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lundi 11 mai 2015

Cofidis : le retour scandaleux de l’usure

La semaine dernière, comme beaucoup de Français sans doute, j’ai reçu un courrier de Cofidis avec toutes les astuces traditionnelles publicitaires, me proposant une « solution crédit renouvelable qui s’adapte à mon budget », au taux d’intérêt annuel de près de 30%, assurance comprise !



L’usure déguisée

La brochure est assez habilement conçue, pour noyer le poisson du coût effarant du crédit. D’abord, il faut bien noter qu’il existe trois vitesses de remboursement, Confort, avec taux d’intérêt hors assurance à 20,2%, Rapide, à 17,9% et Express, à 12,9%. Quand on rentre dans le détail, on constate qu’il existe une assurance facultative, au taux tout aussi extravagant de 8,95% annuel. Pour 1000 euros empruntés, le montant total dû et remboursé au bout de 2 ans et demi atteint la coquête somme de 1256,81 euros, auquel il faut ajouter la somme de 120,20 euros d’assurance facultative, soit un total de 1370,01 euros. Le montant à rembourser mensuellement est de 42 euros, ou 46 euros avec assurance.



Naturellement, Cofidis demande aux malheureux candidats au crédit renouvelable une foule d’informations, et propose également d’adjoindre un co-emprunteur. Dans ce magma, on se rend à peine compte que le taux d’emprunt global dépasse 29%, assurance facultative comprise, pour l’option Confort, qui permet un remboursement en deux ans et demi. Et si les pauvres victimes qui souscrivent à cet emprunt ont du mal à le rembourser, on imagine bien que Cofidis se fera un plaisir de proposer un nouvel emprunt dispendieux pour la victime et extrêmement profitable pour eux. Même avec un peu de casse, avec des taux d’intérêt pour se financer proches de 0, la marge promet d’être juteuse.

Des pratiques à interdire

Tellement juteuse qu’elle permet de payer ces campagnes de communication, dans les médias ou par des courriers personnalisés. Quand on connaît le rôle joué par les crédits accordés n’importe comment (dont certains portaient le nom de NINJA – No Income No Job or Asset) pendant la crise des subprimes, il est proprement effarant qu’il soit possible de faire de la publicité pour des crédits à la consommation. En effet, toute l’histoire économique montre les dangers créés par l’endettement excessif. Et plus globalement, étant donné les mécanismes du crédit, on peut se demander pourquoi toute publicité pour le crédit ne devrait pas être interdite, dans les médias ou ailleurs.

Mais plus généralement encore, est-il simplement acceptable que des entreprises puissent prêter à des taux d’intérêt de près de 30% alors que les taux d’intérêt sont à moins de 1% à long terme, et même 0% pour les prêts à court terme. La marge réalisée n’est-elle pas totalement indécente, d’autant plus quand on sait que les institutions financières créent largement l’argent qu’elles prêtent. Il est effarant qu’il soit possible de prêter à un tel taux alors que les taux d’intérêt sont aussi bas. Le taux caractérisant l’usure devrait être largement baissé et il faudrait aussi davantage encadrer la facturation d’assurance à des prix totalement indécents, même si une part couvre le non remboursement.


Encore une fois, dans la jungle économique qu’ont édifiée nos gouvernants depuis trois décennies, on laisse faire des pratiques de crédit qui, même si elles sont habillées d’un blabla pseudo-responsable, ne sont en réalité que la version moderne de l’usure. Pire, on laisse même en faire la publicité.

vendredi 7 février 2014

La Grande-Bretagne sous stéroïdes financiers


L’accélération de la croissance outre-Manche a fait de Londres le modèle qu’il faudrait suivre. Passons sur les leçons de l’histoire qui avaient déjà fait de ce pays un modèle avant qu’il ne s’effondre (comme d’autres), la simple lecture de The Economist montre que cela est totalement exagéré.



Une croissance totalement déséquilibrée

Le plus amusant est qu’il y a quelques jours, The Economist avait manipulé les chiffres pour montrer le plus grand dynamisme de la Grande-Bretagne par rapport à la France. Il faut dire que le pays affiche fièrement 1,9% de croissance sur l’année 2013, alors que la zone euro est en récession. Cependant, depuis un an, le même journal n’a cessé de nous alerter sur ses déséquilibres économiques : bulle immobilière, bulle de crédit, manque d’investissements, salaires en baisse, reprise par une consommation à crédit. Bref, même les britanniques reconnaissent que leur économie est déséquilibrée.


 En effet, il y a un grand paradoxe dans la reprise britannique. Elle repose sur la consommation des ménages alors même qu’ils perdent du pouvoir d’achat de manière continue depuis 2008 ! En effet, le moteur du crédit tourne de manière inquiétante : la croissance de la masse monétaire est revenue à 9% par an, le rythme d’avant la crise de 2008, qui a mené des banques à la faillite. Et cette masse de crédits finance notamment une nouvelle bulle immobilière, les prix étant repartis à la hausse, et faisant du pays un des pays les plus chers au monde. En effet, cette masse de crédit ne sert pas à financer des investissements, qui sont en recul de 20% par rapport à 2006, malgré la réussite de l’automobile.

