lundi 22 juillet 2013

Quand le modèle asiatique contredit le consensus de Washington


C’est un article passionnant de The Economist sur le livre de Joe Studwell « Comment l’Asie fonctionne : réussite et échec dans la région la plus dynamique du monde » qui l’affirme : le modèle de développement économique des pays asiatiques contredit la plupart des préceptes néolibéraux.



Le secret du développement économique asiatique

Joe Studwell s’oppose fermement aux dix politiques économiques que John Williamson, un économiste britannique avait rassemblées en 1989 avec le concours du FMI, de la Banque Mondiale et de quelques pays d’Amérique Latine pour former le « consensus de Washington », résumé par le tryptique « stabiliser, privatiser, libéraliser ». Après de longues études et de nombreux écrits sur la région, cet économiste, qui a travaillé pour The Economist, propose une recette bien différente : « réforme agraire ; industrie qui exporte et est soutenue par l’Etat et une répression financière ».

L’hebdomadaire néolibéral ne donne son satisfecit qu’au premier point, même s’il explique les trois. La réforme agraire consiste à expulser les grands propriétaires terriens pour partager les terrains en petites fermes, avec le soutien financier et méthodologique de l’Etat. Le faible niveau de productivité donne du travail à la population, comme cela s’est passé dans les années 1950 à Taiwan et en Corée du Sud. Puis, l’Etat couve les industries naissantes, en les protégeant de la concurrence extérieure, mais en les poussant à exporter pour repérer les meilleurs et les perdants.

Pour Joe Studwell, le dernier ingrédient du succès est un système financier modeste et peu développé, où les épargnants, parqués par les contrôles de capitaux, fournissent une épargne à bon marché pour les banques qui l’utilisent pour financer les entreprises industrielles. Pour l’auteur, cette recette n’est pas nouvelle et remonte même au Japon de l’empereur Meji, à la fin du 19ème siècle. Malgré le désaccord avec son analyse, The Economist reconnaît que le livre est « frappant et éclairant » et regorge d’anecdotes qui démontrent la grande connaissance de la région par l’auteur.

Les dangers de l’anarchie commerciale et financière


Encore une fois, il faut sans doute faire attention aux mots que nous employons. En effet, quand on parle de libéralisation des échanges commerciaux ou de la finance, le terme « libéralisation » a une connotation postiive qui donne un préjugé favorable. C’est pour cela qu’il vaut sans doute mieux employer le terme « anarchie » qui capture mieux les problèmes que posent que la circulation anarchique des biens et la déréglementation financière. Car finalement, le modèle de développement asiatique tourne complètement le dos à ces deux piliers de l’idéologie néolibérale.


L’agriculture japonaise est encore largement protégée car le pays ne serait sans doute pas compétitif du fait du niveau de ses salaires, quitte à ce que le prix du riz soit plus élevé qu’ailleurs. La protection de l’industrie  et de l’agriculture locales est un pilier fondamental de leur modèle de développement. En revanche, il faut noter que la libéralisation financière a provoqué une énorme bulle au Japon dont l’explosion, il y a 20 ans, pèse encore sur l’économie, que la Corée du Sud a été emportée par la crise financière de la fin des années 1990 et que la spéculation se déchaîne aujourd’hui en Chine.

Ce qu’il y a d’intéressant avec le modèle de développement économique de l’Asie, c’est qu’hormis pour des cités Etat trop petites pour que leur modèle soit généralisable, c’est qu’il contredit l’idéologique dominante de l’anarchie commerciale et financière. Combien de temps nous faudra-t-il pour nous en rendre compte ?

12 commentaires:

  1. Bonjour,

    Votre derniere phrase est (faussement ?) naive...

    Il y a longtemps que le liberalisme (tout comme l'europeisme, et le defunt communisme avant eux), est devenu un dogme inaccessible aux arguments rationnels...
    Il n'y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir (comme The Economist),
    - par dogmatisme, les liberaux pourront toujours repondre que s'il y a des pbs c'est qu'on n'a pas assez liberalise/privatise/deregule, les europeistes qu'on n'est pas alle assez loin vers le federalisme (tout comme les communistes expliquaient les pbs par des restes d'elements bourgeois...). L'avantage, c'est que cet argument est "irrefutable"...
    - par interet (plus ou moins conscient): pour les classes dirigeantes tout va tres bien...

    Il suffit de voir que la crise de 2008 n'a rien change au discours "d'experts" comme Jean-Marc Daniel qui reclame toujours moins d'etat et de regulation, plus de libre-echange (traite UE-USA,...)...

