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dimanche 12 février 2017

Le sinistre quart de siècle de Maastricht

Il y a un quart de siècle, bien sûr, tout n’allait pas bien, les pays européens souffraient déjà du laisser-passer et du laisser-faire. Mais la croissance de nos pays tournait autour de 2% par an et les échanges étaient bien plus équilibrés. Les partisans de Maastricht nous vendaient alors plus de croissance et d’emplois. 25 ans après, on constate que la monnaie unique a produit l’exact contraire.



La peur, dernière ligne de défense de l’euro

mardi 31 janvier 2017

Une décennie de blog

Il y a un peu plus de dix ans, en janvier 2007, j’ai ouvert mon premier blog. Ce n’était pas un hasard, ayant toujours été passionné par la politique, prenant ma première carte de parti en 1991, à 17 ans, au RPR. Je me suis véritablement structuré intellectuellement dans les débats sur le traité de Maastricht (auquel j’ai voté « non ») et l’autre politique, sous l’influence conjointe de Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement. Mon militantisme politique a connu des éclipses, mais curieusement, je me rends compte que c’est la première élection présidentielle où je n’ai pas d’engagement militant.


samedi 26 décembre 2015

Todd et Charlie (2ème partie) : des corrélations et des causalités

Hier, j’ai débuté l’analyse du livre polémique d’Emmanuel Todd, « Qui est Charlie ? », soulignant certaines carences de ses critiques contre le mouvement qui a accompagné les manifestations de janvier. Un défaut majeur est sa façon de tirer des conclusions un peu hâtivement.



Des conclusions un peu hâtives ?

Dans ce livre, Emmanuel Todd s’appuie largement sur ses travaux antérieurs, et notamment la cartographie de la France réalisée avec Hervé Le Bras dans « Le mystère français ». Il tire un portrait démographique de Charlie et analyse la distribution des 4,4 millions de manifestants estimés (10,7% de la population des zones concernées), note la moindre participation dans les bassins ouvriers, dans le Nord ou le Sud-Est, ou la forte participation des villes de cadres ou de l’Ouest. Il oppose Marseille la populaire moins mobilisée et Lyon, la bourgeoise et catholique, plus mobilisée. Et en recoupant avec les résultats électoraux, il en déduit que « la France des classes moyennes supérieures fut surmobilisée » et que les catégories intermédiaires ont rejoint les classes supérieures, au contraire de 2005, comme en 1992.

Par-delà certains biais de méthodes, notamment soulignés par Edgar, on peut quand même se demander si la conclusion à laquelle arrive Todd n’est pas un peu rapide. Comme Edgar le souligne, il faudrait comparer avec d’autres manifestations pour vérifier si les estimations de participation du 11 janvier présentent un biais par rapport à la distribution habituelle. En outre, il est bien évident que les participants à la marche de Paris ne venaient pas seulement de la capitale, révélant l’attraction des grandes métropoles autour d’elles, ce qui biaise quelque peu les statistiques, et imposait une comparaison avec d’autres manifestations afin d’être rigoureux dans la démarche. Les habitants de la périphérie se sont-ils moins mobilisés parce qu’ils ne le souhaitaient pas ou parce que leur lieu d’habitation leur compliquait la tâche ? Sur cette question, comme d’autres, Emmanuel Todd semble conclure un peu rapidement.

Du sens de la manifestation

mardi 22 avril 2014

Europe : schizophrénie chronique à l’UMP (billet invité)


Billet invité

L’approche d’élection, est toujours l’occasion de voir fleurir des prises de positions plutôt surprenantes. Ainsi, certains ténors de l’UMP, ont trouvé opportuns, à un mois et demi des élections européennes, de critiquer leurs propres échecs. Ils ont signé tous les traités : Maastricht, Schengen, ainsi que le traité de Lisbonne, contre une majorité de Français, qui, avait exprimé leur rejet de plus d’intégration, lors du référendum de 2005.


L’impossible réconciliation de deux visions européennes

 L'UMP depuis sa création, a toujours été parcouru par deux courants. Tout d'abord, celui des libéraux apatrides, voyant dans l'Union Européenne un grand marché libéralisé. Une ligne qui dirige la droite depuis trente ans, trouvant ses origines notamment, dans les mouvements centristes, très vite rejoints par les libéraux de droite. Cela, l'a conduit à détricoter honteusement la souveraineté française.

