jeudi 22 juin 2017

La monétisation des dettes publiques, même forte, c’est possible

C’est un sujet fondamental dont nous devrions débattre, mais que la sortie des banques centrales du périmètre démocratique ne permet pas : le rachat par les banques centrales de la dette publique des Etats, soulageant à la fois les taux et le poids de la dette. Au sein de l’OCDE, de 10 à 40% de la dette publique a été rachetée par la banque centrale selon The Economist.


Ce pouvoir qui peut tout changer

C’est un sujet qu’André-Jacques Holbecq a cherché à populariser avec son livre, mais qui ne parvient pas à véritablement franchir le plafond de verre de ce débat public de plus en plus lyophilisé. Pourtant, les chiffres sont extraordinairement révélateurs. Le niveau de la dette publique du Japon, à 250% du PIB, peut sembler intenable, mais il ne faut pas oublier que la Banque Centrale du Japon en détient aujourd’hui près de 40%, ce qui signifie qu’en réalité, la dette nette de l’Etat japonais est plutôt autour de 150% du PIB. Mieux, en achetant pour l’équivalent de 13 à 15% du PIB de dette par an, avec un déficit budgétaire de 5% du PIB, la dette nette du pays recule de 8 à 10 points par an !



Le graphique de The Economist montre que tous les grands pays de l’OCDE ont recourt à la monétisation de la dette publique. Les chiffres de la zone euro varient entre 8 et 17% du total de la dette publique, ce qui s’explique sans doute par le fait que les banques centrales de la zone euro rachètent un même montant à proportion du PIB, mais qui représentent donc des parts différentes de la dette publique du fait de niveaux d’endettement différents. De manière intéressante, on constate aussi que la zone euro monétise moins que les autres, avec seulement 12% de dette publique détenue par les banques centrales, contre plus de 20% aux Etats-Unis, et même plus de 30% en Grande-Bretagne.




L’intérêt de la période actuelle, et du rachat grandissant de dette publique par les banques centrales, montre que ceux qui défendent cette idée (tout en ayant conscience des limites d’une utilisation exagérée, comme au Vénézuela) ont raison. Malheureusement, encore une fois, le cadre étroit, anti-social et totalitaire de UE et de l’euro empêche nos Etats d’avoir recours à ce puissant outil.

20 commentaires:

  1. "le cadre étroit, anti-social et totalitaire de UE et de l’euro empêche nos Etats d’avoir recours à ce puissant outil."

    Vous racontez n'importe quoi, la BCE a racheté à grands seaux de la dette publique sur le second marché. Le problème n'est pas là, il est dans les trappes à liquidités qui font que cette création monétaire est très peu injectée dans les économies en raison des règles budgétaires de l'UE.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Est-ce que vous pourriez détailler ce que sont les "trappes à liquidité" ?

      Supprimer
    2. Ce papier montre justement que la BCE a beaucoup moins racheté de dettes publiques que la Banque du Japon, la Fed ou la Banque d'Angleterre

      Supprimer
  2. "En réalité, ce n’est pas de transferts financiers de l’Allemagne vers d’autres pays qu’il est question. Mais de l’émergence d’une véritable politique économique européenne dans une Europe plus intégrée, point sur lequel la CDU comme le SPD sont a priori sur la même longueur d’onde que Macron."

    https://www.alternatives-economiques.fr/gustav-a-horn/lallemagne-macron-une-idylle-politique/00079407

    RépondreSupprimer
  3. Concernant la désindustrialisation, pas besoin de chercher très loin, le patronat français est une bande de margoulins :

    https://www.mediapart.fr/journal/economie/220617/les-ex-proprietaires-de-gms-se-sont-enrichis-millions?onglet=full

    RépondreSupprimer
  4. Pour ma part, je me pose les questions suivantes, et j'aimerais avoir des réponses claires et détaillées :

    1)
    - qui détient la dette, qui sont les prêteurs ? depuis combien de temps ?
    - d'où vient l'argent des prêteurs ?
    - combien verse-t-on, au titre des intérêts de la dette, à ces mêmes prêteurs ? année par année mais aussi cumul dans le temps
    - qui sont les intermédiaires entre prêteurs et Etat, qui sont les "conseillers" ?
    - combien reçoivent ces intermédiaires et/ou "conseillers" ? année par année mais aussi cumul dans le temps

    2)
    - comment est utilisée dans l'économie rélle l'augmentation de cette dette ? quels sont les intérêts concrets pour 95% de la population ?

