dimanche 31 mars 2024

La méprisable attaque de Macron contre Malika Sorel

Cela a été un des buzz de la semaine : la révélation d’échanges entre Malika Sorel et Macron, où elle lui aurait fait des offres de service. Mais si la contre-offensive médiatique a été véhiculée bien docilement, et sans la moindre contextualisation par Le Canard Enchainé, le Figaro a permis à l’intellectuelle d’y apporter sa réponse. Une réponse auquel je me permets d’apporter ma contribution, parce que je la connais, et que je crois que l’on peut apporter un autre regard, complémentaire, sur cette polémique.

 


Un bien mauvais procès

 

Ici, je parle d’autant plus facilement de cette affaire que je ne vais pas voter pour la liste qui a la chance de compter cette intellectuelle de qualité dans ses rangs. Si mon chemin politique a croisé celui de Malika fin 2006, et si nous sommes restés en contact, politiquement nous n’avons pas pris les mêmes routes. Il faut reconnaître que l’Élysée a compris l’impact que l’essayiste pourra avoir dans la campagne et dans le futur en rejoignant le RN. Par-delà la robustesse de son discours, qui tranche avec les poids légers de la macronie qui ânonnent leurs éléments de langage sans parfois sembler comprendre ce qu’ils disent, elle est un symbole de la faillite de ceux qui nous dirigent, parce qu’elle alerte sur les pièges du communautarisme depuis près de 20 ans. Elle est aussi un symbole de l’exigence républicaine et patriotique qu’ont certaines personnes d’origine étrangère, dont on se demande si elles ne finissent pas par être plus françaises que certains français de souche oublieux de ce qu’ils doivent à leur pays.

 

C’est sans doute pour cette raison que des textos du résident de l’Elysée ont fini en page 2 du Canard Enchainé deux jours à peine après son entrée en campagne. Il fallait une contre-attaque rapide et forte, et le portable du chef de l’État a donc été ouvert au volatile le plus célèbre de la presse française, qui a servilement repris les extraits qui lui ont été rapportés, sans la moindre mise en perspective. Ce faisant, même s’il est un contre-pouvoir souvent utile, le Canard se révèle ici être un relais bien trop complaisant de ce pouvoir qu’il a si souvent mis en difficulté. Il est étonnant que ne soit pas davantage questionné le fait que des textos du téléphone du président atterrisse dans la presse. Normalement, de tels échanges ont vocation à rester privés et confidentiels. Ce président sans gène ne pourra pas se plaindre qu’on rapporte des extraits de ses dires privés après avoir carrément offert son téléphone à la presse…

 

La motivation de l’Élysée pour les sortir devrait forcément être questionnée, et les rapporter devrait imposer une mise en perspective, sans quoi lls sont sortis de tout contexte, comme quand on extrait une phrase d’un discours ou d’une conversation, ce qui peut en changer le sens. Comme Malika Sorel le précise au Figaro, c’est l’entourage du président qui a sollicité l’intellectuelle. Alors que le camp présidentiel affermit dernièrement son discours contre les communautarismes, échanger avec une des intellectuelles les plus en vue du combat pour le modèle français d’intégration n’est pas si surprenant. Après tout, Macron n’avait-il pas échangé avec Philippe de Villiers pendant un temps ? Il est parfaitement légitime qu’un intellectuel réponde aux sollicitations du chef de l’État pour échanger avec lui. Avec un président si plastique, c’est une occasion de le pousser dans la bonne direction et donc de servir les idées que l’on défend.

 

En prenant du recul, il faut rappeler que le premier livre de Malika Sorel, « Le puzzle de l’intégration » critiquait sévèrement le Sarkozy très communautariste du début du siècle... C’est même l’hostilité à Sarkozy qui avait fait que nos chemins politiques s’étaient brièvement croisés, pour Dominique de Villepin. Puis, Malika Sorel a été nommée par le même Sarkozy au Haut Conseil à l’Intégration et la ligne politique du président s’est infléchie et s’est éloigné du communautarisme qu’il brandissait en étendard dans son livre de 2004 « La République, les religions, l’espérance ». Malika Sorel est une des personnes qui a fait prendre conscience à notre personnel politique, jusqu’au président d’alors, des dangers du communautarisme et des vertus de notre modèle républicain. Alors qu’une partie de l’entourage du président actuel n’est pas insensible au communautarisme et qu’une lutte semble se mener avec les partisans du modèle assimilationniste, il est probable que ce sont ces derniers qui l’ont introduite à Macron.

