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vendredi 1 janvier 2016

Ne l’appelons plus néolibéralisme !

Depuis le début du blog, j’apporte ma petite pierre à la critique du néolibéralisme, mais, finalement, je me demande de plus en plus si le nom que beaucoup d’entre-nous utilisons pour dénommer ces idées est bien choisi. Par ce vocabulaire, ne combattons-nous pas avec un bras dans le dos ?



Le vocabulaire, clé des débats politiques

C’est Eric Hazan, avec son livre LQR, qui m’avait sensibilisé à un aspect fondamental du débat politique : le choix des mots. Celui qui parvient à gagner la bataille du choix des mots pour qualifier les différents tenants d’un débat fait souvent un grand pas vers la victoire idéologique. Ce n’est pas pour rien que les partisans des politiques monétaires européennes parlaient de franc « fort » puis d’euro « fort ». De facto, cela affaiblit la position des critiques qui deviennent implicitement partisans d’une politique de monnaie « faible ». Voilà pourquoi il était important d’utiliser le terme d’euro « cher », qui place le débat d’une manière plus favorable à nos idées, sans pour autant travestir la réalité. Sur ce sujet, c’est ce que je fais depuis assez longtemps, comme peuvent l’attester les liens vers mon premier blog.

Cela est aussi vrai pour le débat fiscal : ce n’est pas la même chose de dénoncer un « parasite » fiscal plutôt qu’un « paradis » ou la « désertion » fiscale plutôt que « l’évasion ». Les premiers donnent immédiatement une connotation négative à ces pratiques, quand les seconds sous-entendent de facto qu’il existe un enfer ou une prison dont on veut s’évader, les légitimant un peu de facto. Idem, le terme inversion fiscale trouble le débat alors que l’on pourrait parler de magouille, voir même de vol. Voilà pourquoi il est important de parler de « camisole » budgétaire pour bien qualifier les effets des traités européens sur nos démocraties. De même, il faut déconstruire les arguments néolibéraux en faveur du traité transatlantique, et globalement, tous les arguments des partisans du néolibéralisme.

Le bien mal nommé néolibéralisme ?

jeudi 17 décembre 2015

Avis de vents forts néolibéraux

C’est quelque chose que j’avais malheureusement pressentie dès début janvier 2009, en imaginant que le néolibéralisme finirait par sortir vainqueur des débats idéologiques postérieurs à la crise qu’il avait pourtant provoqué. Après quelques mois de remise en question, l’interprétation de la crise l’avait largement épargné et il faut bien constater que, depuis, le phénomène s’accentue.



Les défaites de l’Etat, du collectif et de l’humanisme

Bien sûr, dans nos sociétés complexes, les choses ne se passent pas de manière uniforme et radicale. Les évolutions sont plus subtiles, mais il semble que les choses accélèrent, malgré les débats sur un relèvement du salaire minimum aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Allemagne (où il était faible) et l’allègement de l’austérité en Europe. D’abord, on peut voir dans le virage libéral des « socialistes » en France il y a près de 2 ans un symptôme de cette évolution. Pire, ils ne cessent d’accélérer, jusqu’à ne laisser qu’un espace bien étroit aux « républicains ». A Athènes, la gauche « radicale » a fini par accepter les potions amères qu’elle dénonçait avant son élection. Tous les grands pays d’Europe sont à droite, même si à Rome et Paris, c’est une droite économique qui se dit pourtant de gauche.

Et malheureusement, il faut bien reconnaître que les circonstances ne s’arrangent pas pour le moment. En effet, logiquement étant donnés les échecs des majorités sortantes, les électeurs ont choisi l’alternance en Argentine et au Vénézuela, deux pays souvent évoqués en exemple par les alternatifs, même si, dans mon cas, j’avais bien souligné les errements (plus ou moins importants) de ces deux pays. Avec le retournement de Syriza, il faut bien reconnaître que le front politique alternatif est en capilotade aujourd’hui. Pire, comme au tournant du siècle et avant la crise de 1929, notre époque s’abandonne à une nouvelle bulle et un délire sur les nouvelles technologies sans le moindre recul. Et la baisse des taux, du pétrole et de l’euro apporte une petite bouffée d’oxygène asphyxiant toute remise en cause.

