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jeudi 25 mai 2017

vendredi 18 décembre 2015

Smart réussit la miniaturisation des droits sociaux




Une simple logique de rapport de force

En septembre, 61% des ouvriers s’étaient opposés au projet mais le soutien de 74% des cadres avait permis de réunir une majorité. Le pacte 2020 prévoit le passage de 35 à 39 heures, payés 37, moins de RTT pour les cadres et une garantie de l’emploi jusqu’en 2020. Trois mois après, les salariés semblent bien avoir cédé puisque 9 sur 10 ont signé l’avenant à leur contrat, permettant à la direction de confirmer l’application de l’accord. Mais d’abord, un engagement jusqu’en 2020 est tout de même assez léger : il s’agit seulement d’une garantie d’un peu plus de 4 ans. On peut imaginer que si la situation du marché de l’emploi ne s’est pas vraiment redressée dans quelques années, la direction pourra toujours lancer une nouvelle négociation pour raboter encore un peu les droits sociaux des salariés.

Ce faisant, ce que l’on constate, c’est qu’à partir du moment où l’Etat donne la possibilité aux entreprises de revenir en arrière, dans le cadre de cette globalisation et d’un fort taux de chômage, le rapport de force est foncièrement inégal et à la faveur des grands groupes qui peuvent toujours faire un chantage à l’emploi et à la délocalisation à des salariés qui savent que s’ils sont trop revendicatifs ou pas assez dociles, alors ces employeurs pourront fermer l’usine et la rouvrir dans un pays d’Europe de l’Est, où le SMIC est jusqu’à dix fois plus bas ! Avant, il n’était pas possible de dégrader les droits sociaux, mais les accords de compétitivité permettent désormais de mettre la marche arrière pour les salariés, qui correspond à une accélération, en revanche, pour les profits, les actionnaires ou les dirigeants.

Parti Socialiste ou Parti des Superriches ?

vendredi 2 octobre 2015

Chômage, contrat zéro heure : l’abandon de la jeunesse




Un marché du travail toujours plus hostile

Les chiffres révélés hier rappellent la forte dégradation du marché du travail pour les jeunes : « un an après la sortie de leurs études, seulement 62% des jeunes diplômés sont embauchés. C’est dix point de moins qu’en 2010 ». Il faut néanmoins souligner une très grande disparité selon le niveau d’étude : autour de 10% pour les bac+5, contre 50% pour les sans dipôme et 28% pour les titulaires du baccalauréat. Il y a aussi de grandes différences selon les types d’études, les ingénieurs s’en tirant mieux que la moyenne par exemple. Pire, 43% des embauches se font en CDD, neuf points de plus qu’il y a un an, signe cruel de la dégradation du marché du travail pour la jeunesse. Enfin, le salaire moyen a sensiblement reculé. Bref, pour la jeunesse de France, et de bien d’autres pays, c’est toujours plus de précarité.

Et outre-Manche, la situation n’est guère plus riante, avec le développement des contrats « zéro heure », qui pourraient s’appeler les contrats « zéro droit ». Ce contrat symbolise le déséquilibre majeur du marché du travail en faveur des entreprises. Ce type de contrat ne garantit ni horaire, ni même salaire minimal. Il y en aurait un million et demi en Grande-Bretagne. Et naturellement, il n’y a pas de congés maternité ni même d’indemnités de licenciement. C’est une forme de retour à l’âge de pierre, d’avant les droits sociaux, une forme d’organisation de la société où les employés sont des mouchoirs que l’on utilise, ou pas, sans avoir la moindre protection. Ce contrat est sans doute le rêve ultime du Medef, une sorte de destination de ce que peut être concrètement la déconstruction du droit du travail.

