jeudi 4 juin 2015

Le CAPES : signe de l’abandon des professeurs

C’est un immense paradoxe, à une époque où le chômage est si élevé. Le Capes, et donc la carrière de professeurs, n’attire plus les jeunes, comme le montrent les résultats des admissibilités au cru 2015. Voilà qui en dit long sur la dégradation de la condition de professeur.



A la recherche des professeurs


Pire, il ne faut pas oublier que la sélectivité est sans doute moins importante qu’avant, ce qui signifie qu’outre le fait de manquer de professeurs (ce qui rend plus difficile les remplacements), leur niveau pourrait baisser. Et ce n’est pas nouveau car, en 2011, le nombre de candidats était 80% plus bas qu’en 1997 ! Pire, selon la DARES, « 300 000 nouveaux enseignants doivent être recrutés entre 2012 et 2022 », 256 000 pour simplement remplacer les départs à la retraite, et 44 000 pour faire face à la hausse du nombre d’élèves et améliorer notre « taux d’encadrement dans le premier degré et l’enseignement supérieur parmi les plus bas des pays de l’OCDE ». Aujourd’hui, la France manque de professeurs. A quand le recours à des étrangers, comme dans la médecine ?

Mal payés, mal considérés, mal respectés

Tout ceci démontre que la condition de professeurs est loin d’être le paradis que certains imaginent, entre horaires sous-estimés, du fait du temps de présence pour toute sortes d’autres activités, de préparation ou de correction, niveau de rémunération bien faible étant donné le niveau d’étude et des conditions de travail extrêmement difficiles. Pour une jeune enseignante qui écrit sur le site du NouvelObs le fait que « les élèves sont intenables, leur niveau est accablant », d’autant plus que les jeunes professeurs récupèrent souvent les classes difficiles, dans des régions qu’ils ne connaissent pas, sans formation adéquate, privés de la dissuasion de la sanction par la circulaire Lang, le tout pour 1,1 SMIC, à niveau Bac + 5 (1600 euros bruts mensuels en début de carrière, 1900 au bout de dix ans).

Il n’est malheureusement pas étonnant que le nombre de vocations diminue car pour un même niveau d’études et de travail, il est possible de gagner bien plus, en pouvant davantage choisir son lieu de travail, et souvent, avec de meilleures conditions de travail. En outre, les études internationales montrent que la France manque cruellement de professeurs, notamment dans le primaire, quand les enfants apprennent à lire, écrire et compter, et qu’ils sont moins payés de 15 à 20% par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE. Il faut redonner l’autorité aux professeurs sur leurs classes, mais aussi mieux les rémunérer globalement, en accordant une prime supplémentaire à ceux qui enseignent dans les zones difficiles pour que cela soit une vocation reconnue et non une destination par défaut.


Ceux qui nous dirigent ont complètement abandonné les professeurs, entre règles absurdes et manque de considération financière. Que ce soit pour eux, et pour les enfants, qui finissent par en pâtir, on peut se demander s’il ne leur faudrait pas un véritable plan Marshall.

35 commentaires:

  1. Pour ma part j'avais envisagé une reconversion vers l'enseignement en 2008 et je l'ai écarté compte-tenu des perspectives. C'est à dire les annonces du rapport Pochard (sic) sur l'organisation des établissements et la réforme du recrutement.

    Le rapport Pochard était épouvantable : recrutement par les chefs d'établissements, professeurs ayant des responsabilités hiérarchiques sur d'autres professeurs, augmentation des horaires dans l'établissement, suppression du statut de fonctionnaire...plus les réformes d'inspiration pédagogistes, à droite aussi, ce qui ferait basculer ce métier dans le mensonge.

    Réforme du recrutement : même si finalement, au niveau de l'agrégation, il y a eu peu de changement en 2009 (pour 2010), il y a quand même eu l'introduction d'une épreuve non académique et de critères pipologiques.
    Epreuve non académique : agir de manière éthique en tant que fonctionnaire. Certains des contenus peuvent être intéressants à connaitre, mais cela n'a pas à faire partie des critères de recrutement, qui doivent rester académiques.
    Critères pipologiques : ce sont les certificats de langue et d'informatique. Le certificat de langue est académiquement relativement rigoureux, mais à quoi sert-il ? Le certificat d'informatique est en fait un certificat à 5% de powerpoint, et 95% de conneries pédagogistes. Hors de question de passer sous leurs fourches caudines.