Des batailles perdues et de celles que nous gagnerons

samedi 25 juillet 2015

Ce que les « firmes zombies » disent du Japon, et de nous

The Economist a récemment consacré un papier sur les entreprises japonaises en difficulté, affirmant que « les difficultés de deux grandes entreprises montrent jusqu’où la réforme des entreprises doit aller ». Une analyse qui en dit sur la conception du temps en Asie, et pour les néolibéraux.



De la destruction créative

The Economist fait le procès de Toshiba et Sharp, deux géants de l’électronique nippon qui ne parviennent pas à trouver un second souffle, au contraire de Panasonic et Sony. Déjà, il n’est pas inintéressant de noter que l’hebdomadaire néolibéral mesure la réussite des quatre entreprises à leur cours de bourse. Quand on connaît la volatilité et les errements des marchés sur les dernières années, tant à la hausse qu’à la baisse, prendre une telle mesure en dit long. L’hebdo raconte les errements de Sharp, qui avait pourtant une bonne position sur plusieurs marchés il y a seulement cinq ans, mais qui vient de passer de fortes dépréciations. La situation de Toshiba est similaire, avec des ennuis comptables.



Pour l’hebdo, « au Japon, les banques conservent des légions de firmes zombies en soutien thérapeutique. Pour les créanciers de Sharp, la grande taille de sa dette signifie qu’ils ne peuvent pas permettre une banqueroute sans en payer le prix ». Il conclut « en fait, cela a été une semaine désespérante pour l’équipe grandissante des partisans d’une nouvelle gouvernance des entreprises au Japon ». En fait, il croit à la destruction créative de Schumpeter, ne pas trop s’appesantir sur les dégâts créés par les échecs car cela serait compensé par un climat plus favorable pour la création. Mais trois semaines plus tard, The Economist notait que « les vents du changement commencer à souffler ».

Le lièvre et la tortue

lundi 29 juin 2015

La pseudo interdiction d’UberPOP, cache-sexe de l’inaction du gouvernement



UberPOP, l’arbre qui cache la forêt

Il est assez effarant que le débat se concentre sur UberPOP, oubliant le versant principal de la concurrence déloyale que mènent les VTC aux taxis. Dans un dossier très détaillé, la Tribune explique bien les enjeux du dossier. UberPOP est l’offre à prix encore plus bas du géant californien, officiellement du covoiturage rémunéré, avec des conducteurs qui n’ont ni formation ni assurance spécifique… Les autres offres d’Uber rentrent dans le cadre légal des VTC, qui inclut désormais une formation, mais qui profite toujours d’une fiscalité complètement décalée par rapport aux taxis, même si, passé un certain chiffre, il faut passer en statut d’autoentrepreneur, le tout sans la moindre licence.

Pire encore, comme le souligne le directeur d’Uber France, les textes ne sont pas très clairs puisque même si le gouvernement juge UberPOP illégal, « quatre tribunaux indépendants (…) se sont prononcés, les uns après les autres, refusant l’interdication, disant qu’il n’y avait pas de trouble manifestement illicite » et la légalité de loi Thévenoud (sur les VTC) sera étudiée par le Conseil Constitutionnel. Bref, le cadre juridique qui encadre l’activité des VTC ne semble ni clair, ni suffisant, permettant aux opérateurs de s’engouffrer dans la brèche grande ouverte, rendue à peine moins grande par une loi Thévenoud d’autant plus difficile à mettre en œuvre qu’il n’y a pas d’interprétation claire sur son sens.

Un gouvernement aux abonnés absents


mardi 23 juin 2015

Uber, c’est bien l’invasion des barbares

C’est Franck Dedieu, co-auteur de livres rafraîchissants sur le protectionnisme et l’euro, qui a parfaitement résumé ce que représente l’irruption de certaines entreprises comme Uber, Airbnb ou Blablacar. Derrière le masque riant de l’économie collaborative, se cachent de vrais barbares de nos sociétés.



Ce qu’il y a de barbare en eux

Bien sûr, ces entreprises peuvent faire rêver. Elles fournissent des services intéressants pour les utilisateurs et elles ont révolutionné des pans entiers de l’économie, comme le savent les taxis ou les hôtels, au point qu’Uber compte déjà 5000 chauffeurs en France et Airbnb pas moins de 40 000 logements en Ile de France. Du coup, Uber vaut déjà plus de 40 milliards en bourse et Airbnb 13 ! Cette nouvelle économie bénéficie d’une bonne image, car elle peut sembler écologique, voir même sociale en fournissant à ceux qui offrent leurs services des revenus, et à ceux qui les utilisent des prestations généralement moins cher, sauf pour le Réveillon, comme s’en souviennent les utilisateurs d’Uber.

