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mercredi 2 avril 2014

Cessons de croire que la fin de l'euro serait une fin du monde (billet invité)


Billet invité du blog actualité


Depuis maintenant quelques années, un grand paradoxe existe autour de la question de l'Euro. En effet, subissant crise sur crise dans plusieurs Etats Européens depuis 2011 au moins, la monnaie unique européenne montre de plus en plus ses limites et ses défauts structurels et pas seulement conjoncturels. Mais même si de plus en plus de gens se rendent compte des problèmes de l'Euro, une frayeur subsiste à son sujet, à savoir sa fin possible. En effet, évoquer une fin de l'Euro serait encore comme vouloir une fin du monde, prévoir un cataclysme économique... Je l'entendais encore hier en parlant avec des amis. 

A l'occasion de l'appel de quatre journalistes de l'Expansion à casser la monnaie unique, il convient donc de rappeler quelques vérités à propos de notre monnaie européenne et de rassurer les plus frileux quant à l'avenir sur quelques questions : pourquoi l'Euro connaît des difficultés ? A quel prix le gardons nous encore ? Quelles issues pour en sortir et avec quelles conséquences ? 

Les problèmes structurels de la monnaie unique 


dimanche 25 août 2013

François Lenglet, euro critique militant


Si l’analyse de la crise financière que fait François Lenglet est très proche des milieux alternatifs, il en va de même pour la partie sur la monnaie unique européenne, mettant le journaliste dans une position proche de celle de Paul Krugman dans son dernier livre ou Joseph Stiglitz.



Pas une zone monétaire optimale

Même s’il n’emploie pas le terme, c’est ce qu’il dit. Il dénonce « l’échec de la convergence » et dit qu’il n’y a jamais eu de zone monétaire aussi hétérogène, et que les écarts sont aggravés par l’euro, une machine à accroître les divergences économiques. Aux analphabètes de l’économie, il souligne que la zone euro n’est pas la Chine ou les Etats-Unis, du fait de l’absence d’une langue commune, d’un budget ou d’un gouvernement fédéral. Il emploie l’image d’un climatiseur dont on ne pourrait pas régler la puissance en fonction des pièces, et qui fonctionnerait de la même manière pour la cave et le grenier, avec une température réglée sur l’Allemagne… Il note aussi le problème du grand écart démographique entre Paris et Berlin, point que j’avais évoqué début 2011.

Il rappelle que dans les années 1970, le franc a perdu 34% par rapport au deutsche mark et encore 30% dans les années 1980. On peut ajouter que cela n’a pas posé de problème de croissance ou de pouvoir d’achat chez nous. L’euro a permis une forme d’euro obligations par la convergence des taux d’intérêts : alors qu’en 1997, les taux allemands étaient à 5,7%, contre 6,4% en Espagne, 6,9% en Italie et 9,9% en Grèce, l’écart n’était plus que de 3,4% à 3,6% en 2005. Dans une analyse proche de Sapir, il souligne la divergence des balances extérieures et des prix : de 1999 à 2008, alors que les prix ont progressé de 16% en Allemagne et 18% en France, ils ont augmenté de 34% en Espagne et 35% en Grèce. Et alors que le solde extérieur allemand est passé de -1,4% du PIB à 6,2%, il est passé de +3,2% à -1,7% dans l’hexagone et de -2,9 à –9,6% en Espagne (et même -14,7% du PIB en Grèce). Pour lui, « c’est la monnaie unique qui a aggravé les divergences de compétitivité et abaissé les freins à l’endettement ».

Une monnaie unique en voie de décomposition

lundi 11 mars 2013

Le démontage de l’euro : possible, inévitable et souhaitable


Pourquoi et comment démonter l'euro : Entretien... par dlrtv

Le calme des marchés offre un répit aux partisans de la monnaie unique. Mais il est illusoire car cette construction monétaire, aussi artificielle que bancale, finira par être démontée. Une issue qu’il ne faut pas craindre, car elle est plus simple qu’on ne le croit.

