La contre-révolution
du Parti Socialiste
Frédéric
Lordon n’a jamais été tendre avec les « socialistes ». Dans
un de ses précédents ouvrages, il montrait que le PS avait davantage
contribué à la libéralisation de notre économie que la droite. Mais dans ce
nouveau papier « Le
balai comme la moindre des choses », il cogne dur, finalement bien
plus encore que Jean-Luc Mélenchon sur le fond. Et le plus terrible pour
l’équipe au pouvoir est que sa démonstration est cruellement bien argumentée et
difficilement réfutable.
Il soutient
que « c’est bien l’impressionnante
continuité de la politique économique qui frappe n’importe quel regard, à
commencer bien sûr par la
reconduction telle quelle des grandes contraintes européennes – objectif
insane des 3% en pleine récession et pacte budgétaire européen (TSCG)
négocié-Sarkozy ratifié-Hollande, mais complétée par le déploiement intégral du
modèle compétitivité-flexibilité, simplement rêvé par le prédécesseur,
enfin réalisé par le successeur ». Pour lui « sans doute l’issue d’une trajectoire
historique de long terme qui l’aura vu se déporter tendanciellement, et
irréversiblement, vers la droite, le socialisme de gouvernement, après avoir
abandonné la classe ouvrière pour se vouer aux dites ‘classes moyennes’, puis
‘moyennes-supérieures’, mais formellement, toujours ‘dans le salariat’, a
maintenant fait, un cran plus loin, le choix de l’alliance… avec le
capital ».
Frédéric
Lordon s’appuie sur le discours de Jean-Marc Ayrault aux universités du Medef,
l’ANI (Accord National Interprofessionnel), signé par le Medef (encore…) et la
CFDT, l’affaire des Pigeons et le
rapport Gallois pour appuyer son propos. Plus globalement, c’est l’agenda
compétitivité du gouvernement, sur
lequel je suis revenu plusieurs fois, qu’il met en cause. Pour lui, le PS
est passé du service indirect des intérêts du capital (désinflation
compétitive, monnaie unique, banque
centrale indépendante) à des « politiques
désormais très ouvertement passées du côté du capital ». Il va jusqu’à
les comparer aux munichois, reprenant la phrase de Churchill pour dire que
« le socialisme de collaboration –
vrai nom du ‘socialisme de l’offre’ – aura l’échec en plus de la honte ».
Le
contre-sens du « socialisme de
l’offre »