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samedi 12 décembre 2015

Le casse du siècle : discrètement, le gouvernement autorise les banques à se servir dans notre épargne (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus, qui suit un papier de Challenges qui annonçait la même chose il y a deux ans. Merci à tous ceux qui pourraient contribuer à la compréhension des implications de cette loi. Il me semble que cette présentation est un provocatrice et qu’en réalité, il s’agit juste de la garantie de 100 000 euros en cas de faillite d’une banque (que l’on peut traduire comme une contribution possible de ceux qui ont plus de 100 000 euros d’épargne).


Cela s’est fait en toute discrétion, dans la torpeur du mois d’août. Le gouvernement a légiféré par ordonnance (donc sans passer par le Parlement) pour transposer dans le droit français la directive 2014/59/UE qui permet aux banques en difficultés de se servir dans notre épargne (lien vers le texte de l’ordonnance ici). La garantie des dépôts des particuliers appartient donc au passé.

jeudi 23 avril 2015

Les banquiers vous diront qu'ils ne créent pas d’argent ... pourquoi ? (billet invité)

Billet invité d’André Jacques Holbecq, auteur de « La dette publique, une affaire rentable » et du « Manifeste pour que l’argent serve au lieu d’asservir », avec Philippe Derudder


Plutôt que de répéter la démonstration qu’on trouve habituellement dans tous les livres d’économie, à savoir l’explication par étape en considérant d’abord que tout le système n’existe qu’au sein d’une seule banque, puis en introduisant deux banques avec des parts de marché différentes, puis pour finir en introduisant une banque centrale dans la démonstration, (banque centrale qui seule peut satisfaire à la demande de monnaie centrale, la plus connue étant la monnaie dite « fiduciaire »), essayons de nous mettre à la place du « petit » banquier, simple directeur d’agence.

dimanche 7 décembre 2014

BCE, banques, finance : stress-test du foutage de gueule (billet invité)


Billet invité de l’œil de Brutus 



Il y a quelques semaines la BCE s’enorgueillait d’avoir effectué un vaste stress-test des banques « systémiques » européennes et d’en avoir obtenu d’excellents résultats. Et – cocorico ! – toutes les banques françaises s’en sortaient haut la main, ceci étant abondamment relayé par les grands médias français, ces machines acritiques à penser unique. Sauf que ceci est, au mieux, une vaste blague, au pire – et plus vraisemblablement – un énorme majeur érigé au faciès des peuples.

Qu’est-ce qu’un stress-test ? Tout simplement une simulation pendant laquelle on évalue la résistance financière des banques en situation de crise économique aigue et brutale. Cette simulation s’appuie donc sur des hypothèses (d’inflation, de chômage, de faillites en cascades, etc.) qui doivent correspondre, si possible, au pire de ce que pourraient connaître les banques.  Ce type de tests est très courant dans l’industrie : en simplifiant, si on veut construire un avion qui devra voler à 1000 km/h, on teste son prototype dans toutes les configurations possibles à 1500 km/h. S’il réussit ces tests, on pourra se dire que tout cela devrait bien se passer en vitesse de croisière de 1000 km/h. Ou, pour reprendre une analogie effectuée par Olivier Berruyer sur son blog, quand on vous vend une pompe pour un bassin extérieur garantie jusqu’à -10°C cela veut dire qu’elle a été testée à -20°C, voire encore plus bas. Le but est bien de tester le matériel dans les conditions les plus extrêmes  auxquelles il devrait être soumis, et même un cran au-delà. Il en serait de même pour les banques : l’idée du stress-test devrait bien être de mettre hypothétiquement les banques européennes dans la configuration de la crise la plus profonde qu’elles seraient censées rencontrer.

vendredi 25 juillet 2014

Résultats des banques, rachats d’entreprise, hausse de la bourse : alerte à la bulle !


