samedi 10 octobre 2020

Bridgestone, Latécoère, Suez : la chienlit industrielle continue

Bien sûr, il ne fallait pas s’attendre à autre chose sous cette présidence. Déjà, sous Hollande, Alstom, Alcatel ou Technip avaient été rachetés, puis dépecés et l’usine Goodyear d’Amiens avait fermé, accélérant notre hémorragie industrielle. Aujourd’hui, outre les fruits de ces choix, le gouvernement actuel y ajoute de nouvelles erreurs, de Latécoère à Bridgestone en passant par Suez.

 



Commerçants et banquiers d’affaires sans frontières

 

Malheureusement, le cas de Bridgestone rappelle douloureusement celui de Goodyear, dont la fermeture a été jugée injustifiée par la justice : mêmes causes, mêmes conséquences … La production industrielle en France souffre d’une double concurrence déloyale. D’abord, celle des pneus chinois, que l’UE laisse entrer bien trop facilement, alors que les Etats-Unis protègent leur industrie avec des droits de douane de 35 à 80% mis en place par… Barack Obama ! Et nous ne sommes pas les mieux placés pour garder nos usines dans un espace sans frontières et sans écluses pour protéger les modèles sociaux plus avancés comme le nôtre, du fait de la concurrence de l’Europe de l’Est, comme le note Jean-Loup Bonnamy dans le FigaroVox. Et pour couronner le tout, l’UE a subventionné de 24 millions l’usine Bridegstone en Pologne, achevant définitivement la compétitivité de l’usine de Béthune…

 

Comme le note Bonnamy, « une des batailles de la guerre économique mondiale se joue à Béthune », et malheureusement, encore une fois, nos dirigeants capitulent en acceptant des règles qui conduisent forcément à la défaite de notre pays. Après le cas des usines d’entreprises étrangères encore présentes en France, vient celui des entreprises françaises que nous avons laissé racheter. Coralie Delaume, dans Marianne, revient sur le cas de Latécoère, qui vient d’annoncer le licenciement d’un tiers de ses effectifs en France du fait de la crise de l’aéronautique. Bien sûr, la crise est réelle, mais l’ampleur du plan de départ aurait probablement pu être plus facilement revue si l’entreprise était restée hexagonale, et non rachetée par un fond étatsunien. Pire, l’entreprise a reçu un prêt garanti de 60 millions au printemps dernier… L’Etat macronien aide toujours sans demander la moindre contrepartie…

 

Troisième cas de figure : les opérations franco-françaises aux conséquences hasardeuses… Ici, on pense à l’offre de rachat de Suez par Véolia. L’acheteur dit vouloir constituer un leader mondial en rachetant son concurrent. Gérard Mestrallet, président d’honneur de Suez, s’est opposé vigoureusement dans le Figaro à l’opération. Il souligne notamment qu’il y a de la place pour les deux, d’autant plus que cette opération imposerait une revente à la découpe d’une grande partie de Suez, un plus un étant donc loin de faire ne serait-ce que deux… Il dénonçe également l’endettement et les suppressions d’emplois qui en résulteraient, peu justifiables dans le contexte actuel, mais aussi le caractère hostile de cette opération, qui présage malheureusement de grandes difficultés et compromet sa réussite.

 


Dans une lettre publique au vitriol à destination de Jean Castex, Arnaud Montebourg reprend les arguments de Gérard Mestrallet, évoquant la revente de 75% des activités de Suez et les 4000 emplois menacés en France. Difficile d’y voir ce que gagnerait l’intérêt général à un tel rapprochement aux forceps, qui ne profitera qu’aux armées de banquiers, d’avocats et de consultants qui y oeuvrent déjà et y oeuvreront plus encore si ce projet va jusqu’au bout, comme cela semble devoir être le cas. L’ancien ministre, acide, pointe un conflit d’intérêt potentiel du fait de la proximité du patron de Véolia et de celui du fonds Méridian, associé à l’opération, avec la majorité présidentielle. Mais ce faisant, il semble qu’avec Macron, c’est toujours la logique du banquier d’affaires qui l’emporte sur tout le reste…

 

Ce qui frappant dans ces nouvelles affaires qui prolongent malheureusement le bilan désastreux du précédent mandat, c’est à quel point Macron n’a strictement rien à faire de l’industrie française. Les usines peuvent être fermées et les licenciements se poursuivent, même quand l’Etat verse des aides colossales. Et l’Etat laisse faire des opérations comme celle de Suez. Il est plus banquier d’affaire que président.

4 commentaires:

  1. Maintenant que le tissu économique a été bien nettoyé, notre président employé de banque va pouvoir s'occuper des affaires sérieuses telles que la lutte contre les fakes news, les maladie rares, l'engagement associatif et l'amélioration de la trésorerie des associations ou encore l'évolution du logement. On y croit !

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  2. N'oubliez pas que c'est vous (et quelques autres, d'accord) qui l'avez laissé élire, au deuxième tour de 2017.

    Autres sujets du même tonneau :

    https://www.causeur.fr/electricite-de-france-demantelement-commission-europeenne-184978

    https://www.lefigaro.fr/actualite-france/val-de-marne-le-commissariat-de-champigny-sur-marne-attaque-20201011

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  3. En lisant un article sur un projet de la commission européenne de vouloir démanteler EDF , j´ai pensé à votre article :

    https://korii.slate.fr/biz/edf-bruxelles-commission-europenne-demanteler-demembrement-groupe-hercule-concurrence

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