Mais derrière ce portrait idyllique se cachent de nombreux côtés obscurs. Comme le soulignent justement les chauffeurs de taxi, Uber leur mène une concurrence déloyale, payant moins de taxes, et ne requérant ni formation, ni coûteuse licence. En fait, le succès d’Uber doit moins aux innovations de son modèle d’affaire qu’au fait que l’entreprise a trouvé des failles légales lui permettant de concurrencer les acteurs historiques de manière déloyale, et en contribuant pas ou peu à la collectivité dont elle dépend. Et ces entreprises ne créent que très peu d’emplois, enrichissant principalement actionnaires et dirigeants, et précarisant tous les autres, apportant leur contribution à l’explosion des inégalités.

Barbaries à tous les étages

lundi 11 mai 2015

Cofidis : le retour scandaleux de l’usure

La semaine dernière, comme beaucoup de Français sans doute, j’ai reçu un courrier de Cofidis avec toutes les astuces traditionnelles publicitaires, me proposant une « solution crédit renouvelable qui s’adapte à mon budget », au taux d’intérêt annuel de près de 30%, assurance comprise !



L’usure déguisée

La brochure est assez habilement conçue, pour noyer le poisson du coût effarant du crédit. D’abord, il faut bien noter qu’il existe trois vitesses de remboursement, Confort, avec taux d’intérêt hors assurance à 20,2%, Rapide, à 17,9% et Express, à 12,9%. Quand on rentre dans le détail, on constate qu’il existe une assurance facultative, au taux tout aussi extravagant de 8,95% annuel. Pour 1000 euros empruntés, le montant total dû et remboursé au bout de 2 ans et demi atteint la coquête somme de 1256,81 euros, auquel il faut ajouter la somme de 120,20 euros d’assurance facultative, soit un total de 1370,01 euros. Le montant à rembourser mensuellement est de 42 euros, ou 46 euros avec assurance.



Naturellement, Cofidis demande aux malheureux candidats au crédit renouvelable une foule d’informations, et propose également d’adjoindre un co-emprunteur. Dans ce magma, on se rend à peine compte que le taux d’emprunt global dépasse 29%, assurance facultative comprise, pour l’option Confort, qui permet un remboursement en deux ans et demi. Et si les pauvres victimes qui souscrivent à cet emprunt ont du mal à le rembourser, on imagine bien que Cofidis se fera un plaisir de proposer un nouvel emprunt dispendieux pour la victime et extrêmement profitable pour eux. Même avec un peu de casse, avec des taux d’intérêt pour se financer proches de 0, la marge promet d’être juteuse.

Des pratiques à interdire

Tellement juteuse qu’elle permet de payer ces campagnes de communication, dans les médias ou par des courriers personnalisés. Quand on connaît le rôle joué par les crédits accordés n’importe comment (dont certains portaient le nom de NINJANo Income No Job or Asset) pendant la crise des subprimes, il est proprement effarant qu’il soit possible de faire de la publicité pour des crédits à la consommation. En effet, toute l’histoire économique montre les dangers créés par l’endettement excessif. Et plus globalement, étant donné les mécanismes du crédit, on peut se demander pourquoi toute publicité pour le crédit ne devrait pas être interdite, dans les médias ou ailleurs.

Mais plus généralement encore, est-il simplement acceptable que des entreprises puissent prêter à des taux d’intérêt de près de 30% alors que les taux d’intérêt sont à moins de 1% à long terme, et même 0% pour les prêts à court terme. La marge réalisée n’est-elle pas totalement indécente, d’autant plus quand on sait que les institutions financières créent largement l’argent qu’elles prêtent. Il est effarant qu’il soit possible de prêter à un tel taux alors que les taux d’intérêt sont aussi bas. Le taux caractérisant l’usure devrait être largement baissé et il faudrait aussi davantage encadrer la facturation d’assurance à des prix totalement indécents, même si une part couvre le non remboursement.