Début 2009, j’avais pronostiqué une nouvelle crise financière, que j’anticipais pour fin 2016 – début 2017. Malheureusement, il semblerait que tous les symptômes d’une nouvelle bulle continuent à s’additionner, comme le démontrent les dernières annonces de la bourse…



Envolée des profits des banques US

Les résultats du second trimestre des banques étasuniennes ont été excellents, contrastant étonnamment avec les déceptions des derniers chiffres du PIB. Le blog Investigationfinancière a compilé les résultats des principales banques et les chiffres sont effarants, même en se contentant d’examiner les résultats nets, et non opérationnels, qui, eux, excluent les éléments exceptionnels, comme les différentes amendes infligées par la justice. Goldman Sachs affiche 4 milliards de dollars de résultat net pour le premier semestre, sur 18,4 milliards de PNB (Produit Net Bancaire, l’équivalent du chiffre d’affaire pour les banques), soit 21,7% de résultat net sur chiffre d’affaire, un niveau de rentabilité qui en dit long sur la situation économique réelle des banques, d’autant plus qu’elles versent des salaires énormes.

JP Morgan affiche la bagatelle de 11,3 milliards de dollars de résultats nets pour le premier semestre, sur 49,2 milliards de PNB, soit 23% de résultats nets sur PNB. Morgan Stanley a annoncé 3,6 milliards de profits pour 17,5 milliards de PNB, soit 20,6% de résultats nets sur PNB. Il est tout de même très révélateur de constater l’homogénéité de résultats nets aussi énormes, compris entre 20 et 23% du PNB, ce qui révèle à la fois que leur activité est extraordinairement rentable, et finalement très peu concurrentielle sur les prix. Bien sûr, Citigroup a annoncé des résultats moins forts au second trimestre, mais cela vient principalement d’éléments exceptionnels. Ceci amène logiquement à se poser des questions sur notre modèle économique, qui créé une situation de rente phénoménale pour ces banques.

D’autres facteurs de surchauffe

mardi 22 avril 2014

Réforme de la finance : l’Europe encore plus conservatrice que les USA !


Fait trop souvent ignoré : outre le fait que la grave crise financière de 2008 n’a en aucun cas permis de mener une réforme suffisante du secteur, les pays européens avancent encore moins vite que les Etats-Unis sur le sujet, ce qui est en dit long sur l’incompétence notoire de nos dirigeants.


Une histoire d’effet de levier

Ici, c’est un papier de The Economist sur l’évolution des régles bancaires outre-Atlantique qui révèle le pot aux roses. De nombreux économistes ont souligne le rôle joué par l’utilisation de l’effet de levier dans les crises financières. Pour une même somme de capital, les banques prêtent et placent davantage, ce qui augmente mécaniquement les résultats mesurés en fonction de ce capital. Comme les banques privées peuvent créer de l’argent, il leur suffit de parier plus pour gagner plus… L’histoire des crises financières repose souvent sur ce simple mécanisme, rappelée par The Economist dans la même édition, qui n’a été que très partiellement remise en cause par les règles Bâle 3.

En effet, les règles Bâle 3 imposent un minimum de couverture de 3% : les banques doivent avoir un capital équivalent à 3% de leur bilan. Déjà, on reste stupéfait par un chiffre aussi bas, qui ne semble pas du tout à la hauteur des leçons du passé. Mais les Etats-Unis ont décidé d’aller plus loin que les règles de Bâle 3, en imposant un ratio de 5%, et même de 6% pour certaines unités. Du coup, les banques étasuniennes vont devoir lever entre 22 et 68 milliards de dollars de plus de capital, somme qualifiable de « faisable » par The Economist étant donnés leurs profits. Il note que depuis 2008, les banques US ont levé plus de 500 milliards, contre 324 pour les banques européennes, pourtant plus lourdes…

L’Europe, pire que les Etats-Unis

lundi 27 janvier 2014

Bâle 3 : Il faut reprendre le contrôle sur les normes bancaires !


Malheureusement, l’information n’a pas fait la une des grands médias. C’est The Economist qui en a fait un sujet majeur il y a une semaine : dans la petite cuisine de Bâle 3, les normes bancaires ont été assouplies, au point de laisser les banques européennes dangereusement sous-capitalisées.



Un relâchement de la régulation

Ce qui est en jeu est assez technique. Les règles Bâle 2 imposaient théoriquement aux banques d’avoir 8 euros de capital pour 100 euros d’actif. Mais ces règles dépendaient du risque des actifs, à savoir que pour les meilleurs actifs (parfois, en fonction de leur notation), il suffisait d’avoir seulement 20% de ce capital, soit 1,6% de couverture !!! Quand on sait ce qu’il est advenu de certains titres notés AAA… Depuis la crise, le comité Bâle met au point de nouvelles règles, dites Bâle 3. Dans un précédent papier, j’avais déjà indiqué que les lobbys financiers oeuvraient dans l’ombre pour les assouplir.

