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mardi 29 mars 2016

vendredi 13 novembre 2015

Derrière le rachat de Visa, la démission des pays européens




Une Europe satellite de Washington

Bien sûr, Visa Europe n’a pas toujours été indépendant puisque Visa avait donné son indépendance à son ex-filiale en 2007, en en faisant une association détenue par un ensemble d’environ 3000 établissements financiers continentaux. Mais, lors de cette opération, avait été mis en place un dispositif contraignant Visa à racheter son ancienne filiale. C’est ainsi que les deux entreprises se sont mises d’accord pour un rachat de 21,2 milliards d’euros. Naturellement, Visa met en avant les économies d’échelle que devrait permettre ce retour dans le giron commun. Et pour les banques européennes, cela représente une manne intéressante, à un moment où les taux d’intérêt sont très bas, la concurrence forte et où la « justice » étasunienne rackette les établissements bancaires, comme le Crédit Agricole.

Comme le souligne bien Bertrand Chokrane sur le FigaroVox, cela pose un grave problème d’indépendance. En effet, les Etats-Unis mettent la main sur le co-leader des systèmes de paiement européens, plaçant notre continent sous une dépendance accrue à l’égard des Etats-Unis. Et cela pose d’autant plus problème à date, avec toutes les questions que cela soulève sur la question de la gestion des données privées, notamment de la part d’une justice étasunienne qui prend n’importe quel prétexte pour étendre sa jurisdiction sur toute la planète, comme même The Economist l’avait dit en parlant de « racket » pour BNP Paribas. Aujourd’hui, cet accord risque de mettre l’ensemble des transactions faites avec une carte Visa dans les pays européens sous la coupe juridique bien tentaculaire des Etats-Unis.

Vers la fin du service public de la monnaie ?

samedi 31 octobre 2015

Les paradoxes du ralentissement de la croissance mondiale

L’annonce d’une croissance de seulement 1,5% du PIB des Etats-Unis au troisième trimestre est un nouvel exemple du ralentissement de la conjoncture mondiale, avec le krach boursier chinois et le ralentissement des pays émergents. Quelles conséquences pour la France ?



Prélude à une nouvelle crise ?

A la fin de l’été, lorsque les bourses Chinoises finissaient leur atterrissage, certains, comme Jacques Attali, y voyaient le prélude à une nouvelle crise, le Lehmann de 2015. Même si on ne peut jamais être sûr de rien en cette matière, beaucoup d’éléments permettaient alors de relativiser. Cependant, la baisse de la croissance touche tous les pays émergents, dont beaucoup dépendent de l’exportation de matières premières dont les prix sont plutôt à la baisse. La chute de la croissance outre-Atlantique peut faire craindre à une chute globale de la croissance, au moment même où les pays européens retrouvaient quelques couleurs. Allons-nous être entrainés dans le ralentissement de l’économie mondiale, comme beaucoup le craignent ? Mais les chiffres des derniers mois semblent pourtant confirmer la reprise.

En effet, et c’est le paradoxe de ce ralentissement global, non seulement l’Europe pourrait bien ne pas en être victime, mais au contraire même en profiter. Plusieurs raisons pour cela. D’abord, cela maintient des politiques monétaires extrêmement accommodantes, entre taux d’intérêt proches de zéro dans les pays dits développés, et en baisse ailleurs, en Chine notamment, et création monétaire toujours forte en Europe ou au Japon. En effet, si la croissance avait accéléré, les banques centrales auraient durci leurs politiques, ce qui serait venu trop tôt pour l’Europe. En outre, le montant des exportations hors Europe du continent est limité et sa moindre croissance ne pèsera que de manière modérée sur la croissance européenne, qui profite, en revanche de la baisse de l’euro et des matières premières.

Des risques toujours présents

lundi 19 octobre 2015

Le sens de la fin du liquide et des chèques

Ce sont des informations qui peuvent passer inaperçues, d’autant plus qu’elles peuvent paraître aller dans le sens du progrès qu’apporterait la modernité : l’argent liquide et les chèques pourraient disparaître. Mais ces évolutions ont un sens, loin d’être aussi positif qu’on peut le penser.