Encore une fois, dans la jungle économique qu’ont édifiée nos gouvernants depuis trois décennies, on laisse faire des pratiques de crédit qui, même si elles sont habillées d’un blabla pseudo-responsable, ne sont en réalité que la version moderne de l’usure. Pire, on laisse même en faire la publicité.

mercredi 21 janvier 2015

Inégalités, finance folle : comme un parfum d’avant la crise de 2008





Le retour de la finance folle

Bien sûr, les banquiers diront qu’ils subissent un alourdissement terrible de la réglementation et qu’ils ne sont plus aussi rentables qu’avant la crise de ce fait. Et il y a une part de vérité dans cette vision des choses. Néanmoins, quand on constate que Goldman Sachs réalise un profit de 8,5 milliards de dollars pour un chiffre d’affaire de 34,5 milliards, soit une marge colossale de 25%, on se dit que ce secteur d’activité bénéficie quand même d’une situation anormale… D’ailleurs, Thomson Reuters a rapporté une croissance des commissions de conseil en fusions-acquisitions de 6,8% en 2014, à 90 milliards de dollars : le secteur se rapproche de la barre des 100 milliards, passée en 2007.


Champagne en haut, misère en bas

lundi 19 janvier 2015

Les transporteurs routiers, victimes du laisser-passer





Une concurrence déloyale

Comme l’a malheureusement montré le cas de Mory Ducros, la profession subit une crise très dure. C’est qu’avec la libre-circulation dans l’ensemble de l’Union Européenne, acceptée par la France, et des salaires minimums qui varient de 1 à 10, il n’est malheureusement pas surprenant que les entreprises françaises qui emploient des salariés français perdent des contrats par rapport à ceux qui emploient des salariés moins payés. C’est ainsi que la part de marché de nos entreprises sur les transports internationaux avec la France est tombée de 46 à 17% de 1999 à 2010. Et les camions étrangers qui viennent en profitent pour faire une mission en France et ont déjà pris 3,6% du marché intérieur.

Outre la perte de parts de marché, cette concurrence déloyale pousse logiquement des entreprises qui ne sont plus compétitives à bloquer les salaires et refuser toute revendication qui viendrait encore dégrader leur compétitivité dans un tel contexte. Il en va malheureusement de leur survie, comme le démontre sans doute le cas de Mory Ducros. Dans le système actuel, je comprends les salariés, dont les revendications ne sont pas illégitimes étant donnée la dureté de leur métier et la baisse de leur pouvoir d’achat, par la convergence de leurs salaires vers le SMIC. Mais je comprends aussi des patrons qui veulent tout simplement sauver leurs entreprises face à la concurrence espagnole ou polonaise.

C’est le laisser-faire qu’il faut attaquer

lundi 22 décembre 2014

La grève légitime, mais désespérée, des routiers





La course vers le moins-disant salarial

L’origine du blocage est simple : la CFDT « réclame 20 centimes de plus que le SMIC horaire brut, fixé à 9,53 euros, pour l’ensemble des salariés des transports ». Une demande qui ne semble pas déraisonnable étant donné la dureté du métier, mais qui est refusée par le patronat, pas totalement illogiquement quand on considère la concurrence déloyale des transporteurs venus de pays où les conditions salariales sont bien moins importantes qu’en France (il faut rappeler ici que le SMIC roumain équivaut à environ 10% du SMIC français, le SMIC polonais environ un tiers et le SMIC espagnol environ la moitié). Du coup, les transporteurs routiers français ne sont pas compétitifs sur un marché ouvert.

Du coup, depuis 15 ans, leur part de marché souffre durement. Sur les transports internationaux avec la France, elle est tombée de 46 à 17% de 1999 à 2010. Pire, le cabotage (les camions étrangers qui, après un transport international, en profitent pour faire une mission en France sur le trajet du retour) a déjà pris 3,6% du marché intérieur. Les syndicats de la profession estiment qu’un tiers des 350 000 salariés sont aujourd’hui menacés, comme le montre le triste destin de Mory Ducros et la situation générale de crise de la profession, qui fait face à une concurrence déloyale. Du coup, même si elles sont légitimes, il y a peu d’espoir que les demandes des syndicats aboutissent.

