lundi 13 octobre 2014

Macron, Mennucci et Attali : la lente dérive du PS vers le thatchérisme


Quelle meilleure illustration de la dérive actuelle du débat public que l’évolution idéologique de certains membres du Parti « Socialiste ». Ces derniers jours, Emmanuel Macron, ministre de l’économie, Patrick Mennucci et Jacques Attali tiennent un discours que Thatcher ne renierait pas.



Doubler la droite par la droite

Le discours tenu aujourd’hui par une partie de la majorité est absolument stupéfiant. Emmanuel Macron, adoubé par le Medef, annonce qu’il ne doit pas y avoir de tabou ni de posture pour réduire le déficit de l’assurance chômage. Bref, alors que le gouvernement a échoué à inverser la courbe du chômage, il souhaite faire payer les pots cassés aux chômeurs ! Ces nouvelles coupes ne feront qu’affaiblir plus encore la demande et donc la croissance, contribuant à détériorer plus encore notre situation économique. Pire, Patrick Mennucci, qui a carrément osé parler de « privilèges corporatistes » au sujet des allocations que touchent les chômeurs. Le point Thatcher est alors bien atteint.

On se souvient alors qu’Emmanuel Macron avait été le rapporteur du rapport Attali, commandé par Nicolas Sarkozy, et que le Parti « Socialiste » semble désormais plus enclin à appliquer que l’ancienne majorité dans une dérive effarante de notre débat public. Il faut dire que Jacques Attali en est une des meilleures illustrations, cet ancien conseiller de François Mitterrand, qui a fait un rapport droitier pour un président de droite et qui vient de sortir un livre qui semble être un hommage absolument effarant à l’individualisme libéral le plus dogmatique et caricatural, selon lequel le destin de chacun ne dépendrait que de soi. Le titre « prenez le pouvoir sur votre vie » est tout un programme…

Un débat politique dans l’impasse

S’agit-il vraiment d’une dérive du Parti « Socialiste », dont déjà, dans les années 1960, le Général de Gaulle aurait dit qu’il « n’aimait pas les socialistes parce qu’ils n’étaient pas socialistes » ? Au final, il semble surtout que le PS assume de plus en plus son inclinaison libérale, lui, qui, déjà, a davantage libéralisé la finance et privatisé que la droite dans les années 1980 et 1990, lui qui a soumis les ouvriers à la concurrence déloyale et dévastatrice des ouvriers des pays émergents, payés 10 à 20 fois moins… Bref, il semble que la nature même du PS soit très largement libérale-libertaire.

Le problème est que le débat politique actuel est totalement stérile, puisque nous n’avons droit qu’à un débat entre courants du néolibéralisme, qui tous deux, mènent des politiques d’austérité contre-productives et stériles, qui cèdent sans cesse au laisser-faire et au laisser-passer. Certes, il y a encore des différences sur les sujets de société, et le PS assume moins son discours libéralo-austéritaire que l’UMP, mais les nuances tendent à être de plus en plus réduites. Et pour l’instant, la principale alternative est le FN, un parti extrémiste, démagogue et amateur, ce qui assure le statut quo.

Le plus effarant est que pas grand monde semble saisir l’aspect effarant de constater qu’un pouvoir qui se dit socialiste tient aujourd’hui des propos qui le situent à la droite de la droite économiquement, des mots qui semblent sortis de la bouche de Margaret Thatcher. Pauvre France.

16 commentaires:

  1. Le virage libéral des socialistes a commencé en mars 1983 où sous alibi européen, déjà et toujours, ils ont entamé une politique dite de rigueur qui devait être une parenthèse. Une fois ouverte cette parenthèse non seulement ne s'est pas refermée mais elle ne cesse de s'accentuer: souvenons-nous que le gouvernement de Jospin dit de "gauche plurielle" 1997-2002 a privatisé plus et mieux que la droite: France-Télécom, EDF et GDF pour les plus célèbres, des services publics même si les 35 heures ont pu lui servir d'alibi "de gauche" mais tellement mal faites parce qu'en méconnaissance du monde du travail.
    Les mensonges de Hollande lors de sa campagne électorale sur la finance son ennemie, la nomination de Valls puis son renforcement lors du remaniement, les cadeaux inutiles parce qu'inefficaces faits au patronat, le délitement par les déballages publics tant de Trierweiler, Duflo, Filipetti, Montebourg, bientôt Batho et Morelle puis le comble la nomination du banquier Macron au Ministère des finances, achève le tableau d'un reniement complet mais prévisible à l'Europe libérale, rétrograde d'où la "réforme" probable de l' assurance-chômage d'où l'impression d'une fin de règne d'un pouvoir aux abois qui ne se relèvera pas de son impopularité. D'ailleurs nul compte n'en est tenu, pas plus que la déroute du PS aux élections municipales et européennes du printemps.
    Cumulé avec la crise de l'UMP, les affaires, le faux retour manqué de l'ex cela donne un boulevard à Marine Le Pen même si je regrette que cela ne profite pas plus à Nicolas Dupont-Aignan.

