mardi 13 août 2013

La commission européenne capitule sur les panneaux solaires





Reddition en rase campagne

Il faut lire l’article de The Economist sur le sujet pour mesurer le degré de reddition de la Commission. En effet, l’hebdomadaire britannique est un partisan acharné du libre-échange dans toutes les conditions et pourtant, ses commentaires sont assez acides sur les conditions de l’accord qui a été rendu public fin juillet. Pour le journal ultralibéral, « l’Union Européenne va mettre en place un prix de vente minimum, cependant beaucoup plus bas que le niveau attendu. Elle va aussi mettre en place un généreux quota au delà duquel des droits de douane élevés seront mis en place ».

Pire, The Economist note que les « officiels chinois sont satisfaits » et que le ministre du commerce a dit que « l’accord exprimait de la sagesse ainsi qu’une attitude flexible et pragmatique ». Les industriels du panneau solaire européen vont faire appel contre la décision et ont déclaré que « l’accord n’est pas une solution mais une capitulation ». Il est assez stupéfiant de constater que même un journal partisan intransigeant du libre-échange comme The Economist sous-entende aussi clairement que l’UE s’est couchée devant la Chine, démontrant à nouveau qu’elle ne défend pas nos intérêts.

Quand la commission se moque du monde

Ici, la Commission Européenne s’est doublement moqué du monde. La mesure intiale était en effet déjà hautement critiquable, non pas sur le fond, mais sur le timing. Il faut rappeler ici que l’industrie européenne dominait avec le Japon la production de panneaux solaires en 2004-2005, mais que quand Bruxelles s’est réveillé pour dénoncer un dumping qui était avéré depuis très longtemps, la part de marché de la Chine, qui partait de presque zéro il y a moins de dix ans, était de 71% (et près de 80% de Taïwan), quand il ne reste plus que 7% pour l’Europe (dont 6% pour l’Allemagne).

Bref, si l’action était juste sur le fond, elle venait beaucoup trop tard pour sauver une industrie européenne qui avait déjà été laminée par les industriels chinois, alors même qu’il s’agit d’un secteur critique qu’il aurait fallu défendre, d’autant plus que l’Europe est le premier marché pour les panneaux solaires. Mais en cédant en moins de deux mois sans rien obtenir de la Chine (qui protège encore très largement ses marchés quand elle le souhaite), Bruxelles ajoute la bêtise et la faiblesse à l’inconséquence et au dogmatisme. Bref, les eurocrates sont des parasites nuisibles pour les peuples européens.

Paradoxalement, je serai tenté de remercier Karel de Gucht pour cette mauvaise farce. Car, ce faisant, il a révélé aux citoyens des pays européens que cette mauvaise europe a laissé nos industriels se faire laminer par la Chine et que la seule réaction, outre le fait d’être trop tardive, n’a même pas été tenue.

18 commentaires:

  1. @Laurent Pinsolle,
    "Paradoxalement, je serai tenté de remercier Karel de Gucht pour cette mauvaise farce. Car, ce faisant, il a révélé aux citoyens des pays européens que cette mauvaise Europe".

    Votre papier est presque parfait, sauf pour cette dernière phrase. Non pas à propos de Karel De Gucht, dont j'ai dit pis que pendre à maintes reprises sur ce blog, mais sur la bonne et la mauvaise Europe.
    Franchement, après trois décennies de construction européenne en France (c'est elle qui a justifié le tournant de la rigueur sous le premier septennat de François Mitterrand), je me moque comme d'une guigne de savoir si l'Europe pourrait être meilleure ou pas. Tout ce qui m'intéresse, c'est d'abord de sauver l'économie de notre pays! Je refuse de perdre de l'énergie à dessiner une belle Europe de nos rêves, c'est un miroir aux alouettes!
    L'Europe comme idée, si on regarde notre histoire, a souvent (voire presque toujours) été l'ennemie des Français! A chaque fois que la France a regardé au-dela du continent, elle a été, pour le meilleur et pour le pire, toujours forte et écoutée. Alors que depuis qu'elle ne s'occupe que de l'UE, elle décline et s'efface dans le monde. Vous me direz quel rapport avec le pays intérieur? Le rapport, c'est la volonté politique, celle qui fait qu'on se donne les moyens de ses ambitions!
    Or depuis 1983, la volonté politique a abandonné notre pays, nous vivons désormais les méfaits de la politique du chien crevé au fil de l'eau car au nom de l'intérêts des gagnants de la mondialisation (qui ne sont pas seulement l'hyper-classe mondiale), notre pays perd sa souveraineté mais surtout devient profondément inégalitaire et injuste! Les meilleurs agents de cette injustice sont les partisans de la construction européenne, qu'ils soient de droite (UMP-CDI-Libéraux) ou, pire, de gauche (bobos-lili, trotskistes, gauchistes), bref la quasi-totalité de notre échiquier politique...
    Pourquoi s'obstiner à faire une autre Europe, alors que l'urgence est de redémarrer NOTRE économie, notamment nos industries?
    Je ne vais pas faire un programme politique, mais je voulais juste signaler qu'il y a des priorités plus grande que de faire une Europe rêvée, qui ne sera en fait qu'une autre auberge espagnole...

