Billet invité de l’œil de Brutus.
Dans l’hystérie médiatique qui a
entouré le crash du vol MH17 en Ukraine puis celui d’Air Alger au Mali, le
discours de Manuel Valls à l’occasion de la commémoration de la rafle du Vel
d’Hiv a été peu relevé. Pourtant, il hautement significatif de sa conception de
l’histoire et de la France, et au-delà, des conceptions et de l’idéologie qui
sont les marquants du PS[i].
Le premier ministre s’est exprimé
ainsi :
"Oui, la France était à
Vichy. Et elle était à Paris. Là, des gens, des personnages hargneux, animés
des pires préjugés théorisaient la supériorité de certains hommes sur d'autres
hommes, et appelaient à la 'haine du juif'. Ils croyaient en une patrie pure,
purifiée, fantasmée, en la prétendue nécessité de la régénérer et de chasser
les ennemis qui se cachaient en son sein.[ii]"
Cette formulation des
responsabilités de la France dans la Shoah va bien au-delà de tout ce qui a pu
être déclaré par autorités politiques française. Il prolonge certes le
discours, déjà en amplement ambivalent pour la France, de Jacques Chirac du
16 juillet 1995. Mais celui-ci imputait la responsabilité de la rafle du
Vel d’Hiv à l’Etat français de Vichy, non à la France, et rappelait aussitôt
que la « France n'a jamais été à Vichy. Elle n'est plus, et depuis longtemps, à Paris. Elle est dans les
sables libyens et partout où se battent des Français libres. Elle est à
Londres, incarnée par le Général de Gaulle. Elle est présente, une et indivisible, dans le cœur
de ces Français ».
Or, pour Manuel Valls, « la France était à Vichy », même
s’il précise aussitôt après dans son discours qu’elle était à Londres. A son
sens, donc, la France est divisible. Cela en dit long sur sa conception de
l’Histoire et de la France.