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  2. Comme je l'ai déjà écrit, le vrai tournant libéral, ce n'est pas - comme le dit Anonyme13 octobre 2014 11:28 - 1983 mais plutôt 1989.

    Je me rappelle avoir été agressé verbalement, vers 1988, pour aller au collège privé à 150 francs par trimestre ; quelques années plus tard, le même - membre socialiste sectaire du conseil municipal - avait payé la fac Pasqua à sa fille et trouvait honteux de ne me voir payer que 1500 francs dans le public. Ce jour-là, j'ai compris que la socialoperie, c'était de la merde.

    Ce petit fait vécu, associé à mille autres petits retournements, m'a fait prédire depuis mes années lycéennes (1989-1992) ce qui se passe aujourd'hui.

    Par exemple, j'entendais à la télé que Keynes était un "libéral" avant de voir les journalopes, en quelques mois, le traiter de marxiste. Les discours de Giscard en 1974 apparaîtraient aujourd'hui beaucoup plus à gauche que Hollande. C'est l'analogie du "point chaud" en géologie : quand un volcan reste au même endroit et qu'une plaque dérive, on a l'impression que c'est le volcan qui s'est décalé.

    J'ai vu, aussi, un pros barbu marxoïde passer de l'URSS au modèle suédois en 5 ans. Pourquoi pas... Mais encore 5 ans après, je l'ai revu à l'IUFM, petit chargé de mission d'inspection à l'air affairé, prôner le néolibéralisme (mais en gardant sa barbe, mieux peignée et grisonnante) et me faire la leçon : "non, ce n'est plus comme ça en Suède, il faut être môderneu".

    Je me rappelle comme hier de 1988 : évoquer la privatisation d'un sous-service de l’Équipement suscitait immédiatement la réprobation. Maintenant, c'est admis et fait et on commence à évoquer la privatisation de l’Éducation Nationale sans que cela ne choque même plus. Cela est possible par l'amnésie ; ceux qui s'indignaient il y a 25 ans ont oublié leur indignation.

    A cela s'ajoutent de nombreux petits glissements beaucoup plus subtils dont on ne peut avoir conscience qu'avec une bonne mémoire du quotidien d'il y a 25 ans. Les dégradations sont innombrables - tant sur lke plan matériel que sur celui des mentalités - et, cumulativement, c'est une dégradation considérable dont peu ont conscience.

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  3. J'ai oublié la raison principale pour laquelle je fais prendre source l'affaire en 1989 : la chute du mur de Berlin.
    Un certain nombres de crevures sont passées directement du communisme au néolibéralisme. Ainsi, en 1991, le crapule estonienne Siim Kallas était passée directement du Politburo à la Commission européenne.
    Quand le vent et l'ambiance ont tourné, que la teinte marxiste n'était plus à la mode, ils ont été des milliers (pseudo-intellos, politicards, technocrates, journalopards, opportunistes, pisse-copies et scribouillards...) à singer son exemple.

    Je suis persuadé que si le problème a pris source avec nos relations avec le bloc de l'Est, il trouvera aussi son issu avec la Russie et en Russie.

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  4. Tant que ça reste un discours, on s'en fout.

    J'imagine qu'ils ne sont pas idiots et qu'ils savent bien que ce genre de mesures ne serviront à rien mais qu'ils en parlent pour occuper le terrain et ainsi ne pas avoir à parler des vrais problèmes.

    Imaginez s'ils passent ce genre d'émission à 20h sur TF1 ou FR2 : http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/nicolas-doze-les-experts-12-1310-331155.html

    Participants : Gaël Giraud, Charles Gave et Henri Pigeat (bon lui il est largué).