Fin d’un service public

Bien sûr, les partisans de cette évolution, comme Michel Sapin en mars dernier, disent faire « la chasse à l’argent liquide pour lutter contre le financement du terrorisme » et évoquent la lutte contre la fraude ou les pratiques illégales pour justifier cela. C’est ainsi que le gouvernement a baissé le seuil des paiements en liquide de 3 000 à 1 000 euros. En revanche, le seuil passe seulement de 15 000 à 10 000 euros pour les touristes étrangers, qui, outre le fait de ne pas payer la TVA, sont décidemment bien mieux traités que les citoyens français, avec un seuil dix fois plus élevé et qui ne baisse que d’un tiers. Le même Michel Sapin a annoncé cette semaine de nouvelles mesures pour réduire l’utilisation du chèque et promouvoir l’usage des cartes bleues, en réduisant légèrement les frais de transaction.

A première vue, on peut considérer que cela est un progrès, que ce sera plus pratique. Sauf que quand on paie en liquides, ou par chèque, cela ne coûte rien aux usagers, commerçants ou individus, et ne rapporte donc rien aux banques. Alors que quand on paie par carte bancaire, les banques touchent une commission. Derrière ce pseudo progrès, se cache, comme souvent, de simples intérêts financiers, bien discrets. En fait, même si les arguments sur la lutte contre la fraude sont recevables, il s’agit d’un recul du service public de l’argent. On peut aussi douter de la véritable practicité d’une telle évolution pour les petits paiements et quid des risques posés par toutes ces transactions réalisées sur Internet. Enfin, quel paradoxe de laisser utiliser Bitcoin, malgré son utilisation par des réseaux frauduleux !

L’argent Big Brother

jeudi 13 août 2015

Ce que dit la dévaluation de la Chine

L’annonce par la Chine, d’une nouvelle légère dévaluation du yuan, mercredi, après celle de mardi peut être interprétée comme un signe de faiblesse. Et si cela ne relevait que d’une sinophobie un peu superficielle et que les choses étaient bien plus complexes ?



Nouveau coup de stress sur les marchés


Le ralentissement économique a sans doute joué un rôle important dans la décision des dirigeants chinois. Il faut dire que toutes les statistiques du mois de juillet sont dans le rouge, avec une baisse de la production industrielle de 6%, des exportations de 8% et des immatriculations de 7%, tous les moteurs de la croissance semblant ralentir en même temps. Le choix de s’amarrer au dollar pèse sans doute sur la Chine puisque la monnaie de l’Oncle Sam s’est beaucoup renchérie par rapport aux autres monnaies, entre baisse de l’euro, du yen ou des autres monnaies émergentes. Ainsi, la compétitivité du pays se dégrade doublement, avec les hausses de salaires qui creusent l’écart avec d’autres.

Asie active et Europe passive

vendredi 24 avril 2015

Excédent commercial du Japon : nouveau succès des Abenomics !




Un produit des Abenomics

Historiquement, le Japon était un pays en excédent commercial puisqu’il avait basé sa croissance sur les exportations, tout en protégeant très fortement son marché intérieur, ce que les néolibéraux myopes tendent toujours à oublier. Mais Fukushima a provoqué une remise en cause complète de la politique énergétique, la fermeture des centrales nucléaires, remplacées par des centrales thermiques nécessitant l’importation d’hydrocarbures, qui ont plongé le pays en déficit. Bien sûr, le retour à un solde positif s’explique en bonne partie par la baisse de 51% de la facture de pétrole et de 12% de celle de gaz, provoquant un recul global de 14,5% des importations, sans quoi le pays serait resté en déficit.

Mais ce résultat n’est pas seulement le fait de la (forte) baisse des importations d’hydrocarbures consécutive au recul de leurs prix. En effet, les exportations ont également progressé de 8,5%, soit une hausse de plus de 540 milliards de yens, plus que les 230 milliards de yens d’excédent. Si les exportations étaient restées stables, le pays aurait encore affiché un déficit de 310 milliards de yens. Or, il est clair que les exportations ont beaucoup progressé du fait de la baisse du yen et des choix radicaux de politiques monétaires du pays. D’ailleurs, en Europe et en France, la très forte baisse de l’euro soutient fortement les exportations, ce qui contrebalance fortement le discours des masochistes de l’euro cher.

