mercredi 28 novembre 2012

La Catalogne menace l’unité espagnole


Dimanche, la Catalogne votait pour élire une nouvelle assemblée régionale. Si, au global, les séparatistes ont obtenu un bon score, en revanche, le parti du président Artur Mas a perdu 20% de ses sièges. Si la cause séparatiste semble devoir continuer à avancer, son chemin ne sera pas simple.

La tentation séparatiste

Les tensions entre Madrid et Barcelone ne cessent de s’accumuler depuis deux ans. La communauté autonome de Catalogne a déjà obtenu beaucoup. Elle jouit d’une grande autonomie, elle a imposé le catalan comme la seule langue officielle, à rebours et en réaction à la politique autoritairement centralisatrice de Franco. On peut se demander aujourd’hui si le point de non retour n’a pas été atteint avec la manifestation de soutien à l’indépendance du 11 septembre.

L’objet du conflit est la volonté d’Artur Mas d’organiser un référendum sur l’indépendance de la Catalogne et de lever les impôts et de minimiser les transferts financiers de sa communauté vers les régions moins riches d’Espagne. Ce conflit a sans doute été accéléré par la crise économique qui a plongé les finances espagnoles mais aussi régionales dans le rouge, imposant à la Catalogne une mise sous tutelle d’autant plus humiliante que la région paie plus qu’elle ne reçoit.

Résultat, CU, au pouvoir depuis longtemps, surfe sur la volonté de séparation d’une partie de la population et veut organiser un référendum lors de la législature à venir. Madrid estime qu’une telle consultation n’est pas constitutionnelle et que seul le Cortes à Madrid peut en décider. Mais Barcelone peut aussi jouer sur les mots pour essayer de rester de rester dans le cadre légal. Le bon score global des partis séparatistes semble ouvrir la voie à une prochaine consultation.

Fédéralisme ou séparation ?

Mais CU semble hésiter entre une séparation en bonne et due forme et une sorte d’évolution fédérale où la Catalogne gagnerait toujours plus d’autonomie (notamment budgétaire). Artur Mas a refusé de parler d’indépendance pendant la campagne. Mais son parti a perdu de 12 sièges à l’Assemblée Régionale et n’en compte plus que 50 sur 135, ce qui va grandement compliquer sa tâche car si le second parti de la nouvelle assemblée (ERC, 20 sièges) est séparatiste, il est de gauche.

La poussée d’ERC montre que les thématiques économiques prennent une place croissante dans le débat (comme le montre un récent appel dans El Pais), ce qui pourrait compliquer toute alliance avec le président, de droite. En outre, il n’est pas évident que la consultation tranche en faveur d’une séparation. Même si Artur Mas plaide sa cause dans les instances internationales, il n’est pas évident aujourd’hui que la Catalogne pourrait devenir un nouvel Etat de l’UE si elle quittait l’Espagne.

Après tout, Madrid pourrait mettre son veto à sa participation à l’UE en représailles. D’ors et déjà, quelques entreprises ont indiqué leur réticence à l’égard d’une séparation. De manière plus triviale, les supporters du Barça se posent la question du championnat dans lequel pourrait jouer leur club fétiche et s’il ne perdrait pas à quitter la prestigieuse Liga. Bref, l’issue du débat ne semble pas si évidente que cela et la campagne à venir promet une sérieuse empoignade démocratique.

Bien sûr, une partie de l’Europe ne voit sans doute pas d’un mauvais œil cet affaiblissement des Etats, eux qui jouent les régions contre les nations. Néanmoins, une telle évolution met à bas l’argument selon lequel on ne pourrait pas revenir sur certaines constructions, comme l’euro. 

