samedi 3 juillet 2021

Xavier Bertrand, la grenouille de 2022

Il est parti le premier, dit refuser se soumettre au processus de sélection de LR, semble le mieux placé dans les sondages et a déclaré dimanche soir que ses « résultats me donnent la force d’aller à la rencontre de tous les Français ». Mais une telle position, celle de Balladur en 1995 ou Juppé en 2017, n’est pas souvent la meilleure pour l’emporter. Et si la bulle Bertrand venait à exploser ?

 


Succès très relatif et postures téléphonées

 

Il est assez incroyable que tant de média reprennent sans les remettre davantage en perspective la déclaration de Xavier Bertrand, pour qui ses « résultats (lui) donnent la force d’aller à la rencontre de tous les Français ». Bien sûr, il avait lié sa candidature à une victoire aux régionales et il l’a emporté. Mais cette victoire n’est pas glorieuse. D’abord, il n’est qu’un sortant parmi les autres à avoir été reconduit. Son résultat n’a rien d’exceptionnel et semble davantage devoir à un contexte général plutôt qu’à une quelconque réussite personnelle spécifique. Bien sûr, il vante le recul du RN dans sa région, mais ce recul est assez général et il faut rappeler que son adversaire ne pesait pas autant cette fois-ci. Et même s’il franchit le cap des 50%, il faut rappeler qu’il n’y avait que 3 listes au second tour, quand la majorité des régions comptait quatre, voir même cinq listes au second tour, diluant mécaniquement les scores.

 

Enfin, la performance de Xavier Bertrand par rapport à Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez laisse à désirer. Il fait un peu moins bien que le second en score au second tour, dans la même configuration, 52% des voix au lieu de 55%, le président réélu d’Auvergne-Rhône Alpes ramenant le RN à un niveau encore plus faible. En outre, ses rivaux de droite affrontaient des adversaires mieux implantés et plus connus, la liste LREM aux 5 ministres étant disqualifiée dès le premier tour, les manœuvres présidentielles l’ayant déconsidérée. Mais surtout, en 2015, Bertrand avait réuni 1,4 million de voix, contre 1,6 à Pécresse et 1,2 à Wauquiez. En 2021, point trop peu souligné, il en perd 49%, à 708 mille, quand Pécresse (à 1,076 million, -34%) et Wauquiez (961 mille, -20%) résistent bien mieux que lui. Bref, les électeurs des Hauts de France ne se sont pas montrés très enthousiastes. La force de sa victoire est assez médiocre en fait.

 

Et que dire de son discours prononcé peu après 20 heures ? Passons sur les devoirs qu’il évoque suite à une telle élection, alors qu’il s’apprête à délaisser ses administrés, même si cela était annoncé. La partie sur les Français oubliés est bien vue, mais ses résultats montrent aussi que ces Français n’ont pas voté pour lui… Et pour qui dit vouloir « bâtir un nouveau projet de société pour mieux vivre partout », son discours n’est pas très neuf, une tentative de synthèse du Chirac de 1995 et du Sarkozy de 2007. Du premier, il reprend la volonté de « réduire les fractures sociales et territoriales ». Du second, il reprend « le rétablissement de l’ordre et du respect » et la volonté que « le travail paye à nouveau ». On sait ce qu’il en est advenu. La fracture sociale a été oubliée pour satisfaire le cadre européen, pas moins contraignant aujourd’hui qu’hier. Et le rétablissement de l’ordre a consisté en des gesticulations médiatiques destinées à faire oublier des coupes sombres dans les budgets de la police, et la suppression de 10 000 postes !

 

Mais de cela, Xavier Bertrand n’a que faire. Il sait que ces discours peuvent être gagnants, et c’est tout ce qui compte pour lui. Nul doute qu’il serait capable des mêmes trahisons que ses prédécesseurs, seule l’accession au pouvoir comptant pour ces aventuriers. D’ailleurs, comme Chirac et Sarkozy, il reste bien mystérieux sur les moyens qu’il mettrait en œuvre pour réaliser de tels objectifs. Sa force, toute relative, vient de la faiblesse des deux premiers candidats des sondages, dont les Français ne veulent pas vraiment, laissant une place à toute autre alternative moins repoussante que Macron et Le Pen. Mais on peut aussi douter que les Français accordent une quelconque crédibilité à des promesses non tenues d’un passé pas si lointain, et réchauffées d’une manière aussi caricaturale que ce que fait Xavier Bertrand.

