jeudi 25 décembre 2014

La grande arnaque de la dette publique : ce graphique qui dit tout (billet invité)


Billet invité de l’œil de Brutus.



Ce graphique (élaboré par André-Jacques Holbecq) s’en passerait presque de commentaires.

Si l’Etat empruntait auprès de sa Banque Centrale, notre endettement public serait simplement de l’ordre de 30% par rapport au PIB. Où est passée la différence ? Ce sont tout simplement de l’ordre de 1400 milliards d’euros d’intérêts versés aux banques (qui elles empruntent à taux quasi nul à la banque centrale européenne) et aux rentiers (pas les petits, bien sûr). Le système actuel de la dette publique est donc un terrible artifice anti-redistributif qui conduit le citoyen, essentiellement classes populaires et moyennes étant donné la structure actuelle de notre fiscalité[i], à subventionner le monde de la finance !

Lorsque l’on évoque la monétisation de la dette publique, les idéologues néolibéraux rétorquent, bien évidemment, qu’on ne pourrait laisser un tel chèque en blanc aux dirigeants politiques qui dès l’instant qu’ils le pourraient useraient et abuseraient de la « planche à billets » pour satisfaire leurs pulsions clientélistes et nous lanceraient ainsi dans un cercle d’hyperinflation. Cet argument est rapidement balayé par trois contre-arguments très simples.

1/ L’accès de l’Etat au financement direct de sa dette par sa banque centrale est une généralité dans presque tous les pays développés. La zone euro constitue ici une exception. Le Japon des « abenomics » en use, et même en abuse, sans pour autant connaître une inflation galopante.

2/ Rien n’empêche de mettre des garde-fous. Les néolibéraux ont bien réussi à une mettre un verrou quasi-constitutionnel (la fameuse « règle d’or », d’ailleurs bien peu respectée …) à l’endettement public. Un tel dispositif est tout à fait imaginable (et probablement bien plus efficace) dans le cadre d’une monétisation de la dette publique (c’est d’ailleurs en partie le principe du fameux « shutdown » qui interdit l’Etat fédéral américain de s’endetter au-delà d’un certain point sans l’accord du Congrès). On pourrait ainsi imaginer que l’Etat ne puisse emprunter annuellement plus d’un certain ratio du PIB à la Banque de France sans avoir recours soit à un vote à la majorité des 2/3 du Parlement, soit au référendum. On peut également imaginer un dispositif plus astucieux : l’Etat emprunterait auprès de la Banque de France avec un certain taux d’intérêt (par exemple, l’inflation plus au moins modulée), puis à terme la Banque de France lui reverserait ces intérêts perçus (puisque l’Etat en est l’unique actionnaire) sous forme de dividendes. Avec un tel dispositif, dans le cadre d’une alternance, le gouvernement suivant bénéficierait en retour de la prodigalité de ses prédécesseurs. Ce serait l’effet exactement inverse du « mon successeurs paiera » que nous connaissons depuis 40 ans !

3/ Enfin, et surtout, l’argumentaire néolibéral de l’irresponsabilité financière des dirigeants politique marque un terrible mépris de la démocratie. Si des dirigeants politiques se montraient irresponsables dans la gestion de la planche à billets, espérons alors que les citoyens le leur fassent payer aux échéances électorales suivantes[ii]. Mais surtout, si les dirigeants politiques sont irresponsables dès lors que l’on leur ouvre les portes de la Banque Centrale, que diable alors leur laissons-nous la police et l’armée entre les mains ? Confions donc illico presto ces deux dernières aux auspices bienveillants d’autorités « indépendantes » !


[ii] Il serait également temps d’en faire de même après 4 décennies d’incurie généralisée du PS, de l’UMP et de leurs affidés. 

