Affichage des articles dont le libellé est chartalisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est chartalisme. Afficher tous les articles

dimanche 19 avril 2015

Réserves fractionnaires et monnaie pleine : un rappel (billet invité)

Billet invité d’André Jacques Holbecq, auteur de « La dette publique, une affaire rentable » et du « Manifeste pour que l’argent serve au lieu d’asservir », avec Philippe Derudder


D’après l’enseignement universitaire [1] on note deux étapes. Vers 1655, à Londres et Amsterdam, les orfèvres qui avaient l’habitude d’attester les dépôts d’or des nobles et des riches marchands dans leurs coffres par des certificats de dépôts nominatifs, commencent à émettre ces certificats en valeurs rondes et « au porteur » en les rendant anonymes. Ces certificats purent donc servir de moyens de paiement en passant de main en main.

Mais très vite, vers 1670, les orfèvres s’aperçurent que les détenteurs de ces certificats, accordant une grande confiance aux orfèvres, ne demandent qu’assez rarement la transformation de leurs certificats en or. Les orfèvres commencent à émettre à des emprunteurs, contre intérêts, plus de certificats qu’ils ne détiennent d’or. Ces certificats tout à fait identiques, servent donc à payer les dettes, et deviennent de la « monnaie » crée sans contrepartie véritable. Les orfèvres deviennent des banquiers au sens moderne du terme, prêtant ce qu’ils ne disposent pas : ils « créent » littéralement la monnaie en « monétisant » des reconnaissances de dette ou des hypothèques. Leurs réserves (l’or dans leur coffre) sont fractionnaires par rapport au montant des certificats émis. C’est de là que vient le terme « réserves fractionnaires »

lundi 6 avril 2015

David Graeber souligne le caractère politique de la monnaie

« Dette : 5000 ans d’histoire » a le mérite de fournir une histoire de la monnaie sur plusieurs millénaires. Mais son autre apport fondamental est de rappeler le caractère éminemment politique de la monnaie, dont on a beaucoup débattu dans le passé, chose un peu trop oubliée aujourd’hui.



Débat et refus de débat

David Graeber souligne que la théorie néolibérale du « voile de la monnaie » est surtout politique. En disant que la monnaie n’aurait aucune importance et devrait être confiée à des banques centrales indépendantes, cela revient à figer la politique monétaire. La spéculation avait provoqué l’échec de deux des premières banques centrales soutenues par l’Etat, en Suède et en France. En réaction, le camp d’Adam Smith a plaidé pour lier la monnaie aux métaux précieux, faisant le succès de la banque d’Angleterre et signant la défaite des tenants de la monnaie crédit, comme Mitchell Innes, pour qui la monnaie n’était pas une marchandise, mais une unité de compte.

C’est la position chartaliste, venue de l’école historique allemande, et notamment la « Théorie étatique de la monnaie » de 1905 de G.F. Knapp. Il note que les unités de compte définies sous Charlemagne ont perduré plus de 300 ans, souvent en absence de tout signe monétaire physique ou d’une grande variabilité des quelques pièces. Il raconte qu’entre 1850 et 1950 aux Etats-Unis, « les débats sur la monnaie se sont succédés ». Suite à la terrible récession des années 1890, William Jennings Bryan fut deux fois candidat à la présidence sur un programme de libre frappe de l’argent « Free silver Platform » pour remplacer l’étalon or par le bimétallisme.

La crise de 1929 discrédite l’idée du lien de la monnaie avec les métaux. David Graeber note que Keynes, ayant étudié les archives monétaires de Mésopotamie dans les années 1920, était ouvert aux idées alternatives, à savoir que la monnaie est bien « une créature de l’Etat ». Mais « cela ne signifie pas que l’Etat crée nécessairement la monnaie. La monnaie, c’est le crédit, elle peut naître d’accords contractuels privés (par exemple des prêts) ». Pour Keynes « ce sont les banques qui créent la monnaie, et elles peuvent le faire sans aucune limite intrinsèque, car, quelle que soit l’ampleur de ce qu’elles prêtent, l’emprunteur n’aura d’autre choix que de remettre l’argent dans une banque ».

La monnaie comme dette primordiale