lundi 30 décembre 2013

Grèce : le désastre aurait pu être évité !


Ce n’est en aucun cas un motif de satisfaction. J’aurai préféré que ce que nous écrivions il y a quatre ans ne se soit pas réalisé, que la Grèce s’en soit sorti en restant dans l’euro. Malheureusement, comme nous l’annoncions, avec d’autres, notamment Jacques Sapir, l’euro est bien la plaie de la Grèce.



Tout était écrit il y a quatre ans

C’est fin 2009 que j’ai écrit mon premier papier sur la sortie de la Grèce de l’euro : « la seule solution serait une dévaluation, qui permettrait de rendre le pays plus compétitif et de dynamiser les exportations, mais le corset qu’est la monnaie unique ne rend pas possible cette solution. La seule voie possible serait de pratiquer une déflation compétitive (…) mais une telle politique serait extrêmement brutale et aurait sans doute des conséquences sociales violentes ».

Le 15 avril 2010, dans un papier intitulé « Grèce, le choix de l’euro-camisole », je soulignais que le plan européen de l’époque était « la mauvaise solution », que  « les trois prochaines années vont voir un ajustement brutal qui se traduira par des coupes budgétaires, une poursuite de la récession et un chômage de masse. Le prix à payer pour rester dans l’euro sera colossal. Pire, il est probable que la Grèce n’aura rien résolu car son problème (sont) ses prix à la production ».

Le 4 mai 2010, dans un papier intitulé « Le plan imbécile qui va étouffer la Grèce », j’affirmais que ce plan « ne fait que repousser les problèmes à plus tard en les aggravant ». C’était ce que Nicolas Dupont-Aignan avait défendu à l’Assemblée Nationale en disant de manière prophétique que l’argent prêté ne serait pas recouvré, contrairement aux dires du gouvernement. Jacques Sapir, déjà dans Marianne 2, démontait de manière précise les affirmations de nos adversaires.

Pourquoi la Grèce conserve l'euro

Dès février 2010, je pronostiquais que « la Grèce (allait) suivre l’agenda du FMI, de la Commission et de la BCE. L’histoire du pays fait qu’il acceptera l’épreuve dans un premier temps, ce qui sauvera l’euro pour quelques temps ». En mars 2010, j’annonçais que « le supplice de l’euro pourrait durer ». En janvier 2011, un débat faisait rage sur la possible disparition de l’euro d’ici la fin de l’année. J’avais alors fait un pronostic différent en écrivant que « la fin de l’euro pourrait tarder ».

Je soutenais que « malheureusement, la messe n’est pas dite. Les fédéralistes veulent sauver l’euro coûte que coûte, que qu’en soit le prix à payer par les peuples. Ils savent bien qu’une fin de l’euro hypothèquerait pour plusieurs décennies le modèle d’une Europe supranationale qu’ils construisent depuis 25 ans. Et les pays de la périphérie de l’Europe sont sans doute retenus par le fait que l’Europe leur a apporté beaucoup de subsides et qu’ils ne veulent pas paraître ingrats ».

Nous sommes malheureusement nombreux à avoir vu juste sur la Grèce. Il est malheureux que le débat reste aussi fermé aujourd’hui et que ceux qui prédisaient les pires catastrophes à la Grèce si elle sortait de l’euro (défaut et baisse du pouvoir d’achat) n’aient pas reconnu que ces catastrophes ont été la condition du maintien dans l’euro. Mais surtout, pendant que nous débattons, un peuple souffre. Cependant, ce peuple se réveille, comme le montre les législatives du 6 mai.

Quatre ans après, l’ampleur du désastre est effarante. Les grecs vivent une crise similaire à celle des années 1930, de nouveaux « raisins de la colère ». Exactement ce que les partisans de l’euro disaient qu’il arriverait si la Grèce sortait de l’euro. Exactement ce que nous prévoyions si elle restait…

Papier publié dans sa version initiale en avril 2012

10 commentaires:

  1. C'est bien plus grave cette nuit il y a eu des tirs contre la résidence de l'ambassadeur d'Allemagne

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  2. Vous pourriez faire le même raisonnement concernant l'Espagne, le Portugal et aussi l'Italie.
    L'euro n'est pas une monnaie fonctionnant comme une monnaie, au service d'un pays, de sa population, de ses structures économiques et démographiques, gérée par des élites conscientes de l'intérêt national et attachées à le défendre.
    C'est une réalité purement idéologique, fondée sur le rejet du principe national, interprété abusivement comme la cause exclusive des conflits du premier vingtième siècle.
    Les dirigeants des pays méditerranéens qui furent des dictatures l'assimilent de plus à un garde-fou antitotalitaire, comme si ni eux-mêmes, ni les peuples qu'ils contrôlent, ne se faisaient confiance pour éviter à l'avenir la reproduction de régimes absurdes qu'ils ont connus à un moment donné. Le garde-fou doit donc être situé à l'extérieur, et tout le monde semble trouver rassurant qu'il en soit ainsi. De fait l'euro devient une arche sainte.
    Si en plus on conçoit que dans une économie financiarisée qui sanctuarise le libre-échange et la libre circulation des capitaux, l'euro protège les rentiers et les vieux, le circuit est bouclé : il n'y a aucune possibilité qu'une critique, même sérieuse et argumentée, apparaisse comme légitime dans les pays méditerranéens membres de la zone euro.
    La France n'a pas produit d'elle-même des formes de régime extrémiste. Il n'y a donc que dans notre pays qu'une critique victorieuse de la monnaie unique puisse advenir.

