lundi 10 février 2020

Tesla vaut 137 milliards : une bulle aussi explosive que grotesque






Des chiffres qui donnent le tournis



Les optimistes évoquent sa position et l’amélioration de ses résultats pour justifier une telle valorisation. Mais pour qui prend un peu de recul, elle reste totalement extravagante, pour ne pas dire délirante. Pour rappel, en 2019, Tesla a vendu plus de 360 000 voitures, fait un chiffre d’affaires de 24,6 milliards de dollars, et réalisé une perte d’un peu moins d’un milliard, après deux trimestres légèrement positifs. Et aujourd’hui, Tesla vaut plus que Volkswagen (CA 10 fois plus élevé, résultat de 7%), que BMW et Daimler ensemble (5 millions de voitures, CA 10 fois plus élevé, résultats de 10 et 6% respectivement) ou que Ford et GM réunis (plus de 300 milliards de CA et 20 milliards de profits) !



Cet écart de valorisation boursière est d’autant plus effarant que la croissance du CA automobile a ralenti, à 12% sur l’année (contre 7% pour le groupe Volkswagen), et seulement 2% sur le dernier trimestre. En effet, la hausse des volumes s’effectue avec une baisse des ventes des modèles les plus chers. Pire, la marge dégagée recule en valeur sur un an pour cette même raison. Bref, dans une industrie peu rentable, où Tesla peine à faire un profit (le meilleur résultat trimestriel a atteint 2% du CA), et alors que sa croissance a considérablement ralenti, difficile de justifier un tel enthousiasme et la valorisation extravagante de Tesla par rapport à des entreprises bien mieux établies qu’elle.





Pourtant, les marchés ont propulsé l’action vers de nouveaux records. Bien sûr, l’ouverture de l’usine en Chine peut permettre à Tesla d’accélérer son développement dans le pays, et le Model Y doit aider Tesla à gagner de nouveaux consommateurs. L’annonce par Elon Musk d’un objectif d’un demi-million de voitures vendues en 2020 semble crédible, puisque l’entreprise en a vendu 112 000 au quatrième trimestre, tout en représentant une accélération de la croissance par rapport à 2019. Mais pour qui analyse froidement ces prévisions, cela pousserait le chiffre d’affaires autour de 30 milliards et, à dépenses opérationnelles stables, permettrait de dégager un profit autour d’un milliard de dollar.



Mais cela ne justifie en rien une valorisation de 137 milliards, dans une industrie où les marchés valorisent les constructeurs entre 4 à 7 fois leurs profits. Même en suivant les projections de Morgan Stanley, à 2 millions de voitures en 2030, et 8,3% de résultat net, Tesla dégagerait 10 milliards de profits, comme BMW en 2018, qui vaut moins de 50 milliards… Problème : Tesla réalise déjà près de la moitié de ses volumes hors des Etats-Unis et la concurrence se renforcera fortement cette année. En outre, les constructeurs allemands ont les moyens de dépasser Tesla techniquement, alors que le constructeur californien va probablement devoir passer la seconde en dépenses marketing…



Plus réalistement, si Tesla vend un million de voitures, fait 60 milliards de CA et 3 milliards de profit, cela justifierait une capitalisation boursière de 20 milliards, soit un cours de l’action autour de 100 dollars ! Bref, l’envolée actuelle n’a absolument aucun sens, même en étant optimiste. La question n’est pas de savoir si le cours de l’action va s’effondrer, mais seulement quand.

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