De l'autre côté, les souverainistes, défenseurs des nations, descendant des mouvements Gaullistes. La réunion de ces deux visions de l’Europe contraires au sein de l'UMP, ne pouvait se terminer, que par l'écrasement d'une doctrine sur l’autre. La bataille est terminée, et ce n'est pas la ligne Gaulliste d'Henry Guaino qui l'a emporté, dans cette bataille interne. Celui-ci l’a bien compris, est là d'ailleurs exprimé, en désavouant le très européiste Alain Lamassoure (tête de liste UMP île de France). Ce parti à cesser de se préoccuper de la nation France, quitte à encourager le vote extrémiste, pour s'engouffrer dans l'idéologie européiste qui nous étouffe. Laissant orphelin tous ceux qui croient en une autre Europe, instaurant des coopérations économiques entre nations, plutôt que leurs disparitions, au profit du libre-échange, et du fédéralisme.

Discours de circonstance

vendredi 3 janvier 2014

Discours de Philippe Séguin contre le traité de Maastricht

Il s'agit sans doute du discours qui m'a le plus influencé politiquement. Je venais tout juste d'avoir 18 ans. Il a achevé de me convaincre qu'il fallait s'opposer au funeste traité de Maastricht. Merci Philippe Séguin.


Extrait du discours de M. Philippe Séguin le 5... par lecanardrepublicain

Monsieur le président, madame, messieurs les ministres, mes chers collègues, je voudrais croire que nous sommes tous d'accord au moins sur un point : l'ex­ceptionnelle importance, l'importance fondamentale du choix auquel nous sommes confrontés, et, ce disant, je n'ai pas l'impression de me payer de mots !
C'est en tout cas avec gravité que je viens inviter cette assemblée à opposer l'exception d'irrecevabilité au projet de loi constitutionnelle que le Gouvernement nous présente comme préalable à la ratification des accords de Maastricht négociés le 10 décembre 1991 par les chefs d'État et de gouvernement des pays membres des communautés européennes et signés le 7 février dernier.
Mon irrecevabilité se fonde sur le fait que le projet de loi viole, de façon flagrante, le principe en vertu duquel la souveraineté nationale est inaliénable et imprescriptible, ainsi que le principe de la séparation des pouvoirs, en dehors duquel une société doit être considérée comme dépourvue de Constitution .
il existe en effet, au-dessus même de la charte constitution­nelle, des droits naturels, inaliénables et sacrés, à savoir pour nous les droits de l'homme et du citoyen tels qu'Ils ont été définis par la Déclaration de 1789. Et quand l'article 3 de la Constitution du 4 octobre 1958 rappelle que «  La souveraineté nationale appartient au peuple », il ne fait que recon­naître le pacte originel qui est, depuis plus de deux cents ans, le fondement de notre État de droit. Nulle assemblée ne saurait donc accepter de violer délibérément ce pacte fonda­mental.
La question de la séparation des pouvoirs se pose dans les mêmes termes. Aucune assemblée n'a compétence pour se dessaisir de son pouvoir législatif par une loi d'habilitation générale, dépourvue de toute condition précise quant à sa durée et à sa finalité. A fortiori, aucune assemblée ne peut déléguer un pouvoir qu'elle n'exerce qu'au nom du peuple. Or, le projet de loi qui nous est soumis comporte bien une habilitation d'une généralité telle qu'elle peut être assimilée à un blanc-seing.

samedi 30 novembre 2013

Loi de 1973 : ne pas tomber dans le panneau du complot


La loi de 1973 sur le statut de la banque de France est une des lois qui suscitent le plus de réflexions et alimentent un nombre de fantasmes incroyable. Non seulement les apprentis complotistes ont tort d’un point de vue factuel, mais ils ne prennent pas en compte le contexte de sa rédaction.



Délires complotistes et réalités juridiques

Alors que la polémique semblait close l’an dernier grâce à l’énorme travail réalisé par Lior Chamla et Magali Pernin, elle a paradoxalement repris ce printemps, un an après la publication de leurs travaux, avec la sortie du livre de Pierre-Yves Rougeyron et l’article de Michel Santi dans la Tribune. Ignorant étrangement ces travaux qui ont pourtant agité Internet, ils font de la loi du 3 janvier 1973 le point de départ de l’indépendance de la banque de France, s’appuyant sur l’article 25 selon lequel « le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France ».