    Bref, c'est le fonctionnement habituel du petit monde médiatico-politique, qui ici comme ailleurs nous conduit dans le mur.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Par ailleurs, les annonces des universitaires en sciences de l'éducation, à l'été 2009, qui avaient été consultés pour des contre-propositions sur la réforme des concours, étaient lamentables.

      Il semble qu'elles concernaient le CAPES principalement, quoique ce n'était pas clair dans leur document.
      Elles n'ont pour l'essentiel pas été retenues, fort heureusement. Mais je ne sais pas comment a évolué le CAPES.

      Supprimer
    2. Merci et bravo, vous avez tout résumé beaucoup mieux que je ne l'aurais fait. Vous me coupez l'herbe sous le pied !

      Supprimer
    3. Ah Ah ! Je comprends tout à fait ton désarroi, la formation des enseignants et l'éducation nationale sont touchés d'une maladie exotique depuis quelques années : la réformite aigüe. Qu'est ce que c'est ?

      La réformite aigüe est visible lorsque le patient ne comprend pas lui-même ce qu'il subit et quand le traitement censé arrêter la maladie finit par aggraver la compréhension et la perception, en attaquant prioritairement les moteurs sensoriels, provoquant des troubles auditifs et oculaires. Les réformes deviennent de plus en plus absurdes et sont appliquées de plus en plus brutalement, lorsque le patient est pris de convulsions et de peurs-paniques.

      Nous savons pas trop d'où vient cette maladie, car les cellules porteuses mutent et changent d'identité, nous en avons identifié certaines cependant : sujet autonome, collège unique, nouvelle pédagogie, ou vieille pédagogie, Jules Ferry, marché de l'édition, recherche universitaire, etc... Très difficiles à localiser, les causes de cette maladie restent encore obscures et de nombreuses autopsies seront encore nécessaires pour bien étudier le phénomène.

      Supprimer
  2. Oui mais en attendant des populistes débiles légers à la Sarko proposent simplement de supprimer 30% des professeurs c’est sur que ça va améliorer la situation…
    http://www.huffingtonpost.fr/2014/10/08/video-professeurs--nicolas-sarkozy-supprimer-30-effectifs-enseignants_n_5953686.html

    Après les chercheurs que feraient ce métier « parce qu’ils ont vu de la lumière et qu’il faisait chaud »…

    On n’est pas sortie de l’auberge...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vous imaginez : si on pouvais simplement supprimer 30% de tous ces politicards menteurs, manipulateurs, égocentriques, crétins, sans idées, j'en passe et des meilleurs ; vous imaginez ?
      Vous imaginez tout ce pognon d'économisé ? Et je ne parle même pas uniquement de leurs émoluments, mais de tout ce qui accompagne ces voleurs pour qu'ils puissent vivre largement au dessus de nos moyens : subventions des partis, coiffeur, bar, et autres choses à prix plus que réduits du Parlement et du Sénat ; réduction du nombre de fonctionnaires dans ces instances ; idem pour les Conseils Départementaux et régionaux ; je ne parle même pas des communautés de communes qui nous coûtent la peau des fesses, notamment en raison des ultra-cummulards (à la M2A, Mulhouse Alsace Agglomération, le président de la comcom est en même temps sénateur et conseiller municipal de Mulhouse ; et je ne parle même pas des présidences, vice-présidences et autres choses en tout genre!).
      Vous imaginez : si on pouvait simplement supprimer 30% de tous ces politicards menteurs, manipulateurs, égocentriques, crétins, sans idées, j'en passe et des meilleurs ; vous imaginez ?
      Ca en ferait, des moyens pour payer et former des enseignants, des personnels de santé pour nos hôpitaux publics, des personnels de sécurité (police, gendarmerie), etc. C'est à dire des gens utiles à notre société.
      Ca en ferait, du pognon, pour financer des formations aux chercheurs d'emploi.
      Etc !
      Rien que 30% de politicards en moins...

