dimanche 2 décembre 2018

Plus de barrage contre les intérêts financiers

C’est malheureusement un choix qui nous pend au nez depuis longtemps, comme j’en parlais il y a déjà 5 ans. La privatisation d’une partie des barrages se profile pour l’an prochain, une demande de Bruxelles en phase avec l’idéologie du pouvoir actuel. Une opération totalement aberrante, produit d’un dogmatisme oligolibéral totalement injustifiable par bien des points de vue.


Le révélateur de la nature de l’Union Européenne

En premier lieu, pour qui prend un peu de recul, comment ne pas être effaré par cette vente de ces barrages qui nous appartiennent par le biais d’EDF, qui reste publique à plus de 80%, à des intérêts privés ? En quoi la vente d’ouvrages entièrement financés par l’Etat, et largement amortis peut bien se justifier ? Parler de concurrence libre et non faussée au sujet des barrages est risible : les ouvrages sont déjà construits. Si encore les acheteurs voulaient en construire, ce pourrait être autre chose. Et encore, toutes les raisons que je vais énoncer plus bas pourraient largement les arrêter. Bien sûr, on peut évoquer une hypothétique baisse des coûts d’exploitation qu’apporterait cette vente du bien public.

Mais ce raisonnement se heurte à beaucoup d’arguments. Les baisses des coûts, cela peut être des coupes de postes uniquement destinées à améliorer la rentabilité des propriétaires privés, et dans ce cas-là, la collectivité y perd, passé le dédommagement de l’achat, en postes détruits et/ou délocalisés. Ensuite, dans bien des cas, la privatisation des services publics aboutit au contraire à des hausses de prix, la destruction du bien public faisant perdre des économies d’échelle et imposant des coûts de commercialisation parfois supérieurs. Mais surtout, en théorie économique, comment ne pas comprendre que les barrages font partie des monopoles naturels au sein des activités économiques ?

En effet, comme le rapporte remarquablement bien un papier du très recommandable site Le vent se lève, les barrages jouent un rôle clé dans le mix énergétique du pays. Ils sont le moyen le plus facile d’ajuster la production d’électricité en fonction de la consommation ou des productions aléatoires des autres énergies renouvelables, à la hausse, ou à la baisse. Les turbines s’arrêtent vite. Encore mieux, quelques barrages peuvent absorber un excès de production en faisant remonter l’eau. Ainsi, la production des barrages est un rouage essentiel de l’ensemble du service public de l’énergie et il est totalement effarant de vouloir fragmenter et privatiser de privatiser 66% de la capacité de pointe

Comment ne pas voir qu’il est essentiel que les barrages restent dans le giron public ? Il est à noter que les Allemands ont pris, une nouvelle fois, des libertés avec les règles européennes sur le sujet. Le vent se lève souligne que les barrages ont un excédent d’exploitation important, de l’ordre de 2,5 milliards d’euros, qui fait probablement saliver les intérêts privés. Pire, dans le dédale des règles de fixation des prix de l’énergie, il se demande s’ils ne pourraient pas agir sur la production des barrages pour leur intérêt et au détriment du service public de l’énergie. Il est intéressant de noter que la Norvège, qui tire 99% de son énergie des barrages, n’en confie l’exploitation qu’à des entreprises publiques.



Cette dispersion façon puzzle de ces actifs essentiels, amortis et rentables du service public de l’électricité serait un immense scandale. Non seulement, cela affaiblirait significativement un service critique de toute société, mais cela reviendrait à nouveau à privatiser une rente juteuse et amortie qui n’a aucune raison de quitter la sphère publique. Encore une fois, l’UE, c’est l’Europe des oligarques.

18 commentaires:

  1. " Encore une fois, l’UE, c’est l’Europe des oligarques."

    Il n'y a aucune obligation venant de l'UE de privatiser les infrastructures monopoles naturels. Les autoroutes allemandes sont toujours publiques, par exemple. Donc, comme d'habitude, vous racontez n'importe quoi car dans ce domaine ce sont les gouvernements nationaux qui décident, pas l'UE qui fait des préconisations tout à fait refusables.

