mardi 22 juin 2021

Victoires en trompe l’œil, claque présidentielle et grand désenchantement

Les résultats du premier tour des élections régionales et départementales ont apporté leur lot de surprises, largement commentées : abstention record, bons scores des sortants, de droite comme de gauche, score décevant du RN par rapport aux sondages, et déroute majeure de la majorité présidentielle. Mais la réussite des présidents sortants doit être sérieusement remise en perspective.

 


De vraies défaites et des succès très étriqués

 

Bien sûr, les 44% de Laurent Wauquiez, les 41% de Xavier Bertrand et les 36% de Valérie Pécresse, très loin devant leurs adversaires, peuvent les faire apparaître comme les vainqueurs de ce premier tour. Les deux premiers semblent totalement assurés de leur réélection et la troisième est grande favorite. Néanmoins, avec un niveau de participation tellement faible, leurs résultats sont beaucoup moins glorieux pour qui considère l’ensemble des électeurs, comme le communique le ministère de l’intérieur. Wauquiez n’a réuni que 13,8% des inscrits du fait d’une abstention de 67% et 2,7% de votes nul et blanc. Bertrand ne rassemble que 13% des inscrits avec 67% d’abstention et plus de 4% de votes nul et blanc. Enfin, Pécresse a réuni à peine 10,8% des inscrits avec 69% d’abstention et 2,5% de votes nul et blanc.

 

Pour remettre les choses en perspective, on peut rappeler que, lors des élections européennes de 2019, du fait d’une abstention de « seulement » 50%, le RN avait rassemblé 11,2% des inscrits et LREM 10,7%. En clair, LR réunit moins de voix que le RN et LREM en 2019. Voilà qui relativise grandement ce qui peut apparaître comme une victoire au premier abord. D’ailleurs, Bertrand ne progresse pas en part des inscrits : il a seulement fidélisé son électorat de 2015. Et si le score de Wauquiez est impressionnant, on peut rappeler qu’il avait réuni 15% des inscrits dès le premier tour en 2015… Idem pour Pécresse, qui n’est pas épargnée par la perte d’électeurs puisqu’elle avait rassemblé 13,6% des inscrits. Autrement dit, en part de l’électorat, Bertrand est stable, Wauquiez recule de 8% et Pécresse de plus de 20% ! Bref, la victoire de l’ancien monde est toute relative : c’est celle de borgnes au pays d’aveugles…

 

Les résultats du RN n’en sont pas moins décevants, même s’il faut reconnaître que son électorat était le plus suspectible de s’abstenir, ce qui a pesé sur ses scores. La forte abstention l’a très logiquement pénalisé. Mais tout de même, le recul est net, en part des voix, et donc plus encore numériquement. Dans les Hauts de France, non seulement la liste RN passe de 40 à 24%, mais elle tombe de 21,4 à 7,7% des inscrits, perdant près de deux tiers de ses voix ! Mariani résiste mieux en PACA, passant de 40 à 36% des voix exprimées, et de 20,4 à 11,7% des inscrits. Difficile d’être clair sur les causes de ce recul : conséquence de la déconnexion entre enjeux locaux et agenda du RN et du moindre intérêt de ses électeurs pour des élections locales, ou faiblesse plus intrinsèque du parti de la famille Le Pen, toujours pas une alternative désirable pour bien des Français ? Les scores de dimanche prochain seront intéressants.

 

Mais s’il y a un fiasco dans cette élection, c’est bien celui de la majorité présidentielle, dont les résultats sont totalement désastreux, avec à peine plus de 3% des inscrits qui ont voté pour ses listes. Les cinq ministres dépéchés en urgence dans les Hauts de France, dont deux des plus médiatiques, semblent avoir surtout rebuté des électeurs, qui ne gouttent guère ces parachutages de dernière minute, bien peu compatibles avec leur charge. La liste n’est même pas en position de se maintenir ! Un vrai vote sanction pour Macron. Et avec 87% des moins de 25 ans qui se sont abstenus, on ne peut pas dire que l’effarant épisode McFly & Carlito aient poussé les jeunes à voter. Enfin, les configurations du second tour ne mettent même pas LREM en position de faiseur de roi, mais en celle de spectateur passif. C’est donc une déroute inédite pour une majorité au pouvoir, qui expose durement les pieds d’argile de Macron.