    3)
    - comment peut-on expliquer l'explosion de la dette des états ?
    - qui a favorisé cette explosion et qui a laissé faire ? qui sont les grands bénéficiaires ? qui sont les perdants ?

    - en parallèle, comment peut-on expliquer l'augmentation insensée du marché immobilier, qui plonge une grande partie de la population dans la mouise ? qui a favorisé cette explosion et qui a laissé faire ? qui sont les grands bénéficiaires ? qui sont les perdants ?

    Si vous avez des liens vers des réponses claires, merci

    ***Jacko***

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pour l'immobilier la réponse est simple, c'est un des rares sujets sur lesquels les économistes sont unanimes.

      Il n'y a pas de débat entre les partisans de la politique de l'offre et ceux de la demande, tout le monde voit bien que si la construction des logements nécessaires pour résorber la pénurie est interdite par les règlements d'urbanisme c'est forcément une rigidité structurelle au niveau de l'offre, tandis que les loyers monstrueux que les français acceptent de payer pour avoir un toit sur la tête (enfin, ceux qui y arrivent encore) attestent de la vigueur de la demande.

      N'est-ce pas étrange ? Les partisans de la politique de l'offre qui voient des rigidités structurelles expliquant le chômage ou la stagnation là où il n'y en pas, dans le code du travail, les ignorent superbement là où elles existent, dans le code de l'urbanisme. Ils ne citent jamais le seul exemple concret qui pourrait prouver que dans un cas au moins, ils ont raison.

      Si vous cherchez à identifier les responsables de ce désastre (ou les coupables de ce crime) vous trouverez leurs aveux signés au bas des documents d'urbanisme qui limitent les surfaces constructibles, les densités d'occupation des sols, ou les hauteurs autorisées de construction.

      Derrière il y a une petite foule de comparses, complices et commanditaires à peine plus difficiles à identifier, notamment les "associations de riverains" (bailleurs en place) qui se constituent automatiquement pour bloquer tout projet de construction public ou privé qui risquerait d'aboutir à un logement supplémentaire dans le quartier.

      Avec un argument imparable, les nouvelles constructions dévaloriseront les anciennes. Effectivement, c'est une loi de l'économie incontestée. Tout nouveau billet de banque qui sort de l'imprimerie diminue la valeur de ceux qui ont été imprimés avant lui, toute nouvelle voiture qui sort de la chaîne de montage diminue la cote de celles qui l'ont précédée, etc.

      Sauf que dans le cas du logement ce n'est pas le problème, c'est la solution.

      Ivan

      Supprimer
    2. Merci Ivan pour ces infos, intéressant.

      ***Jacko***

      Supprimer
    3. Ivan

      C'est une évidence, le prix de l'immobilier plombe le pouvoir d'achat des français et tous les économistes sont unanimes sur ce sujet, ce qui n'est pas le cas pour d'autres sujets...

      Supprimer
    4. En siphonnant le pouvoir d'achat des ménages la rente immobilière garantie par les normes d'urbanisme malthusiennes asphyxie la demande adressée aux autres secteurs de l'économie.

      C'est une des causes structurelles majeures du chômage dans notre pays, la première à être apparue dès le milieu des années 1970 en même temps que le début du chômage de masse, avant l'intégration européenne puis le démantèlement de l'assurance vieillesse.

