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mardi 1 janvier 2013

Pourquoi remettre de l’ordre dans la finance (1/2)


Courant 2010, j’avais fait une série de papier sur la réforme de la finance, qui avait aboutit à 18 propositions concrètes, issues pour une grande partie de mes lectures. J’ai pensé utile de résumer à nouveau ma pensée sur le sujet pour synthétiser la critique de la situation actuelle avant d’attaquer les principes de la réforme, puis les propositions que l’on peut faire et enfin les moyens de les mettre en place.

Anarchie et casino

C’est bien la libéralisation des marchés financiers mises en place à partir des années 1980 qui est la responsable des crises. Alors que les réglementations issues de la Grande Dépression avait produit une grande stabilité des marchés financiers pendant des décennies, depuis 1987, les crises se succèdent à un rythme qui rappelle celui d’avant 1929. On peut citer le krach d’octobre 1987, la crise des caisses d’épargne étasuniennes, la crise du SME de 1992-1993, l’effondrement du marché immobilier en France dans les années 1990, les différentes crises des pays émergents (Amérique du Sud, Asie du Sud-Est, Russie). Puis a succédé un nouveau krach boursier en 2001 suite à la bulle Internet / télécommunications. Enfin, le summum a été atteint en 2008 avec une crise financière digne de celle de 1929 et un effondrement du marché immobilier étasunien et de quelques pays européens.

Ce qui est assez stupéfiant c’est que les Etats se concentrent à ce point sur le traitement des conséquences de ces crises financières et insuffisamment sur les causes, comme le rappelle cruellement le plan d’union bancaire européenne signé en décembre 2012. Les Etats (et les banques centrales) agissent pour sauver le système et semblent oublier qu’il faut également le changer. Si quelques pays ont fait des efforts pour mettre en place des réglementations nationales plus contraignantes, le travail de réforme a été largement confié aux mêmes banquiers qui avaient failli, à travers les règles Bâle 3.

Tout le problème est que l’instabilité des marchés financières a un impact de plus en plus grand sur l’économie productive. En effet, en 1987, le krach boursier avait été, dans un premier temps, aussi violent que celui de 1929 ou, celui, à venir de 2008. Cependant, cela n’avait pas empêché les économies développées de connaître une forte croissance l’année suivante et celle d’après. Celui de 2001, en revanche, a fait sensiblement baisser la croissance mondiale et celui de 2008 a provoqué un cataclysme économique jamais vu depuis 80 ans. Tout ceci est extrêmement inquiétant car on peut se demander quelles seront les conséquences du prochain krach financier…

Il faut rappeler ici que la crise économique est bien une conséquence de la crise financière, qui a ensuite provoqué une crise des dettes souveraines, et uniquement pour les pays qui ont renoncé à la monétisation de leur dette publique par leur banque centrale. A l’origine : une bulle immobilière aux Etats-Unis nourrie par les pratiques prédatrices des banques auprès de ménages qui n’avaient pas les moyens d’acheter leur logement. La courroie de transmission aux autres banques a été la titrisation et la mauvaise habitude du système bancaire de se financer à court terme, ce qui provoque une asphyxie immédiate en cas de crise de liquidités. Le gel des marchés financiers a alors provoqué une contraction violente de l’activité, et, in fine, une crise des finances publiques pour certains Etats.

Aléa moral et inégalités

jeudi 25 octobre 2012

Affaire Kerviel : un verdict politique ?


Hier, la cour d’appel de Paris a confirmé le jugement de première instance d’il y a deux ans à l’encontre de Jérôme Kerviel. L’ancien trader de la Société Générale est donc condamné à cinq ans de prison dont trois fermes et à 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts, à moins d’un pourvoi en cassation.

Un jugement à sens unique

Bien sûr, il est totalement normal que Jérôme Kerviel écope d’une peine, et même d’une peine très sévère. Il a falisifié des documents pour enfreindre les règles de son entreprise et lui a fait prendre, in fine, des risques colossaux puisqu’il aurait tout simplement pu la mener à la faillite en jouant sur des sommes équivalentes au double des fonds propres de la banque. Il est normal qu’il écope d’une peine sévère, de même que les banquiers des caisses d’épargne il y a 20 ans aux Etats-Unis.

Comme l’écrivait The Economist il y a deux ans : « la sentence est dure (…) La somme dénie son argument selon lequel la banque partage une partie de la responsabilité de ses placements parce qu’elle n’avait pas agi de la sorte quand ses positions étaient positives. Heureusement pour la Société Générale, cela rend plus difficile pour ses actionnaires de la poursuivre ». L’hebdomadaire dénonçait « son faible contrôle qui a permis à un employé relativement jeune de faire des paris supérieurs en montant à la capitalisation de la banque » et évoquait une amende pour manque de suivi

En effet, le fait de le condamner (virtuellement) à payer l’intégralité des sommes qu’il aurait perdues revient de facto à lui attribuer 100% de la responsabilité. Sans nier son rôle (qui doit être sévèrement condamné), il est un peu fort de café de paraître exonérer totalement la banque de toute responsabilité dans cette affaire. Certes, il était sans doute habile, mais il était seul dans un établissement de plusieurs dizaines de milliers de salariés, dont certains étaient chargés de le surveiller.

Une triple responsabilité niée

dimanche 25 septembre 2011

La crise décryptée et analysée par Paul Jorion


Après « L’implosion », Paul Jorion revient dans « La crise », sur la période couvrant mars à septembre 2008. Outre un récit très bien documenté, il offre une analyse de ses raisons particulièrement claire et pertinente.


L’accélération de la crise


Paul Jorion commence donc par la faillite de Bear Stearns en mars. Il souligne alors toute l’hypocrisie du montage financier qui permet à JP Morgan de racheter la 5ème banque d’affaire du pays pour à peine un milliard mais avec une garantie de 29 milliards de la Fed... En juillet, le régulateur n’hésite pas à limiter la spéculation en interdisant certains types de vente à découvert. Fin août, les banques avaient provisionné plus de 500 milliards de perte et obtenu des recapitalisations à hauteur de plus de 300 milliards…