dimanche 13 novembre 2022

Au revoir France Inter, sans regret

Il y a un peu plus de 5 ans, je m’étais dit qu’il serait intéressant d’expérimenter la première matinale radiophonique de France. Pendant le premier quinquennat de Macron, j’ai donc écouté France Inter. Mais à la rentrée, les nombreuses pages de publicité d’Europe 1, choix du moment pour l’instant, me semblent finalement bien moins désagréables que la tonalité du « service public ».

 


Oligarchisme bien-pensant et ultra-suffisant

 

Je ne suis pas près de revenir sur France Inter tant ces cinq années m’ont laissé une impression détestable. Le pire est la suffisance et la prétention de la station et de certains de ses animateurs. Entendre ses dirigeants s’auto-congratuler de leur succès d’audience, en affirmant un peu vite que leurs auditeurs apprécient leur programme est assez surréaliste. D’abord, l’énorme avantage concurrentiel de la relative absence de publicité devrait les inciter à plus de modestie : une partie de leurs auditeurs les choisissent surtout pour échapper aux réclames. Et tous sont loin de partager la ligne éditoriale de France Inter : je les ai écoutés cinq ans tout en rejetant presque totalement leur ligne tout comme leur ton, dont une des expressions les plus ridicules et faussement cool est sans doute le « amis auditeurs » que ne cesse d’employer Nicolas Demorand, comme si ceux qui l’écoutaient devaient forcément être ses amis…

 

Je ne suis pas près de les considérer de manière amicale. Rien, ou presque, ne va, à France Inter. Bien sûr, certaines pastilles pouvaient valoir le coup. Les billets de Nicole Ferroni étaient un rare moment de défense du service public, alliant fond et forme. Elle a été déprogrammée… tout comme le petit billet hebdomadaire de Natacha Polony et Alexandre Devecchio. Bref, il n’y a plus rien d’écoutable, à part sans doute Mathieu Noël, un peu moins politiquement correct que les humoristes habituels de la station. Car ce qui est incroyable chez ces prétendus tolérants, c’est finalement leur très grande intolérance. La diversité chez France Inter, ce n’est pas dans les idées. Les paroles un peu alternatives sont au mieux cantonnées à une pastille hebdomadaire, et encore en précisant qu’elles sont subjectives, une manière de chercher à insinuer bien maladroitement que les autres chroniques seraient objectives.

 

Dans une station qui aurait pu faire de Thomas Porcher ou David Cayla leurs chroniqueurs économiques, c’est Dominique Seux, des Echos, le quotidien de Bernard Arnault, qui officie et récite tous les jours son catéchisme oligarchiste ! Thomas Piketty ne peut venir le contester qu’une fois par semaine, et encore, c’est sans doute parce que Piketty ne conteste pas certains totems oligarchistes comme l’UE ou l’immigration. Voilà donc un prétendu service public qui se choisit comme boussole économique un détracteur malhonnête des services publics et de l’Etat, un défenseur des plus riches et des pratiques les plus révoltantes des multinationales, au prétexte thatchérien et basique de « on ne peut pas faire autrement », toujours prompt à défendre Macron ! Ici, François Lenglet serait un choix bien plus équilibré, lui qui officie sur RTL, et est capable de pointer sereinement et de manière réalistee les failles de l’oligarchisme.

 

Je garde donc de ces années le souvenir d’une antenne non seulement uniforme idéologiquement (rejet de l’État, de la nation, de toute tradition, et plus globalement d’une grande partie de ce qui fait la France, admiration naïve et déraisonée des États-Unis et de l’UE, veau d’or qu’il ne faut jamais critiquer), mais aussi un sentiment de supériorité franchement insupportable. Cette partie de la gauche médiatique a ceci de particulièrement détestable qu’elle se croit moralement supérieure aux autres, au contraire de la droite, qui, si elle peut parfois verser dans certains excès, a au moins le mérite d’être finalement plus modeste et ouverte aux idées alternatives, au moins depuis le débat sur le traité de Maastricht. Le Figaro donne plus de visibilité aux alternatifs, fussent-ils favorables à plus d’’État, que ne le fait France Inter ! Coralie Delaume était un talent qui aurait dû avoir toute sa place sur cette chaine.

 

Ce faisant, France Inter aujourd’hui n’est que qu’un avocat des plus décomplexés des idées de l’oligarchie globalisée, un peu anarchique, refusant donc le rôle de l’Etat, et, de manière contradictoire, des services publics. Mais elle accepte aussi toutes les monstruosités bureaucratiques et réglementaires de l’époque, de l’Absurdistan autoritaire qui a sévi en 2020 et 2021 en France, aux prétendues libéralisations, qui ne sont que des constitutions de rentes privées, comme on le voit sur le marché de l’énergie. Et passons sur une forme assez aïgue de « populophobie », pour reprendre le terme de Guillaume Bigot. Jamais l’antenne de France Inter ne permettra de comprendre certains camps idéologiques adverses tant elle les frappe à l’avance d’anathèmes et ne semble même pas vouloir les comprendre…

 

Bref, au revoir France Inter. Vous ne me manquerez pas. Un jour peut-être, nous retrouverons un service public médiatique ouvert, tolérant et humble. Aujourd’hui, France Inter est devenu une caricature d’oligarchisme prétendument de gauche, suffisant et intolérant. Il ne faudra pas venir pleurer devant la baisse de vos budgets et les restructurations consécutives. Et encore, vous êtes bien plus protégés que d’autres, du fait de ce statut de service publlic que vous ne défendez presque jamais…

6 commentaires:

  1. Malheureusement, ce que vous dites de France Inter pourrait être dit de la plupart des grands médias.
    Ca fait longtemps pour ma part que je n'écoute plus la radio, mais à la télévision c'est la même chose.

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    1. La redevance audiovisuelle ayant été supprimée, le gouvernement vient enfin d'afficher la vraie valeur de ce service !

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    2. Non, cela va plus loin sur France Inter qu'ailleurs, avec un vrai sentiment de supériorité morale et intellectuelle qui dégouline de l'antenne, comme nul part ailleurs.

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  2. et « Si c'est gratuit, c'est que vous êtes le produit »

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  3. Chapeau d'avoir tenu 5 ans.

    Pour ma part je ne suis pas sûr de tenir 5 min tant le mépris de classe déborde de toutes les prises de parole sur cette radio.

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  4. Vous deviez essayer France Culture, surtout "l'esprit public".

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