Une logique délétère

dimanche 21 décembre 2014

Cannabis : le triste et prévisible renoncement du Monde


C’est l’effarant cadeau de Noël du journal qui se veut la référence du journalisme en France : un éditorial soutenant la légalisation du cannabis, avec tout un dossier pour soutenir cette position. Bizarremment, le Monde fait largement l’impasse sur les études scientifiques qui en démontrent tous les dangers



Une aberration pour la santé publique

Le Monde profite du dossier de Terra Nova pour défendre la légalisation du cannabis. Pourtant, il dit que « la consommation précoce et, plus encore, régulière de cannabis est dangereuse, tout particulièrement pour les jeunes ; selon toutes les études scientifiques récentes, elle provoque un ralentissement du développement intellectuel et accentue les risques de troubles psychiques ». Mais ceci ne pèse pas lourd face à l’argent que l’état pourrait gagner en légalisant ce commerce et face à la forte consommation que la pénalisation n’a pas réussie à réduire. En revanche, il est honteux que les décodeurs n’évoquent pas la question de la santé dans son papier « Pourquoi la répression n’est sans doute plus la solution ».

Pourtant, ce n’est pas comme si le Monde n’en avait pas parlé. En septembre 2012, il titrait « Cannabis chez les adolescents : le QI en fumée », au sujet d’une étude démontrant, sur une durée de 20 ans, que la consommation de cannabis pouvait provoquer une baisse du Quotient Intellectuel de 8 points ! Pire, les troubles de la mémoire et de l’attention perdurent si l’on a commencé à l’adolescence. Outre la dépendance, la liste des effets est effrayante : problème de mémoire (jusqu’à une perte de 50% de la mémoire immédiate pour les gros consommateurs), d’attention, augmentation de 50 à 200% des maladies mentales et troubles comme la schizophrénie ou les psychoses, et réduction du cortex.

La démission habillée en laisser-faire

mercredi 19 novembre 2014

Travail du dimanche : Macron va plus loin que Sarkozy





Big bang néolibéral le dimanche ?

C’est une tarte à la crème des néolibéraux : notre pays devrait faciliter le travail du dimanche pour relancer son économie. Passons sur le fait que l’Allemagne a une législation plus stricte que nous dans la restriction des horaires d’ouverture des commerces et que cela ne semble pas vraiment l’handicaper en Europe. C’est d’ailleurs une rengaine que nous a servi Nicolas Sarkozy comme candidat, puis président, puis à nouveau candidat, sans que l’on comprenne bien pourquoi les choses n’avaient pas plus changé pendant qu’il était au pouvoir. Il semble malheureusement qu’il fallait que la « gauche » arrive au pouvoir pour déréguler plus encore le droit du travail, étant donnés les projets d’Emmanuel Macron.

Le nouveau ministre de l’économie semble vouloir aller encore plus loin qu’initialement prévu. Encore plus fort, il permettrait aux entreprises de moins de 20 salariés d’avoir des règles plus souples en matière de compensation salariale. En clair, elle pourrait échapper à la majoration de 100% du salaire le dimanche, qui pourrait être également contournée par des accords de branche pour les plus grandes entreprises. Les « zones touristiques de dimension internationale » pourraient voir les règles s’assouplir, le dimanche, mais aussi le soir jusqu’à minuit, ainsi que les gares. Enfin, d’autres zones verraient également les contraintes s’alléger et 12 dimanches pourraient être travaillés au lieu de 5.

Une mauvaise décision

vendredi 10 octobre 2014

Progrès et condition humaine


Depuis l’aube des temps, le progrès scientifique, mais aussi social, a permis une forte amélioration de la condition humaine. Mais si la tendance reste assez vraie d’un point de vue global, ce n’est pas toujours vrai sur des cas spécifiques, souvent parce que l’humain est oublié au passage.



Le progrès n’a pas de valeur

Si beaucoup de découvertes ont été postives, certaines ne l’ont pas été. L’utilisation de carcasses d’animaux morts pour faire des farines pour nourrir d’autres animaux permet de recycler ce qui n’était qu’un déchet, même on pouvait quand même déjà penser qu’il n’était peut-être pas sensé de transformer des herbivores en charognards cannibales. Et nous avons eu la vache folle et l’ESB… Aujourd’hui, on automatise les caisses dans les supermarchés et sur les autoroutes. Si ce ne sont peut-être pas les emplois les plus gratifiants, ne vaut-il pas mieux avoir cet emploi que de ne pas en avoir ? A quoi bon augmenter la productivité si c’est pour laisser 15% de la population sans emploi ?

