Affichage des articles dont le libellé est monnaie commune. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est monnaie commune. Afficher tous les articles

samedi 19 avril 2014

Quand des journalistes de l’Express et de l’Expansion décryptent le démontage de l’euro


Dans « Casser l’euro pour sauver l’Europe », outre le fait de présenter une bonne synthèse des raisons pour lesquelles la monnaie unique européenne provoque un tel cataclysme économique, les auteurs ont le mérite de présenter une synthèse très recommandable de toutes les questions que l’on peut se poser sur le retour aux monnaies nationales, en s’appuyant sur les nombreuses études disponibles.


L’impasse des variantes de la monnaie unique

Ils citent Michel Aglietta pour qui la zone gagnante « tend à agglomérer les activités les plus productives dans les mêmes pôles et à désertifier les régions (…) les moins industrialisés ». Ils notent que 150 années d’unification italienne n’ont pas permis la convergence du Nord et du Sud et que le fait que les salaires soient la seule variable d’ajustement de la compétitivité mène à une concurrence suicidaire. Ils citent de larges extraits de l’étude réalisée par Jacques Sapir et Philippe Murer pour Res Publica et notent qu’ils prévoient une augmentation de 4 à 10% du PIB des pays du Sud au bout de deux ans seulement (et une baisse de 3,5% du PIB de l’Allemagne). Ils défendent le principe des dévaluations en montrant comment elles ont contribué à la réussite de la Corée du Sud et de Samsung au détriment du Japon, et que Tokyo utilise cette arme à profit depuis l’arrivée de Shinzo Abe au pouvoir.

Ils étudient l’option de scinder l’euro en deux : un euro du Nord et un euro du Sud mais cela reviendrait à créer les mêmes problèmes à des échelles différentes. Ils citent une étude des économistes de la banque centrale Polonaise sur le démontage contrôlée de la zone euro qui évoque la possibilité que l’Allemagne prenne l’initiative de sortir de la monnaie unique. Pour eux, il faut passer d’une monnaie unique à une monnaie commune et ils se désolent que Marine Le Pen en ait fait un de ses chevaux de bataille, souillant l’idée dans le débat public. Pour eux, un retour aux monnaies nationales a deux avantages : économique, en permettant d’adapter le taux de change à la situation de chaque pays, et démocratique, en permettant de redonner aux citoyens une prise sur le cours des choses.

Le démontage de la monnaie unique en pratique

vendredi 14 mars 2014

Chevènement dessine un autre avenir pour l’Europe


Après avoir analysé les raisons de la première guerre mondiale, puis étudié les caractéristiques de la crise que nous traversons, tant économique que géopolitique, Jean-Pierre Chevènement revient sur les ressorts de la crise européenne, et les moyens pour notre continent de s’en sortir.


L’impasse actuelle

Le constat est formel : la monnaie unique est une « usine à gaz », « dans le grand vent de la mondialisation, l’Europe apparaît aujourd’hui comme un navire démâté, privé de gouvernail ». Il dénonce une construction européenne subordonnée aux USA, au contraire de la volonté du Général de Gaulle. Pour lui, « que signifie un marché dont les règles sont fixées par les autres : les Etats-Unis émettant la monnaie mondiale, ou bien la Chine contrôlant la sienne, ses importations et les investissements extérieurs qu’elle reçoit » ? Depuis 1986, « quelle place reste-t-il au « politique » dans une Europe ainsi corsetée de règles ? (…) Elle offre son marché à la pénétration des produits à bas coûts, fabriqués dans des pays dépourvus de protection sociale et environnementale et dotés de surcroît de monnaies sous-évaluées ».

Pour lui, nous faisons la politique de Laval. Il dénonce la négation de l’hétérogénéité des nations et les plans européens : « brandie comme un épouvantail, l’idée qu’un Etat puisse faire faillite, contrairement à la croyance jusque là répandue, a ainsi servi d’alibi au renflouement des banques aux dépens des contribuables ». Et il note qu’« à travers le FMI, les Etats-Unis se sont acquis un droit de regard sur la gestion de la crise de l’euro » ! Il n’accable pas l’Allemagne, qui est un contributeur net et qui veut de la responsabilité. Comme Tood, il pense que l’Europe se construit sur un modèle postdémocratique. Et soit il y aura un sursaut démocratique, soit « les peuples s’accomoderont de leur décadence ».

Le problème franco-allemand

vendredi 31 mai 2013

Jacques Sapir et Frédéric Lordon imaginent l’après-euro


Au Portugal, « Cinquante nuances de gris » a été remplacé en haut des meilleures ventes de livres par « Pourquoi nous devons quitter l’euro ». Alors que les rangs des partisans de cette idée grandissent tous les jours, Jacques Sapir et Frédéric Lordon nous éclairent sur l’après.



Progrès dans la bataille des idées

En France, les idées progressent lentement du fait de l’incompétence de la principale avocate choisie par les médias, Marine Le Pen. Cependant, nous gagnons du terrain, comme le montrait cette tribune du Monde en mars ou cette interview de Philippe Villin. En Europe, l’idée ne cesse de progresser. Déjà, en Italie, même si cela ne s’est pas traduit au niveau de la formation du nouveau gouvernement, une majorité de la population a voté pour des partis très critiques à l’égard de l’Europe, dont notamment le parti de Beppe Grillo, qui appelait ouvertement à une sortie de la monnaie unique.

En Allemagne, le parti Alternative für Deutscheland rencontre un immense succès et a déjà rassemblé treize mille adhérents sur la promesse d’un retour au deutsche mark, très populaire en Allemagne. Toujours en Allemagne, Oskar Lafontaine, ancien président du SPD, a appelé à son démontage. Enfin, au Portugal, la question s’est invitée dans le débat avec la sortie le livre de Joao Fereira do Amaral, pour qui « nous devons réaliser que l’euro n’est tout simplement pas adapté au Portugal ».

Les scénarios de Jacques Sapir

Après avoir déjà chiffré le coût technique de sortie de la monnaie unique entre 300 et 700 millions d’euros fin 2012, Jacques Sapir avait écrit un scénario de sortie de la monnaie unique. Dans un nouveau papier, il en établit deux nouveaux : un scénario non coopératif et un hypercoopératif. Dans le premier, il prévoyait que le mark s’établisse à 1,495 dollars, contre 1,04 pour le franc, 0,975 pour la lire, 0,910 pour la peseta et 0,650 pour la drachme, des chiffres cohérents avec l’analyse de la Deutsche Bank.

Dans le scénario non coopératif, les écarts sont plus grands alors que dans le scénario hypercoopératif (qui aboutirait à la constitution de deux euros), ils le sont moins. L’impact sur la croissance est similaire et un peu inférieur pour le scénario non coopératif. L’impact sur l’inflation est plus différent (pointe à 5% pour le non coopératif, 3,8% pour le coopératif, 3,6% pour l’hyper-coopératif) mais les chiffres se rejoignent dès la 3ème année. Il conclut en montrant que l’Espagne et l’Italie ont sans doute intérêt à un scénario non coopératif, qui maximise le gain de croissance par une plus forte dévaluation.

La monnaie commune vue par Frédéric Lordon