Après avoir conté et remis en perspective l’histoire de la Banque de
France, Jean-Claude Werrebrouck se pose la question du statut qu’il faut donner
à une banque centrale aujourd’hui : indépendance
ou non.
De « l’ordre
organisé » au désordre
Il note que les rentiers ont intérêt au développement du marché de la
dette publique, marché profond et liquide. Il suppose « un respect intégral des droits fondamentaux,
en particulier la propriété » des rentiers. En 1945, la faiblesse du
système financier fait que l’Etat dicte ses conditions et met en place un
« ordre organisé ». Nous
sommes alors dans le
compromis fordien, où la «
croissance est auto-entretenue par le partage des gains de productivité qu’elle
génère : le rendement croissant, s’il est bien partagé, permet à la fois
des profits croissants, des prix décroissants, et des réuménarations
croissantes ». Le cadre naturel de ce compromis est l’Etat-nation,
« espace lui-même relativement
homogène, et surtout espace de légitimité, où peuvent se nouer des compromis au
niveau des marchés politiques ».
Pour lui, la situation actuelle « rappelle la chute de Rome (…) l’Etat est contesté par de nouveaux
barbares qui, conquérants dans l’espace des marchés, jouissent d’une grande
autonomie par rapport au suzerain ». La
mondialisation pousse les dépenses de l’Etat à la hausse et leurs recettes à la
baisse. Le système tient grâce à la dette et aux interventions des banques
centrales, des « pontages
coronariens ». Pour lui « les
nouveaux barbares des marchés la jugeront (la monétisation) préférable à la
saisie, à la nationalisation, à la restructuration, voire à une régulation
tatillonne », même si cela « développe
une base monétaire surdimensionnée, matière
première de bulles périodiques ». Il dénonce « la relance de l’investissement par
diminution de la part des salaires dans la valeur ajoutée (qui) est inopportune
en ce qu’elle réduit les débouchés de toutes les industries de biens de
consommation ».
Il note que nous faisons alors le choix de la mondialisation plutôt que
de l’automatisation des usines. Mais les débouchés deviennent alors
indépendants des conditions de la production par la recherche des salaires et
de la fiscalité les plus bas, créant un problème de débouchés. Cette
chaine logistique mondiale impose une libre-circulation des capitaux et un
développement du système financier. La victoire des actionnaires et de la
finance sur les industriels se lit dans l’évolution, entre 1970 et 2010, du
poids des dividendes dans l’excédent brut d’exploitation, passé de 12,8 à 29,8%
et la baisse de la formation brute de capital fixe (les investissements) de
21,9 à 18,7%. Pour lui, « la
mondialisation libère de la nécessaire congruence, locale ou nationale, entre
les conditions de production et celles de la consommation ».
Querelles sur la question de la monnaie