 

Voilà pourquoi, même s’il est aujourd’hui dans la position du favori pour représenter LR en 2022, il est tout sauf évident que Xavier Bertrand parvienne à ses fins. Sa victoire dans les Hauts de France n’est pas très concluante et indique qu’il n’est pas si populaire que cela. En outre, il faudrait qu’il sorte d’un discours qui ne semble reposer sur rien de concret et uniquement s’appuyer sur des éléments de communication déjà vus et revus tellement de fois dans le passé qu’ils ne sont guère crédibles.

13 commentaires:

  1. La force de Bertrand, c'est qu'il est le mieux placé à droite dans les sondages, et qu'ensuite il a lancé sa candidature sans la soumettre à LR et sans vouloir passer par une primaire. La balle est donc dans le camp de LR, car soit ce parti soutient Bertrand sans pouvoir peser sur son programme et ses conditions, soit il prend la responsabilité qu'il y ait deux candidats de droite avec le risque de faire un score minable et de n'avoir aucune chance d'être au second tour. C'est un peu ce qui s'est passé en 2017 entre le PCF et Mélenchon. Le PCF s'est trouvé pris de court et a dû soutenir Mélenchon a posteriori. Il faut noter d'ailleurs que ce sont les militants communistes de base qui ont fait ce choix et non les cadres du parti qui avaient refusé ce soutien à Mélenchon.

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  2. Bertrand est franc-maçon et Fillon de dire :
    "Maçon peut-être, franc je ne savais pas".

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    1. C'est l'hôpital qui se moque de la charité.

      Si LR décide d'une primaire (cf. interview de Jean Leonetti au JDD), il y aura donc au moins trois candidats de droite à l'élection présidentielle de 2022 : Macron, Bertrand et le candidat LR qui gagnera la primaire. Mais il est vrai que la gauche sera dans une situation peut-être encore pire avec au moins 3 ou 4 candidats, et l'extrême droite sera également divisée si Zemmour se présente. Le résultat de cette profusion de candidats, c'est que le seuil pour être admis au second tour va baisser de 20 à 15%, avec beaucoup d'incertitude sur le résultat final, et la légitimité du vainqueur sera extrêmement faible.

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  3. @ Moi

    Après, LR peut aussi lancer une primaire ouverte en suggérant à Bertrand d’y participer. S’il n’y participe pas, sa candidature perdrait grandement en légitimité et pourrait se dégonfler complètement. Je ne crois pas qu’il y ait grande attente de Xavier Bertrand dans le pays. Aujourd’hui, le créneau qu’il occupe, son avance et la décrédibilisation de tous les autres lui donnent une force sondagière temporaire, mais c’est un château de carte. Cela pourrait être suffisant pour 2022, mais cela peut aussi s’effondrer en peu de temps.

    Assez d’accord sur la possibilité d’une profusion de candidats qui pourrait rebattre les cartes.

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  4. "S’il n’y participe pas, sa candidature perdrait grandement en légitimité et pourrait se dégonfler complètement."

    Ou pas : je vous rappelle le cas Mélenchon en 2017 : il a refusé de participer à la primaire de la gauche, et non seulement il n'a pas perdu en légitimité, mais il est arrivé en tête des candidats de la gauche.
    Les électeurs de droite, échaudés par la primaire de 2016, sont nombreux à être réticents à l'égard d'une nouvelle primaire.

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    1. Il faut arrêter de croire que les électeurs tiennent aux primaires et que celles-ci confèrent une légitimité à toute épreuve. Les participants aux primaires ne représentent que 4 à 5 % du corps électoral, et on a bien vu en 2017 que les deux finalistes (Macron et Le Pen) n'étaient pas passés par une primaire. Et Mélenchon, qui a refusé la primaire, est arrivé bien devant Hamon qui avait gagné la primaire de la gauche.

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  5. N'oublions pas l'épisode Monsieur 4000 euros.
    C'est un voleur qui donne des leçons aux smicards.