      Supprimer
    2. C'est tout à fait ça!

      Supprimer
  3. Les gens comme Sarko ne sont pas à la hauteur des enjeux.
    Pendant que nos prétendues élites se foutent de la recherche les chinois investissent sérieusement dans le reacteur a sels fondus dans les nanotubes de carbone.
    Et après les mêmes qui détruisent la recherche déploreront la perte de competitivité de la France. La competitivité c'est pas seulement des salaires bas, c'est de pouvoir faire des produits inédits que les autres ne peuvent encore faire mais pour ca il faut de la patience et de l'investissement à long terme. Tout le contraire de la vision de l'UMPS qui ne voit la France que comme un producteur de tourisme et de banquiers.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. T'as oublié la vinasse. On reste quand même au top niveau picole !

      Supprimer
  4. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

    RépondreSupprimer
  5. La revalorisation de ce métier passe, comme l'a dit si bien Anonyme (le 4 juin 2015 à 12:05), par l'arrêt immédiat de toutes les lubies pédago-managériales à la mode, genre rapports Pochetron et Thélot . Les pédagogistes sont à l'enseignement ce que sont la communication et la publicité à l'économie réelle : du vent, du parasitage, qui se développe conjointement à une baisse générale de la qualité. Cela va de pair avec la multiplication des chefaillons incompétents et des hiérarchies intermédiaires, si bien décrits par Marc Rameaux.

    J'ajouterai qu'il est nécessaire de revenir au recrutement sur des qualités universitaires, sur lesquelles les escrocs de la pédagogie ne peuvent pas tricher ni faire illusion par du verbiage. Donc de resserrer les liens entre les enseignants du secondaire et les chercheurs du supérieur. Il y a 40 ans, les professeurs publiaient dans des revues comme "Historiens et Géographes", participaient aux sociétés naturalistes régionales ou aux groupements locaux d'archéologie... cela existe toujours mais s'avère de moins en moins valorisé.

    Il me semble donc nécessaire de favoriser la rédaction de thèses de doctorat par des enseignants en poste, de valider sur le plan académique les publications et de faciliter les voyages d'étude (je pense à un enseignant ardennais de SVT spécialiste des fougères de Guyane), d'aménager les emplois du temps pour favoriser ce type d'activités. C'est implicitement prévu dans le statut d'agrégé par son horaire mais la recherche s'est pratiquée même chez les instituteurs, constituant des réseaux locaux pour les universitaires.

    On peut faire cette revalorisation académique en réalisant des économies substantielles : il suffit de se débarrasser des pseudo-recherches en "sciences de l'éducation" et de remettre de force devant les élèves de ZEP les planqués qui élucubrent en cette matière ; ils n'auront qu'à appliquer leurs grands conseils, on rigolera un peu. Il faudrait aussi profiter du départ à la retraite des générations 68 et post-68tardes pour liquider ces idéologues vaseux qui constituent la lie de l’Éducation Nationale.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je comprends que tu critiques les chercheurs en sciences de l'éducation, parfois je suis moi-même ébranlé par les incohérences de la politique éducative influencée par certains chercheurs.

      Cependant, je pense que le problème est plus vaste et concerne aussi les structures éducatives qui existaient avant les années 60. Je pense que la nouvelle pédagogie est aussi une des prolongations des anciennes pratiques éducatives et c'est le rôle de l'éducation dans la société contemporaine, multiculturelle, globalisée et informatisée, qui est posé. En effet, à l'époque des fondateurs de l'école républicaine, le monde a complètement changé, les structures sociales et économiques ont été bouleversés par les révolutions technologiques. Pour ma part, je pense que notre structure éducative - et les pratiques qui y sont attachées - est tout simplement trop vieille et n'est pas adaptée à notre façon de vivre, de parler, de travailler, etc.

      Justement, en Chine ça marche mieux, pourquoi ?
      Parce qu'ils ont fait violemment table rase des vieilles structures (ce n'est pas vraiment à souhaiter, du reste), et aujourd'hui leurs structures sont assez neuves.

