mardi 2 juillet 2024

Les Français dissolvent Macron

Le pari de l’artificier de l’Élysée est perdu. Pour effacer la lourde défaite des élections européennes, il a fait le pari d’une dissolution pour passer à autre chose, pensant pouvoir compter sur le rejet suscité par le RN et Mélenchon et la division de la gauche pour étendre son bloc central. Mais aussi baroque soit-il, un accord a été trouvé à gauche, reprenant celui de 2022. Et surtout, Macron s’est révélé être celui qui est le plus repoussant, subissant un revers historique, seulement dépassé par celui du PS en 93.


 

Une vraie révolte démocratique

 

Dans le temps bien trop court de cette campagne, difficile de prendre du recul sur ce qui se passe. Pourtant, pour qui prend du recul, les choix des Français n’en apparaissent que plus radicaux. Même le PS de 1993, au crépuscule du second mandat de Mitterrand, avait fait un tout petit peu mieux que la minorité présidentielle dimanche dernier. Le 20% des macronistes est d’autant plus faible que le vide a été fait à gauche avec un Nouveau Front Populaire au programme de rupture complète avec l’expérience Macron (et le mandat Hollande par la même occasion), même si la présence de ce dernier comme candidat en Corrèze était franchement contradictoire. Déjà ramené de 32 à 26% de 2017 à 2022, le camp présidentiel perd autant en seulement deux ans, alors même que LR s’effondre de 10,4 à 6,6%. Macron est décidément un accélérateur de l’effondrement du centre politique en France, et c’est plus que bienvenu.

 

Les chiffres du Nouveau Front Populaire, même s’ils sont en progrès par rapport à 2022, ne sont pas si bons. Après tout, ce n’est que 2,3 points de plus qu’en 2022, ce qui n’est pas grand-chose après la réforme des retraites et la crise inflationniste. Cela montre a contrario la persistante difficulté de la gauche à parler aux classes populaires. Mais surtout, ces mêmes partis réunissaient la bagatelle de 41,7% des voix en 2012, certes, sans une structure commune. Bref, nous n’assistons qu’à un léger sursaut de la gauche en réalité. Mais les désistements mutuels face au RN vont lui permettre de fortement progresser à l’Assemblée. Mais ce qui est frappant sur un temps long, c’est l’envolée du vote RN. En 2022, l’émergence de Reconquête avait un peu masqué le gain de près de 10 points de l’ensemble des deux partis. Deux ans après, c’est encore un peu plus de 10 points qui sont gagné, un mouvement de balancier encore plus considérable en nombre de voix, les 2 gagnant autant de voix que les partis de gauche en 2012.

 

Le message des Français est clair : une sanction inédite depuis plus de 30 ans, que les désistements de circonstance permettront d’atténuer un peu. Macron est aujourd’hui le premier pôle de rejet du pays et les Français, à plus de 60%, dans un contexte de participation très élevée, expriment une volonté de changement assez radicale, par le NFP, avec un retour de la redistribution, ou par le RN, avec une rupture franche sur l’immigration, la sécurité ou le pouvoir d’achat. Le centre est balayé, malgré le rejet colossal suscité par les deux alternatives, le NFP se révélant plus repoussant que le RN désormais, du fait de Jean-Luc Mélenchon et ses choix communautaristes et sectaires. Les désistements semblent pouvoir barrer les portes du pouvoir au RN cette année, mais il y a fort à parier que s’il n’y arrivait pas cette année, la prochaine serait sans doute la bonne, au simple regard de la dynamique actuelle.

 

Comme développé il y a quelques jours, ma ligne de conduite reste la même. D’abord, sanctionner le plus durement possible le camp du président, par le meilleur moyen qu’il soit (sous réserve d’une personnalité pas totalement repoussante). J’espère également que certains élus en difficulté, comme François Ruffin ou Nicolas Dupont-Aignan, seront réélus. J’espère également qu’Elisabeth Borne et Gérald Darmanin seront battus. Tous ceux qui sont opposés à l’agenda antisocial de la macronie ou qui souffrent de l’insécurité qui a prospéré sous la houlette du ministrion de l’intérieur doivent s’unir pour défaire ces figures de la macronie. Leurs défaites permettraient sans doute de tourner plus clairement encore la page de Macron. Le travail n’est pas fini et les arrangements de circonstances entre la macronie et le Nouveau Front Populaire ne doivent pas revenir à faire la courte échelle à cet exécutif tellement détestable.