La monnaie unique ne peut pas marcher

Pourquoi démonter la monnaie unique ? Non seulement parce qu’elle ne fonctionne pas, mais surtout, parce qu’elle ne pourra jamais fonctionner, quelles que soient les réformes qui pourront être entreprises. Tout ceci s’appuie sur les travaux de nombreux économistes, dont pas moins de 5 « prix Nobel d’économie », de tous les horizons idéologiques, Maurice Allais, Milton Friedmann, Amartya Sen, Paul Krugman et Joseph Stiglitz qui ont tous dénoncé les limites de l’euro.

Beaucoup d’économistes soutiennent son démontage : JL Gréau, J Sapir, JP Gérard, G Lafay, A Cotta, JJ Rosa, H Juvin, F Aftalion, F Lordon, M el Hattab, N Roubini, E Todd, JC Werrenbrouck, P Murer , A-J Holbecq ou J Nikonoff et d’autres sont critiques : P Artus, M Aglietta, C Saint Etienne. La raison : la zone euro n’est pas une Zone Monétaire Optimale, un ensemble suffisamment semblable pour partager la même monnaie, du fait de l’absence de mobilité des travailleurs, de budget fédéral et de structures économiques homogènes, contrairement aux Etats-Unis, où sont vérifiées les trois conditions.

Et ce n’est pas un passage au fédéralisme à marche forcée qui corrigera quoique ce soit. La mobilité des travailleurs ne se décrète pas car les différences de langue et de culture sont un puissant obstacle. En outre, l’Allemagne ne voudra (logiquement) jamais payer le prix pour un budget fédéral (qui impliquerait un transfert de 3 à 8% de son PIB tous les ans). Pire, comme l’a expliqué Paul Krugman dans son dernier livre, c’est le mécanisme même d’intégration qui est facteur de crise car appliquer la même politique à des pays trop différents accentue les problèmes au lieu de les résoudre.

La France, qui a 70 milliards de déficit commercial, ne peut pas partager sa monnaie avec l’Allemagne, qui a 150 milliards d’excédent. L’euro est à la fois trop cher pour Paris et pas assez pour Berlin, accentuant les déséquilibres. En outre, la monnaie unique pousse à une course au moins-disant social, d’autant plus que les salaires minimums varient de 1 à 5… Enfin, selon JJ Rosa, « la politique monétaire unique freine les économies en récession et stimule les économies en surchauffe ». Bref, nos pays sont trop différents pour partager une même monnaie. Pour prendre une image triviale, adopter l’euro, cela revient à imposer un 40 à des personnes dont les pointures varient du 36 au 45.

La fin de la monnaie unique ne serait pas une catastrophe

dimanche 3 février 2013

Fin d’une monnaie unique : le précédent tchécoslovaque


Voici le lien vers l’entretien vidéo que j’ai réalisé sur la crise de la zone euro pour Debout la République :

Grâce à Jean-Pierre Gérard, j’ai pu lire un des rapports les plus éclairants sur la faillite à venir de la monnaie unique européenne. Il est issu d’un Institut Allemand sur le Rapprochement Européen, au sujet de la scission monétaire de la Tchécoslovaquie.


Petit retour historique

L’étude à laquelle je me réfère a été rédigée en 1999 par trois économistes. Elle est issue du ZEI, le Centre pour les Etudes sur l’Intégration Européenne de l’université de Bonn, dont je vous invite à visiter le site pour bien constater qu’il ne peut guère être accusé d’euroscepticisme, puisque son objectif déclaré est de « contribuer à trouver des solutions aux problèmes non résolus d’intégration européenne et la construction du rôle international de l’Europe ».

Cette étude revient sur la scission de la Tchécoslovaquie au début des années 90. En juin 1992, les élections législatives produisent un résultat insoluble où, dans la partie Tchèque, une coalition de droite l’emporte alors que dans la région Slovaque, c’est la gauche qui  l’emporte. Assez rapidement, les tchécoslovaques s’entendent pour couper le pays en deux au 1er janvier 1993. Et l’union monétaire qu’ils souhaitaient pourtant conserver se disloque dès le mois de février.