      Supprimer
    2. Mes activités professionnelles m'ont permis d'aller régulièrement en Chine de 1995 à 2012 et d'y donner des cours techniques à de jeunes adultes (20 - 25 ans). J'ai donné en parallèle des cours en Université en France. Différences principales: les chinois étaient curieux et posaient des questions; les français plutôt apathiques. Les chinois ont de prime abord plus de respect pour le professeur et prêtent attention à ses propos. C'est moins le cas pour beaucoup d'étudiants français. C'est en partie culturel: la société chinoise valorise plus le savoir technique que la société française, ce qui est compréhensible, vu le plan de développement chinois. Par ailleurs, la culture chinoise a toujours accordé un grand respect aux professeurs. PS: je ne suis ni chinois, ni français.

      Supprimer
  6. Il semble que la recherche d'économie à tout prix dépasse encore largement en nuisance les idées des pédagogistes. À lire les propos de Sarkozy relevés par red2, l'Éducation nationale subit le traitement des services publics qu'on restreint pour faire accepter plus vite leur privatisation complète. À moins que les politiques aient définitivement abandonné le terrain du long terme et soient prêts à sacrifier au profit immédiat tout notre avenir.
    Les effets de la baisse du niveau d'étude se voit déjà dans la mauvaise qualité des débats. De nombreux signes, bien ailleurs que dans l'islamisme, montrent que nous entrons dans un âge d'obscurantisme. Rien que dans la maîtrise du français, l'art contemporain et les connaissances historiques, la dégringolade est spectaculaire.

    Guadet

    RépondreSupprimer
  7. Le dernier numéro de Causeur est justement consacré à l'école, avec plusieurs articles intéressants.

    Courrez l'acheter ! Il n'y en aura sans doute pas pour tout le monde.

    RépondreSupprimer
  8. Il semble que la porte est grande ouverte pour un enseignement privé de qualité, avec des profs bien payés (réservé bien entendu aux élèves dont les parents pourront payer).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'enseignement privé n'aura même pas besoin d'être de très bonne qualité, car si l'enseignement public est nul, même un enseignement privé médiocre, pourvu qu'il soit trop cher pour les classes moyennes et populaires, suffira aux fils de la bourgeoisie pour rafler tous les emplois intéressants.

      Comme si le piston ne suffisait pas...

      Ivan

      Supprimer
    2. Il faut espérer qu'un enseignement privé de qualité se développera, même s'il n'est accessible qu'à une petite partie de la population, parce que sans cela il n'y aura tout simplement rien.

      Supprimer
    3. Le privé sous contrat applique les mêmes programmes que le public, non ?

      Supprimer
    4. Le privé sous contrat est moins bien payé que le public puisque les salaires bruts sont les mêmes mais les charges plus élevées...
      Il y a aussi très peu de privé hors contrat.
      De plus, toutes les écoles privées ne sont pas "des boîtes à bac pour fils de", dans les régions de l'Ouest notamment, où, historiquement, l'implantation du privé catholique est très forte. Faut juste sortir de temps en temps des clichés éculés pour s'en rendre compte...
      Méchant privé, gentil public...

      Supprimer
  9. Une pétition pour s'opposer à la baisse continue de l'enseignement des mathématiques

    https://www.change.org/p/madame-la-ministre-de-l-%C3%A9ducation-nationale-de-l-enseignement-sup%C3%A9rieur-et-de-la-recherche-r%C3%A9vision-du-projet-des-programmes-de-math%C3%A9matiques-pour-les-cycles-3-et-4

    Cette fois c'est la géométrie qui est voie de disparition....

    RépondreSupprimer
  10. "Ceux qui nous dirigent ont complètement abandonné les professeurs"

    Les professeurs n'étant pas pour rien dans la situation actuelle, ils se sont abandonnés eux-mêmes.

    Évidemment pas tous, mais nombreux sont ceux qui ont laissé mettre au centre "l'apprenant qui construit seul son savoir".