Il était prévu que les banques soient contraintes d’avoir 3% de capital par rapport à leur actif. Mais alors que trois quarts des banques étasuniennes respectent déjà cette règle, du fait d’une pression plus importante des régulateurs outre-Atlantique, approximativement le même pourcentage ne les respecte pas en Europe. Comme le rapporte The Economist, certains actifs ne seront pas pris en compte et certains dérivés pourront se compenser entre eux. Résultat, la plupart des banques européennes passeraient les tests avec ces règles et n’auront pas à lever les 70 milliards d’euros dont elles avaient besoin.

Ce que cela dit des normes bancaires

lundi 11 novembre 2013

Que penser des 100 milliards d’amendes pour les banksters ?


Tous les jours ou presque, la chronique judiciaire des amendes aux banques du monde entier encombre les pages économie des médias de la planète. Mais ces centaines de millions ou ces quelques milliards ne semblent peser que marginalement sur les résultats des banques. Révélateur…



Encombrement judiciaire croissant

Bien sûr, JP Morgan a affiché une perte au 3ème trimestre de cette année, du fait de 6 milliards de provisions supplémentaires pour ses diverses péripéties judiciaires, mais étant donnés que les résultats opérationnels de la banque devraient approcher 25 milliards de dollars, même les 13 milliards d’amendes qu’elle pourrait payer pour les subprimes ne représentent que la moitié des bénéfices d’une seule année… The Economist est revenu récemment sur les innombrables affaires actuellement en cours, chiffrant les somme en jeu au chiffre incroyable de plus de 100 milliards des deux côtés de l’Atlantique.

La première grande affaire a été celle du fond Abacus de Goldman Sachs, où la banque vendait un fonds à ses clients tout en spéculant sur leurs pertes… La banque d’affaire est parvenue à un accord avec la justice étasunienne, sans reconnaître quoi que ce soit, au prix de quelques centaines de millions. Ensuite, c’est le scandale de la fixation du LIBOR qui a alimenté la chronique judiciaire. Depuis, les actions se multiplient : subprimes, EURIBOR, manipulation des changes… Il est tout de même effarant de constater à quel point les grandes banques ont commis des actes répréhensibles ces dernières années.

Le sens de ces amendes

mardi 20 août 2013

La bombe à retardement bancaire


Tout le monde dit que les banques européennes n’ont pas tiré les leçons de la crise financière de 2008. Un rapport du parlement européen révèle l’étendu des risques qui couvent et qui finiront tôt ou tard (il ne faut pas sous-estimer la capacité d’aveuglement du système financier) par se rappeler à nous.



Le château de carte européen

Il faut lire (ou au moins survoler, car il est long), le rapport Liikanen du parlement européen sur le secteur bancaire. Il est difficile de ne pas avoir des sueurs froides en y lisant que les actifs du secteur bancaire européen représentent 42 900 milliards d’euros, 3,5 fois le PIB européen, alors qu’aux Etats-Unis, il pèse 5 fois moins, 8 600 milliards d’euros, seulement 78% du PIB. Certes, le rapport évoque les différences de normes comptables qui expliquent une partie de la différence, mais on se demande bien ce qui pourrait justifier que le secteur bancaire européen soit aussi gros.

Reprenant également le rapport Liikanen, Georges Ugeux souligne que « les banques européennes rechignent obstinément à réduire leurs actifs » et rappelle que rien n’a changé depuis la crise. Il avait rappelé il y a un mois que la Deutsche Bank, à elle seule, devrait diminuer son bilan de 250 milliards d’euros, après une réduction de 255 milliards les 18 derniers mois. Pire, le système bancaire européen est menacé par la détérioration continue de la situation en Espagne, avec le nouveau record dans le taux de créances douteuses, qui a atteint 11,6% en juin (176 milliards).

Pourquoi l’explosion tarde ?

lundi 29 juillet 2013

Spéculation, profits : le casino bancaire continue !


Il y a bientôt cinq ans, on nous annonçait une moralisation du capitalisme. Même les libéraux dénonçaient les abus du système bancaire. Mais aujourd’hui, quand on voit les profits records des banques étasuniennes ou l’amplification des pratiques spéculatives, on constate que presque rien n’a changé.