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    1. « [...] ce sont les gouvernements nationaux qui décident »...

      Ces gouvernements soit-disant nationaux ne sont pas juste des gouvernements d'États-nations, mais des gouvernements d'États-membres. Ce n'est pas la même chose (Christopher, Bickerton, European Integration
      From Nation-States to Member States, 2013). On en retrouve les manifestations dans le mode de gouvernance démocratique. Lorsque les populations se prononcent par référendum contre les préconisations prétendument refusables de l'UE, on contourne leur opposition ou on leur demande de revoter, parce qu'un vote contre la logique fédéraliste ne peut pas être un bon vote.

      « Il n’est pas possible que l’Irlande, avec tout le respect pour son choix démocratique, puisse stopper un projet aussi nécessaire », avait déclaré José Luis Zapatero, Premier Ministre espagnol, après le rejet initial du Traité de Lisbonne par l'Irlande en 2008. Donald Tusk avait quant à lui déclaré que l'Europe trouverait un moyen pour appliquer malgré tout le traité de Lisbonne. Or, celui-ci était déjà une tentative de contourner le refus par les Français et les Néerlandais, en 2005, de la constitution européenne que l'on cherchait à imposer (traité de Rome II, 2004).

      Signaler que les responsables politiques nationaux pourraient, s'ils le voulaient, raisonner autrement, est oiseux dès lors que la plupart ont abandonné toute velléité de défendre l'idée de souveraineté nationale. « There is no alternative » résume leur rapport à l'action politique. Comme l'a montré Christopher Bickerton (Politics Without Sovereignty, 2006), ce n'est pas tant le rapport à la mondialisation qui est à mettre en cause dans cet abandon de l'idée de souveraineté, que la perte du sens des possibilités politiques. Les préconisations de l'UE ne sont refusables que sur le papier parce que, le plus souvent, les technocrates hors-sol qui gouvernent les pays européens ne songent pas à les refuser.

      Mais on ne saurait pour autant réduire cette tendance lourde aux abandons de souveraineté à un effet exclusif de l'absence de volonté des dirigeants nationaux, parce que cela reviendrait à masquer le caractère de plus en plus autoritaire du fonctionnement d'une entité politique où les dirigeants qui témoignent de velléités d'indépendance sont susceptibles d'être menacés ou écartés (Berlusconi en 2011, peu après avoir reçu une lettre comminatoire de Trichet sur la politique qu'on voulait lui voir mener).

      YPB

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    2. "Les préconisations de l'UE ne sont refusables que sur le papier parce que, le plus souvent, les technocrates hors-sol qui gouvernent les pays européens ne songent pas à les refuser. "

      Pas du tout, et hors de l'UE ces dirigeants élus feraient pareil, comme ce trou du cul de Trump ou Thatcher.

      La vérité étant que ceux qui sont élus se comportent comme des porcs, peu importe qu'ils appartiennent à l'UE ou autre chose.

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    3. Hors de l'UE, ces responsables politiques n'appliqueraient pas les consignes de l'UE. C'est aussi simple que cela. Serait-ce pour autant la garantie d'une bonne politique ? Non, bien évidemment. Mais cela autoriserait au moins des politiques privilégiant les réalités nationales plutôt que l'utopie européiste. Si par ailleurs l'appartenance à l'UE n'est pas la garantie de meilleures politiques, quel est l'intérêt de multiplier les concessions de souveraineté et de s'encombrer des contraintes spécifiques à l'UE pour finalement n'en retirer aucun avantage concret ?

      YPB

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    4. "Hors de l'UE, ces responsables politiques n'appliqueraient pas les consignes de l'UE."

      Qu'est ce qu vous savez ? Il s'agit de consignes néolibérales qui sont appliquées ailleurs, UE ou pas.