      Ivan

      Supprimer
  5. Le mieux serait que André Jacques Holbecq vienne répondre sur ce blog.
    L'autre particularité avec le Japon est que plus de 90% de la dette japonaise est détenue par des résidents japonais, ce qui n'est pas le cas de la France ou semblerait-il + de 60% de la dette est détenue par des non résidents.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Que la dette publique soit ou non détenue par des résidents français ne change pas grand chose puisque 97% de la dette française est sous contrat de droit français et donc les intérêts et le capital sont payables en "monnaie française" . Si nous devions passer au franc, 1 € de dette, qui que soit le détenteur, deviendrait 1 F (si le basculement à lieu à parité)

      Supprimer
  6. Il est certain que le Royaume-Uni aurait déjà connu une crise des dettes souveraines (au moment de la crise financière de 2007 – 2008, comme au moment du vote du Brexit si l’État n’avait pas la possibilité de se faire financer par la Banque centrale. En 2012 la BCE a dû se donner en urgence un statut de prêteur en dernier ressort illimité des États de la zone euro que les traités européens ne lui donnaient pas vraiment, mais dans un cadre conditionnel qui ne permet pas, par exemple, aujourd’hui à la Grèce de bénéficier du quantitative easing de la BCE. Bien évidemment il n’y a pas de cadre conditionnel imposé par une puissance supranationale pour le japon, les États-Unis, le Royaume-Uni, etc. où le QE est effectué ou pas en fonction de considérations sur la croissance, l’inflation, le taux de change de la monnaie, etc.

    https://www.youtube.com/watch?v=1T1npcNINRY

    RépondreSupprimer
  7. Herblay nous dit qu'il est souverainiste, et prétend qu'il est opposé à l'immigration.

    Suite à ses petits caprices ridicules, il refuse de voter pour MLP à la présidentielle.

    Et que se passe-t-il ?

    http://www.lefigaro.fr/international/2017/06/23/01003-20170623ARTFIG00331-emmanuel-macron-veut-un-pacte-de-dix-ans-avec-berlin.php

    http://www.atlantico.fr/decryptage/accueillir-refugies-car-c-est-notre-tradition-et-notre-honneur-56-francais-sont-pas-favorables-3090396.html

    A sa place, on aurait honte aussi...

    RépondreSupprimer
  8. Pour l'immobilier, n'est ce pas davantage le flux monnetaire en perpétuelle croissance (dette) que les normes d'urbanisme la cause de l'inflation ?

    Voir à ce sujet le blog de l'économiste Michael Hudson (en anglais) qui dit que les secteurs de la finance, assurances et immo canalisent à eux seuls 75% des flux monnetaires et sont sont des parasites vis à vis du reste de l'économie.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La spéculation financière internationale peut expliquer une partie des variation des cours des actifs, y compris l'immobilier, les uns par rapport aux autres.

      Par exemple il est normal que les actions montent quand les obligations baissent, et inversement. Je n'en dirais pas autant de la relation entre les cours de l'immobilier et les taux d'intérêt.

      Est-ce que les tarifs des voitures neuves baissent quand les taux d'intérêt augmentent et inversement ? Non, et pourtant les voitures neuves sont généralement achetées à crédit. La réaction de l'immobilier aux variations du coût de l'argent n'a rien de normale, elle est pathologique.

      Cela vient du fait que les normes d'urbanisme malthusiennes interdisent à l'industrie du bâtiment de satisfaire la demande quand elle devient solvable. Là où un constructeur auto augmentera la production pour satisfaire la demande, le marché immobilier n'a pas d'autre choix que de relever ses tarifs pour détruire la demande qu'il lui est interdit de satisfaire.

      Inversement quand les taux d'intérêt augmentent le constructeur auto diminue sa production. Le bâtiment ne peut pas diminuer la sienne, vu qu'elle est déjà gelée par les pouvoirs publics, et comme les acheteurs sont en permanence au maximum de leurs capacités de financement, le marché ne peut réagir que par une baisse des prix de vente.

      Voilà donc un marché où les baisses de taux d'intérêt ne profitent jamais à l'acheteur et où les hausses ne lui nuisent jamais non plus. Et tout le monde trouve cela normal, alors que cette aberration est un symptôme pathologique flagrant.

      http://www.gaullistelibre.com/2015/05/cette-bulle-financiere-qui-sest-remise.html

      Notons enfin qu'aucune de ces considérations financières ne peut expliquer l'augmentation des loyers.

