lundi 23 novembre 2020

Réussir le second déconfinement, et l’après

C’est une chose de critiquer, c’en est une autre d’essayer de faire des propositions. Comme me l’a suggéré un analyste avisé de cette crise, plutôt qu’un énième papier seulement critique, j’ai essayé de faire une analyse des neuf derniers mois pour apporter des idées afin de mieux réussir la suite, en m’inspirant notamment des propositions de Nicolas Meilhan, à retrouver sur Twitter.  

 

 

Anticipation, fin du tout ou rien, et responsabilisation  

 

Avant de proposer, il vaut mieux faire un bilan des mois passés, des deux confinements et du premier déconfinement. Premier aspect de ce bilan : notre pays s’en tire malheureusement plus mal que la moyenne des grands pays européens. Nous avons mis en place les mesures les plus contraignantes du continent au global : pour cette seconde vague, les commerces restent ouverts dans la plupart des autres pays, hors restaurants et cafés, et nous nous distinguons tristement par les attestations de sortie à l’extérieur. Et pourtant, notre bilan sanitaire est mauvais, le plus mauvais des grands pays de cette seconde vague avec l’Espagne, faisant dire à Die Zeit que notre pays est un « Absurdistan autoritaire ». Et logiquement, l’impact économique sera extrêmement lourd pour beaucoup.  

 



 

Bref, le bilan est assez calamiteux. Mais qu’est-ce qui a pu amener un pays comme le nôtre dans une telle position ? Premier problème : nos dirigeants n’ont clairement pas suffisamment anticipé. Cela était vrai pour la première vague : rappelons ici le détournement d’un conseil des ministres prévu sur la crise sanitaire le 29 février pour faire autre chose, ou le non report du premier tour des municipales ! De même, la seconde vague a mal été anticipée. C’est ainsi que les annonces de fermeture des restaurants ont été faites du jour au lendemain pour les deux confinements, quand la Grande-Bretagne ou l’Allemagne ont donné 5 jours à leurs professionnels pour se retourner. En revanche, l’éventuelle réouverture des commerces le 28 novembre est gérée avec plus d’anticipation. Mieux, le décalage des promotions du Vendredi Noir d’une semaine va limiter la cohue à la réouverture en adaptant le calendrier commercial aux contraintes sanitaires, préservant les intérêts des commerçants et des consommateurs.

 

 

Second problème, lié au premier : du fait de son retard, le gouvernement a probablement été poussé à des mesures trop radicales, pour compenser plus efficacement le dérapage épidémique, mettant en place des restrictions parmi les plus fortes des pays démocratiques, et les plus pénalisantes économiquement. Pire, la brutalité des mesures a sans doute nourri le relâchement du premier déconfinement, les citoyens ressentant sans doute un besoin encore plus grand de libertés.  

 

Troisième problème, lié au second : notre pays a fait le choix d’un déluge de contraintes extraordinairement liberticides, souvent durement sanctionnées par des forces de l’ordre qui ont d’autres choses à faire. C’est cette infantilisation que l’on retrouve dans le discours de Castex, qui a évoqué le fait de « ne pas desserrer la bride », comme si les Français étaient des animaux à maîtriser… Nous sommes très loin de l’Allemagne et la Suède, qui comptent d’abord sur la responsabilité individuelle pour maitriser l’épidémie, avec un bien plus grand succès que nous pour cette seconde vague. Il n’est pas si paradoxal que le déluge effroyable de contraintes et restrictions ne parvienne pas à endiguer davantage l’épidémie. En effet, avec un Etat aussi autoritaire et envahissant, il est naturel que les citoyens recherchent la moindre liberté, y compris dans les failles des règles byzantines de ce pouvoir qui nous demande de remplir un formulaire pour sortir de chez soi.

 

Par conséquent, pour que la France cesse d’être le mauvais élève de cette pandémie, il convient de mieux anticiper. Plusieurs analystes, comme Nicolas Meilhan, qui soulignait dès la fin octobre que nous étions déjà probablement au pic épidémique pour les contaminations, ont avancé des idées d’indicateurs avancés permettant de mieux anticiper la dynamique de l’épidémie. Le premier est la présence du Covid dans les eaux usées : la remontée début septembre et l’envolée de début octobre en Ile de France est très claire.

 



Le second est le flux des actes médicaux SOS Médecins pour suspicion de Covid, qui repartent à hausse le 1er octobre après avoir passé un pic mi-septembre.

 

Tout ceci doit nous permettre de prendre des mesures et lancer des alertes plus tôt, de manière à limiter le rebond épidémique au moment où c’est encore facile. De même, il est étonnant que notre pays n’ouvre pas, comme d’autres, des hôpitaux de campagne, ou n’utilise pas l’Hôtel-Dieu à Paris.  