    Résumé : l'euro est une catastrophe, les banques sont en quasi-faillite et y a des bulles dans tous les sens.

    Conclusion : 2008, ça a été de la rigolade.


    Gave (libéral pur et dur s'il en est) propose un début de solution en nationalisant les banques, en mettant un paquet de banquiers en prison, puis on purge et on revend.
    Et bien sûr il démonte l'euro.

    Y a déjà de quoi rassembler largement. ;)

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    1. La conclusion c'est de moi. ^^

      Sinon quand on se dit que les rares espaces de débat à la télé, c'est sur bfm business. C'est triste...

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  5. En ne protégeant plus les classes populaires et moyennes de la concurrence déloyale, en ayant signé tous les traités, j’estime que les principaux dirigeants du PS et en premier lieu notre président sont les premiers responsables de la montée du FN. Toutefois, vu l’impopularité de notre président, voir du premier ministre, il est envisageable que les Français de gauche finissent par voter à la primaire PS 2017, pour quelqu’un qui ait vraiment des convictions de gauche (Bartelone, Montebourg…). Reste le piège Martine Aubry et Valls, dans lequel pourrait tomber nos concitoyens !
    Afin d’éviter que le candidat PS 2017, soit à nouveau un eurolibéral comme Hollande et ait une chance d’être élu, comme en 2002 avec Chevènement, l’électorat de gauche pourrait avoir besoin de la contribution des Gaullistes sociaux aux primaires PS et au 2ième tour de l’élection présidentielle.

    EB.

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    1. Même investi dans une primaire tout candidat socialiste devra répondre de la gestion libérale de Valls-Hollande c'est pourquoi aucun d'entre eux ne sera au second tour déjà les élections municipales et les européennes du printemps 2014 ont indiqué que l'électorat de gauche sanctionnera le socialiste par l'abstention et donc au second tour nous aurons un candidat UMP et Marine Le Pen. Il y a peu de chances qu' Hollande inverse la tendance de son impopularité et celle de son gouvernement parce que comme l'a démontré Jacques Sapir la politique d'austérité pour la réduction des déficits publics n'aura que l'effet inverse à celui recherché : accroître la gravité de la situation économique et sociale.

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    2. @Anonyme

      Comme vous, je pense qu’Hollande a peu de chance de redevenir populaire. Tout ce que je dis n’est pour l’instant que spéculation mais je pense, un peu comme Chevènement vis-à-vis de Jospin en 2002, qu’un candidat PS au primaire pourrait se présenter comme un opposant virulent à la politique menée par Hollande entre 2012 et 2017, au TSCG et à l’austérité. En faisait cela il pourrait, je crois, obtenir le soutien d’une grande partie de l’électorat de gauche, voire d’une partie des gaullistes, gagner les primaires et les présidentielles.
      Mauvaise nouvelle Bartolone pense qu’Hollande se représentera en 2017 et Cambadélis affirme que : « La question pour la présidentielle de 2017 ne se posera que si le président ne se représente pas ».

      EB.

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    3. Vous avez été cocufié par JPC en 2002 et vous avez encore envie de l'être par un candidat "socialiste" qui, le temps d'une campagne électorale, serait très critique de la gestion libérale Hollande-Valls et une fois au pouvoir reprendrait la même politique. Pour moi, non merci ! Que le parti socialiste crève!
      Cela laisserait la place pour autre chose!

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  6. Lundi 13 octobre 2014 :

    Sur son blog, Jacques Attali écrit :

    « Quelque chose va se passer.

    Il faut vraiment se voiler la face, comme le font trop de dirigeants politiques, pour ne pas voir que quelque chose de majeur va se passer en Europe, dans les mois qui viennent : l’une ou l’autre des multiples épées de Damoclès suspendues au ciel de l’Histoire tombera sur nos têtes.

    Plus directement, la situation globale de l’Europe, qui s’enfonce dans la déflation, rend probable une faillite d’un des Etats européens, et non des moindres, devenu incapable de rembourser sa dette.

    Et la colère des Allemands, devant la dérive des autres, pourrait conduire ce pays à sortir, le premier, de la zone euro.
     
    Par ailleurs, la décision attendue de la cour européenne de justice, sur les mécanismes audacieux de solidarité monétaire créés par Mario Draghi, provoquerait, si elle les déclarait contraires aux traités européens, la démission du président de la BCE et un effondrement de l’euro.
     