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    5. La suite de la phrase que vous avez tronquée répondait précisément à votre objection... Mais avez raison, la citation incomplète est un excellent procédé argumentatif quand on est de mauvaise foi et qu'on manque de munitions. Une condition à remplir cependant : n'être lu que par des ignorants, trop pressés de surcroît pour se pencher sur les contre-exemples décisifs qui réduisent votre argumentation à néant Pour rire un peu, même jaune, voici le texte original de la lettre de Mario Draghi et Jean-ClaudeTrichet à Berlusconi, envoyée de Francfort, le 5 août 2011 : https://www.corriere.it/economia/11_settembre_29/trichet_draghi_inglese_304a5f1e-ea59-11e0-ae06-4da866778017.shtml?fr=correlati (pour la version française, voir https://www.challenges.fr/economie/l-incroyable-diktat-de-trichet-a-berlusconi_301344).

      Assurément, ces politiques néolibérales seraient encore assez largement appliquées ici ou là même sans l'UE. Il se trouve simplement qu'il y aurait quelque espoir de pouvoir y échapper sans être accusé de vouloir provoquer la destruction de l'Europe et la Troisième Guerre mondiale. C'est infiniment plus qu'un point de détail.

      YPB

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  2. N'oublions pas que Nick Hulot a fait avancer ce dossier comme souhaité par l'UE.

    Si cela peut éviter aux gogos de se laisser prendre aux discours "antilibéraux" de cet imposteur...

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  3. Ces barrages ont été construits parfois sur des villages entiers qui ont été expropriés pour utilité publique.

    Si la privatisation se fait les habitants auront été trompés et spoliés.

    Ivan

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  4. @ Troll eurolibéral

    Les règles européennes sont largement évoquées pour justifier cette injustifiable privatisation… Vous faites semblant de l’ignorer…

    @ YPB et Ivan

    Merci

    @ Anonyme 11h10

    C’est clairement à mettre au passif de Nicolas Hulot que de ne pas dire un mot sur cette question

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    1. C'est à mettre au passif de Hulot, et cela montre tout le crédit qu'on peut accorder à ses discours.

      Comme par ailleurs il soutient le démantèlement du nucléaire civil, ce qui est ruineux, idiot et dangereux pour notre bien-être, cela prouve que ce Hulot est un imposteur, qu'il ne faut donc pas soutenir.

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  5. Merci à L. Herblay de rappeler ce projet détestable, qui risque de passer inaperçu dans le contexte actuel. Une campagne contre la privatisation des barrages serait la bienvenue.

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  6. Grâce aux gilets jaunes le débat soulevé par la thèse de C. Guilly va peut-être trouver sa solution.

    Si personne ne semblait contester l'existence d'une France périphérique, les débats sur le critère pour la délimiter (et dessiner les cartes) étaient passionnés.

    Avec les gilets jaunes nous avons la réponse matérielle et historique, non idéologique. Appartiennent à la France périphérique ceux qui ne peuvent pas se passer de la voiture, et à la France métropolitaine les autres.

    Ivan

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  7. Autre mécanisme supranational en cours de mise en place :

    http://www.valeursactuelles.com/societe/le-pacte-mondial-pour-les-migrations-ou-loffensive-onusienne-contre-le-principe-de-souverainete-nationale-101346

    Tous les mous du choux qui soutiennent que l'immigration n'est pas un problème bla bla bla y sont un peu pour quelque chose...

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  8. Sondage Ifop : huit Français sur dix n’approuvent pas l’action de Macron.

    Emmanuel Macron et Edouard Philippe prennent la foudre dans le dernier tableau de bord Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud-Radio. Seuls 23 % des Français soutiennent le président et 26 % le Premier ministre. Le plus bas niveau depuis le début du quinquennat.

    L’exécutif dans la nasse. Emmanuel Macron et Edouard Philippe paient cash leur gestion chaotique de la crise des «gilets jaunes». Selon le tableau de bord Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio, le chef de l’Etat recule de six points (23 %) et tombe à son plus bas niveau. Symboliquement, il chute sous son socle (24 %) du premier tour de l’élection présidentielle.

