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dimanche 27 avril 2014

Aurélien Bernier développe sa vision de la « désobéissance européenne »



Après avoir fait une synthèse bien balancée de toutes les carences de cette Europe, Aurélien Bernier analyse les propositions des autres partis puis détaille sa vision de « la désobéissance ».

L’Europe dans le débat public

Pour lui, « la social-démocratie utilise l’Europe pour justifier son inaction, après l’avoir construit telle qu’elle est », et ironise sur le programme du PS qui dit que : « nous ne voulons plus du dumping social et de la casse des services publics imposés par les gouvernements de droite au pouvoir à la Commission Européenne », comme si Lionel Jospin n’avait pas signé ces directives … Il n’est pas plus tendre pour les Verts, dont il dénonce les « réactions irrationnelles » sur une Europe aux mains des lobbies.

Pour lui, le PS et les Verts devraient indiquer dans leur programme : « nous prenons acte du fait que le droit européen s’impose aux Etats, et que bon nombre de nos propositions ne sont pas compatibles avec les textes communautaires. Nous voulons changer l’Europe de l’intérieur, ce qui prendra un temps certain, pour ne pas dire quelques décennies. D’ici là, nous renonçons à appliquer le programme que nous soumettons au vote des électeurs. Nous nous en excusons d’avance auprès du peuple ».

Par rapport au texte initial, l’auteur a remis à jour la partie concernant DLR, même s’il conserve la référence à un texte de 2006. Du coup, dans cette nouvelle mouture, il propose une analyse plus à jour du programme du mouvement, même s’il en sous-estime sans doute un peu la radicalité dans la rupture avec le néolibéralisme (protectionnisme, taxe sur les transactions financières, monétisation… etc), même s’il faut reconnaître qu’il a raison de dire qu’il ne s’agit pas d’une rupture avec le capitalisme.

La désobéissance européenne en pratique

lundi 20 mai 2013

Olivier Berruyer dessine une voie de sortie de la crise


Après avoir défini les caractéristiques de la crise que nous traversons et dans laquelle nous nous enfonçons, puis étudié les raisons qui ont mené à cette crise, Olivier Berruyer ne manque pas de faire de nombreuses propositions, notamment dans les domaines institutionnels et financiers.



Un projet de définanciarisation

Il souligne que bien des solutions à cette crise semble avoir été oubliées : « démembrement des banques, limitation drastique de la spéculation, entraves raisonnables à la liberté de circulation des capitaux, limitation du poids du secteur financier, système monétaire international limitant la distribution débridée de crédits, syndicalisme puissant, volonté d’équilibrer les balances commerciales, modèles sociaux généreux, hausse régulière des rémunérations, compression radicale des inégalités ».

L’auteur cite Alain Greenspan, l’ancien gouverneur de la Fed, et Mervyn King, ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre pour qui « si l’on pense que les banques sont trop grosses pour faire faillite (…) alors c’est qu’elles sont trop grosses ». Refusant la monétisation, il appelle à mettre fin aux parasites fiscaux. Il propose de « retrouver le principe de prudence » pour les règles comptables et le système financier (en limitant la taille des bilans bancaires à 10 ou 20% du PIB). Il propose de séparer les activités bancaires et d’interdire la spéculation. Très sceptique à l’égard de la taxe sur les transactions financières, il propose une taxe progressive sur les bénéfices financiers. Se rapprochant de Lordon, il propose une socialisation des banques, notant que la monnaie est un service public.

Pour refonder le capitalisme, il propose de supprimer la cotation en continu de la Bourse, pour la remplacer par une cotation unique par jour, de mettre en place une taxe décroissante sur les bénéfices financiers. Il veut aussi récompenser les actionnaires fidèles en ne donnant le droit de vote qu’après deux ans et en augmentant les dividendes au bout de deux ans et cinq ans. Il vante le modèle du capitalisme rhénan « non financier, décourageant la spéculation, privilégiant le long terme, la protection des salariés », s’appuyant sur le livre de 1991 de Michel Albert et note qu’aujourd’hui l’Allemagne est en pointe pour la re-régulation du système financier. Enfin, citant le Général de Gaulle, il fait un plaidoyer pour la participation.

Il dénonce les oligopoles en citant Roosevelt : « Nous avons dû lutter contre les vieux ennemis de la paix – le monopole industriel et financier, la spéculation, la banque véreuse, l’antagonisme de classe, l’esprit de clan, le profiteur de guerre. Ils avaient commencé à considérer le gouvernement des Etats-Unis comme un simple appendice à leurs affaires privées. Nous savons maintenant qu’il est tout aussi dangereux d’être gouverné par l’argent organisé que par le crime organisé ». Il conclut avec le rapport Angelides du Congrès sur la crise financière : « Ce qui est frappant, c’est combien les choses ont peu changé depuis 2008 (…) C’est à nous de faire des choix différents si l’on veut obtenir des résultats différents ».

Protectionnisme, emploi et institutions

dimanche 5 mai 2013

Jean-Luc Gréau dessine une voie de sortie de la crise


L’immense intérêt de ce livre, outre le récit vivant et argumenté de la crise (y compris européenne), réside dans les nombreuses propositions que fait Jean-Luc Gréau pour s’en sortir. Où l’on voit que les solutions sont bien connues mais qu’elles sont ignorées par nos gouvernements.