Pas de futur pour la jeunesse

jeudi 17 septembre 2015

Smart essaie de miniaturiser les droits sociaux

La déconstruction des droits sociaux ne passe pas seulement par le futur projet de loi qu’a annoncé Manuel Valls il y a une semaine. Car cette déconstruction a déjà commencé par les accords de compétitivité, déjà passés par nos constructeurs nationaux, et qui se négocient chez Smart.


Résignation des salariés, résistance des syndicats

François Lenglet a bien eu raison de souligner le caractère exceptionnel du référendum organisé par Smart. La direction de la marque, qui appartient à Mercedes, a demandé à ses salariés s’ils soutenaient son pacte 2020, qui prévoit un passage du temps de travail de 35 à 39 heures, payées 37, une diminution du nombre de RTT pour les cadres l’embauche de 50 CDI d’ici à fin 2017, une prime exceptionnelle et une garantie de l’emploi jusqu’en 2020. Pour passer outre l’opposition des syndicats, le constructeur automobile a donc fait un référendum, approuvé par 56% des salariés qui ont donc accepté ses propositions. Il faut noter que les cadres les ont acceptées à 74% quand les ouvriers s’y sont opposés à 61%. Le référendum n’ayant pas de valeur légale, il faut aussi l’accord d’une partie des syndicats.

Curieusement, il suffit de l’accord de syndicats ne représentant que 30% du personnel pour que l’accord soit mis en place. En clair, le cadre légal actuel permet à Smart de mettre en place son plan avec le seul soutien d’un syndicat représentant 30,1% des salariés, même si des syndicats représentant 69,9% des salariés s’y opposaient ! Mais malgré le résultat du référendum, la CGT et la CFDT, qui représentent 54% des voix des salariés, ont été rejointes par la CFTC hier, ne permettant pas à la direction de pouvoir signer un accord car elle avait besoin du soutien conjoint de la CFTC et de la CGC pour réunir des syndicats représentant plus de 30% des salariés. La CFTC a déclaré vouloir « laisser le choix à tous les coéquipiers d’accepter ou non une modification de leur contrat de travail » et mis fin aux négociations.

Rapports de force et chantage à l’emploi

vendredi 11 septembre 2015

Rapport Combrexelles : le droit du travail façon puzzle




La troisième fusée du dispositif

L’offensive du gouvernement contre le droit du travail est particulièrement bien chorégraphiée. Il y a trois mois, c’est Robert Badinter, encore auréolé par son rôle dans la fin de la peine de mort, qui a défriché le terrain en co-écrivant un livre sur le sujet. Puis, il y a quelques jours, c’était le tour de Terra Nova, la boîte à idées du Parti Socialiste, qui a publié un rapport « suggérant de laisser aux accords d’entreprise la possibilité de fixer la quasi totalité des règles du droit du travail ». Et maintenant, c’est en grandes pompes, à Matignon, que le rapport Combrexelle a été dévoilé par le Premier ministre et la nouvelle ministre du travail, signe de l’importance du dossier pour une majorité qui semble toujours autant confier une part prépondérante de son avenir à des politiques de l’offre, favorables aux entreprises.

D’ailleurs, le Monde, jamais à la traine pour faire la publicité de l’agenda néolibéral, souligne que « le rapport Combrexelle satisfait les syndicats réformistes et le patronat », disant implicitement que seuls les archaïques pourraient ne pas accueillir positivement les propositions de ce rapport détonnant. Tout ceci démontre que la communication autour de la réforme du droit du travail est extrêmement travaillée. Non seulement, le chemin a été bien préparé entre l’annonce de la réforme, le livre de Badinter, le rapport de Terra Nova, puis celui-ci. Mais de plus, le gouvernement a adopté une ligne de défense assez habile, entre critique du poids du code actuel et souci affiché de protéger les fondamentaux (temps de travail, SMIC). L’idée d’un SMIC différent par région ne servant qu’à jouer le rôle utile d’épouvantail.