Cette interprétation est contredite par le papier de Lior et Magali, que j’avais résumé l’an dernier. D’abord, il faut rappeler que le premier objectif de cette loi était de clarifier l’ensemble des textes concernant la Banque de France, « 192 articles disséminés dans 35 lois ou ordonnances, 16 conventions, 6 décrets-lois et 40 décrets ». Le fameux article 25 existait depuis 1936 et n’était donc pas neuf. Mieux, la loi permettait toujours à l’Etat de passer des conventions (devant être approuvées par le Parlement) avec la Banque de France pour obtenir des avances (20,5 milliards en septembre 1973).

Mieux, le contrôle de l’Etat y était encore renforcé en donnant à son représentant un droit de veto sur les décisions. Bref, la rupture est bien davantage venue du traité de Maastricht, qui a imposé à l’ensemble de la zone euro la vision allemande de la banque centrale, prix à payer pour que Bonn accepte à l’époque de sacrifier le deutsche mark, comme le rapportent Magali Pernin et Lior Chamla dans leur critique précise et argumentée du livre de Pierre-Yves Rougeyron, qui tord le cou à de nombreuses contre-vérités. Le point de départ, c’est l’article 104 du traité de Maastricht (article 123 du TFUE).

Du contexte historique et politique

lundi 4 mars 2013

Les critiques de l’euro continuent à gagner du terrain


Malgré le calme des marchés financiers, le débat sur l’euro continue. Arnaud Le Parmentier dans le Monde vient de se demander « s’il fallait signer le traité de Maastricht qui tourne au désastre. Après l’avoir tant défendu, on finirait par en douter ». Les rangs des euro-sceptiques ne cessent de grandir.

Quand les faits confirment nos dires

Bien sûr, Charles Gave est le président de l’institut des Libertés, un cercle de réflexion volontiers néolibéral. Néanmoins, la critique de la monnaie unique vient de droite comme de gauche (Sapir, Lordon, Nikonoff). Et il faut reconnaître que ses arguments en la matière sont plus que pertinents. Tout d’abord, il rappelle qu’en 2000, il avait écrit dans un livre que « l’euro allait amener à trop de maisons en Espagne, trop de fonctionnaires en France et trop d’usines en Allemagne ».



Ensuite, il souligne dans un graphique que, faits à l’appui, la mise en place de la monnaie unique a provoqué une grande divergence industrielle en Europe. Alors qu’avant, la croissance de la production industrielle était de 2,5% par an, non seulement elle s’est mise à stagner depuis, mais plus encore, à diverger, avec une Allemagne où elle a cru de 20% de 2000 à 2012, quand elle a baissé de 10% en France et 20% en Italie et en Espagne. Pour lui, la raison est simple : « c’étaient les variations de taux de change (…) qui permettaient aux différents systèmes de s’adapter au travers du temps ».

Un ami m’a fait parvenir un papier passionnant de l’INSEE de 2008 qui étudie en détails « les effets de l’appréciation de l’euro sur l’économie française ». Ce papier souligne que les exportations françaises sont beaucoup plus sensibles aux mouvements de prix que les exportations allemandes (elles baissent de 0,7% en volume pour une perte d’un point de compétitivité contre 0,3% outre-Rhin). Mais surtout, elle confirme les dires de Jacques Sapir en chiffrant à 1,7 points de PIB perdus sur 4 ans pour une appréciation de l’euro de 10% (0,5 point en année 1, 1,1 point au bout de l’année 2).

Deux nouveaux opposants

lundi 15 octobre 2012

Remettre la loi de 1973 à sa juste place


La loi Giscard de 1973, interdisant au Trésor de présenter ses effets à la Banque Centrale, est un sujet sulfureux qui véhicule de nombreuses caricatures, tant de la part de ses détracteurs que de ceux qui la soutiennent. De récents travaux la remettent à sa place.

Entre deux caricatures

D’une part, une frange des critiques de la loi du 3 janvier 1973 tombent dans un complotisme nauséabond quand ils évoquent la loi Rothschild, sous-entendant que Georges Pompidou, qui avait travailé dans cette banque, aurait servi les intérêts d’un lobby bancaire en la faisant passer. Du coup, une partie des opposants à la monétisation en profitent pour jeter un voile disqualifiant d’antisémitisme sur toute personne remettant en cause l’indépendance des banques centrales.