La monnaie : un outil politique

jeudi 23 avril 2015

Les banquiers vous diront qu'ils ne créent pas d’argent ... pourquoi ? (billet invité)

Billet invité d’André Jacques Holbecq, auteur de « La dette publique, une affaire rentable » et du « Manifeste pour que l’argent serve au lieu d’asservir », avec Philippe Derudder


Plutôt que de répéter la démonstration qu’on trouve habituellement dans tous les livres d’économie, à savoir l’explication par étape en considérant d’abord que tout le système n’existe qu’au sein d’une seule banque, puis en introduisant deux banques avec des parts de marché différentes, puis pour finir en introduisant une banque centrale dans la démonstration, (banque centrale qui seule peut satisfaire à la demande de monnaie centrale, la plus connue étant la monnaie dite « fiduciaire »), essayons de nous mettre à la place du « petit » banquier, simple directeur d’agence.

vendredi 10 avril 2015

L’Islande envisage une révolution monétaire

C’est une nouvelle qui devrait faire la une de toutes les rubriques économiques car elle pourrait représenter une véritable révolution monétaire : l’Islande, décidemment en pointe de grands débats démocratiques, envisage de reprendre le contrôle de la création de la monnaie aux banques !



Les prémices de la révolution ?

Il faut remercier les médias belges, qui couvrent cette nouvelle ignorée en France. Le Premier ministre a commandé un rapport intitulé « Un meilleur système monétaire pour l’Islande », recommandant au parti au pouvoir de confier l’intégralité de la création de monnaie à la banque centrale. Cette étude souligne que « l’île a connu plus de 20 crises financières depuis 1875, avec six crises graves qui se produisent environ tous les 15 ans ». Elle note que « les banques centrales n’ont pas le pouvoir de restreindre cet emballement du crédit, ce qui fait grimper l’inflation, favorise les prises de risque excessives et la spéculation, fragilise les banques et mènes à des interventions coûteuses de l’Etat ».


Le retour d’un vieux débat

Contrairement à ce que souhaiteraient croire quelques néolibéraux monétaristes, qui ont inventé la théorie commode du voile monétaire, qui justifie l’indépendance des banques centrales (en fait, leur sortie du champ démocratique pour les confier à des bureaucrates généralement trop prompts à défendre les intérêts des banques et du secteur financier), la monnaie relève du champ démocratique. Car la monnaie a souvent été un sujet de débat politique opposant des camps différents, comme le rappelle David Graeber dans son livre ou Jean-Claude Werrebrouck. Aux Etats-Unis, cela a été un sujet majeur il y a plus d’un siècle. Au Japon, cela a fait partie du programme politique de Shinzo Abe.

Bref, il est bon de constater dans notre zone euro, qui a sorti la question monétaire du cadre démocratique, affaiblissant ce faisant la démocratie, que cela est en réalité une anomalie et qu’il est parfaitement possible de reprendre le contrôle de la monnaie. Les théories chartalistes, ou du 100% monnaie, sont sans doute à la base de la réforme aujourd’hui envisagée en Islande. Il faut remercier ce petit pays aux grandes idées pour sa vibrante démocratie qui remet en cause des choses qui semblent malheureusement impossibles à une majorité des citoyens, alors qu’elles ne le sont pas. L’Islande est, à date, le seul pays qui a pleinement tiré les leçons de la crise financière, aussi dures soient-elles.


Il sera donc essentiel de suivre l’avancée de cette possible réforme monétaire. L’Islande pourrait encore éclairer l’Europe de sa vigueur démocratique. En attendant, je vous invite à suivre les écrits de Jean-Baptiste Bersac, un promoteur des théories chartalistes dont je dois lire le livre.

mardi 7 avril 2015

David Graeber raconte l’histoire de la dette

En faisant l’histoire de la dette, David Graeber éclaire également l’histoire de la monnaie et démontre à quel point la question monétaire est politique. Mais son livre vaut aussi pour l’étude extrêmement fouillée, dans le temps et dans la géographie sur le rapport de l’humanité à la dette.



Aux origines de la dette

Le plus incroyable, c’est la proximité des évolutions entre les pratiques de l’Asie, l’Afrique, l’Europe ou l’Amérique. L’auteur décrit aussi les liens entre la dette et l’esclavage dans des sociétés primitives et note que « tous les mouvements révolutionnaires du monde antique ont eu le même programme : annulation des dettes et redistribution des terres ». Cela concerne la Grèce et la Mésopotamie, où les mauvaises récoltes poussaient les paysans dans le métayage, quand ce n’était pas l’esclavage d’une partie de leur famille. Il raconte que « un des actes couramment accomplis pendant l’annulation des dettes était la destruction, en grande cérémonie, des tablettes sur lesquelles on avait tenu les comptes ». La pierre de Rosette, par exemple, annonçait une amnistie des débiteurs et des prisonniers.