    Plus spécifiquement, la France, dont le déficit budgétaire est désormais hors de contrôle et où les réformes tardent à venir, pourrait se trouver attaquée par les marchés et devenir à son tour insolvable.
     
    L’une au moins de ces menaces a de fortes chances de se matérialiser dans les dix-huit prochains mois.

    http://blogs.lexpress.fr/attali/2014/10/13/quelque-chose-va-se-passer/

    La zone euro est bâtie sur des gigantesques bulles de dettes publiques.

    Ces gigantesques bulles de dettes publiques vont bientôt éclater.

    1- Médaille d’or : Grèce. Dette publique de 314,801 milliards d’euros, soit 174,1% du PIB.
    2- Médaille d’argent : Italie. Dette publique de 2120,143 milliards d’euros, soit 135,6 % du PIB.
    3- Médaille de bronze : Portugal. Dette publique de 220,696 milliards d’euros, soit 132,9 % du PIB.
    4- Irlande : dette publique de 202,920 milliards d’euros, soit 123,7 % du PIB.
    5- Chypre : dette publique de 18,206 milliards d’euros, soit 112,2 % du PIB.
    6- Belgique : dette publique de 404,248 milliards d’euros, soit 105,1 % du PIB.
    7- Espagne : dette publique de 989,925 milliards d’euros, soit 96,8 % du PIB.
    8- France : dette publique de 2023,7 milliards d’euros, soit 95,1 % du PIB.

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  7. @ Anonyme

    Si on croit le Général, cela remonte aux années 50 ou 60

    @ Rodolphe & Bip

    Très intéressant

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  8. @Laurent

    Honnêtement je pense surtout que les socialistes disent aujourd'hui ouvertement ce qu'ils pensaient réellement depuis longtemps. C'est drôle de lire des gens qui se disputent sur le fait de savoir si le tournant libéral des socialistes était en 1983 ou en 1989. En vérité le libéralisme est une théorie de gauche à l'origine. Elle se prévalait, d'ailleurs, de lutter contre les rentes et les privilèges. En fait historiquement c'est plutôt la droite qui est devenue de gauche si l'on n’omet pas l'origine du libéralisme. Ce dernier s'est construit contre le conservatisme hérité de l'ancien régime et du catholicisme. Qu'il y ait eu une gauche non libérale incarnée par les marxistes ne doit pas faire oublier l'origine de l'idéologie libérale. Les socialistes n'ont fait que retrouver leur ancienne tradition. Le libéralisme a été une arme de la classe sociale des marchands contre la classe des aristocrates. Aujourd'hui les bourgeois hérités de cette époque l'utilisent contre la classe moyenne et les pauvres.

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    1. C'est le problème des oligopoles, pas un problème de libéralisme ou de souverainisme, les deux sont à côté de la plaque, un problème d'arbitrage. Avec un nouveau Nobel français comme Tirole, on va peut être arrêter de nous faire caguer avec Allais et ces connards de souverainistes à la con.

      A la tienne trouduc Dumouch, ta main courante a t elle trouvé son PQ ?

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    2. Vous êtes un comique non? Tirole c'est typiquement le genre de théoricien fumeux qui ont mis l'occident en miette et qui justifie toute les absurdités derrière un langage abscons. Et d'ailleurs le prix Nobel d'économie est une escroquerie, l'économie n'a aucune valeur scientifique. C'est un langage de rhétorique visant à cacher au plus grand nombre les intérêts que l'on défend rien d'autre.

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    3. "économie n'a aucune valeur " et t'arrêtes pas d'en parler et de citer des économistes comme Sapir ou Keynes. Tu te sens pas un peu stupide quelque part ? Tirole étudie des cas précis de marchés, comme les marchés bifaces, où justement il insiste sur la nécessité d'un encadrement réglementaire en constatant les asymétries. Pauvre Yann, tellement primaire...

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  9. L'économie n'est que du discours sur les échanges mercantiles réputés créer "du profit". J'attends le jour où les échanges n'existeront plus, remplacés par le partage. Ce jour-là, plus de monnaie, plus "d'économie", plus de capitalistes. Et bien entendu plus du tout les notions de "pauvres" ou "riches". Dans une centaine d'années, peut-être, ou plus tôt si la Planète refuse d'attendre.

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