      En sens inverse, l'augmentation des loyers rend compte d'une bonne part de celle des cours de l'immobilier.

      Ivan

      Supprimer
  9. Les Etats-Unis achètent des hommes politiques français !

    Les Etats-Unis paient des hommes politiques français pour faire la promotion de la construction européenne !

    D'octobre 2013 à janvier 2016, la ministre des Armées Sylvie Goulard était payée 10 000 dollars par mois par un organisme américain chargé de faire la promotion de la construction européenne !

    Lisez cet article ahurissant :

    Sylvie Goulard a été rémunérée pendant deux ans par un think tank américain.

    Sibyllin, Le Canard enchaîné évoquait cette semaine des "ménages" quand elle était eurodéputée. Sur sa déclaration d'intérêts au Parlement de Strasbourg, Sylvie Goulard mentionne d'elle-même un poste de "conseiller spécial" auprès de l' "Institut Berggruen" pour des revenus "supérieurs à 10.000 euros mensuels".

    Selon nos sources, via sa propre société de conseil, elle a été rémunérée par cet institut d'octobre 2013 à janvier 2016. "Tout était déclaré et ces sommes étaient brutes", insiste un proche de l'ancienne ministre.

    Créé et financé par Nicolas Berggruen, fils du richissime marchand d'art Heinz Berggruen, l'institut Berggruen, dont le siège est en Californie, est une organisation à but non lucratif chargée de "réfléchir aux systèmes de gouvernance". Sylvie Goulard, qui se destinait au Quai d'Orsay, a-t-elle été bien inspirée d'être appointée par cet organisme pendant plus de deux ans, pour près de 300.000 dollars ? "Le Berggruen fait la promotion de l'Union européenne et contribue au débat d'idées", jure-t-elle, parlant "d'un non-sujet"… à plus de 10.000 dollars par mois.

    http://www.lejdd.fr/politique/mais-pourquoi-sylvie-goulard-a-t-elle-quitte-le-gouvernement-3371234

    RépondreSupprimer
  10. @ Jacko

    Je manque de temps pour vous répondre. André-Jacques Holbecq a bien analysé la plupart des aspects de cette question. Et vous avez quelques données dans ce papier et les liens vers lesquels je renvoie.

    L’augmentation de la dette sert principalement à financer le déficit public (dont une partie souvent importante vient des intérêts de la dette)

    Sur un temps long, nous ne sommes pas si haut. On peut l’attribuer à la hausse des taux des années 1970, le refus de monétiser, jusqu’en 2008, et aux conséquences de l’ultralibéralisme

    L’immobilier ? Les inégalités, la baisse des taux, et probablement certaines contraintes de construction (mais ce n’est pas une question que j’ai beaucoup étudiée)

    @ Ivan

    Merci pour cette réponse

    @ Anonyme 24 juin 10h19

    C’est moi tout seul qui fait qu’il y a 10 millions de voix d’écarts entre MLP et EM ? Aucune honte si cela peut vous rassurer

    RépondreSupprimer
  11. Désolé du retard, j'étais absent...

    Merci Laurent de défendre ici ce point de vue.

    Il faut noter que le rachat des titres de dette arrivant à échéance (dans notre cas de 711 milliards pendant la mandature 2017/2022) n’augmenterait pas la masse monétaire totale en circulation mais transfèrerait simplement ce montant au bilan de la Banque de la Banque de France, diminuant progressivement les intérêts sur le solde de la dette, intérêts qui sont la cause première des déficits budgétaires (# 40 milliards par an pour l’Etat).
    Il faudrait donc parallèlement que la Banque de France « couvre » les déficits par émission monétaire (là nous aurions une augmentation faible et raisonnable de la masse monétaire en circulation)

    N’oublions pas que les intérêts cumulés depuis près de 50 ans sont responsables de 75% du stock de dette publique de 2200 milliards.

    RépondreSupprimer