Il note le changement radical de la société mésopotamienne, assez égalitaire entre homme et femme il y a 6000 ans et que l’explosion de la dette, vers 1200 avant J-C a poussé les femmes dans la prostitution et les harems ou les a affublées d’un voile, interdit aux prostituées. Il note que Rome était une société esclavagiste où 30 à 40% de la population était esclave et que « la toute première législation romaine en matière de dette autorisait les créanciers à exécuter les débiteurs insolvables ». C’était aussi une société très libérale, où il n’y avait aucune restriction où tout le monde pouvait devenir esclave et où le maître pouvait affranchir qui il souhaitait. L’effondrement de l’Empire Romain provoqua une quasi-disparition de l’esclavage, au moment même où il disparaissait également en Inde et en Chine.

Cette disparition concomitante vient au moment où les pièces de monnaie, largement répandues depuis près d’un millénaire, avaient fini par presque disparaître, avec un retour du crédit, que l’on ne peut pas voler, comme des pièces. C’est ce qui domina pendant le Moyen-âge, avant un retour des monnaies métalliques au tournant du deuxième millénaire. En revanche, la pratique des intérêts varie, Babylone les acceptant, au contraire de l’Egypte.

De l’âge axial au Moyen-Age

lundi 6 avril 2015

David Graeber souligne le caractère politique de la monnaie

« Dette : 5000 ans d’histoire » a le mérite de fournir une histoire de la monnaie sur plusieurs millénaires. Mais son autre apport fondamental est de rappeler le caractère éminemment politique de la monnaie, dont on a beaucoup débattu dans le passé, chose un peu trop oubliée aujourd’hui.



Débat et refus de débat

David Graeber souligne que la théorie néolibérale du « voile de la monnaie » est surtout politique. En disant que la monnaie n’aurait aucune importance et devrait être confiée à des banques centrales indépendantes, cela revient à figer la politique monétaire. La spéculation avait provoqué l’échec de deux des premières banques centrales soutenues par l’Etat, en Suède et en France. En réaction, le camp d’Adam Smith a plaidé pour lier la monnaie aux métaux précieux, faisant le succès de la banque d’Angleterre et signant la défaite des tenants de la monnaie crédit, comme Mitchell Innes, pour qui la monnaie n’était pas une marchandise, mais une unité de compte.

C’est la position chartaliste, venue de l’école historique allemande, et notamment la « Théorie étatique de la monnaie » de 1905 de G.F. Knapp. Il note que les unités de compte définies sous Charlemagne ont perduré plus de 300 ans, souvent en absence de tout signe monétaire physique ou d’une grande variabilité des quelques pièces. Il raconte qu’entre 1850 et 1950 aux Etats-Unis, « les débats sur la monnaie se sont succédés ». Suite à la terrible récession des années 1890, William Jennings Bryan fut deux fois candidat à la présidence sur un programme de libre frappe de l’argent « Free silver Platform » pour remplacer l’étalon or par le bimétallisme.

La crise de 1929 discrédite l’idée du lien de la monnaie avec les métaux. David Graeber note que Keynes, ayant étudié les archives monétaires de Mésopotamie dans les années 1920, était ouvert aux idées alternatives, à savoir que la monnaie est bien « une créature de l’Etat ». Mais « cela ne signifie pas que l’Etat crée nécessairement la monnaie. La monnaie, c’est le crédit, elle peut naître d’accords contractuels privés (par exemple des prêts) ». Pour Keynes « ce sont les banques qui créent la monnaie, et elles peuvent le faire sans aucune limite intrinsèque, car, quelle que soit l’ampleur de ce qu’elles prêtent, l’emprunteur n’aura d’autre choix que de remettre l’argent dans une banque ».

La monnaie comme dette primordiale

dimanche 5 avril 2015

L’enquête de David Graeber sur les origines de la monnaie

C’est un livre absolument passionnant, que j’ai découvert grâce à l’ami RST, « Dette : 5000 ans d’histoire » de David Graeber. Une histoire des derniers millénaires, sous l’angle de la monnaie et de la dette, sur toute la planète et sans se limiter à l’économie. Une mine absolument passionnante.



