le débat politique avec son livre « Qui est Charlie ? », bien chroniqué
par
Coralie Delaume ou Edgar,
du blog La lettre volée. Après les attentats de novembre, il n’est pas
inutile de se replonger dans ses analyses, foisonnantes, parfois passionnantes,
mais aussi d’autres fois extrêmement biaisées et dans l’erreur, notamment sur
le centre de sa thèse.
Curieuse
vision des manifestations
Pour
le manifestant que j’ai été, parler « d’accès d’hystérie (…)
comment dire que la mobilisation de masse, loin d’être ‘admirable’, révélait un
manque de sang-froid et, pour tout dire, de dignitié dans l’épreuve »
me semble incroyable, pour ne pas dire plus. Que pouvait-il donc y avoir
d’hystérique dans
cette manifestation sobre, recueillie et fraternelle ? Je n’arrive pas à me
souvenir de la moindre trace d’hystérie dans ce qui était un
bel hommage pour les victimes, mais aussi pour nos valeurs dans une défense de
la liberté d’expression nécessaire à toute démocratie. C’était au contraire
un moment de large rassemblement des Français, autour de la Marseillaise,
par-delà les clivages, même si l’exclusion du FN était une faute (corrigée en
novembre). Il parle aussi de « foules,
convoquées par le gouvernement, qui défilaient à travers toute la France »,
sans
doute une extrapolation abusive des motivations des manifestants.
D’ailleurs,
Todd tempère son propos en notant que la plupart des manifestants « justifiaient leur présence par leur
attachement général à la liberté d’expression et défendaient un idéal de
tolérance ». Puis il dit que « beaucoup ont vécu le ‘Je suis Charlie’ comme un épisode d’aliénation
par la pensée d’autrui » (comme
sur le blog d’Olivier Berruyer), je
persiste à penser que la grande majorité des Français l’ont vécu au contraire
comme un moment de communion nationale. Enfin, il va quand même très loin
quand il fait un lien entre les manifestations et Zemmour, Houellebecq ou la
« Manif pour tous », comme
si tous les manifestants étaient favorables à leurs vues. Je suis un exemple
que ce n’était pas le cas et personnellement, j’ai l’impression que c’était
même plutôt l’inverse qui était le cas en janvier.
De
l’islam et de l’islamophobie