Des modèles à la mode en économie

jeudi 21 novembre 2013

Immobilier : et si les conditions de crédit justifiaient les prix ?


C’est curieusement un angle mort de la réflexion. Pourtant, selon l’Observatoire du Crédit Logement, environ 75% du coût d’achat est financé par l’emprunt. Les prix de l’immobilier devraient donc être mesurés en coût complet, incluant le coût du crédit. Voilà qui donne une perspective différente.

Des conditions de crédit bien plus favorables


D’abord, je tiens à remercier Jacques Friggit et la CGEDD pour les données accumulées, et mises à disposition, ce qui m’a permis de faire une analyse remontant à 1984. Sans eux, il serait difficile de remonter aussi loin en ayant des données consistantes, nécessaires à toute analyse statistique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les conditions de crédit se sont grandement améliorées. En 1984, le taux d’emprunt était de 13,3% par an, contre 3,1% aujourd’hui. Jusqu’en 1993, il est resté supérieur à 8% par an. Il est tombé autour de 5% au tournant du siècle et encore plus bas après la crise, sous l’effet des politiques monétaires. Ceci a permis une remontée de la durée d’emprunt, passée de 14 ans à 17/18 ans depuis. Il faut noter que ce niveau n’est pas exceptionnel puisqu’en 1919, 50% des emprunts étaient à plus de 30 ans et 40% à 21-30 ans !



Mais si ces chiffres démontrent bien l’amélioration des conditions du crédit, un calcul, réalisé sur le site lafinancepourtous, permet d’en saisir plus concrètement l’impact en prenant l’exemple d’un crédit de 100 000 euros. En 1984, aux conditions moyennes de crédit (taux et durée), la mensualité pour le rembourser était de 1335 euros. Jusqu’en 1995, nous sommes restés autour de 1000 euros. Aux conditions actuelles, emprunter 100 000 euros revient à seulement 628 euros par mois. Si la durée est plus longue, il faut noter que le coût total du crédit a énormément baissé. Quand on empruntait 100 000 euros en 1990, les intérêts ajoutaient la bagatelle de 86 000 euros au coût total. Depuis la fin des années 1990, les intérêts n’ajoutent qu’environ 40% au coût d’un achat et même seulement 29% début 2013. Du coup, si le prix d’achat d’un bien immobilier a bien progressé de 106% par rapport aux revenus depuis 1984, en revanche, le coût complet pour un bien acheté 100% à crédit, n’a progressé que de 23% par rapport aux revenus, presque cinq fois moins ! Pour un crédit finançant 75% du prix du bien (la moyenne en 2013), alors, la progression est de 44%, certes importante, mais beaucoup moins inquiétante que les 106% initiaux.



Un niveau d’endettement à relativiser

mercredi 15 mai 2013

Taux longs : l’euro a déjà explosé !


La semaine dernière, le Portugal a réussi pour la première fois depuis plus de deux ans à emprunter sur les marchés (3 milliards d’euros à 5,65%) et les taux longs se sont bien détendus en Espagne (4,3%) et en Italie (4%). Mais il y a d’autres fronts sur lesquels la BCE ne parvient pas à rétablir la situation.

 Après les dettes souveraines, les dettes privées

En effet, cela fait maintenant 9 mois que les marchés ne sont plus secoués par des tensions sur les taux longs puisque ceux-ci sont retombés à des niveaux historiquement bas en Espagne et en Italie. Les déclarations de Mario Draghi, président de la BCE, l’été dernier, semblent avoir fonctionné, au moins pour le moment. Même la crise chypriote n’a pas vraiment paniqué les bourses, malgré la forte décote appliquée sur les comptes et les retrictions aux mouvements des capitaux.



Cependant, il y a un front où la crise ne cesse d’empirer : celui des taux d’emprunts aux entreprises non financières, en clair, le moyen de financement de l’économie productive. Comme le montre ce graphique de The Economist, alors qu’à la veille de la crise financière, l’écart entre les taux français et italiens était tombé en dessous de 1 point, l’écart ne cesse d’augmenter depuis : de 2 points en 2010, il est passé à près de 4 points aujourd’hui puisque les entreprises non financières italiennes empruntent à environ 6%, contre un peu plus de 2% pour les entreprises françaises. Un écart colossal.

En clair, comme le note l’hebdomadaire, « la BCE a perdu le contrôle sur les taux d’intérêt en Espagne et en Italie », par rapport à l’avant-crise. Et cela est très problématique car cela contribue à asphyxier l’économie de nos voisins, étranglés par des taux d’intérêt punitifs. Du coup, alors que le niveau du crédit est stable en France, il recule d’environ 4% en Italie et de 15% en Espagne. Et ce recul y accentue encore la récession économique, car les entreprises ne parviennent plus à se financer.

La zone euro, zone monétaire dysfonctionnelle