En fait, le progrès n’a pas de valeur. Les profits qu’il génère le justifie, quels qu’en soient les conséquences, à court ou long terme. Nous oublions un peu trop souvent le rôle joué par les innovations financières dans les bulles, puis les krachs de 1929 et de 2008, qui ont fait souffrir des millions de personnes, qui ont perdu leur emploi, leur maison et leur dignité, car les savants fous de la finance avaient concocté des bombes à retardement… Certains progrès sont ambivalents : les nouvelles technologies de l’information nous donnent un accès permanent à tant de choses qu’il est inenvisageable de s’en passer, mais elles peuvent aussi nous rapprocher du monde décrit par Orwell et enchainer des salariés à leur travail.

De la destruction créatrice

mardi 7 octobre 2014

La paradoxale avancée de l’agenda néolibéral


Depuis quelques mois, alors que l’agenda austéritaire et néolibéral a plongé le continent européen dans une récession prolongée, on pourrait penser que les idées alternatives ont un boulevard. Las, il semble que pour soigner le mal, plus de ce même mal s’impose pour le moment comme la solution !



Le retour des austéritaires

C’est un immense paradoxe. Entre la révolution copernicienne du FMI fin 2012, qui a remis en cause ses recommandations en partant du constat que les politiques austéritaires avaient un effet dépressif bien plus important que prévu, les rendant contre-productives, et le marasme dans lequel les économies européennes se sont enfermées en cherchant à réduire les déficits, l’agenda défendu par Paul Krugman devrait s’imposer. Mais non, même s’il faut reconnaître que l’Union Européenne accepte pour le moment que les objectifs de réduction des déficits ne soient pas atteints aussi vite que prévu, en Grèce, en Espagne ou en France, la tonalité actuelle du débat semble marquer un effarant retour en arrière. Il faut dire que la dramatisation ridicule du passage du cap des 2000 milliards de dette n’aide pas.

Même si le gouvernement a repoussé en deux temps l’objectif d’un déficit à 3% du PIB, de 2013 à 2015, puis 2017, la direction de la politique budgétaire reste désespéremment à l’austérité, même si elle n’est pas aussi brutale qu’à une époque ou ailleurs. Jacques Sapir décrypte de manière remarquable le paradoxe de cette époque, où l’échec des politiques d’austérité, qui, en cassant la croissance, ont même du mal à réduire les déficits en pénalisant les rentrées fiscales, donne du grain à moudre aux austéritaires qui appellent à plus d’austérité, comme on peut le voir à l’UMP, dont tous les candidats demandent une baisse d’au moins 100 milliards de la dépense publique, qui, selon les calculs du FMI, provoquerait une chute de 4,5 à 8% du PIB. Il est effarant d’oublier Keynes et les leçons du passé récent.

Toujours plus de laisser-faire

jeudi 25 septembre 2014

Le Medef, vautour du néolibéralisme


Les propositions du patronat sur l’emploi sont enfin sorties. Initialement programmées pour les universités d’été d’août, puis mi-septembre, les évènements politiques et le souci de ne pas prendre la majorité de front ont poussé Pierre Gattaz a temporisé, sur la forme, mais pas le fond.



Laisser faire et moins disant

Comme le note bien le Monde, « au final, malgré les reports de présentation, le document sur le fond n’a connu que des changements mineurs ». Et même si Pierre Gattaz a tenu à faire préciser sur le compte Twitter du Medef que « nous ne remettons en cause ni le SMIC ni les 35 Heures », la réalité est toute autre. En effet, le Medef propose de donner la liberté aux entreprises de fixer le temps de travail, en accord avec les syndicats, sans dépasser néanmoins 48 heures par semaine, Pierre Gattaz ayant précisé qu’il ne voulait pas revenir à l’âge de pierre… Juste au 19ème siècle ? Car malgré tout, cela pourrait représenter plus de 30% de temps de travail supplémentaire, et il n’est pas totalement évident que dans leur esprit les salaires seraient ajustés de manière totalement proportionnelle.