La Tchécoslovaquie n’était pas une Zone Monétaire Optimale

Les auteurs concluent que ce sont des raisons politiques qui ont conduit à la rupture. Mais alors que l’Union Européenne se dirigeait vers la création de l’euro, ils se demandent tout de même si la Tchécoslovaquie était une Zone Monétaire Optimale et s’il y avait un sens à revenir à des monnaies nationales. Ils décrivent donc les trois conditions qui définissent une ZMO : le budget central, la mobilité des travailleurs et la convergence macro-économique. Et, surprise, leur résultat est négatif.

S’il existait bien sûr un budget central, qui assurait des transferts importants, les deux autres facteurs n’étaient pas vérifiés. En effet, la mobilité des travailleurs entre les deux parties du pays était très faible malgré des différences de salaires qui auraient du y inciter. En outre, il n’y avait pas de convergence, les économies ne s’étant pas du tout rapprochées depuis l’après-guerre. Ils notent en revanche que la séparation a contribué à réduire les échanges entre les deux nouveaux pays.

Des leçons pour la zone euro

mardi 28 août 2012

Paul Krugman fait un sort à l’euro


Outre une dénonciation du fondamentalisme de marché et des politiques d’austérité, Paul Krugman consacre un plein chapitre à la situation de la zone euro. Cet opposant de la première heure à l’unification monétaire européenne ne mache pas ses mots contre la monnaie unique.

« Le problème d’une seule monnaie »

Bien sûr, Paul Krugman dénonce les politiques d’austérité menées en Europe, affirmant même que « l’Europe semble prendre la tête dans la course vers le désastre (par rapport aux Etats-Unis) », mais le prix Nobel d’économie apporte aussi de l’eau au moulin aux critiques de la monnaie unique européenne : « il y a des avantages significatifs à avoir sa propre monnaie, (…) avec la dévaluation qui peut parfois faciliter l’ajustement à une crise économique ».

Il prend l’exemple de l’Espagne : avec l’euro, sa seule solution est de faire baisser les salaires alors que si le pays avait conservé la peseta, il lui suffirait de dévaluer pour retrouver sa compétitivité. Il compare les dévaluations au changement d’heure en soulignant qu’il est beaucoup plus facile de passer à l’heure d’été plutôt que de demander à tout le monde de venir une heure plus tôt pendant cette période. En outre, la monnaie unique représente « une perte de flexibilité problématique en cas de choc asymétrique, comme l’éclatement d’une bulle immobilière dans un pays ».

Il souligne également que les conditions d’une Zone Monétaire Optimale ne sont pas remplies dans la zone euro : les travailleurs ne sont pas mobiles, et il n’y a pas de solidarité fiscale. Il prend l’exemple du Nevada et de l’Irlande en soulignant que le premier a vu sa crise amortie par l’intervention de l’Etat quand l’Irlande est laissée à son triste sort. Il souligne que la plupart des économistes étasuniens étaient sceptiques à l’égard de l’euro, du fait de ces deux carences majeures, comme l’a bien expliqué Craig Willy sur le très recommandable blog La théorie du tout.

L’euro responsable de la crise

jeudi 19 juillet 2012

Les Etats-Unis se sédentarisent


La question de la mobilité des travailleurs a une place à part dans la théorie économique car il s’agit d’une condition importante pour une union monétaire. Une récente étude de la Réserve Fédérale de Minnéapolis révêle que la mobilité baisse fortement depuis 20 ans aux Etats-Unis.

Un changement culturel

La mobilité des étasuniens est une donnée profondément culturelle dans ce pays. En effet, le thème de la frontière fait partie intégrante de la façon dont les Etats-Unis se sont construits. Mais ce mythe fondateur a trouvé une manière de se prolonger dans l’économie moderne d’une double façon. Tout d’abord, les étasuniens n’hésitent pas à quitter leur Etat pour trouver un autre emploi, de même qu’ils vont fréquemment faire leurs études supérieures ailleurs.