La monnaie, fille de la dette

Si le livre est centré sur la dette, il apporte un éclairage passionnant sur les origines de la monnaie. En effet, la monnaie descend directement de la dette. Pour l’auteur, « la monnaie virtuelle n’a rien d’une nouveauté. Il s’agit en fait de la forme initiale de la monnaie : systèmes de crédit, ‘ardoises’, notes de frais même, tout cela existait longtemps avant l’argent liquide. Ces choses-là sont vieilles comme la civilisation ». D’ailleurs, parmi les tous premiers écrits se retrouvent des tablettes mésopotamiennes enregistrant des crédits et des débits mesurés en grains et en argent métal.

Ce faisant, David Graeber tord le cou au mythe véhiculé par les néolibéraux, qu’il résume ainsi : « autrefois, on faisait du troc. C’était difficile. Donc on a inventé la monnaie. Et plus tard il y a eu le développement de la banque et du crédit ». En 1776, Adam Smith reprend cette idée, suivant un récit imaginaire d’Aristote. David Graeber révèle également que « bien des raisonnements les plus célèbres d’Adam Smith (sont) empruntés, semble-t-il, aus œuvres de théoriciens du marché libre de la Perse médiévale ». Mais pour Smith, l’idée était surtout de combattre l’idée que la monnaie était une création de l’Etat.

Le problème est qu’en réalité, cette théorie n’a jamais été vérifiée. Et dans les périodes d’effondrement, comme après la chute de l’Empire Romain, cela ne provoque pas un retour au troc, car « les gens ont continué à tenir des comptes dans la vieille monnaie impériale, même s’ils n’utilisaient plus les pièces ». Elle est restée l’unité de compte et permet le crédit.

L’organisation de notre système monétaire

dimanche 16 novembre 2014

Hausse du dollar et conséquences


Depuis quelques années, le dollar reprend des couleurs, après avoir atteint un point bas peu après la crise. La relative bonne forme économique des Etats-Unis, la fin du programme d’assouplissement quantitatif de la Fed et la baisse du pétrole accélèrent une hausse qui n’est pas anecdotique.



Un mouvement structurel

La hausse du dollar devrait sans doute se poursuivre. En effet, de puissants facteurs l’expliquent. D’abord, la fin du programme de rachat d’actifs de la banque centrale étasunienne alors même que la BCE et la Banque du Japon semblent vouloir accélérer le leur, va limiter la croissance de l’offre de dollar alors même que l’offre d’euro et de yen va augmenter, poussant à la hausse le prix du premier. Et, même si elle n’est pas sans grandes limites, la croissance semble solide outre-Atlantique, alors que l’Europe n’échappe pas à sa torpeur et que les pays émergents semblent moins prometteurs. Du coup, les investisseurs sont attirés par les placements en dollar.



Bien sûr, on pourra répliquer que cela est contradictoire avec la persistance du déficit commercial de Washington. Mais d’abord, il est moins important qu’il y a quelques années, du fait, entre autres, de l’exploitation des gaz et pétrole de schistes, qui a eu aussi pour effet de diminuer le coût de l’énergie et donc attirer des industries fortement consommatrices. Certes, il est vrai que cela pourrait contribuer à augmenter à moyen terme le déficit en poussant les délocalisations, mais les Etats-Unis le tolèrent depuis longtemps, d’autant plus que ce déficit vient en bonne partie de l’achat de produits fabriqués à l’étranger par des entreprises étasuniennes, ce qui fait relativiser.

Les conséquences d’un dollar plus cher

mercredi 5 novembre 2014

Ces banquiers qui nous gouvernent : le cas du comité stratégique de l’agence France Trésor (billet invité)


Billet invité de l’œil de Brutus.



France Trésor est l’agence en charge de la gestion de notre dette publique. A ce titre, c’est elle qui place notre dette sur les marchés. Pour ce faire, « l'Agence France Trésor est assistée dans la gestion de la dette de l'État par le Comité stratégique, qui aux côtés des spécialistes en valeurs du Trésor, la conseille sur les grands axes de la politique d'émission de l'État. Il aide l'Agence France Trésor à mettre en œuvre de façon concrète, en les approfondissant, les principes de sa politique d'émission »[i].

La composition du comité stratégique en surprendra peut-être plus d’un (ou pas …) :

mercredi 9 juillet 2014

La finance, vampire de l’économie


C’est le genre de papier qui montre tout l’intérêt qu’il y a à lire The Economist. Outre le fait d’être une fenêtre sur la pensée des élites globalisées sous influence anglo-saxonne, on y trouve aussi des pépites qui démontrent tous les failles du système que le journal promeut.