En outre, si le Medef ne demande pas une baisse du SMIC, il propose que l’Etat en prenne une partie à sa charge pour les chômeurs de longue durée et insiste encore sur la compétitivité, le mot au nom duquel on casse les salaires partout, y compris chez Air France. Suivent une multitude d’idées très néolibérales : suppression de deux jours fériés, facilitation du travail du dimanche, assouplissement du droit du travail, remise en cause de l’ISF, alors que les inégalités de patrimoine ne cessent d’augmenter. Bref, rien de nouveau sous le soleil: toujours plus de laisser faire, moins d’Etat et de règles et course au moins disant dans tous les domaines. Dommage qu’on ne lui fasse pas suffisamment remarquer que cela est exactement le chemin que l’on prend depuis 30 ans, avec le succès que l’on sait.

Surfer sur la vague néolibérale

samedi 13 septembre 2014

Cette petite musique néolibérale qui s’impose


Il fallait vraiment écouter l’interview de Christian Noyer sur Europe 1 jeudi matin. On y trouvait un condensé de toutes les idées préconçues néolibérales, défendues avec le sérieux donné par le statut de gouverneur de la Banque de France. Un discours malheureusement dans le vent.


Austérité, recul de l’Etat et compétitivité

La lecture de la crise actuelle par le gouverneur de la Banque de France est d’une simplicité biblique. Notre pays pêcherait par le poids de ses taxes et impôts, qui pénaliserait sa compétitivité. Il a également appelé à réduire le déficit budgétaire en « coupant hardiment dans les dépenses ». Même s’il ne l’a pas cité, on devinait derrière tout son discours une forme de fascination pour le modèle allemand. Mais cette fascination semble avoir également provoqué un arrêt du cerveau. En effet, couper vigoureusement dans les dépenses publiques ne ferait que plonger le pays dans une récession violente, comme on l’a vu à Madrid ou Athènes (avec plus de 25% de chômeurs), comme même le FMI le reconnaît.

La course à la compétitivité est également absurde dans un monde où il est possible de trouver des salariés que l’on paie 100 euros par mois en Europe de l’Est, en Afrique du Nord ou en Asie. Jusqu’où faudrait-il baisser les salaires et la protection sociale pour être enfin considéré comme compétitif dans ce monde mondialisé qu’il ne remet pas en question ? Naturellement, Christian Noyer n’a donné aucune preuve qui démontrerait que l’Etat français dépenserait tant que cela. Manque de chance : nous manquons de professeurs dans le primaire et ils sont moins payés que la moyenne de l’OCDE… Il est malheureux que Jean-Pierre Elkabbach n’ait pas cherché à remettre en question ses propos.

Le néolibéralisme gagne une bataille ?

mardi 8 juillet 2014

Ordosouverainisme et autoritarisme


Face à l’eurolibéralisme défendu, avec quelques nuances, par le PS, l’UMP, les centristes et les écologistes, j’avais développé la notion d’ordosouverainisme, en soulignant néanmoins qu’il y avait deux sous-familles, les progressistes et les identitaires. On pourrait ajouter que certains ordosouverainistes semblent tentés par l’autoritarisme, ce qui ressort des modèles qu’ils se donnent.



Danger sur la liberté ?

La plupart des critiques de la mondialisation, qu’ils soient de gauche, de droite ou d’ailleurs, dénoncent le néolibéralisme et donc le primat absolu pris par la liberté sur toutes les autres valeurs de notre société. Un message particulièrement fort dans notre pays dont le triptique place deux autres valeurs sur le même plan, l’égalité et la fraternité, ce qui implique un équilibre entre les trois, l’un ne devant pas prendre le dessus sur les deux autres. Or il est évident qu’aujourd’hui, le néolibéralisme sacrifie l’égalité et la fraternité sur l’autel de la liberté absolue (sanctifiée dans les traités européens avec la liberté de circulation des capitaux, des biens et des personnes). Les inégalités ne cessent de progresser, comme soutiennent Piketty ou Stiglitz et la fraternité est remise en cause par la déconstruction des services publics.

Comme la plupart des critiques de cette anarchie néolibérale, qui revient à un retour de la loi de la jungle et du plus fort, je pointe le nécessaire retour à davantage d’ordre, m’opposant aux néolibéraux économiques comme sociétaux. Néanmoins, dans ce nécessaire rééquilibrage de nos sociétés, n’existe-t-il pas le risque de pousser le balancier dans un autre sens un peu trop fort et d’oublier que la liberté aussi est une valeur fondatrice de notre République, qui a permis l’émancipation des nouveaux citoyens d’un ordre ancien qui pouvait être oppressif et liberticide ? D’ailleurs, la sanctification de la liberté des néolibéraux finit par être contre-productive puisqu’elle aboutit à construire une société où finalement, seule une petite minorité est véritablement libre, l’argent finissant par devenir l’alpha et l’omega.