Mais selon cette étude rapportée par The Economist, la mobilité interne (le pourcentage de résidents du pays qui ont démanagé dans un autre Etat) aurait largement reculé en vingt ans, passant d’environ 3% au début des années 1990 (niveau historique) à 1,5% en 2011. Ce phénomène est régulier et ne s’explique pas uniquement par la récente explosion de la bulle immobilière, qui n’a pas spécialement accéléré la sédentarisation des ménages étasuniens.

Cette étude souligne que la baisse de la mobilité concerne toutes les classes sociales et les types de foyer. Pour les auteurs, la raison vient du marché du travail, dont 98% de la croissance depuis 20 ans vient de secteurs non échangeables (santé, éducation), plus stables, et d’une répartition plus homogène de l’activité économique. Enfin, les technologies de l’information pourraient réduire la motivation à déménager puisqu’il est possible de connaître un autre Etat sans y aller.

Mobilité et divergence économique

samedi 8 octobre 2011

Les fondations pourries de la zone euro


Après avoir vu que la zone euro souffre d’une mauvaise politique monétaire et d’une libéralisation délétère qui l’offre à la compétition internationale, la question qui se pose pour sa pérennité est de savoir si cette construction originale repose sur des fondations solides ou pas.

Un débat qui mérite d’avoir lieu

Remettre en cause la monnaie unique relève encore de la profession de foi. Il suffit de voir la réaction de nombreuses personnes, sincères, quand on leur explique que l’on est favorable à la sortie de la monnaie unique. Certaines personnes réagissent comme si vous leur aviez dit que la terre était plate. Il y a un aspect quasi religieux dans l’adhésion d’une grande partie des Français à la monnaie unique européenne. Beaucoup conçoivent à peine qu’on puisse en débattre.

dimanche 25 septembre 2011

Jean-Jacques Rosa enterre l’euro


L’économiste libéral fait partie de ceux qui avaient combattu la création de l’euro dans les années 1990. L’histoire lui ayant donné raison, il propose une analyse des dysfonctionnements de l’euro et de sa sortie.


Une Zone Monétaire non Optimale


Il dénonce d’emblée cette « monnaie unique appliquée à des économies dissemblables », qui a privé « les économies nationales d’un amortisseur de crise essentiel dans les remous de la grande récession ». Il dénonce la logique soviétique qui consiste à « préconiser une fois de plus un renforcement de la politique de centralisation continentale qui est à l’origine même du désastre qui s’annonce » ainsi que le décalage entre les citoyens ordinaires et des élites cosmopolites et globalisées.


Que faire après la fin de l’euro ?


C’est bien tout l’intérêt de la démarche de Christian Saint Etienne que de démontrer qu’à terme, la monnaie unique telle qu’elle a été conçue, n’est pas tenable, et qu’il faut penser à un plan B. Il en propose même trois dans le livre, étant donnée l’incertitude que fait peser « la fin de l’euro ».


Le pire et l’idéal


L’auteur souligne malicieusement que tout a été fait pour permettre un retour aisé aux monnaies nationales. Les banques centrales nationales existent toujours. Les pièces ont une face nationale qui permettrait d’introduire instantanément un « euromark », un « eurofranc »… Et même les billets ont un code national ! Bref, le retour en arrière est possible et semble même avoir été étudié lors de la genèse de l’euro.


Le bien-pensant qui critique l’euro


Christian Saint Etienne est un économiste reconnu, partisan d’une Europe fédérale et de la mondialisation. Pourtant, dans son dernier ouvrage, il attaque l’euro d’une manière radicale.


Un bilan désastreux


Pour lui, l’euro accentue les divergences entre ses pays membres. Pire, l’Europe « est devenue une zone de non-croissance relative dans le monde au sein de laquelle l’Allemagne conduit une politique de désinflation salariale compétitive ». Elle fait de « ses prétendus citoyens (…) des gladiateurs dans le cirque de la concurrence fiscale et sociale alors que les bêtes fauves surgissent de toutes parts ».