    CVT

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    1. Dans le prolongement de votre propos, on peut estimer que depuis les années 1980 :
      - ce sont des contre-révolutionnaires qui dirigent ou contrôlent notre pays. De droite ou de gauche importe peu. Le parallèle entre la situation actuelle des rapports de notre nation au continent avec ceux du début du XIXème siècle, après le congrès de Vienne, est assez édifiant. Nos élites se partagent en deux catégories comme dans le bon la brute et le truand : celles qui ont la souveraineté chevillée au corps et à l'esprit, et celles qui intériorisent la domination d'autres nations pour gouverner la société dans une attitude de contrition remplie de propos désobligeants pour le pays, afin de se donner bonne conscience ;
      - la seule Europe qui n'affaiblirait pas la France est celle qui serait dominée ou administrée par elle, comme au temps de Napoléon. Je doute qu'il y ait à nouveau, à l'intérieur de notre pays comme chez nos voisins la possibilité pour que ça se réalise et soit accepté.
      Effectivement l'idée européenne est une chimère suicidaire pour la France. Il n'y a de temps à perdre à espérer une "bonne Europe" que pour donner le change et duper un moment les dirigeants de certains de nos voisins, afin d'atteindre des objectifs que nous n'aurions nullement à discuter avec eux, surtout dans une situation d'urgence.

      Francis Commarrieu.

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  2. La Commission a fait mine de d'établir des droits de douane pour ne pas déplaire à certains européens mais c'était pour mieux revenir dessus une fois l'été arrivé. Elle ne peut mettre en question son dogme de libre échange intégral et surtout ne pas déplaire à l'Allemagne qui serait plus lésée dans son commerce avec la Chine.

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  3. Bonjour,

    Il n'y a rien de surprenant dans tout cela, mais contrairement a votre derniere phrase je suis pessimiste sur le reveil des electeurs... :-(

    Un autre sujet d'actu qui montre la lachete europeenne, et pas seulement a cause de l'UE mais plus grave chez tous les dirigeants, c'est l'affaire "Snowden".
    J'entend les "experts/journalistes" banaliser en disant que tout le monde espionne, donc il n'y a rien a dire, mais c'est faux. En effet, la situation n'est pas symetrique et les USA sont bien plus forts que tous les autres... En plus, on voit bien que Google/Facebook/Twitter/... collaborent avec le gouvt US (tout comme certaines ONG on peut presumer).
    L'attitude complaisante/atlantiste des journalistes montre bien qu'ils n'ont meme plus aucune fierte nationale ni meme europeenne.

    Si on accepte qu'un gouvt etranger (meme allie) puisse lire les courriers (mails,...) des citoyens/responsables/industriels europeens, sans meme reagir, je ne vois pas trop ce que l'on peut esperer, dans quelque sujet que ce soit...
    (Je ne critique pas les USA, seulement l'absence de reaction des europeens.)

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  4. Les relations économiques entre la Chine et l'Europe reposent en fait sur un double illusion : l'illusion des bénéfices mutuels du libre-échange ; le rideau de fumée entourant la croissance chinoise et dissimulant à quel point elle dépend de bulles spéculatives vouées tôt ou tard à se dégonfler. Voir par exemple : http://www.slate.fr/economie/76368/chine-frenesie-achat-fer-economie-folle

    La reculade européenne va juste aider ce système d'illusions à perdurer un tout petit peu plus longtemps.

    YPB

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  5. On le sait ! que fait on ? que proposent les anonymes bien pensants ?
    Ils doivent avoir des relations avec leurs collèges européens !!!!

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  6. Hors sujet, mais permet de comprendre la politique allemande :

    Méconnu à l'étranger, celui qui fut ministre de l'Économie de l'Allemagne de l'Ouest de 1948 à 1963, puis chancelier fédéral jusqu'en 1967, est à l'initiative de cette fameuse « culture de la stabilité » devenue aujourd'hui la ligne directrice des réformes de l'Union européenne.

    http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20130807trib000779525/ludwig-erhard-la-prosperite-pour-tous-.html

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  7. @ CVT

    Je pense qu’il existe une autre forme de construction européenne, celle qui a permis la création d’Ariane ou Airbus, qui doit être le chemin à suivre, mais que si nous n’avons le choix qu’entre l’UE actuelle et pas d’Europe alors il vaut mieux pas d’Europe du tout. Cependant, je suis persuadé que nos partenaires actuels seront prêts pour une nouvelle construction, qui respecte les souverainetés nationales.

    @ Francis

    Pas du tout d’accord. C’est parce que les Français préfèrent cette mauvaise europe à pas d’europe du tout que nous restons bloqués. S’ils étaient convaincus qu’il est possible de se débarrasser de l’UE mais de relancer un autre projet européen, alors ils se débarrasseraient de l’UE…

    @ Anonyme

    Très juste sur l’affaire Snowden.