 

Les injonctions des castors ne m’impressionnent guère. Ce faisant, ils montrent qu’ils seront toujours prêts à solder leurs beaux idéaux aux politiques les plus détestables socialement. Bien sûr, le RN est en large partie leur antithèse, mais le choix aussi unanime de Macron plutôt que Bardella est a minima troublant quand on le met en rapport avec le choix de Tsipras en Grèce. Les verrous mentaux de cette gauche ne lui interdisent-ils pas toute capacité à vraiment porter une alternative sociale jusqu’au bout ?

16 commentaires:

  1. Macron anti-social? Il a quand même donné 10 milliards aux gilets jaunes alors que la seule chose qu’ils méritaient étaient des coups de pied au cul…C’est pas social ça?

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    1. Vous êtes conscient que votre façon fasciste et obsessionnelle d'exprimer vos idées fais de vous l'idiot utile de Laurent Herblay ? Je suis parfaitement d'accord sur le fait que taxer Macron de anti-social est ridicule sachant que la France reste toujours le pays le plus taxé de l'OCDE et parmi celui où les prestations sociales sont plus élevées, mais dire que les gilets jaunes méritaient la violence indiscriminée (car je vous signale que plusieurs ont été éborgnés) c'est un propos fasciste, un vrai. Vous intervenez sous tous les billets de Laurent Hebrlay qui vous laisse défouler vos frustrations sans réagir parce que l'image que vous donnez du "centriste européeiste" elle est absolument détestable et vous êtes un spot ambulant pour ses idées, mais cette fois-ci c'est trop, il est temps que les commentaires avec des appels à la violence physique soient supprimés.

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    2. Vous connaissez la différence entre le sens propre et le sens figuré?

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    3. Oui mais vu la haine qui vous caractérise ici elle n'est pas valable

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    4. Aucune haine du tout, juste un peu de realisme…

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    5. @ Anonyme 6h35

      Antisocial, oui je persiste. Macron a commencé son premier mandat par donner des milliards aux plus riches (ISF, PFU…) dont une partie prise aux plus pauvres (APL). La prime Macron est une arnaque car elle réduit la base fiscale de la Sécurité Sociale et contribue donc aux manques de moyen de la santé et contribue à justifier les réformes des retraites et du chômage.

      @ Anonyme 13h05

      Notre niveau de prélèvement n’est pas si extraordinaire si on prend en compte le fait que le service public a un périmètre plus important en France, où la santé, les retraites ou l’éducation sont essentiellement publiques, là où dans les autres pays, le privé est bien plus présent.

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  2. @LH:
    Le rejet de Macron par les Français existait depuis disons... la troisième année de son premier mandat. Mais la Gauche avait été, comme souvent, balkanisée par l'expérience du pouvoir. Et Macron avait donné des coups de butoir à LR avec sa politique mélange de sarkozysme et de Gauche DSK (ce qui est un peu la même chose). LR sans LR en somme. Quant à MLP, souvenons-nous de ses prestations lors des débats. Comptons en plus sur une bienveillance médiatique pour le "président des riches encore plus assumé que Sarko". La gestion des comptes publics aurait fait crier à la faillite du pays si ça avait été un socialiste. Et qu'aurait-on dit si un des deux prédécesseurs de Macron avait parlé de "pognon de dingue"? Sans cela, un président avec les travers de VGE (et aussi un peu de vulgarité sakozyste) n'aurait pas duré aussi longtemps.

    JZ

    JZ

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  3. La majorité des français n'a pas voté pour le NFP, donc vous ne pouvez pas affirmer que "les français" demandent plus de redistribution, d'ailleurs j'aimerai bien savoir ce qu'on va redistribuer, la dette publique ?