    Il n'y aura de changement que lorsqu'une bonne partie de la population sera ruinee et une coalition UMP+PS minoritaire (et encore, il faudrait qu'un parti alternatif puisse construire une coalition majoritaire..).

    Neanmoins, merci pour vos posts qui font vivre le debat/presentent des points de vue alternatifs (qu'il est impossible de trouver dans Le Monde etc...).

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  2. Lundi 22 juillet 2013 : Eurostat publie les chiffres de la dette publique du premier trimestre 2013.

    La Grèce, l’Italie, le Portugal, l’Irlande, la Belgique, la France, l’Espagne, le Royaume-Uni, Chypre sont en faillite.

    La dette publique de ces Etats atteint des sommes inimaginables.

    La dette publique de ces Etats est hors de contrôle.

    Les soi-disant « plans de sauvetage » de l’Union Européenne, de la BCE et du FMI sont un échec total.

    En Europe, plus personne ne contrôle quoi que ce soit.

    La question est donc :

    « QUAND vont avoir lieu ces défauts de paiement ? »

    1- Médaille d’or : Grèce. Dette publique de 305,291 milliards d’euros, soit 160,5 % du PIB.

    2- Médaille d’argent : Italie. Dette publique de 2034,763 milliards d’euros, soit 130,3 % du PIB.

    3- Médaille de bronze : Portugal. Dette publique de 208,284 milliards d’euros, soit 127,2 % du PIB.

    4- Irlande : dette publique de 204,054 milliards d’euros, soit 125,1 % du PIB.

    5- Belgique : dette publique de 394,220 milliards d’euros, soit 104,5 % du PIB.

    6- France : dette publique de 1870,294 milliards d’euros, soit 91,9 % du PIB.

    7- Espagne : dette publique de 922,828 milliards d’euros, soit 88,2 % du PIB.

    8- Royaume-Uni : dette publique de 1385,701 milliards de livres sterling, soit 88,2 % du PIB.

    9- Chypre : dette publique de 15,342 milliards d’euros, soit 86,9 % du PIB.

    http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-22072013-AP/FR/2-22072013-AP-FR.PDF

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    1. @BA,
      vous avez oublié le prêteur en dernier ressort de l'UE: l'Allemagne est à 83% du PIB de sa dette. Bref, elle n'est pas beaucoup plus vaillante que le reste de la zone euro.
      Franchement, je déteste ce genre de statistique car elle ne veut rien dire, ou du moins, elles servent à faire peur et à désorienter les populations.
      D'abord, il faut le marteler encore et toujours: UN PAYS NE FAIT JAMAIS FAILLITE! Il peut se mettre en cessation de paiement, et pour autant, il n'en meurt pas: c'était le cas récemment de l'Argentine en 2001 et plus loin, de la Russie en 98, afin de purger les méfaits des politiques recommandées par les Chicago Boys... Une faillite peut induire une liquidation: depuis quand peut-on liquider un état souverain?
      Ensuite, ces chiffres sont incomplets: il faut tenir compte de la dette des entreprises privées et des ménages pour avoir la totalité du chiffre. Et là, on a une meilleure idée de la dette, et il s'avère que les Français ne sont pas si mal lotis, car ils ont une gigantesque épargne: si la dette française est estimée à 1800 milliards d'euros, l'épargne des ménages vaut plus du double, soit 3600 milliards!
      A la vérité, cette propagande de la faillite ne vise qu'une chose: forcer les Français à vendre à perte nos bijou de famille, un peu comme sous la Révolution où les biens du clergé (dite vente des biens nationaux) ont été liquidés à vil prix au profit des bourgeois accapareur et spéculateurs, qui refusaient d'être payés en assignats.
      Comme quoi, l'histoire se répète parfois, mais là, au lieu d'être une farce, c'est une nouvelle tragédie...

      CVT

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  3. @ Laurent Pinsolle
    Tiens c dans l'air un jeune de cité met sur le meme plan NDA sarko hollande dans la repression. J'étais surpris qu'il le conaissait en mal apparement.

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    1. @Fiorino,
      depuis quand prenez-vous en considération la parole d'un "jeune" (ce mot m'énerve: Neuilly-sur-Seine est aussi une cité qui aussi ses jeunes)?
      Pour moi, la sédition et le refus d'obtempérer doivent être punis, ce "jeune" ne sachant pas ce que l'autorité signifie...