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  6. @ Moi

    Mélenchon, c’est différent, car il ne voulait pas participer à une primaire avec EELV et le PS et pouvait argumenter qu’il ne portait pas les mêmes idées, ce qui était d’autant plus facile en 2017, alors qu’il avait été dans l’opposition à une majorité PS-EELV. Là, si LR organise une primaire et que Bertrand refuse d’y participer, sa position sera moins tenable que celle de Mélenchon. Il n’a pas de vrai parti derrière lui. Et la tribune de Wauquiez / Pécresse / Retailleau le met dans une position très délicate.

    Après, sur les électeurs (une question différente), il me semble avoir vu un sondage sur le site du Figaro qui indiquait qu’une petite majorité était pour. Ce n’est pas l’enthousiasme, mais peut-être suffisant pour en organiser une…

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    1. Si vous considérez que le cas de Mélenchon est spécifique, prenez celui de Macron : lui aussi s'est affranchi des primaires avec succès.

      Les primaires sont une aberration en France, car on veut copier les USA qui ont un système différent :

      En France, l'élection présidentielle a deux tours : c'est le premier tour qui fait fonction de départage.

      En France, le président est élu au suffrage universel direct. C'est la rencontre entre un homme et un peuple, pour reprendre la célèbre formule. Les primaires organisées par les partis sont totalement contraires aux institutions de la cinquième république.

      Et si Bertrand n'a peut pas justifier sa candidature par des idées différentes, il a cet argument gaulliste que la primaire n'est pas conforme à sa conception politique.

      Quant au sondage du Figaro, il vaut ce qu'il vaut... je lui préfère les résultats électoraux qui ont mis au second tour deux candidats hors primaires (Macron et Le Pen).

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  7. LR a reporté au 25 septembre (date de son congrès) la décision d'organiser ou non une primaire. Christian Jacob espère qu'entre-temps, les candidats potentiels se mettront d'accord entre eux. Or, il est peu probable que cela arrive puisque Xavier Bertrand est déterminé à y aller. A moins que les sondages d'ici la rentrée n'imposent Xavier Bertrand comme candidat naturel incontestable, on s'achemine donc vers une primaire à l'automne, à laquelle Bertrand ne participera pas. Il y aura donc vraisemblablement deux voire trois candidats (en comptant Macron) qui seront proposés aux électeurs de droite.

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  8. @ Moi

    Mélenchon est spécifique parce que lui et LFI n’étaient pas forcé de participer à une primaire organisée par d’autres partis. D’accord en revanche pour dire que les primaires ne correspondent pas à l’esprit de nos institutions : vous avez raison. Il y a deux tours et le premier doit servir au choix. Après, il n’est pas faux que pour un parti, choisir son candidat doit s’organiser. Bertrand choisit d’avancer en ignorant les demandes d’une primaire par la majorité des LR en leur disant de le soutenir, sans être dans le parti et en refusant la primaire. C’est un pari osé qui ne tiendra que si les Français le préfèrent nettement aux autres candidats potentiels, mais si son écart se réduit, sa position deviendra plus difficile à tenir.

    Je veux bien admettre que mon jugement extrêmement négatif sur Bertrand influence un peu mon avis ici.

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    1. Mélenchon n'était pas forcé de participer à une primaire de la gauche, cependant la pression était forte pour qu'il y aille. Si Hamon avait été devant lui, on lui aurait imputé la responsabilité de la défaite, comme on l'a fait avec Chevènement en 2002.

      J'ai également un avis très négatif sur Bertrand, mais aussi sur les autres...

      Cependant, je pense que Bertrand s'est trop avancé et qu'il ne peut plus reculer, même si les sondages ne confortent pas sa stratégie.

      D'un autre côté, effectivement, on ne voit pas pourquoi les autres candidats LR devraient accepter qu'il les mette devant le fait accompli.

      Le résultat, c'est qu'il y aura probablement plusieurs candidats de droite, et c'est tant mieux !

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  9. Selon un sondage Odoxa publié ce matin dans le Figaro, 53% des Français et 49% des sympathisants de droite sont contre les primaires.
    https://www.lefigaro.fr/politique/presidentielle-les-francais-se-divisent-sur-la-primaire-de-la-droite-20210708

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