    Si les professeurs scient eux-mêmes la branche "autorité du savoir" sur laquelle ils sont assis, on n'a plus qu'à se marrer avec dieu et Bossuet...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Faux, ce ne sont pas les professeurs qui ont choisi de mettre "l’apprenant" au centre, on y a été obligé par les directives ministérielles et les inspecteurs !

      Supprimer
  11. Le salaire est insuffisant, mais c'est encore pire pour les vacataires payés au lance pierre et devant être disponibles en tout temps pour tout endroit.

    Je trouve assez pathétique que des salariés du privé diplômés et se sentant un moment donné la fibre pédagogue pour devenir salariés de l'éducation nationale soient aussi mal traités alors qu'ils apportent un peu d'air frais avec leurs expériences et compétences dans un milieu assez endogamique d'enseignants n'ayant jamais travaillé dans le secteur économique privé. Il ne s'agit pas de dénigrer les enseignants mais de critiquer la technostructure administrative qui les étouffe avec des décisions sans concertation avec ceux qui travaillent sur le terrain.

    RépondreSupprimer
  12. "Je trouve assez pathétique que des salariés du privé diplômés et se sentant un moment donné la fibre pédagogue pour devenir salariés de l'éducation nationale soient aussi mal traités alors qu'ils apportent un peu d'air frais avec leurs expériences et compétences dans un milieu assez endogamique d'enseignants n'ayant jamais travaillé dans le secteur économique privé"

    Sauf qu'ils ne sont pas recrutés en raison des expériences et compétences exotiques qu'ils peuvent apporter ou non et dont le gouvernement se fiche mais justement parce que leur statut permettra de les traiter encore plus mal que les personnels recrutés par concours.

    Ivan

    RépondreSupprimer
  13. On veut embaucher à bac + 5 et payer à bac - 2 en oubliant qu'un salaire aussi misérable ne permet pas de rembourser les emprunts contractés pour des études aussi longues.

    "Mention particulière pour les jeunes enseignants, qui subissent le gel du point d'indice ET comme si ça ne suffisait pas, ont encaissé une baisse autoritaire de leur indice de début, ce qui fait qu'un PE, un CPE, un PLP ou un certifié démarre désormais (merci Peillon) à 1284€ nets soit 1,1 SMIC, et un agrégé à 1395€ net contre 1800€ net auparavant.
    Et maintenant, la CSG plein pot sur leurs éventuelles primes, youpi."

    http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2015/04/15042015Article635646788168753709.aspx

    Le plus désolant c'est qu'il existe un moyen connu depuis longtemps, pour recruter l'élite des classes populaires à des traitements de départ aussi bas, c'est de leur payer leurs études et de les compter dans leurs retraites. Cela permet d'organiser des concours très sélectifs après le bac.

    C'était la recette de l’École Normale. Il suffirait de la rétablir mais c'est l'horreur absolue pour les néolibéraux.

    Ivan

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il est vrai que rémunérer un bac+5 à 1,1 smic, c'est peu. Et encore, ce chiffre est surestimé!
      En effet il faudrait tenir compte du temps de travail du smic qui est passé de 40h hebdo à 35h; alors que celui des enseignants n'a pas bougé (la seule profession dans ce cas).
      Calcul: (1284/1136)*(35/40) = 0,99 !
      Vous avez suivi (ce n'est pas de la provoc)?

      Supprimer
  14. Commentaire sur l'article : Le CAPES : signe de l’abandon des professeurs.

    Je souscris globalement à l'article. J'y apporterai quelques précisions et d'autres perspectives.

    La masteurisation des concours d'enseignant est à mon avis une des grandes causes de la diminution des vocations. Moi, j'ai été intéressé à devenir enseignant mais je n'ai que BAC+4, ce qui fait que je suis obligé de m'inscrire et de passer le master 1 et 2. Pour quelqu'un qui souhaite rester actif et gagner de l'argent, c'est assez contraignant. Plus de possibilité, avec une simple licence, de passez en candidat libre en achetant quelques bouquins.
    D'autre part, beaucoup d'élèves, avant de commencer leurs études supérieures, ne peuvent pas se permettre de faire des longues études sur cinq, six ou sept années de suite, c'est un investissement risqué et assez coûteux.

