dimanche 20 novembre 2011

Le roman de la fin de l’euro, partie 4 : la dernière ligne droite


Après la qualification surprise de Charles Delacroix face à François Hollande dans la partie 1, le Parti Socialiste contre-attaque dans la partie 2, provoquant une réponse du candidat gaulliste dans la partie 3.

2 mai 9H : la remontée de Delacroix, confirmée dans tous les sondages, pèse sur l’ouverture des marchés européens, qui sont en forte baisse.

2 mai 10H (QG Hollande) : l’ambiance est pesante, le sentiment que la situation est en train de leur échapper prédomine. La corrélation entre la côte du candidat et les marchés financiers produit un effet désastreux : François Hollande apparaît comme le candidat que veulent les marchés, un message dont il se serait bien passé vis-à-vis de l’électorat populaire. Lors des matinales, les journalistes ont tous évoqué ce lien. Laurent Fabius rappelle alors son idée de rumeur de faux gouvernement Delacroix. Il détaille son scénario. Pour lui, il faut lancer la rumeur demain matin, juste après le débat pour créer une nouvelle dynamique. « Plus tard, ce sera trop tard » affirme-t-il. « Ainsi, il ne pourra pas t’attaquer sur le sujet pendant le débat et en plus, il n’y aura pas suffisamment de temps pour trouver les origines de cette rumeur ». Le rédacteur en chef d’un magazine est partant pour l’opération. Il déteste Delacroix. Et cela représente un sacré coup pour les ventes de son journal.

2 mai 15H : Coup de théâtre. Devant la fuite accélérée des capitaux, les gouvernements italiens et espagnols ont décidé de rétablir de manière temporaire un contrôle des mouvements de capitaux malgré les menaces de la BCE. Les marchés restent déprimés.

2 mai 20H : Le débat d’entre deux tours tourne beaucoup autour de la question des marchés financiers, de leur contrôle, de la soumission des politiques à leur volonté, et bien sûr, de la participation de la France à la monnaie unique. François Hollande rebondit sur la décision de l’Italie et de l’Espagne pour appeler à plus d’Europe et cherche à faire peur en affirmant que les marchés cherchent à faire exploser l’Europe et qu’il ne faut pas leur donner satisfaction. Il qualifie Charles Delacroix « d’homme du passé ». Mais ce dernier rebondit en affirmant « Monsieur Hollande, vous êtes le candidat du CAC 40 » et il souligne que les marchés ne veulent en aucun cas moins d’Europe puisqu’ils baissent quand lui monte… Très offensif, il pourfend un système qui ne profite qu’à une petite minorité et appelle à une réforme radicale du système. Il dénonce les ajustements à la marge proposés par son adversaire.

2 mai 23H (QG Hollande) : devant la nouvelle crise européenne et la très bonne prestation de Delacroix dans le débat, François Hollande donne son OK à l’opération proposée par Laurent Fabius : « au moins, on ne pourra pas dire que nous n’avons pas tout tenté ».

3 mai 7H : la plupart des journaux concluent à une victoire de Delacroix, reconnu comme incisif, très professionnel, solide dans son argumentation, même s’ils ne sont pas forcément d’accord avec lui. La presse régionale est assez unanime et la presse parisienne plus circonspecte. Seul un magazine ne titre pas sur le débat et fait sa une sur « UMP-Delacroix : la liste qui accuse ». Le secret a été bien gardé puisque la une et la page 2 ont été modifiées à la dernière minute. S’en suit une équipe gouvernementale qui aurait été conçue par Delacroix il y a huit jours et qui fait la part belle aux équipes précédentes.

3 mai 10H (QG Delacroix) : la stupéfaction domine. D’une part, le débat s’est bien passé, la campagne virale sur le thème « Hollande, candidat du CAC 40 » a démarré très fort. Mais de l’autre, la boule puante - de nouveau lancée sur le thème des liens avec l’UMP est un élément très inconfortable à trois jours du scrutin. Dès 7H15, un communiqué de presse est parti pour démentir l’existence d’une telle liste et les « hypothèses farfelues » qu’elle évoque. Mais cela ne suffit pas à éteindre la polémique. Un soutien du candidat propose d’annoncer que pas un ministre de Nicolas Sarkozy ne sera nommé. Une telle annonce aurait le mérite de couper l’herbe sous le pied des socialistes. Mais le candidat n’a pas envie de se lier les mains pour une mauvaise raison.

3 mai 2012 14H : les premiers sondages suite au débat d’entre deux tours montrent tous une victoire de Delacroix qui passe légèrement en tête dans les sondages. Mais les cartes pourraient être rebattues par la « révélation » du matin.

3 mai 2012 15H : en coordination avec les équipes de Delacroix, le ministre de l’économie prend la liberté de monter une conférence téléphonique avec les ministres de l’économie Allemand, Italien et Espagnol samedi 5 mai afin d’envisager toutes les décisions à prendre.

3 mai 2012 20H : la polémique sur la liste est en partie occultée par les meetings de fin de campagne des candidats et les dénégations outrées de Delacroix qui dénonce une « machination ». Son directeur de campagne  annonce qu’il porte plainte pour diffamation. Le journal qui a lancé la polémique bat son record de vente.