Le grand bond en avant de la finance

Le graphique d’illustration de ce papier synthétise en quelques courbes une partie non négligeable des problèmes de notre système économique. Il se base sur une étude de Guillaume Bazot, de l’Ecole d’Economie de Paris, qui propose une nouvelle méthode pour évaluer le poids de la finance dans le PIB. Alors qu’habituellement n’est pris en compte que la valeur ajoutée, basée sur les frais et les marges des établissements financiers, l’économiste y ajoute les gains en capital, en intérêts et en dividendes, qui représentent une part grandissante de leurs revenus. Les résultats sont frappants puisque le poids de la finance dans le PIB des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne et la France est passé de 2 à 3,5% du PIB en 1952 à 6 à 12,5% en 2007 !

The Economist commence par défendre la finance en soulignant que les coûts de transaction ont plutôt baissé mais rappelle que cette règle générale souffre de nombreuses exceptions (avec les fonds d’investissement). Pire, l’étude calcule un coût de la finance par rapport au montant des actifs financiers. Et là, le coût a tendance à augmenter (sauf en France), malgré les faibles taux d’intérêt. The Economist en vient à se demander « Qu’est-ce qui justifie les hauts revenus des banquiers et des gestionnaires de fonds ? On pourrait répondre qu’ils ont fait baisser le coût du capital pour les entreprises avec de faibles taux et une forte évaluation des actions. Mais c’est difficile à soutenir : les faibles taux sont davantage la conséquence de la politique de la banque centrale et de la faible inflation ».

Les vautours de la mondialisation

jeudi 26 juin 2014

Remettre la monnaie au service de l’intérêt général et non de la bourse


Récemment, plusieurs bourses mondiales (New York et Francfort) ont battu des records historiques, une nouvelle illustration de l’indécence d’une époque aussi inégale… Mais cela a également le mérite de montrer l’influence des politiques monétaires et de ceux à qui elles bénéficient.

 

Politique monétaire : la grande expérimentation

Depuis 2008, les politiques monétaires menées ont complètement divergé, entre une zone euro qui persiste dans un monétarisme suicidaire, à peine tempéré par les récentes annonces et les pratiques moins conventionnelles des autres pays. La Fed a fait passer son bilan de 900 à 4000 milliards de dollars, dont plus de la moitié est composé de bons du trésor. Ainsi, la banque centrale étasunienne a permis à l’Etat de fortement baisser le coût de sa dette. Mais en rachetant pour plus de 1500 milliards d’obligation, elle a également soutenu l’ensemble de l’économie, diminuant le coût des emprunts pour les entreprises et poussant également à la hausse le cours des actions en créant de la monnaie, qui finit par augmenter la demande d’actifs, et donc in fine leur prix.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Shinzo Abe, le Japon est entré dans une expérimentation audacieuse puisque la banque centrale a acheté pour 50 000 milliards de yen (350 milliards d’euros) de dette publique en un an, l’équivalent de plus de 8% du PIB du Japon (qui dépasse 4 000 milliards d’euros). Du coup, elle détient aujourd’hui 20% de la dette publique du pays, pour un montant équivalent à 40% du PIB du Japon, environ 200 000 milliards de yen, 1450 milliards d’euros. L’idée est de sortir le pays de la déflation. Le Premier Ministre veut donc faire progresser les salaires sans se préoccuper de la fameuse compétitivité puisque le cours du yen a fortement baissé, renchérissant les importations. Les résultats sont positifs puisque la croissance et les prix remontent. Le pays du soleil levant semble avoir trouvé le moyen d’utiliser la monnaie pour le bien commun.

Reprendre le contrôle de la monnaie


mardi 13 mai 2014

L'avancée du 100% monnaie (billet invité)





Martin Wolf, éditorialiste du Financial Time, dans un article du 24 avril 2014 intitulé " Strip private banks of their power to create money " (que vous pouvez retrouver sur ce lien) pense que la prochaine crise verra la mise en place d'un système monétaire à réserves totales (100% money) : "This will not happen now. But remember the possibility. When the next crisis comes – and it surely will – we need to be ready" ("ceci ne va pas advenir aujourd'hui. Mais souvenez-vous de cette possibilité. Quand la prochaine crise arrivera - et ça aura lieu - nous avons besoins d'être prêts")

Il faut dire que depuis quelques années cette proposition imaginée par Irving Fisher en 1936 lequel tirait les conclusions de l’ensemble des débats entre l’École de la circulation et l’École de la banque (Currency school et Banking school) revient dans la réflexion des économistes et sans doute bientôt dans le public: nous ne pouvons que nous en réjouir.