    D'autre part, la mainmise de la formation des professeurs du 1er et second degré par les institutions universitaires cause des énormes problèmes d'organisation et d'évaluation. Un bon professeur pour un universitaire ne répond pas à tous les critères pour être un bon professeur dans un établissement primaire et secondaire. De plus, cette mainmise de l'université n'est pas bonne parce qu'elle politise les enjeux scientifiques et pédagogiques et affecte la neutralité indispensable à la recherche, et en même temps elle met au second plan les questions pratiques qui sont pourtant au coeur du métier et sont aussi importants que les questions disciplinaires. Il en ressort de tout cela une impression de flottement où le savoir s'enseigne lui-même, auto-réalisateur, en ne tenant pas compte de la transposition, de la construction du savoir au jour le jour, et enfin de l'appropriation différenciée par tel ou tel agent (élève, professeur et tuteur).

    Notre rapport au savoir, paradoxalement puisque nous avons l'impression que c'est le contraire avec l'apparition de l'élève au centre du dispositif éducatif, notre rapport au savoir reste dans une transcendance "cachée" et n'est pas du tout relativiste et horizontale comme certains peuvent le croire. Le fait que cette transcendance est cachée brouille les repères et ne remplit plus qu'une fonction énonciative, qui est de dire mais pas de faire, de copier plus que d'écrire par exemple.

    Le rapport à l'autorité est éminemment le lieu où convergent tous les problèmes de l'éducation aujourd'hui. Et il ne s'agit pas simplement de restituer les formes d'une ancienne autorité pour qu'elle soit rendue possible. Le problème de l'autorité est entièrement lié à la place que tient le savoir dans une culture. Le savoir est-il un supplément d'âme ? Un auxiliaire du pouvoir ? Une recherche de bien-être ? Un encadrement des consciences et des moeurs ? La place du savoir dans la culture française est devenue floue, chacun s'en réclame, mais peu arrivent à définir quelle est la pratique du savoir. Qu'est ce qui distingue un apprentissage familier d'un apprentissage scolaire, au fond ? Quels sont les signes pour dire qu'ici nous avons affaire à du vrai-savoir et là à du faux-savoir ? Est-il possible qu'il existe une réelle hiérarchie entre les deux, lorsque nous trouvons dans une situation d'expérience ? Et si oui, les critères du savoir ne sont-ils pas sociaux et culturels avant d'être scientifiques ? D'où ma question : Pourquoi les universitaires dirigent-ils la formation des professeurs qui enseignent à des enfants, dont l'enjeu de leur éducation ne répond pas du tout à la même logique ? Le non-logique n'est-il la matière première avec laquelle un enseignant doit travailler pour justement faire la part entre le vrai et le faux chez un élève qui absorbe tout sans faire trop de distinction ?

    RépondreSupprimer
  15. Au fait Pinsolle pas de commentaires pour Todd qui traite marianne d'extrême droite ?
    http://www.marianne.net/todd-pousse-au-crime-100233987.html

    RépondreSupprimer
  16. @ Anonyme 12h05

    Merci pour ce témoignage

    @ Alexandre

    Cela sévit bien trop souvent. Merci pour ces précisions

    @ Red2 & Guadet

    Sarkozy est juste totalement inconséquent

    @ CanluCat

    Le problème, c’est qu’il faudrait sans doute en virer plus de 30%...

    @ Rodolphe

    Merci pour cet enrichissement du débat

    @ Toutatis

    C’est le système étasunien. Merci pour le lien

    @ Ivan

    Bon résumé : Bac +5 payé Bac -2

    @ Fiorino

    J’ai déjà tweeté le papier critique de Coralie Delaume « Todd, l’eau et le bébé » il me semble. Sur ce sujet, il fait complètement fausse route il me semble

