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vendredi 4 juillet 2014

Finance : les ménages plus avisés que les professionnels


The Economist a consacré un papier passionnant à une étude de la Federal Reserve sur la pertinence du jugement des ménages et des professionnels de la finance sur l’évolution de l’activité. D’où il ressort que les ménages sont plus avisés, une forme d’hommage indirect à la démocratie.



Les moutons, ce sont les traders

The Economist commence par rappeller que pour les professionnels de la finance, l’opinion des ménages ne représente que du « bruit ». Parce que leur besoin ou disponibilité d’argent ne coincide pas forcément avec le bon moment « ils échangeraient trop souvent (…) et ils sont enclin à des biais comportementaux comme un excès d’optimisme et une allergie aux pertes », si on en croit Nate Silver. Malheureusement, la recherche menée par la Fed démontre au contraire que l’opinion des profanes a beaucoup plus de sens que celle des professionnels. Elle montre qu’une forte augmentation de la dispersion de l’opinion des ménages précède généralement toutes les récessions, alors que l’opinion des professionnels reste également dispersée et ne se disperse que dans la seconde moitié des récessions.

The Economist cite un financier pour qui « il n’y a aucun sens pour moi à prédire une récession. Si j’ai raison, personne ne me remerciera et si j’ai tort, je serai viré ». En clair, « les amateurs sont meilleurs pour prédire les récessions que les experts ». L’étude souligne que les ménages échangent davantage quand la divergence des opinions augmente, au contraire des professionnels, et conclut : « il est probable que les ménages ont collectivement des informations que les analystes professionnels n’ont pas, et contribuent donc à la formation des prix et à l’efficacité des marchés ». Pour The Economist, « c’est peut-être parce que les enquêtes interrogent des personnes de milieux et d’origine différents, quand les analystes en investissement sont un petit groupe qui pourrait souffrir d’un esprit moutonnier ».

Un bel éloge de la démocratie

lundi 5 mai 2014

La bêtise des marchés n’a pas de limites



Du jugement des dettes souveraines

Le succès récent de la vente de bons du trésor grec illustre le nouveau changement d’humeur des marchés. Début 2009, tous les Etats de la zone euro pouvaient emprunter à peu près au même taux, une absurdité quand on examinait un tant soit peu les différences colossales entre Berlin, Madrid, Paris ou Athènes. La crise qui a suivi a démontré la faillite des marchés à produire des taux justes puisqu’ils ont nourri un excès de dettes (privé, plus encore que public) dans de nombreux pays (Espagne et Irlande notamment), qui ont mené à la crise de la zone euro. Bref, la main invisible était celle d’un dealer vendant sa marchandise à si bas coûts que cela a provoqué quelques overdoses...


Les marchés étant excessifs à la hausse comme à la baisse, début 2012, la dette à 10 ans d’Athènes s’échangeait avec un taux annuel théorique supérieur à 40%, la dette portugaise dépassant les 15% ! Là encore, on peut imaginer qu’un tel taux était absurde et était le pendant inverse des excès passés. De tels niveaux étaient assez ridicules par rapport à ceux des pays émergents. En deux ans, la situation s’est complètement renversée puisque la Grèce peut emprunter à 5% à 5 ans et que la dette à 10 ans de l’Italie et l’Espagne dépasse à peine le cap des 3% (contre près de 7% au pire de la crise de la zone euro). Difficile de ne pas croire que, là encore, la baisse des taux est excessive.

Où l’Etat entre en jeu

vendredi 3 mai 2013

Jean-Luc Gréau nous conte la Grande Récession


Jean-Luc Gréau est un des meilleurs chroniqueurs de la crise économique que nous traversons et qu’il avait anticipé dès 2005. Aujourd’hui, il nous offre dans un nouveau livre essentiel son journal de bord de la crise, qui nous fournit tout autant des constats robustes que des solutions pour en sortir.



Le film de la crise

Ce livre est composé de papiers publiés entre l’été 2008 et l’hiver 2012 dans la revue Le Débat, ainsi que de textes inédits, ce qui fournit à la fois un compte-rendu des évènements que nous traversons depuis cinq ans et une remlse en perspective. Les papiers plus anciens ont un grand intérêt car non seulement ils n’ont rien perdu sur le fond (où l’on voit que les débats restent les mêmes et que nos dirigeants ne résolvent rien) mais ils permettent aussi de mieux saisir les étapes du développement de la crise.

L’auteur commence par souligner que « dérèglementation il y a eu, certes, mais qui n’a pas laissé place à un chaos, comme se plaisent à le dire tant de commentateurs. Un système complexe, ancré sur différentes institutions, dont les banques centrales indépendantes et les agences de notation fournissent les éléments les plus visibles, a pris la place de l’ancienne organisation qui soumettait les économies à une réglementation poussée, y compris dans les pays de grande tradition libérale ». Pour lui, « l’action publique (est) devenue incongrue depuis sa mise en jachêre au profit de la gouvernance économique par les marchés financiers et des banques centrales affranchies de la tutelle étatique ».

Il rappelle que les premiers signes de la crise sont apparus dès 2006, avec une tension sur les marchés, aboutissant à des mini-krachs, et le niveau extrêmement élevé de logements invendus. Mi 2007, Bear Sterns (qui fera faillite 9 mois plus tard) et BNP Paribas décident de fermer deux fonds et la BCE doit injecter en urgence 50 milliards d’euros de liquidités pour éviter le blocage des marchés, faisant dire à Jean-Luc Gréau que « les banques centrales agissent aujourd’hui comme les Etats en temps de guerre. De même que ceux-ci créent de la monnaie pour subvenir aux besoins exceptionnelles suscités par les combats, les banques (le font) pour éviter l’asphyxie des marchés du crédit ».

Une crise de la globalisation et l’anarchie financière

dimanche 25 septembre 2011

Frédéric Lordon, conteur de l’anarchie financière

Avec « L’implosion » de Paul Jorion pour expliquer les subprimes, « Jusqu’à quand ? » est sans doute le deuxième ouvrage de référence pour mieux comprendre la crise financière. Un livre indispensable.


Le must pour comprendre la crise financière


Autant Paul Jorion maîtrise comme personne les arcanes du marché des subprimes, autant Frédéric Lordon a un don particulier pour expliquer la crise financière de A jusqu’à Z de manière extrêmement pédagogique en aidant à comprendre des notions souvent survolées ailleurs. Je comprends désormais mieux pourquoi RST s’est fait le défenseur de cet économiste de talent qui rend les ténèbres financières lumineuses.