L’anarchie bancaire continue

La lecture de l’actualité financière est effarante : on se croirait revenus en 2007 ! Les banques étasuniennes affichent des profits records, les particuliers ont accès aux pratiques spéculatives les plus toxiques, et le Luxembourg adopte un dumping législatif pour attirer les capitaux. Comme le rapporte ce papier d’Atlantico, le duché européen s’adapte aux nouvelles règles européens qui permettent de commercialiser ses produits dans toute l’UE. Le Luxembourg contourne les règles de transparence avec son nouveau statut de société en commandite simple, qui protège l’identité de ses dirigeants…

Outre-Atlantique, les banques ont annoncé des profits records : JP Morgan, +31% ; Citibank, +42% ; Bank of America, +63% ; Morgan Stanley, +74% ; Goldman Sachs, +101% ! En un petit trimestre, ces cinq banques ont amassé la bagatelle de près de 12 milliards de dollars de profits ! L’examen plus détaillé des comptes de résultat indique que les résultats nets représentent entre 10 et 20% du chiffre d’affaire, pas vraiment le signe qu’il s’agit d’une industrie très compétitive (demandez aux constructeurs automobiles qui se battent pour quelques pourcents) mais plus d’une oligarchie qui vit d’une rente.

Pour parachever ce sinistre tableau, le Monde a publié un dossier excellent et effarant sur les produits dérivés que les banques vendent désormais à leurs clients. Où l’on apprend que tout le monde peut désormais avoir accès aux produits créés par cette finance folle et inconsciente. En clair, alors que les précédents produits ne permettaient qu’un effet de levier de 50, les CFD (Contracts For Differences) permettent un effet de levier de 400 : avec un capital de 100 euros, on peut parier sur 40 000 euros ! Et il n’est même pas forcément nécessaire de posséder les titres !

Ils n’ont vraiment rien appris !

vendredi 19 juillet 2013

Un gouvernement à la solde des banques





Et 25 milliards de plus !

Ce nouveau projet est proprement hallucinant : pour améliorer leurs ratios financiers, les banques ont obtenus un transfert de 25 milliards d’euros de liquidités en provenance du livret A, du LDD et du LEP. Pire, le lobby bancaire, jamais satisfait, et qui en demandait deux fois plus, se dit frustré par un texte qu’il juge « très en deça des enjeux », comme le rapporte le Monde. Il faut dire que l’Etat a eu l’audace de demander quelques comptes aux banques contre cet argent, chose qu’elles n’aiment pas faire, comme le rapporte Henri Emmanueili, président de la Commission de Surveillance.

Ce qui est incroyable, c’est que personne ne fait le parallèle avec le dérisoire plan d’investissement du gouvernement. En effet, alors qu’il accorde 25 milliards aux banques, en une seule fois, il n’a accordé que 12 milliards sur 10 ans, soit 1,2 milliard par an (0,06% du PIB, 0,3% des investissements annuels), 20 fois moins pour les investissements que pour les banques ! Pourtant, cet argent aurait pu être utilisé pour le plan d’investissements. Naturellement, Bercy explique que cela « permettra de faire face à la reprise attendue de l’économie. Les banques auront des obligations d’emplois des fonds ».

L’ami de la finance

Mais quel crédit accordé à François Hollande et Pierre Moscovici. Juste après avoir fait de la finance son ennemi, le candidat s’en était allé à Londres pour rassurer le monde bancaire et bien indiquer qu’il n’y avait « pas de crainte à avoir » ! Et c’est bien ce que l’on constate depuis qu’il est arrivé au pouvoir. Certes, après quelques péripéties, la taxe à 75% sera partiellement mise en place, mais ce sera juste pour deux ans, et sans doute avec des possibilités d’y échapper. En outre, sur l’ensemble des dossiers bancaires et financiers, le gouvernement suit docilement le lobby bancaire.

La loi de réforme bancaire est bien une loi d’ami plus que d’ennemi. Devant la commission parlementaire des finances, le président de la Société Générale a admis que le projet n’aurait d’impact que sur moins d’1% de son activité. Le projet de séparation des banques en deux, héritier du Glass-Steagall Act de Franklin Roosevelt, est un lointain souvenir, ce que Nicolas Dupont-Aignan avait dénoncé en décembre dernier. Et dernièrement, Pierre Moscovici a jugé « excessif » le timide projet de taxe sur les transactions financières de la Commission Européenne, guère hostile aux banques.

Le tonneau des Danaïdes