    RépondreSupprimer
  17. nicolas plagne6 juin 2015 à 00:41

    je ne dis pas qu'il n'y a pas de problème de rémunération des capésiens, mais on oublie toujours les agrégés, catégorie mal-aimée, soupçonnée a priori de snobisme et symbole de l'élitisme, ce péché capital de notre époque démagogique. or les agrégés aussi ont leur traitement bloqué et gelé depuis plus de dix ans et voient leur pouvoir d'achat rogné sans cesse: et comme eux ne font pas partie des profs les plus mal payés, ils n'ont jamais droit à un rattrapage. est-ce JUSTE? Est-ce ça la république et l'égalité des fonctionnaires? En fait on veut liquider l'agrégation et le corps des agrégés. On excite sans cesse la jalousie envers eux, on les brime en les taxant de passéisme et d'élitisme, parce qu'ils se battent souvent en effet pour un enseignement de qualité qui donne une vraie culture aux lycéens. Or n'est-ce pas ça la vraie sélection au mérite? ah oui, "sélection", le taboo! comme s'il n'y avait pas de sélection de toutes façons, sauf qu'elle se fera à l'argent!!!!!

    RépondreSupprimer
  18. Chaque année des milliers de contractuels vacataires occupent les postes non pourvus, remplacent les enseignants malades.

    Ces contractuels passent les concours, exercice difficile car le CAPES est un travail à plein temps, incompatible avec l'exercice quotidien du métier et les aléas de la vie d'un adulte confronté à la précarité, souvent en charge de famille. Même le CAPES interne, censé être plus accessible demeure une utopie tant les places sont réduites. Il faut lire les attendus du jury qui se plaint de façon récurrente de la faiblesse des candidats.

    Ils sont gentils les membres des jurys.

    Agrégés passés par la voie royale, n’ayant pas connus, ou peu, les affres des établissements difficiles, gavés de savoirs universitaires et toujours plongés dedans, ils voudraient voir les précaires planés dans les sphères éthérées de l’université alors que le temps et l’argent, n’oublions pas l’argent, ne le permet même pas d’acheter la revue généraliste attachée à leur discipline ou de consacrer du temps à errer sur le web en quête d’un article scientifique vulgarisé.

    On n’est content de trouver les précaire pour boucher les trous mais rien n’est fait pour les titularisés. Il y a peu, une des épreuves du Capes mentionnait : agir en agent de l’Etat de façon éthique et responsable. Quand l’Etat agira-t-il de façon éthique et responsable vis-à-vis des enseignants précaires.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "ils voudraient voir les précaires planés" planer

      "ne le permet" ne leur

      "On n’est content " on est

      Désolé, mais pour être enseignant il faut avoir un niveau minimum de connaissance, qu'il appartient aux jurys de concours de vérifier.

      Ne pas vouloir le voir, c'est faire le jeu de la baisse de niveau qui conduit notre pays dans le mur dans la concurrence avec les autres pays.

      Quant à l'agrégation, de nombreux enseignants titulaires du CAPES la passent en parallèle à leur métier.
      Donc la charge de travail pour l'agrégation (et à plus forte raison pour le CAPES) est compatible avec un travail personnel, y compris pour les vacataires.

      Supprimer
    2. @ Anonyme 15:50

      Le premier grief que vous formulez neutralise le deuxième.

      "Même le CAPES interne, censé être plus accessible demeure une utopie tant les places sont réduites" neutralise "Il faut lire les attendus du jury qui se plaint de façon récurrente de la faiblesse des candidats"

      En effet s'il y a très peu de poste à pourvoir les jurys n'ont pas d'autre choix que de se montrer extrêmement sélectifs.

      Par contre cela n'explique pas pourquoi parfois les examinateurs déclarent moins de candidats admissibles qu'ils en auraient le droit.

      Là vous êtes en retard d'une bataille. Quand on en arrive là on ne peut plus refuser de parler de la rémunération. On doit aussi remettre sur la table la question du concours d'entrée en formation rémunérée et comptant pour la retraite.

      C'est grâce à ce système que l’École Normale parvenait à offrir à la fois une chance réelle de promotion sociale aux jeunes des classes populaires et un service public de qualité aux élèves.

      Ivan

      Supprimer
  19. Rappelons brièvement que les politiques de rigueur actuelles sont dans la continuité de ce qui était déjà planifié en 1996 dans les cahiers de l'OCDE, bibles des réformistes ultralibéraux sous couvert de "progrès" :

    « Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population ».

    RépondreSupprimer