Restructurer en profondeur le système monétaire et financier

Il commence par dénoncer l’indépendance des banques centrales en rappelant que ce sont les Etats qui ont cassé l’inflation excessive des années 1970. Dans un long développement, il revient sur les propositions de Maurice Allais, qui proposait que la création monétaire soit réservée aux Etats. Notre seul « prix Nobel d’économie » craignait en effet que les banques ne prêtent trop ou soient tentées de financer à court terme des prêts à moyen ou long terme. Il n’hésite pas à vanter le dirigisme étatique chinois dans le secteur bancaire, au service de la nation. Il propose de monétiser jusqu’à 2% du PIB par an de la dette publique, dans la limite d’un montant défini dans les lois de finances.

Il propose une stricte séparation (juridique et capitalistique) des banques en trois entités : dépôt, crédit et investissement, suivant les propositions du 100% monnaie. Il propose également d’interdire les opérations spéculatives pour compte-propre, de manière à ce que le crédit ne serve pas à financer la spéculation ainsi que les activités de carry trade (l’emprunt dans un pays pour placer dans un autre, pour bénéficier des écarts de taux). Et, dans une logique proche de la charte de la Havane, il envisage même que les excédents de balance des paiments des uns soient cédés à ceux qui sont en déficit, de manière à éviter de créer des masses de monnaies en recherche de placement.

Pour lui, il faut conditionner le refinancement des banques auprès de la banque centrale à la limitation stricte de la titrisation. Il propose également d’imposer aux banques de conserver une part importante des prêts qu’elles accordent tout en y ajoutant une décote pour tout prêt cédé pour transformer le prêt en « bien d’occasion ». Il propose de renforcer les obligations de liquidités. Enfin, il propose de limiter la part du financement inter-bancaire dans les bilans des banques. Il souligne le rôle du gel du marché interbancaire, dont les volumes ont été divisés par 10 pendant la crise, pour rappeler que le financement par les banques centrales revient à une « étatisation de fait du système de crédit ».

Dette, crédit et renouveau industriel

lundi 29 avril 2013

Asie et Amérique protectionnistes contre Europe offerte


Bloquée dans son dogme de l’anarchie commerciale, la Commission Européenne multiplie les initiatives pour signer des accords de libre-échange. Après la Corée du Sud, elle travaille sur un traité transatlantique et un autre avec le Japon, que les constructeurs européens dénoncent.



L’Europe bêtement et dogmatiquement offerte

Dans sa furie libre-échangiste, les commissaires européens continuent à ouvrir à marche forcée les marchés européens. Outre l’accord avec les Etats-Unis, ce mois-ci vont commencer des négociations avec le Japon. Mais les constructeurs automobiles européens ne semblent guère enthousiastes : « s’ils soutiennent les accords commerciaux qui sont équitables, qui donnent la possibilité d’exporter, un accord favoriserait sans doute les constructeurs japonais aux conditions actuelles ».

En effet, la part de marché des importations n’a jamais dépassé 5,8% au Japon ! Pourtant, la Commission Européenne avait signé un accord de libre-échange avec Tokyo en 1991, pour lever les restrictions aux importations de voitures japonaises en Europe. On constate aujourd’hui que si le marché européen s’est ouvert, cela n’a pas été le cas pour le marché japonais, qui reste protégé, comme ses alter-egos de Corée du Sud et de Chine, où les importations restent marginales.

Comme d’habitude, les eurocrates pêchent par dogmatisme néolibéral. Bien sûr, ils avancent des gains de croissance si un tel accord était signé, mais l’expérience nous montre que cela est totalement bidon. Les gains de croissance ne sont que pour les pays qui commercent avec nous et profitent de l’ouverture trop souvent inconditionnelle de nos marchés tout en continuant à protéger le leur pour préserver l’emploi, un souci qui ne semble pas habiter les eurocrates. Au contraire, une étude de la Fed montre que le commerce avec la Chine a coûté 30% des emplois industriels aux Etats-Unis.

La balance commerciale doit être équilibrée

lundi 3 octobre 2011

Les victoires du protectionnisme en Amérique du Sud


8.3% : c’est la croissance du PIB Argentin prévue en 2011, une performance à peine inférieure à celle de la Chine. Un pays très intéressant puisqu’outre le fait d’avoir cassé son lien avec le dollar en 2002, il mène une politique ouvertement protectionniste, comme son voisin Brésilien.

L’Argentine renforce son arsenal protectionniste

C’est The Economist du 24 septembre qui revient sur les nouvelles mesures prises à Buenos Aires et Brasilia. L’hebdomadaire britannique détaille comment l’Argentine, qui en avait marre d’importer 96% de ses téléphones mobiles, a réussi à imposer à RiM d’assembler des Blackberry en Argentine, même si le coût du travail y est 15 fois supérieur à celui de l’Asie, par la mise en place de quotas qui limitaient les importations. L’objectif est de réduire les importations à 20% du marché.