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  4. Presque entièrement d'accord avec votre analyse sauf (une fois encore) sur le jugement négatif que vous portez sur Jean-Luc Mélenchon aux choix "communautaristes et sectaires". À rebours de la doxa médiatique, je considère que, paradoxalement, JLM est encore le moins sectaire des hommes politiques de gauche ! Bien sûr, il lui reste encore un certain nombre de verrous mentaux à faire sauter (par exemple, il devrait appeler à voter RN lorsqu'il y a un candidat macroniste en face) mais, comparé aux autres dirigeants de la gauche officielle, il est certainement le moins sectaire de la bande alors qu'il est constamment diabolisé.

    Quant au communautarisme, les véritables communautaristes en France sont ces personnalités qui expliquent qu'elles préfèrent voter pour un parti "projuif" que pour un parti "antisémite".

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    1. Ceux qui votent en fonction du soutien à la Palestine et de la lutte contre l"islamophobie" le sont tout autant si non plus. Et ils sont bien plus nombreux. Et Mélenchon a joué cet électorat là et celui de la bourgeoisie rebelle citadine contre la France rurale, les résultats sont là. Accuser de communautarisme un groupe qui ne represente plus que 0,7% de la population française et dont les membre quittent la France par milliers à cause de l'antisémitisme islamiste est vraiment d'une lâcheté sans bornes.

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  5. Mélenchon ,Hollande....tous inféodés à Biden sérieusement atteint par la limite d'âge, avec un Gluksmann apprenti-sorcier en Géorgie puis en Ukraine et enfin en stage en alternance aux USA, vraiment je suis en peine pour faire un choix..Je me demande à qui tous ces va-t-en guerre vont nous vendre ou vendre ce qui nous reste après Macron???

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  6. Macron peut ne pas plaire (il ne me plaît pas) mais il faut reconnaître qu'il a réussi sa dissolution.
    Les désistements et la campagne médiatique contre le RN vont garder ce parti loin du 50%
    Même chose pour la gauche dure.
    En définitive le seul gouvernement possible devra inclure Ensemble, avec les modérés de gauche et de droite.
    Les républicains non ciottistes et le va-t-en guerre Glucksmann.
    La Bourse l'a déjà compris et sabre le champagne

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  7. @ JZ

    Bien d’accord. Les médias sont bien trop complaisants avec lui.

    @ Marc-Antoine

    Sectaire : les candidatures contre Garrido, Corbières ou Simonnet ; les déclarations de Quatennens contre Ruffin, toute sa gestion de LFI, qu’il gère comme un lider maximo, à rebours de ce qu’il nous vend sur la Sixième République…
    Communautariste : une campagne des européennes centrée sur Gaza, le rôle donné à Rima Hassan, la créolisation…

    @ Anonyme

    Voire… Macron va perdre plus de la moitié de ses députés. L’Assemblée pourrait finir avec une majorité RN-LFI de blocage, rendant même une grande coalition LR-EM-Verts-PS en partie impuissante… La non victoire du RN cette année, c’est peut-être la dernière étant donnée la progression accélérée du parti dans les urnes

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    1. Laurent vous dites « Communautariste : une campagne des européennes centrée sur Gaza, le rôle donné à Rima Hassan, la créolisation… ». La créolisation prônée par JLM n'est pas du communautarisme, c'est la création d'une nouvelle identité commune par hybridation. Les véritables communautaristes cherchent, au contraire, à conserver leur identité "pure" et à la préserver des mélanges culturels, religieux, ethniques, etc. qui risqueraient de la dissoudre. Ils sont donc fondamentalement hostiles à la créolisation.

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    2. Laurent, vous dites « Sectaire : les candidatures contre Garrido, Corbières ou Simonnet », d'accord mais le désistement des candidats LFI en faveur de Borne et Darmanin ? Ça pourrait passer pour une ouverture politique mais c'est une autre forme de sectarisme en réalité.

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    3. @ Marc-Antoine,

      Mais la créolisation n'étant qu'un horizon lointain (dont beaucoup, comme moi, pensent qu'il n'adviendra jamais : pourquoi faudrait-il se fondre tous ensemble dans un gloubi-boulga socio-culturel ?), en attendant, cela justifie tous les communautarismes intermédiaires, la défense de l'abaya et le relativisme culturel à l'égard de l'islamisme (soit dit en passant, un peu raciste sur les bords), ou même l'impérialisme anglo-saxon, avec l'adoption de l'anglais sur les façades de nos magasins.

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