Hollande dépasse Sarkozy par la droite

mardi 8 septembre 2015

Impôts, droit du travail : Hollande déborde les Républicains par leur droite

Etonnamment, cela a été peu souligné. Mais entre la baisse des impôts des entreprises, la double baisse de l’impôt sur le revenu - le tout financé par des économies – le gel du SMIC, le travail du dimanche, ou la réforme du droit du travail, le président dépasse les Républicains par leur droite.



Une politique fiscale ouvertement de droite

En effet, pour qui prend un peu de recul, la politique menée par la majorité actuelle est sidérante. Dans les décennies précédentes, c’était la droite qui baissait l’impôt sur le revenu, un impôt payé par les classes moyennes et supérieures puisque près de la moitié des citoyens ne le paient pas. Mesure-t-on vraiment le caractère révolutionnaire d’une majorité dite de gauche qui baisse deux fois l’impôt sur le revenu, en s’appuyant en plus sur des économies dans la dépense publique ? Cela est d’autant plus habile que les équipes de Hollande ont calibré cette baisse pour toucher un maximum de contribuables : pas moins de 9,45 millions de foyers seront concernés en 2014, dont 2 millions qui verront leurs impôts baisser de plus de 400 euros et 3 millions qui sont sortis de l’impôt ou ont évité d’y entrer !

On peut sans doute y voir la conjonction d’une pensée contaminée par la pensée néolibérale et d’un souci purement électoraliste de préparer les élections de 2017. Ne peut-on pas penser que les classes moyennes pourraient finir par récompenser le candidat Hollande de cette double baisse de leurs impôts ? Ceci équilibre sans doute le pacte de compétitivité, qui réduit les impôts de 40 milliards pour les entreprises. Mais il faudrait probablement remonter aux années 1980 pour trouver un gouvernement dégageant autant de moyens pour baisser les impôts (même s’il est vrai que cela intervient après deux vagues de hausses). Et le plus effarant est que cette majorité envisage de baisser l’impôt sur les sociétés, suivant un curieux vent, qui fait que son produit a chuté de 25% en 2014 alors que les profits grimpaient… 

Un marché du travail sous influence antisociale

jeudi 9 avril 2015

Quand France 2 verse dans l’ultralibéralisme

Lundi soir, j’ai regardé le journal de 20 heures de France 2. Il me semblait que les journalistes étaient plutôt de gauche, mais deux reportages questionnent sérieusement ce postulat, sur les questions économiques au moins. Sans doute une nouvelle preuve de la dérive idéologique de notre époque.



L’effritement du droit du travail

Le premier reportage traitait des projets actuels sur le droit du travail. Ici aussi, la majorité « socialiste » semble vouloir dépasser l’UMP par sa droite en libéralisant des aspects de notre droit du travail que Nicolas Sarkozy n’avait pas remis en question au pouvoir… Voilà un angle qui aurait permis de singulièrement enrichir le reportage, à la tonaité bien neutre. Même s’il est vrai que les conditions de travail des journalistes sont souvent très difficiles, la neutralité dans le traitement de cette déconstruction de notre modèle social est assez effarante. Les indemnités de licenciement y étaient présentées comme un coût trop élevé pour les entreprises. Pour un peu, le Medef aurait pu faire la vidéo !

Bien sûr, le reportage se raccrochait au fait que les licenciés auraient une priorité en cas de rémbauches, mais ne s’agit-il pas d’un gadget destiné à faire passer cette réforme ? Car, en pratique, la plupart de ces licenciements sont probablement définitifs. Il s’agit donc d’un engagement qui ne coûtera pas grand chose et qui permettra peut-être de faire passer des mesures bien plus importantes. Il est tout de même incroyable que les journalistes ne soulignent pas l’immense paradoxe qu’il y a à ce qu’un gouvernement dit de gauche libéralise le marché du travail laissé par une majorité précédente de droite. Et il est dommage aussi de ne pas laisser la parole à ceux qui s’opposent à cette réforme.

Le romantisme des minis maisons