vendredi 26 décembre 2014

Jacques Julliard a raison sur le suffrage universel, pas sur la suppression du Premier ministre





En défense de l’idée même de démocratie

Certains n’ont pas digéré le référendum de 1962, lors duquel le général de Gaulle avait transféré le choix du président de la République d’une assemblée d’élus au peuple. Cet élément fondamental de l’architecture institutionnelle de notre pays est parfois critiqué mais l’attachement des Français y est si fort qu’il sera bien difficile de revenir dessus. Il est heureux que Jacques Julliard le soutienne, d’autant plus que le malaise a une autre raison. Les pouvoirs de nos gouvernements ont été considérablement réduits : plus de contrôle de la monnaie, un magma de traités qui fixent un cadre politique pré-déterminé dans lequel les marges de manœuvre sont toujours plus restreintes, oblitérant de facto la démocratie.

Certains disent que le peuple serait perméable à la démagogie, comme si eux ne l’étaient pas… Ils veulent éloigner toute décision importante du suffrage universel, d’où les banques centrales indépendantes, ou les accords qui placent les multinationales sur le même plan que les Etats. Jacques Julliard leur répond en notant que le parlementarisme aboutit à la même personnalisation et que le problème est ailleurs : « ceux qui nous gouvernent sont dans une voiture dans laquelle ni les freins, ni l’accélérateur ne répondent. Et l’on voudrait résoudre le problème en supprimant l’élection présidentielle, c’est-à-dire le lien direct entre les électeurs et le pouvoir ? Cela ne ferait qu’aggraver la situation ».

Pourquoi nous avons besoin de Matignon

Le problème qui se pose aujourd’hui est de revitaliser la démocratie en redonnant aux personnes élues par le peuple les moyens de gouverner, au lieu de leur confisquer toujours davantage de pouvoirs. Après, se pose la question de cette dualité du pouvoir assez spécifique à la France, où il existe deux centres, qui peuvent même aller dans des directions opposées, à l’Elysée et à Matignon. La plupart des autres pays, quand ils ont deux figures, confient en général des missions plus représentatives à l’un et le véritable pouvoir à l’autre, mais la France se distingue par ses deux centres névralgiques du pouvoir, dans les mains du Président de la République et de son Premier Ministre.

Cette construction institutionnelle nous permettait théoriquement d’avoir deux temps, le temps présidentiel, théoriquement plus porté sur le long terme, et le temps du gouvernement, davantage dans l’instant. Certes, notamment depuis 2007, cette dyarchie semble moins nécessaire tant les présidents qui se sont succédés se vautrent désormais dans l’anecdotique et le superficiel. Mais cela rend justement sans doute encore plus nécessaire cette organisation pour permettre demain une vraie séparation des pouvoirs où le Président de la République pourra se consacrer aux très nombreux sujets de fond, laissant l’intendance à Matignon. Le nombre de sujets à traiter le justifie plus que jamais.

Merci à Jacques Julliard pour ce plaidoyer. Il existera toujours dans les élites des personnes qui croient sincèrement à une organisation démocratique de nos sociétés. Et plus le temps passe, plus je suis convaincu de l’intelligence de la construction du Général de Gaulle.

2 commentaires:

  1. On voit bien les effets néfastes du quinquennat qui accentue cette dyarchie par une rivalité temporelle en couplant dans la durée celle du premier ministre et celle du président. Quelques politiciens ont eu le courage de le reconnaitre et de proposer le retour au septennat qui était un aspect majeur de la Vè en plus de l'élection du président par le suffrage universel. L'amateurisme de Jacques Chirac a contribué à la situation présente.

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  2. Je ne trouve pas la tribune de Julliard très convaincante.

    Il a raison quand il dit que la plupart des critiques de la 5ème qui ont pignon sur rue ne proposent dans le fond que de retourner à la 4ème parlementaire où le jeu des partis figeait le pays dans l'impuissance.

    Je le rejoins lorsqu'il dénonce l'élitisme complice de ceux qui invoquent le travers démagogique de la 5ème pour vendre un parlementarisme qui serait en fait technocratie.

    En revanche, je ne crois pas du tout à la mythologie selon laquelle le Président serait par la grâce du vote l'obligé du Peuple.

    Depuis De Gaulle, nous n'élisons plus que des gens issus du système et mis en avant par celui-ci. Les choix des candidats en interne des partis, le déroulement des campagnes, les sondages, les filtres médiatiques, les fausses promesses, tout est fait pour que l'élection ne remette pas en cause l'ordre établi. Tout est fait pour orienter le choix du peuple sur des "élus" conformes aux intérêts des puissants. Et tout est fait pour que la caste politique soit de connivence d'intérêts avec eux.

    Oligarchie. Nous en sommes là. La démocratie aujourd'hui c'est du pipeau. Comme l'alternance entre UMP et PS. Comme la montée du FN, qui n'augure qu'un nouveau cycle autoritaire dans l'oppression capitaliste.

    Il ne faut pas attendre benoîtement qu'un homme providentiel, à la probité et à la détermination surhumaine, délivre la France du mal.
    Etre critique de l'UMPS et partisan de la 5ème, celà revient à çà.

    Il faut promouvoir une vraie souveraineté populaire, un nouveau régime politique où l'on bétonne les garanties d'indépendance des mandés qui vont élaborer et appliquer les lois.

    Et pour garantir cette indépendance par rapport aux lobbys qui tirent les ficelles aujourd'hui, quoi de plus efficace que le tirage au sort?

    Au moins pour ceux qui seraient désignés pour définir les nouveaux mécanismes instituant une vraie démocratie: les Constituants.


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