    A 23 %, il égale le record de François Hollande. A la même époque de son mandat, en décembre 2013, l’ancien président socialiste avait accumulé la colère des bonnets rouges, le ras-le-bol fiscal plus l’affaire Léonarda.

    Cinq ans plus tard, 76% (+5) des personnes interrogées par l’Ifop ne sont pas satisfaites de l’action d’Emmanuel Macron. Signe supplémentaire de cette hostilité croissante autour de la personne du président, la moitié des Français n’approuvent pas du tout son action.

    Il recule partout : chez les cadres (38%, -9), chez ses électeurs du premier tour (53%, -11), parmi les sympathisants de gauche (13%, -4), chez Les Républicains (32%, -9). Et il est audible par seulement 12% (-7) des ouvriers. Emmanuel Macron a perdu dix-huit points en cinq mois ! Une accélération de la défiance en un temps record.

    https://www.parismatch.com/Actu/Politique/Sondage-Ifop-Huit-francais-sur-dix-n-approuvent-pas-l-action-de-Macron-1592210

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  9. Ah ! Si les gilets jaunes (et Herblay) savaient...

    https://twitter.com/fmbreon/status/1069518795864186885

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  10. Emmanuel Macron conspué au Puy-en-Velay, après une visite à la préfecture incendiée.

    Le chef de l'État était venu constater les dégâts survenus lors de la mobilisation des "gilets jaunes" samedi et "témoigner personnellement de son soutien aux agents".

    Emmanuel Macron s'est rendu à la préfecture de Haute-Loire, au Puy-en-Velay, mardi 4 décembre dans l'après-midi, selon le journaliste de franceinfo présent sur place. Le président de la République est venu constater les dégâts, à la suite de l'incendie de la préfecture survenu lors de la mobilisation des "gilets jaunes" samedi 1er décembre.

    Le chef de l'État est arrivé vers 16 heures et est reparti vers 18 heures. Il n'a fait aucune déclaration. 

    Apprenant la venue d'Emmanuel Macron, une vingtaine de manifestants s'étaient réunis devant les grilles de la préfecture. En sortant, le président de la République a voulu ouvrir la vitre pour saluer les gens autour de lui, mais il a été rapidement conspué et hué, certains criant : « Tous pourris » et « Macron démission ».

    Le cortège présidentiel a été poursuivi, et la garde rapprochée du président a dû sortir d'un véhicule pour protéger le cortège.

    Emmanuel Macron était venu "pour témoigner personnellement et directement de son respect et de son soutien aux agents après l’incendie d’une partie des locaux préfectoraux", indique l'Élysée à franceinfo. 

    https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/emmanuel-macron-en-deplacement-a-la-prefecture-de-haute-loire-incendiee-samedi-lors-de-la-mobilisation-des-gilets-jaunes_3084641.html

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  11. La ruse d'Edouard Philippe pour tromper les Gilets jaunes est la suivante :

    - Pour essayer de calmer les Gilets jaunes, Edouard Philippe annonce un moratoire de six mois de plusieurs taxes.

    - Pourquoi un moratoire de six mois ? Réponse :

    - Edouard Philippe sait que les élections européennes se dérouleront le 26 mai 2019.

    - Dans six mois, ce sera le 4 juin 2019, les élections européennes seront passées … et toutes les taxes gelées par le moratoire entreront en vigueur ! ! !

    - Les Gilets jaunes vont-ils tomber dans le piège d'Edouard Philippe ?

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    1. Je crois pas car la campagne des européennes est lancée, et apparemment LREM a décidé de suivre imperturbablement son agenda comme s'il ne s'était rien passé :

      https://fr.yahoo.com/news/programme-lrem-transf%C3%A9rer-souverainet%C3%A9-france-112952299.html

      Avec des mecs comme ce Taché même les citoyens les plus obtus vont comprendre la nature du macronisme.

      Ivan

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