Le mot
employé par le premier ministre mardi a sans doute déclenché la
première polémique de taille entre le PS et l’UMP depuis les
évènements dramatiques de Charlie Hebdo. Même sans
négliger les fractures qui existent aujourd’hui, il s’agit d’une
exagération assez révoltante, un piège politique grossier.
Ghetto
n’est pas apartheid
Bien sûr,
nous traversons une crise qui a abouti à une
fracture géographique bien décrite par Christophe Giuly par exemple. Bien
sûr, on peut parler de ghettoïsation d’une partie du territoire, certaines banlieues
ou territoires ruraux, qui cumulent fort taux de chômage, insécurité, échec
scolaire et problèmes d’intégration d’une forte population immigrée. Mais
parler d’un « apartheid
territorial, social et ethnique »
est un abus de langage inadmissible de la part du Premier Ministre. Même si la
situation est très grave, et sans doute parce qu’elle l’est, il ne faut pas se
tromper dans le constat. L’apartheid a un sens : celui que lui a donné
l’Afrique du Sud avec la ségrégation volontaires et organisés des noirs.
Même si la
situation est grave, elle est tout de même profondément différente dans sa
nature, puisqu’en Afrique du Sud, la situation était bien pire (en France, tous
les citoyens peuvent voter par exemple et il y a plus de protections) et elle
était sciemment entretenue alors que si la ghettoisation est bien le produit
des politiques menées, elle ne l’est pas à dessein. On peut aussi se demander
si cette comparaison n’est pas une insulte à toutes les victimes d’un véritable
apartheid. En outre, Manuel Valls se réveille un peu tard. Le PS a été au
pouvoir 18 des dernières 34 années. Il est donc très largement responsable de
la situation et pourtant, il ne change quasiment pas l’orientation de sa
politique !
Le piège
grossier tendu à l’UMP