4 commentaires:

  1. Les Quantitatives Easings pratiqués au Royaume-Uni, aux USA et au Japon ne consistent pas, je crois, à ce que la Banque Centrale prête directement à l’Etat. Le schéma d’intervention de la Banque Centrale est plutôt le suivant : Les banques et institutions privées achètent les obligations d’État sur le marché primaire de la dette, la banque centrale achètent ensuite aux banques et institutions privées les obligations d’État qu’elles détiennent sur le marché secondaire :

    http://en.wikipedia.org/wiki/Quantitative_easing

    http://www.guide-finance.ch/ica_french/les_marches/tout_savoir_sur_les_marches/les_marches/wcga4.html

    Les echos :

    « Le quantitative easing désigne des mesures de politique monétaire non conventionnelles. Habituellement, la politique monétaire a pour principal instrument le taux d'intérêt auquel les banques peuvent se réescompter auprès de la banque centrale. Du fait de l'ampleur de la crise, les banques centrales ont été amené à prendre des mesures non classiques fin 2008 début 2009, d'où le terme de quantitative easing, consistant par exemple à acheter des obligations ou des billets de trésorerie émis par les entreprises, à reprendre les actifs douteux de banque ou à les garantir. »

    http://www.lesechos.fr/finance-marches/vernimmen/definition_quantitative-easing.html

    Fin 2012, au Royaum-Uni la Banque d’Angleterre a décidé de faire une véritable opération de monétisation de la dette publique : « les revenus dégagés grâce au programme d'assouplissement quantitatif (QE) de la banque centrale seraient désormais reversés au Trésor. Ce dernier utilisera cette manne pour réduire le stock de dette. » « Au bout du compte, cela réduira initialement de deux points le ratio de dette sur PIB, puis d'environ un point supplémentaire chaque année», calcule Michael Saunders, économiste chez Citi ». Une telle opération serait interdite à la BCE, par contre le quantitative esasing par acquisition d’obligations d’Etat sur le marché secondaire, elle peut le faire, elle l’a déjà fait, même s’il y a des interrogations sur sa légalité par rapport aux traités européens.

    http://www.agefi.fr/articles/le-tresor-britannique-beneficie-de-la-manne-de-la-banque-d-angleterre-1244934.html

    En quoi consiste la monétisation de la dette publique ? par Juan Ramon Rallo:

    http://www.contrepoints.org/2012/01/11/64291-en-quoi-consiste-la-monetisation-de-la-dette-publique

    Selon lui : « Les États qui monétisent sans vergogne leurs émissions de dette publique ne sont pas immunisés contre « les marchés » : ce qui change, c’est que dans ces pays les méchants du film ne sont plus les spéculateurs de dette mais bien les spéculateurs de devises.»

    Il faudrait plutôt étudier aujourd’hui la solution non usitée nulle part du 100% monnaie :

    http://monnaie.wikispaces.com/R%C3%A9sum%C3%A9+100%25+monnaie

    http://www.bankofengland.co.uk/research/Documents/ccbs/Workshop2013/Presentation_Kumhof.pdf

    Saul

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    1. Il est possible que nous soyons surpris par la votation suisse concernant la "monnaie pleine" (sensiblement identique au 100% monnaie) si les initiateurs obtiennent les 100000 signatures nécessaires d'ici 1 an.
      http://www.vollgeld-initiative.ch/

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  2. La FED et la Bank of England sont des banques centrales privées qui appartiennent à d'autres banques privées. Ce qu'il faut, et je suis d'accord avec l'article, c'est remettre ces banques centrales sous l'autorité des élus. C'est la base même de la souveraineté et de la démocratie.
    Il est curieux de constater que le peuple américain s'est laissé flouer par les banquiers qui ont réussi a obtenir le Federal Reserve Act en 1913, alors même que l'article premier de la constitution stipule (sect 8 §5) que seul le peuple américain peut "frapper la monnaie et fixer le taux du crédit" Cet article est toujours en vigueur et il est probable que Kennedy est mort pour avoir voulu l'appliquer au travers de l'"Executive Order" N° 11110

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  3. Je rejoins « cliquet » dans son analyse et j’ai réalisé une BD pour décrypter la dette de la France dans le but de faire de l’éducation populaire : http://ladettedelafranceenbd1.e-monsite.com/
    J’explique aussi l’origine de la dette, le circuit du trésor... et même une étude sur la voiture électrique (étant un ex prof de mécanique auto c’était le minimum).
    Cette BD a été approuvée par Thomas Piketty, un expert comptable et même un banquier.
    Bonne lecture.

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