 

Bien sûr, certains voient une forme d’opportunisme dans les textos rapportés par le Canard. C’est un mauvais procès. Pour qui prend du recul, il faut rappeler deux éléments. D’abord, nous n’avons aucune connaissance des discussions amont, qui donneraient sans doute une coloration différente aux échanges : un conseiller de Macron pourrait avoir poussé sa candidature pendant les longues semaines où l’équipe gouvernementale n’était pas complète, et les réponses de Macron sont absentes. En dehors de tout contexte, il est impossible de juger les propos de Malika Sorel. Et finalement, qu’une intellectuelle plutôt proche de LR, et dont le combat porte sur la défense du modèle français échange avec le président, puis rejoigne le RN n’est pas non plus si surprenant : c’est un symbole du tiraillement dans lequel est LR. Et faute de réponse satisfaisante de Macron sur ce qui est important pour elle, ne peut-elle pas considérer logiquement que le RN est aujourd’hui le meilleur véhicule des idées qu’elle a toujours défendues ?

 

Finalement, ce que révèle cet épisode, c’est l’indécence d’un président qui a l’extraordinaire impudeur et inélégance d’ouvrir son téléphone pour tenter de faire mal à un adversaire en révélant des bribes de propos privés décontextualisés. Ensuite, cela montre la légèreté partiale du Canard, qui relaie trop docilement le narratif de l’Elysée pour tenter d’affaiblir Malika Sorel Mais surtout, cela rappelle à nouveau qu’il ne faut pas compter sur Macron pour défendre notre modèle républicain et la France...

7 commentaires:

  1. Cela rappelle la diffusion par Macron d'une conversation téléphonique avec Poutine... Quelle indignité, comme disait Sarko!

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  2. S’engager au RN est une honte, voter pour le RN est une honte! Le fait que tellement de citoyens votent pour le RN donne une image particulièrement mauvaise et méprisable du peuple français…

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  3. J'entends bien ton argumentation, mais il faut être honnête cela fait un peu opportuniste de sa part. Et le vrai problème à mes yeux c'est que le RN est une impasse politique, tu le sais aussi bien que moi. Sans une sortie de l'UE préalable, il sera impossible de changer quelque chose à la politique d'immigration et même d'intégration.

    C'est justement parce que son analyse sur ces thématiques tranchaient fortement avec le communautarisme ambiant que son entrée au RN est surprenante. Pourquoi aller encore dans un groupe qui de toute manière ne rompra jamais avec le système en place même s'il arrive au pouvoir. Le RN tournera rapidement en gouvernement Meloni bis.

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    1. C'est quoi le problème avec le communautarisme? Ce qui est sûr c'est que l'assimilation à la française n'est manifestement pas une grande réussite...

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    2. L'assimilation à la française a très bien fonctionné pour les vagues d'immigration précédentes. Et le communautarisme c'est pas une grande réussite non plus. Si non votre haine obsessionnel pour tout ce qui est français au point de venir cracher sur chaque post montre manifestement que c'est vous à avoir un problème avec la France qui vous rend malheureux

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    3. "Si non votre haine obsessionnel pour tout ce qui est français au point de venir cracher sur chaque post" ?

      On se connait? Je crois que vous connaissez bien mal mes positions pour dire une absurdité pareil.

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  4. Laurent Herblay4 avril 2024 à 18:56

    @ Trolls

    Ce qui donne une mauvaise image de la France, c’est Macron, dont le bilan est calamiteux, économiquement, comme sécuritairement. Les étrangers constatent année après année la dégradation de la sécurité de notre pays. Ils constatent aussi la mauvaise performance de notre économie, mal gérée. Et enfin, le président nous déconsidère par son comportement ridicule, diplomatiquement comme plus globalement.

    L’assimilation à la française, c’est Joséphine Baker qui en parlait bien, une forme d’indifférence au fait qu’elle était noire. C’est un commun qui est plus important que les particularismes, sans les occulter, là où le seul souci des particularismes peut finir par remettre en question des aspects fondamentaux du pacte commun, et notamment le droit des femmes.

    @ Yann

    Je pensais à toi sur l’opportunisme. Bien d’accord sur le RN, qui, en se rapprochant de plus en plus de la bien-pensance, est une impasse démocratique, sociale et économique. En revanche, sur les sujets qui sont importants pour Malika, il faut reconnaître que le RN pourrait marquer une inflexion. Ne serait-ce que l’élection du RN provoquerait sans nul doute un effet négatif sur les flux migratoires et certaines mesures seraient prises tant sur l’immigration que sur la défense de notre modèle d’intégration. Bien sûr, hors de l’UE et de la CEDH, ce serait bien plus facile et surtout, il serait possible d’aller beaucoup plus loin.

    Il y a plusieurs façons pour défendre ses idées. La voie choisie par Malika n’est clairement pas la mienne, mais on peut aussi comprendre la volonté de peser dans le camp au pouvoir ou un camp qui semble proche du pouvoir plutôt que de rester dans la marginalité politique. C’est un chemin qui peut avoir une certaine efficacité, même si je suis d’accord pour dire que sur ses sujets à elle, une sortie de l’UE et de la CEDH permettrait bien plus.

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