    Francis Commarrieu.

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  3. Les prochaines élections européennes seront un véritable test et un coup de frein sérieux à cette Union-là à condition que les Français expriment par leur vote le rejet de cette Europe anti-démocratique ultra-libérale. Ce ne serait qu'un début.

    Demos

    Demos

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  4. Puisque l'Europe aime tant les regions pour pousser au retour des langues régionales pourquoi ne pas permettre à ces régions de gérer elles mêmes une monnaie ?

    C'est comme ces propositions de 2 zones euro...Ca admet clairement l’échec du principe d'union monétaires mais ca n'admet pas que les nations sont les périmètres optimaux pour une monnaie.

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  5. @ Francis

    Bien d’accord.

    @ Demos

    Très juste

    @ TeoNeo

    L’idée est toujours de déshabiller les Etats, vers les régions ou l’Europe

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  6. En fait ce qui est peut-être pire que tout, c'est qu'on veuille appliquer la même politique aux autres pays d'Europe en difficulté.

    Même s'il était possible de prévoir que la politique qu'on voulait appliquer à la Grèce allait mener dans le mur, on peut admettre (avec du mal, ok) que des gens se soient trompés.
    Mais que ces mêmes personnes continuent dans leur délire alors qu'ils ont les résultats de leur politique sous les yeux, c'est juste criminel...


    Sinon ça a l'air de marcher du tonnerre en Italie : "La pauvreté à des niveaux records en Italie". (http://www.challenges.fr/monde/20131230.REU9318/la-pauvrete-a-des-niveaux-records-en-italie.html?xtor=RSS-22)


    Mais bon nous c'est pas pareil. On est de braves citoyens qui payent leurs impôts et on nos dirigeants ne mentent pas sur nos comptes...

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  7. En maintenant la Grèce dans l'Euro, non seulement le pays n'a aucune possibilité de redémarrer son économie, asphyxié par le poids de la dette, une monnaie trop forte et une croissance nulle, mais en plus l'Union Européenne a poussé les Etats - qui n'ont pour la plupart guère offert de résistance - à mettre la main à la poche sur le dos des contribuables. En clair, une stratégie perdante-perdante!!!

    Et comme si la leçon grecque n'avait pas suffi, l'Italie et l'Espagne se retrouvent confrontés à la même situation. Les médias ont beau essayer de nous bassiner que l'économie espagnole repart, ce sont des foutaises : qui pourrait croire qu'une croissance de 1% soit significative dans un pays ayant touché le fond avec 25% de chômeurs??? C'est du même tonneau que notre fameuse inversion de la courbe du chômage promise par le PS, de la poudre aux yeux...

    C'est effarant de constater que les eurobéats persistent et signent dans l'erreur, ils ne veulent pas admettre que cette Europe-là ultra-libérale est un fiasco total et est en train de couler des pays entiers et leurs peuples avec. Ou pire encore : ils le savent et s'en foutent, peut-être même le font-ils sciemment, allez savoir... le crime profite bien à une poignée de crapules sans scrupules qui a pu s'enrichir sur le dos de millions de gens...

    Une chose est sûre : le paquebot France prend l'eau, et si nous ne réagissons pas, il finira par couler comme ont coulé la Grèce et l'Espagne. Hollande ne fera rien, continuera à se coucher devant l'Union Européenne, mais ça on le sait. La réaction doit venir de nous, peuple français, les élections européennes doivent montrer clairement au gouvernement actuel et à l'Union Européenne que nous ne voulons plus de ce qui nous est imposé depuis tant d'années, comme nous avions dit NON en 2005. Et Nicolas Dupont-Aignan est le meilleur représentant de la France du NON.

    Vive DLR!!! Vive la République!!! Vive la France!!!

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    1. "Cette Europe-là ultra-libérale est un fiasco total". Oui, elle est une catastrophe pour nous, mais pas pour les ultra libéraux, qui se déplacent comme des nuages de sauterelles, et ceux qui les servent.

      Demos

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    2. Lire à ce sujet l'article intitulé : "l'austérité est l'opium du peuple" paru aujourd'hui sur marianne.net. Un extrait : "le néo-libéralisme ne sait ni ne peut prospérer que sur la désolation sociale".
      Rien à ajouter.

      Demos

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  8. @ Bip

    Très juste. Et que l’on persiste en Grèce, étant donnée la situation

    @ MD

    Le pire, c’est que je pense qu’on ne peut pas faire autrement

    @ Démos

    Merci pour l’info

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