lundi 25 février 2019

GAFAM : profits extravagants, taxation dérisoire



Les politiques s’agitent, les profits se cachent

Bien sûr, leurs cours en bourse ont cessé leur ascension météoriques, mais dans la réalité, les résultats 2018 des GAFAM n’en restent pas moins stupéfiants. Commençons par Alphabet, la maison mère de Google : 136,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en hausse de plus de 20%, un résultat net qui bat tous les records, à 30,7 milliards ! Malgré une année difficile, Facebook engrange 56 milliards de CA, pour 22 milliards de profits, une hausse respective de 37 et 39% par rapport à 2017 ! Sur l’année fiscale 2018, Microsoft, de son côté, a réalisé 110 milliards de dollars de vente et 30 milliards de profits, quand le titan Apple a atteint respectivement 265 et 59 milliards de dollars.

En une seule année, le chiffre d’affaire de ses géants a bondi de plus de 20%, à 565 milliards de dollars, et leurs profits se sont envolés à plus de 140 milliards, près de 25% du CA, après impôts ! Le signe que les titans du numérique se sont constitués de belles rentes pour leurs actionnaires et leurs dirigeants, au détriment de beaucoup de média, qui se sont vus vampiriser leurs ressources publicitaires par Alphabet et Facebook. Problème, ces entreprises parviennent à détourner plus de 90% du chiffre d’affaires réalisés en France, que l’on peut estimer à 25 milliards, et donc 6 milliards de profits. Ainsi, ces quatre géants évitent près de 2 milliards d’impôt sur les sociétés en France.

En 2017, quelques pays européens avaient fait mine de vouloir davantage faire payer d’impôts aux GAFAM, mais les parasites fiscaux notoires de l’UE étaient absents… Aujourd’hui, après l’échec des discussions européennes, Bruno Le Maire a annoncé une initiative française d’ici la fin du mois, mais pour qui prend un peu de recul, toute taxation sur le chiffre d’affaires serait dérisoire étant donné que 90% du chiffre d’affaires véritablement réalisé en France est détourné dans d’autres pays européens grâce aux règles de l’UE. Autant dire qu’une telle taxe aurait un rendement dérisoire par rapport à la réalité, ce que le ministre de l’économie feint d’ignorer, alors qu’il ne peut pas ne pas le savoir.

Voici exactement le genre de sujet qui font que les Gilets Jaunes se mobilisent, cette injustice fiscale criante qui fait que les multinationales trouvent des dispositifs pseudo-légaux pour échapper de payer leur juste contribution à la société. Joseph Stiglitz avait justement écrit que la seule solution serait de mettre en quarantaine les parasites fiscaux. Problème, dans l’UE, les capitaux circulent librement entre des pays comme la France et les nombreux parasites fiscaux qui en font partie, ouvrant de multiples possibilités aux multinationales d’échapper au paiement de l’impôt, de la facturation de services divers pour baisser les profits dans certains pays, jusqu’à la localisation du CA...


Bref, il y a fort à parier que le projet de loi de Bruno Le Maire sera totalement dérisoire, tant il ignore toutes les distorsions du système fiscal que permet cette UE, où les intérêts des multinationales sont toujours bien servis, au détriment de l’intérêt général. Nos dirigeants s’agitent pour tenter de donner le change, mais comme le montrent les Gilets Jaunes, ils sont rattrapés par une triste réalité.

2 commentaires:

  1. Les Centres d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) hébergent les Français sans domicile. Or l'Etat va diminuer leur financement de 57 millions d'euros sur quatre ans !

    Rien que pour l'année 2018, l'Etat a supprimé 20 millions d'euros pour les financer !

    3 avril 2018 :

    Hébergement d’urgence : plus de places, moins d’argent.

    «Les services de l’Etat annoncent une restriction des crédits au moment même où le ministre affirme vouloir pérenniser des places», s’étonne un responsable associatif.

    Déjà début mars 2018, les associations avaient écrit au Premier ministre pour déplorer une autre baisse de crédits affectant les centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), qui accueillent 43 000 personnes sans domicile pour des périodes de plusieurs mois ou années dans une perspective de réinsertion. Un travail social au long cours qui tranche avec l’hébergement d’urgence, limité grosso modo à une mise à l’abri des personnes.

    «Le ministère de la Cohésion des territoires nous a confirmé la mise en place d’un plan d’économies de 57 millions d’euros sur ces établissements [les CHRS, ndlr] en quatre ans, dont 20 millions dès 2018», écrivaient à Edouard Philippe les signataires, parmi lesquels Emmaüs, la Croix-Rouge, le Secours catholique, ou encore la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) qui regroupe toutes les associations de lutte contre les exclusions.

    Les économies de 57 millions envisagées se feront par le biais de la mise en place de conventions pluriannuelles d’objectifs et de moyens figurant dans la loi Elan présentée ce mercredi en Conseil des ministres.

    Contacté par Libération, le ministère de la Cohésion des territoires confirme les économies demandées aux CHRS dans un souci «d’homogénéisation du prix de journée. Actuellement, ils varient considérablement d’un établissement à un autre».

    En ce qui concerne les crédits dévolus à l’hébergement en Ile-de-France, le ministère indique qu’il s’agit de crédits «votés dans le cadre de la loi de finances 2018, mais qui seront ajustés au vu des besoins constatés par les préfets» en matière d’hébergement des sans-abri. Les associations restent sur leurs gardes.

    https://www.liberation.fr/france/2018/04/03/hebergement-d-urgence-plus-de-places-moins-d-argent_1640859

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    1. Le Centrum für europäische Politik vient de publier une étude sur les perdants et les gagnants de l'euro, par Alessandro Gasparotti et Matthias Kullas : 20 Years of the Euro: Winners and Losers
      An empirical study (https://www.cep.eu/fileadmin/user_upload/cep.eu/Studien/20_Jahre_Euro_-_Gewinner_und_Verlierer/cepStudy_20_years_Euro_-_Winners_and_Losers.pdf).

      Dans son analyse, le CEP conclut que l'Allemagne est le pays qui le plus bénéficié de l'introduction de l'euro : près de 1 900 milliards d'euros de 1999 à 2017, soit environ 23 000 euros par habitant. Avec l'Allemagne, les Pays-Bas sont le seul pays à avoir tiré un avantage notable de l'euro. Dans la plupart des autres pays analysés, l'euro a entraîné une baisse de la prospérité : moins 3 600 milliards d'euros en France et jusqu'à moins 4 300 milliards d'euros en Italie. Soit 56 000 euros de perte par habitant en France et 74 000 euros en Italie.

      YPB

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