mardi 13 mars 2012

L’imposture européenne de Nicolas Sarkozy


Dimanche, le président sortant a fait un grand meeting à Villepinte. Devant la persistance de sondages négatifs, il a décidé de changer de braquet sur les propositions en s’adressant aux Français qui avaient voté « non » en 2005. Mais quelle crédibilité donner à de telles propositions ?

Des propositions alter européennes

Nicolas Sarkozy a fait un véritable festival de critiques contre l’Europe. Il a attaqué le traité de Schengen, qui ferait de notre continent une « passoire ». Il s’en est pris aux frontières orientales de l’Union Européenne qui ne protègent pas bien le reste du continent. Puis nous avons eu droit à un festival protectionniste où le président a dénoncé le fait que l’Europe soit ouverte à tous les vents et ne nous protège pas. Pourtant, il a récusé et même critiqué le terme de protectionniste !

Il a également proposé une protection des marchés publics sur le modèle du Buy American Act. Pour lui, l’Europe doit « nous protéger, pas nous exposer ». Lundi soir sur TF1, il a eu le culot de dire qu’il avait obtenu la fin du dumping fiscal en Europe alors que l’Irlande n’a pas touché à son taux d’imposition sur les sociétés malgré le plan européen de l’automne 2010. Il a même eu le culot de demander aux journalistes s’il était normal de ne pas tenir compte du « non » !!!

Le précédent de 2007

Après avoir chanté les louanges de l’Europe pendant près de cinq ans, il y a quelque chose de troublant à retrouver le candidat très euro critique de la campagne de 2006 – 2007. Nicolas Sarkozy n’a pas hésité deux secondes à tourner casaque de manière assez radicale, comme quand il critiquait l’euro cher début 2007 et promettait de négocier un « mini traité limité aux questions institutionnelles, prenant en compte le non de 2005 » au Traité Constitutionnel Européen.

Le problème est que toutes ces promesses n’ont pas été tenues. L’euro est resté cher. Il est même devenu extrêmement cher quelques mois après son arrivée au pouvoir, du fait d’une politique monétaire absolument absurde. Idem sur le traité européen où il a fini par accepter un décalque du TCE refusé par les Français à peine un an après à Lisbonne. Bref, il est très peu probable que les nonistes de 2005 tombent dans le panneau de ces nouvelles annonces.

Euro critique en campagne, euro béat en mandat

Du coup, tout ce discours tourne à vide. Comment accorder la moindre crédibilité à ces critiques de l’Europe sachant qu’elles ressemblent à s’y méprendre à celles qu’il portait il y a cinq ans ? Pire, Nicolas Sarkozy avait une opportunité unique en 2007 de réformer les traités européens dans un sens qu’il jugeait meilleur. Mais il a perdu cette occasion historique et perd donc en grande partie le droit de critiquer des traités qu’il a validés et qu’il n’a même pas cherché à modifier !

Encore pire pour lui, il est pour le moins paradoxal d’annoncer avec un ton aussi martial qu’il va renégocier les traités et que s’il n’obtient pas satisfaction, il fera cavalier seul, tout en déniant à ses opposants la capacité de renégocier les traités, comme une partie de la gauche l’a souligné. En faisant ainsi, il a désarmé sa critique de Hollande, ce qui a imposé à ses équipes de construire un argumentaire bien alambiqué pour défendre le président tout en critiquant le candidat du PS.

Décidemment, pendant cette campagne, Nicolas Sarkozy ose tout. Certes, il le fait avec un aplomb et une conviction proportionnels à l’ampleur de ses contradictions. Mais la machine est cassée depuis assez longtemps. Sa parole est démonétisée, notamment sur l’Europe.

11 commentaires:

  1. Champion du retournement de veste.

    Point de vue Stiglitz :
    http://www.observatoiredeleurope.com/Stiglitz-les-premiers-qui-quitteront-l-euro-s-en-sortiront-le-mieux_a1710.html

    Olaf

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  2. D'un autre coté ce discours signifie bien que les français sonts eurosceptiques. Car Sarkozy et son équipe savent analyser ce qui préoccupe la population, (uniquement pour se faire élire bien sur...). Donc si il a un discours eurosceptique c'est qu'il y'a une vraie demande, pour ca on peut leur faire confiance. Par contre il n'a aucun scrupule c'est impressionnant...

    En dehors des élections le discours est plutôt, "le monde est comme ça on peut rien y faire".
    "la France est trop petite vous savez...".
    "si on leve le petit doigt contre la moindre ligne des traités européens on va tous attraper le cholera"
    etc... vous connaissez la chanson.

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    1. patrice lamy13 mars 2012 13:39

      de toute façon c'est intéressant car le massage passe il y a à l'ump des eurosceptiques moins courageux que NDA et qui ont mangé leur chapeau mais il peuvent se réveiller

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  3. Il faudrait éclaircir les propos sur Marine Le Pen, premier ministre acceptable pour Dupont-Aignan.
    Jard.

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  4. A l'approche du cinquantenaire des accords d'Evian, rappelons que dire tout et son contraire pour se faire élire et ensuite tout abandonner, c'est une posture très gaullienne.

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  5. Evidemment, le sujet d'une politique d'innovation ne sera probablement pas traité sérieusement :

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/03/12/quels-leviers-pour-la-competitivite_1656294_3232.html

    Olaf

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  6. Les souverainistes français sont les plus malheureux des hommes. NDA est mignon avec ses 1%, mais il n'a pas la carrure ; chaque fois qu'on parle de lui, c'est qu'il s'est fait piéger ou tabasser. MLP a plus de personnalité, mais même si elle accède au second tour, elle est sûre de se faire laminer. Sarko n'est pas crédible, et pourtant les français ont envie d'y croire : il suffit qu'il parle de frontières pour remonter dans les sondages.

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  7. C'est la tendance qui compte, donc :

    http://www.slate.fr/france/51359/sondages-buisson-hollande-abstention

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  8. Les promesses de Sarkozy comme celles de Chirac n'engagent que ceux qui les reçoivent!

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  9. Toujours 0,5. Où est cette fameuse dynamique ? On imagine aisément Monsieur Poutou déclarer qu'Hollande pourrait être premier ministre de son gouvernement, où Madame Lepage déclarer que Sarkosy pourrait être Premier ministre du sien...

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  10. @ Jard

    Voici une interview où NDA s'explique bien sur cet épisode :

    http://www.liberation.fr/politiques/01012395674-dupont-aignan-une-le-pen-a-mes-ordres-cela-ne-me-gene-pas

    @ Olaf

    Tu es un peu dur. Stiglitz a ajusté petit à petit son point de vue et il a toujours critiqué la zone euro :

    http://www.gaullistelibre.com/2012/02/la-sortie-de-leuro-gagne-la-bataille.html

    @ TeoNeo

    Sarkozy rejoue 2007 sur l'Europe mais il n'est plus crédible...

    @ Anonyme

    Il faut l'égalité de temps de parole pour juger.

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