      CVT

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    2. Ne serait ce pas plutôt un "djeune" ? Sur l'autorité c'est bien exact et il faudrait associer les parents a la sanction

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  4. A la différence de l'Europe, l'Asie a fait l'expérience douloureuse du libéralisme sous pression coloniale de la fin du 19ème siècle au milieu du 20ème. La destruction systématique des systèmes communautaires, extrêmement importants dans des régions de forte irrigation, et l'obligation de s'intégrer dans le marché mondial dominé par les Européens ont conduit à la destruction des éco-systèmes et à l'abandon des pratiques de solidarité. S'en sont suivies des famines extrêmement graves (Inde 1876) et des révoltes (Taïping ou Boxers en Chine) qui ont appauvri cette région du monde.

    Seul le Japon a su éviter le pire en redressant son appareil d'Etat. Du coup, il n'est pas très étonnant que ces pays aient choisi le protectionnisme au sortir de l'indépendance. Il s'agit ici d'un retour d'expérience évident. Les Asiatiques ont compris ce que les libéraux n'arrivent pas à comprendre : les marchandises ne valent pas que pour elles-mêmes. Elles sont aussi porteuses de liens sociaux et de solidarité. Quand j'achète une voiture produite en France, je ne paie pas qu'une voiture, je paie aussi des salaires, des retraites, des taxes qui servent à tous. Cette notion de charge contributive qui est fondamentale semble complètement ignorée des intégristes libéraux. Du moins me semble-t-il.

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    1. "les marchandises ne valent pas que pour elles-mêmes. Elles sont aussi porteuses de liens sociaux et de solidarité. Quand j'achète une voiture produite en France, je ne paie pas qu'une voiture, je paie aussi des salaires, des retraites, des taxes qui servent à tous. Cette notion de charge contributive qui est fondamentale semble complètement ignorée des intégristes libéraux. Du moins me semble-t-il. "
      OUI ce sont des idées qu'il faut faire entendre !

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    2. Une charge contributive ou tout ce que détestent les libéraux pour eux-mêmes, s'entend. Ils préfèrent produire à l'étranger à moindre coût et vendre ici à des clients captifs en faisant ce qu'il faut pour que la concurrence n'existe pas. Pour eux, c'est haro sur la solidarité, l'échange, le partage et, comme le fait souvent remarquer Laurent, cela s'accompagne d'une guerre des mots.

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  5. Je vous recommande d'écouter entre 12h30 et 13h ou de réécouter sur France Inter "ils changent le monde" de Caroline Fourest. Le 18 juillet, Martin Pigeon présente Bruxelles et ses lobbies, exemples à l'appui. Le 22 juillet, Alfredo Valladao parle du Brésil, son pays, et de l'économie mondiale. Une émission intéressante, informative et différente.

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  6. @ Anonyme

    Très juste sur la conclusion. Les néolibéraux ont vacillé pendant quelques mois avant de revenir à leurs idées passées, quitte à réécrire le passé. Je pense qu’on approche du moment où l’ensemble de la classe politique PS / UMP sera renvoyée par le peuple.

    @ BA

    Merci pour ce rappel. Après, un Etat ne fait pas défaut s’il a la maîtrise de sa monnaie (comme le montre le cas du Japon), mais ce n’est malheureusement plus le cas en Europe. En ayant le contrôle de la banque centrale et en menant des politiques de croissance, alors la dette ne serait pas un problème.

    @ CVT

    C’est juste

    @ Léonard

    Merci pour ce rappel

    @ Démos

    Merci. Je vais essayer d’écouter.

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  7. J'étais à la recherche d'un organisme de crédit lorsque sur le net j'ai trouvé le prêt grâce ce Mr Carlos Duvrait. J'ai fait une simulation et j'ai reçu par chance un avis favorable. J'ai imprimé le dossier de crédit de suite afin de le renvoyer le plus rapidement possible, j'ai été rapidement contacté par email pour m'informer que j'avais omis de fournir une pièce justificative, que j'ai renvoyé le jour même par mail. J'ai ensuite été contacté par e-mail par une chargée de clientèle (très professionnelle et aimable) pour répondre à quelques questions. Mon dossier est passé en commission, 48 heures plus tard j'avais la réponse et il a fallut 48 heures de plus pour le versement. Carlos Duvrait, c'est mieux qu'une banque à tout points de vue. Je suis ravi ! Surtout n'hésitez pas ! Je vous conseil ce mr "Carlos Duvrait" Contactez-le par E-mail : Carlosduvrait@yahoo.fr

    Bonne chance à vous.
    PS : C'est pas de la l'arnaque , ni une plaisanterie c'est du sérieux .
    Donc, Merci de faire passer le message.

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