Mais le débat a rebondi en début d’année grâce à un papier remarquablement documenté et fouillé de Lior Chamla et Magali Pernin, sur le blog La théorie du tout. Suite à ce travail, André-Jacques Holbecq, qui avait mis en cause cette loi dans son livre de 2008, « La dette publique, une affaire rentable », a revu son jugement dans un papier publié sur le blog Post Jorion. En avril 2012, le Monde a publié un article qui présente une vision simpliifiée du papier de Lior et Magali.

La réalité de la loi de 1973

mardi 9 octobre 2012

TSCG, Arcelor-Mittal : le changement, c’est du vent


Aujourd’hui, après un examen le plus rapide possible, les députés doivent se prononcer sur une des trois camisoles budgétaires européennes, le TSCG. Après Florange, c’est un nouvel épisode qui montre les points communs entre le PS et l’UMP.

Bonnet blanc et blanc bonnet

Bien sûr, il y a des différences entre la politique menée par Sarkozy et celle de Hollande mais faute est de constater que sur des sujets importants, il y a une continuité extrêmement forte. On l’a vu avec Arcelor Mittal. Nicolas Sarkozy avait promis de sauver Gandrange. Arcelor Mittal a fermé cette première aciérie. François Hollande était passé à Florange pendant la campagne présidentielle. Il y a de grandes chances que le site soit également en partie fermé.

Mais ce qui montre la proximité du PS et de l’UMP, c’est bien le TSCG, puisque les deux partis vont voter cette camisole budgétaire européenne. Bien sûr, François Hollande s’enorgueillit du plan de croissance européen qu’il a obtenu en juin. Mais, outre le fait qu’il comporte essentiellement des anciens crédits non dépensés, des économistes de renom, l’ont remis à sa place : « pistolet à eau contre un rhinocéros qui charge » pour Krugman, « dérisoire » pour Sapir.

Ce traité a l’avantage de montrer que sur des sujets aussi importants que l’intégration européenne ou des points clés de notre système économique, le PS et l’UMP sont très proches. Les deux principaux partis soutiennent en effet un transfert de la souveraineté de la France vers des instances européennes supranationales et technocratiques. De même, ils se soumettent à la doxa austéritaire allemande malgré les avertissements de Krugman et Stiglitz.

Le PS, ce n’est pas le changement

jeudi 20 septembre 2012

Maastricht, euro : il y a 20 ans nous avions raison !


Il y a exactement 20 ans, je plaçais mon premier bulletin dans l’urne. Convaincu par Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement, c’était un « non » de conviction. Si la monnaie unique a vu le jour, les Français regrettent aujourd’hui leur choix mais ne sont pas encore convaincus par le démontage de l’euro.

Une première bataille gagnée

Bien sûr, le sondage du Figaro indique que 65% des Français ne souhaitent pas abandonner la monnaie unique. Néanmoins, la situation a beaucoup changé en seulement trois ans : en 2009, on nous répétait encore en boucle que l’euro nous avait protégé pendant la crise. Aujourd’hui, même ses défenseurs les plus farouches ont reculé et préfèrent faire peur en affirmant qu’une sortie serait calamiteuse plutôt que de défendre la pertinence du passage à l’euro.

Il faut dire la littérature expliquant précisément pourquoi la monnaie unique est mauvaise pour les pays européens s’accumule de plus en plus. Je participe à ce débat fréquemment. Mais des économistes comme Jacques Sapir (dont le dernier papier mémystifie les arguments des partisans de la monnaie unique), ou même Paul Krugman, « prix Nobel d’économie », dans son dernier livre, donnent crédibilité et pédagogie à la critique de l’unification monétaire européenne.

Résultat, les Français regrettent l’adoption du traité de Maastricht. Pas moins de 64% des citoyens voteraient « non » aujourd’hui, un immense signe de défiance qui montre que la France regrette son choix de 1992. Tous les voyants sont au rouge pour l’Europe : 76% pensent que l’Union Européenne n’agit pas de façon efficace contre la crise, 67% pensent que l’Europe va plutôt dans la mauvaise direction. 45% pensent que l’euro est un handicap contre 23% un atout.

La bataille qu’il faut encore gagner