7 commentaires:

  1. Nous commençons enfin a prendre en compte le régionalisme joué par l'ue , c'est un danger majeur et difficile a contrer sorte de 5 eme colonne des europeistes

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  2. Ce régionalisme est promu depuis toujours par l'Allemagne (via l'UE) comme le montre les articles ci-dessous,
    il vise à affaiblir les principaux états nations en Europe pour prendre la main,
    Sans cèder à aucune agressivité envers le peuple allemand (-qui ne le sait même pas), il est important que nos élites voient les élites allemandes telles qu'elles sont et non pas telles qu'ils les rêvent...
    http://www.german-foreign-policy.com/de/fulltext/58476
    http://www.german-foreign-policy.com/de/fulltext/58475

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  3. A c'theure il y a 84 commentaires sur le mariage pour tous et 2 sur ce papier est ce que cela ne veut pas dire que nous sommes morts ?

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  4. @ Patrice

    Non, je ne crois pas. Le grand nombre de commentaires sur le mariage pour tous vient du fait qu'il suscite une moindre adhésion des lecteurs. ici, je pense que ceux qui ont lu le papier doivent être d'accord et qu'il ne suscite pas un grand débat. Les statistiques de lecture sont plutôt bonnes.

    Très juste sur l'Europe.

    @ Anonyme

    Merci pour les liens. L'Europe s'appuie également sur le régionalisme pour affaiblir les nations.

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  5. Ca y est ! Il fallait bien que nous nous trouvions un point de désaccord ! Mais je triche puisque totalement partial ayant du sang Catalan dans les veines ;) Bien à toi
    Mon article sur le Cercle Jean Moulin au sujet de la Catalogn

    Grégory Baudouin, Président Cercle Jean Moulin : la Catalogne et un inconnu dénommé Jean Moulin

    http://cercle.jean.moulin.over-blog.com/article-gregory-baudouin-president-cercle-jean-moulin-la-catalogne-et-un-inconnu-denomme-jean-moulin-112863512.html

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  6. Voilà un sujet complexe s'il en est. Si je partage l'essentiel de votre analyse, d'autres facteurs permettent à mon sens d'expliquer les tensions entre Madrid et Barcelone.

    D'une part, la faiblesse historique de la construction nationale espagnole, surtout si on la compare au cas français. Union dynastique de deux couronnes (Castille et Aragon) à la structure très différente, l'Espagne n'a jamais vraiment réussi à créer une dynamique centripète durable. A contrario, alors qu'en France le centralisme a été en général perçu comme un progrès face aux féodalismes et comme un des fondements de la souveraineté nationale, en Espagne, il est la plupart du temps assimilé à l'autoritarisme de Primo de Rivera ou de Franco.

    Par ailleurs, la posture d'une partie des "élites" catalanes est beaucoup plus ambigüe qu'il n'y paraît. Se plaignant sans cesse de la marginalisation dont elles sont supposées avoir été les victimes au sein de l'État espagnol, alors même qu'elles ont largement profité de l'empire colonial et sont aujourd'hui encore en position de force au sein de l'économie nationale, ces élites conservatrices ont pris l'habitude, à chaque crise de l'histoire espagnole, de manier la menace séparatiste pour, au final, accroître leurs prébendes.

    La posture actuelle de CiU n'est pas sans rappeler celle de la Lliga Regionalista, principale force catalaniste de droite au début du XXe. Ce mouvement, après avoir réclamé à cor et à cris l'autogouvernement, avait finalement soutenu le coup d'État de Primo de Rivera et la rébellion militaire de Franco, tout cela au nom de la défense de l'ordre social face aux revendications ouvrières.

    Aujourd'hui, CiU qui gouvernait la Generalitat avec le PP (!), se voit contraint de chercher une alliance avec la gauche républicaine nationaliste, alors que la politique d'ultra austérité menée par le précédent gouvernement d'Artur Mas les avait jusqu'alors violemment opposés. Cet attelage hétéroclite pourra-t-il fonctionner? On peut en douter.

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  7. @ Grégory

    Pour une fois en effet

    @ Jean-Bastien

    Merci pour toutes ces précisions

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