lundi 22 décembre 2014

La grève légitime, mais désespérée, des routiers





La course vers le moins-disant salarial

L’origine du blocage est simple : la CFDT « réclame 20 centimes de plus que le SMIC horaire brut, fixé à 9,53 euros, pour l’ensemble des salariés des transports ». Une demande qui ne semble pas déraisonnable étant donné la dureté du métier, mais qui est refusée par le patronat, pas totalement illogiquement quand on considère la concurrence déloyale des transporteurs venus de pays où les conditions salariales sont bien moins importantes qu’en France (il faut rappeler ici que le SMIC roumain équivaut à environ 10% du SMIC français, le SMIC polonais environ un tiers et le SMIC espagnol environ la moitié). Du coup, les transporteurs routiers français ne sont pas compétitifs sur un marché ouvert.

Du coup, depuis 15 ans, leur part de marché souffre durement. Sur les transports internationaux avec la France, elle est tombée de 46 à 17% de 1999 à 2010. Pire, le cabotage (les camions étrangers qui, après un transport international, en profitent pour faire une mission en France sur le trajet du retour) a déjà pris 3,6% du marché intérieur. Les syndicats de la profession estiment qu’un tiers des 350 000 salariés sont aujourd’hui menacés, comme le montre le triste destin de Mory Ducros et la situation générale de crise de la profession, qui fait face à une concurrence déloyale. Du coup, même si elles sont légitimes, il y a peu d’espoir que les demandes des syndicats aboutissent.

Une logique délétère

Le transport routier n’est qu’un énième exemple des conséquences dramatiques et ravageuses de cette course suicidaire au moins-disant salarial, social et environnemental. Etant donnés les écarts colossaux qui existent dans les conditions salariales (qu’il est totalement irréaliste de voir se résorber à moyen terme : il faudra sans doute plusieurs générations pour les rapprocher fortement), l’ouverture des frontrières sans le moindre mécanisme de compensation de ces écarts est forcément destructrice pour les emplois et le niveau des salaires. Il faut juste espérer que nous ne tarderons pas trop à en prendre conscience car la compétition déloyale a des effets extrêmement destructeurs pour beaucoup.

Cet exemple n’en est malheureusement qu’un parmi tant d’autres des ravages provoqués par la suppression des frontières, qui protégeaient auparavant les modes de vie des uns et des autres. Un nouveau témoignage pour le procès de l’anarchie économique.

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