4 mai 2012 7H : nouveau coup de théâtre, un journaliste du quotidien révèle sur son blog la machination de la liste du gouvernement Delacroix. Il affirme que son rédacteur en chef était au courant du fait qu’il s’agissait un faux mais qu’il a quand même publié l’information pour faire un coup.

4 mai 2012 8H : Le rédacteur en chef démissionne par un communiqué qui n’infirme ni ne confirme la version avancée par un de ces journalistes. Les soutiens de Delacroix dénoncent la machination contre leur candidat.

4 mai 2012 20H : les candidats jettent leurs dernières forces dans leur dernier meeting. Les sondages donnent un léger avantage à Delacroix mais la situation semble très ouverte.

5 mai 2012, 10H : Charles Delacroix appelle Angela Merkel. La dirigeante allemande ne semble pas spécialement s’émouvoir de la volonté du candidat, probable futur président de la République, de revenir au franc, même si les conséquences commerciales pour l’Allemagne seront sans doute brutales à court terme. La chancelière est sensible au fait qu’il l’ait tenu au courant et ait montré depuis presque deux semaines sa volonté d’une coordination européenne, même s’il refuse toute organisation supranationale. Elle admet ne pas croire à l’avenir de la monnaie unique et avoir une équipe qui travaille depuis deux ans au retour du mark. Mais elle ne pensait que son pays pouvait prendre l’initiative décisive pour défaire l’euro. En somme, elle est contente que la France monte en première ligne. Les deux concluent qu’il faut absolument travailler main dans la main pour que cela se passe du mieux possible.

5 mai 2012, 14H: l’équipe économique de Delacroix s’entretient avec les ministres de l’économie. Les troubles des marchés depuis deux semaines imposent des mesures d’urgence car il est bien évident que son élection va déchaîner la spéculation et les fuites de capitaux… La France aura besoin de mettre en place un contrôle des changes strict pour quelques semaines. Se pose la question de mettre en place un contrôle des changes généralisé à l’échelle de la zone euro entière, voir même de fermer les marchés. Les ministres conviennent de faire un nouveau point le lendemain à 15H après avoir échangé avec leurs dirigeants.

5 mai 2012, 18H : Delacroix reçoit un coup de téléphone de José Manuel Barroso et Michel Barnier, visiblement totalement débriefés de la réunion de l’après-midi. Ils lui disent qu’il a été malin de se positionner de la sorte et le félicitent pour sa probable élection à la présidence de la République demain. Il sourit, se souvenant des accusations publiques d’irresponsabilité et de populisme faites à son égard par plusieurs membres de la Commission Européenne pendant toute la campagne. Rapidement, ils cherchent à le convaincre de revenir sur ses promesses de campagne, de sauver l’euro pour devenir le sauveur de l’Europe. Après vingt minutes de dialogue de sourd, Delacroix finit par leur conseiller de préparer leur valise.

6 mai 2012 10H : Le Premier Ministre espagnol appelle Delacroix suite à la réunion de la veille. Au grand étonnement du candidat, lui aussi semble heureux que la France prenne l’initiative d’une fin de la monnaie unique. En effet, il explique que sa bonne gestion financière lui permet d’éviter la mise sous tutelle mais que le problème de compétitivité de l’économie espagnole est insoluble sans dévaluation et qu’une sortie de l’euro est sans doute ce qui pourrait arriver de mieux à l’économie espagnole. Mais l’Espagne ne voulait pas prendre l’initiative de défaire un morceau de la construction européenne… Une heure plus tard, le Premier Ministre italien lui tient un discours similaire…

6 mai 2012 15H : deux scénarii sont établis. Le premier, plus léger, consiste à introduire un contrôle des changes strict pendant quinze jours. Tous les mouvements de capitaux au sein de la zone euro seront soumis à une autorisation administrative et de facto extrêmement limités. Cette mesure est absolument essentielle pour enrayer les fuites qui se font jour depuis deux semaines. L’annonce aurait lieu dès le dimanche soir, avant l’ouverture de la Bourse de Tokyo. Ainsi, les politiques iraient plus vite que les marchés. L’autre option, plus radicale, consiste à carrément fermer les marchés financiers pour quinze jours, mais il est indiqué qu’il vaut sans doute mieux la conserver pour la fin désormais programmée de la monnaie unique.

7 commentaires:

  1. j'adore, vivement la suite et la fin de l'euro !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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  2. La zone euro au bord de la dislocation.

    http://www.lepoint.fr/economie/la-zone-euro-au-bord-de-la-dislocation-18-11-2011-1397815_28.php

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  3. Enfin un journal qui raconte de bonnes nouvelles, quel bonheur !

    A mais en fait c'est une fiction ?

    (gros soupir...)

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  4. Laurent, voici un article qui peut vous intéresser pour éclairer un des enjeux fondamentaux pour la France de la crise de l'euro : la survie de la solidarité entre ses territoires!
    http://euro-crise.over-blog.com/article-pour-une-lecture-geoeconomique-de-la-crise-de-l-euro-89403144.html
    Quentin

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  5. il reste a faire éditer ce roman qui est bien parti pour le prochain Goncourt

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  6. A Global Tartarin.
    En 2005, nous étions aussi en retard dans les sondages en début de campagne me semble-t-il, alors... Ce qui compte, c'est le verdict des urnes.

    A Anonyme.
    Et non, Charles c'est Nicolas (le bon, pas le mauvais !).

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