 

Mais le plus incroyable a été la réaction de certains au niveau, aussi élevé que prévisible, de l’abstention. La très snob France Inter y a vu un problème d’éducation, comme si les gueux qui composent la France ne saisissait pas l’intérêt de voter. Je pense au contraire que ce geste avait un sens : une forme de lassitude démocratique face à des dirigeants qui ont trop menti, trop trahi et trop mené des politiques contraires aux intérêts du peuple, pour servir uniquement ceux de l’oligarchie. Et ce ne sont pas les médias dans leur majorité qui peuvent améliorer la situation par leur trop grand conformisme donneur de leçons. On peut ajouter que la réforme des régions de Hollande, ou la non distribution du matériel électoral n’ont pas aidé, contribuant à creuser le gouffre entre les citoyens et les dirigeants politiques.

 

Plus globalement, on peut probablement dire que cette élection marque un nouveau sommet dans le profond désenchantement politique des Français. Personne ne nous convainc aujourd’hui, ce qui favorise les sortants pour les élections locales étant donné que les élus locaux restent relativement populaires. Mais cela révèle que la situation est profondément instable au niveau national tant les deux premiers partis restent peu populaires. Il y a fort à parier que l’année à venir nous réservera des surprises…

5 commentaires:

  1. LREM représente 3% des électeurs inscrits (résultat qui confirme le désastre des municipales pour ce parti). Comment Macron peut-il gagner les présidentielles de 2022?

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  2. Je ne crois pas qu'on puisse tirer enseignement de ce premier tour. Ou plutôt un seul: Macron a dit aux Français de revivre comme avant et du coup ils sont allés "à la plage". Et cela n'a rien à voir avec la réforme des régions Hollande: les Français ne voyaient pas à quoi servait la région avant, ils ne voient pas plus après.

    Un coup pour rien car:
    -Les trois aspirants présidents LR ne semblent pas en situation de ramener au bercail les électeurs de droite classique macronisés. A part une alliance avec le FN la droite classique est morte.
    -L'alliage macroniste de libéraux/libertaires, ex-bayrouistes et ex-juppéistes, d'actifs urbains et de retraités rassemblés par un intérêt pécuniaire synchrone de la mondialisation demeure. Qu'il n'ait aucune assise locale ne l'handicapera pas aux présidentielles.
    -Le côté alternative à effet repoussoir du FN aussi. La nullité stratégique des Le Pen aussi. Du coup une partie des électeurs frontistes ont le sentiment du vote inutile. Là par contre ça pourrait avoir une petite incidence, une stagnation sanctionnant la nullité des leaders.
    -Le retour au bercail des électeurs de gauche déçus du macronisme se fait non au bénéfice d'une social-démocratie flinguée par la mondialisation et la montée des individualismes/communautarismes mais des Verts. A savoir l'abandon total du social pour un dogmatisme sociétal et une écolo-idéologie à effet repoussoir. Et une géographie réduite aux grandes villes. Ajoutons à ça le score catastrophique au 1er tour donné par les sondages au candidat/candidate unique de la Gauche quel qu'il soit (et ironiquement le détestable mais charismatique Mélenchon ferait mieux qu'Hidalgo).

    Pour toutes ces raisons j'imagine que la surprise serait plutôt un Macron à la fois plus détesté et plus confortablement réélu, situation paradoxale handicapante pour un deuxième mandat.

    JZ

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  3. Mercredi 26, dans les médias, on explique que la France est sous tutelle, sans s'en indigner. Et les dimanches 20 & 27, ces mêmes médias vont s'étonner que le Dèmos (peuple) doute de son kratos (pouvoir) par l'élection.

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  4. @ Antoine,

    En effet, il est assez stupéfiant que le petit favori des sondages pour la présidentielle ne parvienne qu’à réunir 3% des inscrits lors de ces élections. Cela montre que le soutien qu’il reçoit est largement par défaut et que la part de vraiment convaincus est faible

    @ JZ

    - D’accord sur la fragilité de LR. Leur victoire est très relative et la guerre des chefs va repartir.
    - Pas faux sur l’alliage macroniste. Mais MLP donne de plus en plus de gages de continuité. Sur les présidentielles, cela dépendra de la force des offres alternatives
    - Pour le RN, je pense que l’on sous-estime le fait que les conseillers régionaux et départementaux n’ont pas beaucoup de moyens d’action sur les sujets forts du RN. Il me semble que les élections locales sont structurellement délicates pour le RN. En outre, ce sont des élections à forte abstention, sachant que son électorat s’abstient fortement.
    - La gauche reste très faible en effet, fragmentée, divisée, même si elle peut occasionnellement se rassembler

    La conclusion que vous évoquez semble la plus probable aujourd’hui, mais l’extrême faiblesse de Macron pourrait amener à une conclusion plus heureuse

    @ Anonyme

    Il est clair que les explications sur l’abstention sont effarantes. Certains s’exonèrent de toute responsabilité, tel François de Rugy et évoquent un manque d’éducation ou un « je m’en foutisme » alors que les politiques ont donné beaucoup de raisons aux Français pour ne pas voter

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