    @ YPB

    D’accord. J’y ajouterai que cela sert la volonté de puissance de la Chine

    @ Olaf

    Merci

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    1. @Laurent Pinsolle,
      l'Europe d'Ariane et d'Airbus n'a rien à voir avec l'Europe, c'est un projet INTERNATIONAL! Des entreprises américaines et asiatiques y ont pris part, et c'est très bien comme ça! Pourquoi institutionnaliser une Europe à la carte? Ca n'a pas de sens!
      Il faut être clair: entre la France et le reste du monde, je ne veux pas d'emblée qu'on se restreigne à des institutions de type "UE" ou continentales, car bien souvent, comme depuis toujours, nous sommes en concurrence les uns avec les autres! En clair, je refuse qu'on oblige les Français à lâcher des accords, mettons avec les Russes ou les Chinois, sous le prétexte qu'on doivent s'unir avec des pays européens.
      Ce sont les projets qui doivent créer des opportunités, pas la situation géographique!

      CVT

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    2. Tout à fait d'accord, comme pour la taxe de solidarité née d'un partenariat avec le Brésil, la France ne doit pas se laisser museler par cette "Europe".

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  8. Il suffit de remonter dans le passé pour s'apercevoir que Ariane ou Airbus n'ont rien a voir avec la construction européenne bien au contraire mais d'alliances de nation a nation ; nous voyons ce qu'est l'europe la capacité a créer un système de positionnement Galileo 15 ans oui Quinze après son démarrage tandis que le GPS fonctionne en civil depuis 1995 ; cherchez l'erreur

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    1. C'est à se demander si Galileo n'a pas été fait pour empêcher la France de prendre la tête d'un concurrent du GPS sachant que notre pays possède les compétences pour le faire plus vite. Comme on l'a vu avec Ariane. Il a fallu que la France debute seule un premier programme de fusées réussi: les fusées Diamant qui ont servi de base au programme Ariane.
      On sait desormais que le programme americain F 35 procède de la même logique, empêcher les pays européens de développer leur industrie d'avion de combat en les faisant se noyer dans une usine a gaz. Et par la même occasion empêcher l'exportation du Rafale 100 % français, développé dans les délais et avec un cout raisonnable.

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    2. @TeoNeo,
      bien d'accord avec vous sur Galileo et le F35 (alias Eurofighter)!
      Un projet français de GPS, en coopération INTERNATIONALE (et non UE) aurait été une aubaine pour notre fleuron industriel, du moins l'aurait sauvé de la braderie commise par les socialistes à la fin des années 90.
      Et surtout, une sacré sources d'emplois français et européens...
      Sinon, le Rafale français a tout de même une carte maîtresse dans sa manche, comme vous l'avez signalé: étant 100% français, il est l'appareil de choix pour des pays qui refusent l'ingérence des USA dans leur armement, et ils sont légions! J'ai cru comprendre que même les Russes et les Indiens pourraient être intéressés par l'avions, du moins pour coopérer à une nouvelle version de l'appareil...

      CVT

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    3. Bonjour,

      En fait c'est peut-etre de moins en moins vrai...
      Comme je l'avais entendu remarquer une fois a la radio, par un "expert" en géopolitique (a propos de la Syrie je crois), une des raisons du fait que les russes rechignent a arreter leurs livraisons d'armes a la Syrie (meme si je crois qu'ils ont baisse la cadence) est que c'est un argument a l'export: cela montre que leurs clients sont assures d'être livres (pièces de rechange etc...) quel que soit le contexte.
      Par contre, les positions de plus en plus atlantistes/occidentalistes de la France (retour OTAN, Lybie, etc...) peuvent inquieter des clients potentiels.

      Evidemment, il ne s'agit pas de soutenir les pires dictatures de la planète !
      Mais pour des pays "non-alignes" mais "fréquentables" (Inde/Russie/Pakistan/Bresil...), je ne suis pas sur que la France continue a leur paraitre etre une source independante des USA et fiable...
      Il y a un juste milieu a trouver, et depuis Sarko je ne suis pas sur que n'on soit pas aller trop loin...

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    4. En effet, la France n'a jamais fait sa prospérité en s’inféodant.

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  9. Un blog libre-échangiste tenant de la pensée unique : http://ecointerview.wordpress.com/

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  10. Le plus drôle c'est quand même que l'emprise sur le marché des panneaux solaires chinois s'est faite parallèlement à une niche fiscale française complètement farfelue et aujourd'hui plus corrigée.
    Le manque à gagner de l'Etat français a considérablement enrichi des producteurs chinois (et qq intermédiaires français tt de même)

    Bref le libre-échangisme niais et la fiscalité débile; bel exemple pr définir le néolibéralisme

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  11. @ CVT

    Bien d’accord, l’Europe d’Ariane et Airbus n’a rien à voir avec l’UE. Une institutionnalisation faciliterait les coopérations à mon sens. Et faire une Europe des nations souveraines, à la carte n’exclut en aucun cas des coopérations avec d’autres pays, même si les coopérations me semblent assez souvent plus naturelles.

    @ Patrice et TeoNeo

    D’accord également. La coopération européenne, quand elle est dans le cadre de l’UE, se révèle toxique.

    @ Keskizpass

    Bien d’accord

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