En France Maurice Allais reprends la proposition de Fisher en l'améliorant (dans "la crise mondiale d’aujourd’hui") . Christian Gomez l'un de ses anciens élève devenu "grand banquier" écrit un article fondamental sur ce sujet ("Une "vieille" idée peut-elle sauver l’économie mondiale?" Un réexamen de la proposition d’une réforme radicale du système bancaire: L’imposition d’un coefficient de réserves de 100% ") . Gabriel Galand (de "Chômage et monnaie") présente lors du colloque monnaie des économistes atterrés en mars 2012 "Une monnaie à garantie totale, une vieille idée qui fait son chemin" . Votre serviteur pour sa part tente une vulgarisation de ces propositions en lui attribuant un nom plus accrocheur: le SMART (Système Monétaire A Réserve Pleines)

En 2012 toujours, deux économistes du FMI, Jaromir Benes and Michael Kumho, publient en anglais une étude extrêmement détaillée et approfondie " The Chicago Plan Revisited " que résume Gaël Giraud dans la "Revue Banque" sous le titre "Rendre le monopole de la création monétaire aux banques centrales ?", et dans lequel il explique  que cette étude "montre [...] que le 100% money remplirait très probablement ses promesses s'il était mis en œuvre : réduction de l'amplitude du cycle du crédit, disparition du risque de bank run, réduction des dettes publique et privée".

Réserver à la collectivité les gains de la création monétaire

vendredi 18 avril 2014

Bitcoin chez Monoprix : de la fausse monnaie qu’il faut interdire !


Il y a quelques jours, François Lenglet, pourtant généralement bien inspiré, a consacré son billet au fait que Monoprix devrait prochainement accepter les bitcoins pour payer ses courses. Nullement choqué par ce qui n’est que de la fausse monnaie, il y voyait une annonce de notre avenir. Grosse erreur.


En réalité, un retour en arrière

Il y a quelque chose de fascinant avec bitcoin. Peut-être parce que certains y voient une innovation symbole de la modernité et de notre avenir, ils n’arrivent pas à voir la réalité de ce qu’est ce phénomène de foire dont on parle tant. D’où le fait qu’une partie d’entre eux arrivent même à imaginer que notre avenir sera rempli de différentes monnaies, souvent émises par des entreprises technologiques étasuniennes, comme Google ou Facebook. Avec des citoyens qui ont une opinion souvent très mauvaise de leurs gouvernements et de l’Etat, cette idée peut apparaître comme une évolution moderne et logique de nos sociétés, une nouvelle possibilité offerte par la technologie, qui pourrait même faciliter notre vie.

Mais cette interprétation de l’histoire repose sur une méconnaissance de l’histoire monétaire, rappelée par The Economist dans un papier sur sur les conséquences des crises financières. En effet, les grands pays n’ont pas toujours fonctionné avec une monnaie centrale (fût-elle partagée avec d’autres pays). Par exemple, les Etats-Unis ont expérimenté, à partir du début du 19ème siècle, une période d’anarchie monétaire où chaque banque pouvait émettre son propre dollar, le système dit de « la banque libre ». Mais la grande instabilité de ce système et les nombreuses crises financières qui l’accompagnèrent, poussa les banques à mettre en place en 1913 la troisième banque centrale des Etats-Unis, la Fed, garantissant une seule monnaie, le dollar, et qui joue toujours un rôle comparable aujourd’hui.

Les gouvernements doivent interdire son usage

jeudi 27 mars 2014

A quand un vrai débat sur la monnaie ?



Je vous signale la parution d’une vidéo très intéressante sur la monnaie par Gabriel Rabhi, à laquelle André-Jacques Holbecq a collaboré. Je partage l’essentiel de ce qui est dit (à quelques raccourcis près). Les deux hommes continuent de porter un débat essentiel mais malheureusement trop souvent oublié dans nos démocraties, et qui finira un jour par s’imposer.

Pour aller plus loin sur le sujet :
-        papiers sur la réforme du système financier : pourquoi ½, pourquoi 2/2, principes, proposition