 

 

Cette anticipation est clé pour mener une stratégie efficace de « tester, tracer, isoler », après le fiasco des tests dont les résultats étaient bien trop tardifs et pas assez ciblés, avec un nombre de cycles d’amplification plus élevé que nos voisins européens comme l’Allemagne. Notre gouvernement semble trop souvent en retard et il est étonnant que nous ne pratiquions pas, comme d’autres pays (la Grande-Bretagne, la Slovaquie et l’Italie) des tests à grande échelle dans les zones les plus touchées pour assainir la situation. La gradation et le ciblage des mesures doivent être améliorées. Il y a probablement du sens à reprendre la différenciation des mesures en fonction des zones géographiques, les couvre-feux ayant limité le rebond épidémique. Nicolas Meilhan souligne que les premiers couvre-feux auraient pu être mis en place début octobre, et rapidement renforcés, ce qui nous aurait permis d’éviter un nouveau confinement, pas forcément nécessaire, alors que la propagation épidémique marquait le pas. Un autre calendrier aurait pu permettre de ne pas aller aussi loin dans les mesures de confinement. Leçon à retenir pour l’avenir.  

 

 

La question qui se pose maintenant, c’est à quel rythme déconfiner, et quelle organisation mettre en place pour éviter une troisième vague, qui reste un vrai risque alors que la saisonnalité du virus semble clairement être hivernale… Ici, on peut imaginer instituer un couvre-feu graduel, adapté à la situation sanitaire globale. Mais après deux confinements aux conséquences économiques, sociales et psychologiques désastreuses, il vaudrait probablement mieux éviter une nouvelle édition et en appeler à la responsabilité des citoyens, en leur demandant de veiller aux personnes fragiles, de mettre en place une bulle sociale pour limiter leurs interactions, sans totalement y mettre fin. Un nouveau confinement ne doit être qu’une solution de dernier recours, ce qui implique une anticipation et une gradation suffisante pour ne pas devoir y céder trop rapidement sans même que cela soit complètement nécessaire.

 

 

Très concrètement, le déconfinement doit être adapté en fonction des territoires, l’échelle du département étant probablement la plus adaptée. Il doit pouvoir être rapide pour les territoires où la circulation du virus est à la fois faible et en forte chute, et moins pour ceux où la circulation reste plus forte. Un ensemble d’indices doivent être pris en compte : le nombre de contaminations détectées, le niveau de saturation des services hospitaliers, mais aussi le niveau du virus dans les eaux usées et les actes médicaux, qui sont des indicateurs avancés pertinents. Parce qu’une troisième vague est plus que probable avec l’hiver, il faudra prévoir des seuils suffisamment précoces et des actions suffisamment significatives (couvre-feu, revue des jauges maximales pour les commerces, recommandations) pour freiner la circulation et éviter d’avoir recours à un nouveau confinement. A posteriori, voici ce qu’aurait pu donner un tel dispositif pour cette seconde vague sur la seule base des actes de SOS Médecins : un couvre-feu plus précoce, rendu plus strict mi-octobre, mais qui aurait pu être relâché mi-novembre.

 

 

En outre, une meilleure compréhension des lieux de contamination doit être établie. L’étude publiée par Nature qui incrimine les restaurants, ne doit pas servir de guide. L’application Tousanticovid aurait pu être un outil remarquable pour faire une grande étude qui permette de comprendre précisément comment l’épidémie circule, et adapter nos protocoles sanitaires. Et une telle utilisation aurait peut-être été un moyen de pousser davantage de Français à la télécharger, dans un climat de confiance. Enfin, toutes les mesures prises gagneraient sans doute à l’être en associant davantage toutes les parties prenantes et en prenant davantage en compte toutes les conséquences des mesures prises. Bien sûr, la priorité donnée à la vie et à la santé a du sens, et la gestion de notre système de santé est essentielle. Mais un meilleur ciblage des mesures, notamment autour des publics à risque, permettrait d’atteindre cet objectif tout en limitant bien davantage les conséquences négatives des restrictions prises.

 

Si l’état d’urgence sanitaire peut sembler légitime, on peut aussi penser que nos mauvais résultats sont en partie liés au choix de cette façon de faire si jupitérienne. Notre pays gagnerait à une gestion plus discutée et moins dogmatique de cette crise, ce qui permettrait sans doute une meilleure acceptation et application des mesures prises. Des études soulignent que cette acceptation est clé dans la réussite des pays qui ont le plus limité le bilan sanitaire. La France semble plus résignée qu’autre chose et souffre d’un bilan global franchement mauvais.

2 commentaires:

  1. Une étude à lire pour compléter la réflexion :

    https://www.nature.com/articles/s41562-020-01009-0.pdf

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  2. Et voici qu'on commence à nous parler d'une 3ème vague. Arrêtons avec la 1ere, la 2ème et la 3ème vague. Le postulat initial : nous sommes confronté.es à un nouveau virus, ultra contaminant qui provoque des séquelles voire la mort dans certains cas. Mais le temps d'avoir un vaccin et des traitements de plus en plus efficaces, il faut apprendre à vivre avec. Et que le coeur du problème au fond quel est-il ? La démolition de notre système médico-sanitaire et social sur 30, 40 ans. Si bien qu'on ne peut pas accueillir, orienter et soutenir les cas les plus problématiques.

    Et la Commission européenne a déjà commencé à nous pointer du doigt. Elle critique l'augmentation des salaires des soignants (infirmier.es, aide-soigant.es, aides à domicile etc...) car dépense non financée par des économies ou une augmentation des impôts.

    En plus d'être désabusée, inquiète je suis blasée.
    Noëlle

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