La tentation autoritaire

samedi 3 mai 2014

Gagner la guerre des mots contre le néolibéralisme


Après avoir étudié la guerre des mots que nous devons mener pour s’opposer à la signature du traité transatlantique, il ressort également de ce traité tous les poncifs néolibéraux pour défendre le laisser-faire et le laisser-passer, auxquels il faut également faire un sort.



Maquiller la jungle

Libéralisation : c’est un des termes les plus employés pour défendre les politiques économiques menées depuis quarante ans. Mais derrière ce terme, se cache en réalité la promotion de la loi de la jungle, la loi du plus fort, une anarchie néolibérale, que les démocraties ne pourraient plus maîtriser. En réalité, il s’agit d’une forme de retour à l’état de nature, une déconstruction de ce qui fait l’humanité. Car il s’agit d’une vision extrême de la liberté, jamais encombrée par les principes d’égalité et de fraternité notamment.

Une plus grande ouverture : voici un mot utile pour les néolibéraux. Qui peut vouloir être pour la fermeture plutôt que l’ouverture ? Un bon moyen de biaiser les débats. Mais en réalité, dans le traité transatlantique, il s’agit en fait d’une moindre protection, et du règne de l’argent, du laisser-faire et du laisser-passer

Intégration économique : forcément, dire que l’on va autoriser la vente du bœuf aux hormones étasunien en Europe n’est pas très motivant. La normalisation des normes est un terme trop technique, un peu effrayant. Les néolibéraux ont donc trouvé le terme d’intégration, porteur de valeurs positives, pour maquiller les desseins du traité transatlantique. Et si on disait restriction de notre possibilité de choisir ce que nous mangeons et consommons ? L’intégration devient alors beaucoup moins souhaitable.

Sur les grands débats du moment

vendredi 2 mai 2014

Gagner la guerre des mots contre le traité transatlantique


C’est Eric Hazan, dans un livre passionnant, qui m’avait sensibilisé à l’importance du choix des mots dans le débat. Gageons que l’euro fort est plus populaire que l’euro cher… D’où mon choix de parler d’anarchie néolibérale, de parasites fiscaux, de désertion fiscale ou de camisole budgétaire. Le livre de Danièle Favari sur le traité transatlantique démontre que la guerre des mots aura lieu aussi sur ce sujet.


Les termes que j’ai choisis font tous partie du mandat de négociation de la Commission Européenne rapporté par Danièle Favari dans son livre, sur la base des travaux de Magali Pernin.

La guerre des normes nationales

Obstacles non tarifaires : la novlangue néolibérale veut connoter de manière négative tout ce qui peut freiner les échanges entre pays. C’est pourquoi elle choisit le terme obstacle. Mais en réalité, il s’agit des normes qui protègent notre santé et notre savoir-faire. Notez que si on utilisait ces termes, l’envie de les démanteler passerait sans doute assez vite…

Barrières : tout obstacle au commerce ou aux flux de capitaux doit absolument être disqualifié. Il faut donc donner envie de les supprimer, comme toutes les frontières. En réalité, il ne s’agit que de sas, qui s’ouvrent et se ferment, et permettent ainsi de contrôler ce que l’on laisse entrer.

Coûts inutiles : en ces temps d’austérité, le motif économique doit lever toute envie d’avoir des normes nationales. Elles sont donc qualifiées de coûts inutiles, comme si tous les contrôles étaient inutiles, balayant le fait que les Français ne veulent pas consommer d’hormones de croissance dans leur viande, au contraire des étasuniens. Pour mieux les défendre, préférer tests qui garantissent notre sécurité.

Réduire les essais redondants et onéreux : encore une belle astuce sémantique des défenseurs du TAFTA pour biaiser le débat. Qui pourrait souhaiter maintenir des essais redondants et onéreux ? Mais, parions que l’opinion sera défavorable au fait de réduire la sécurité et l’inocuité de ce que nous consommons

Vers un nouvel ordre mondial